Que cherchent vraiment les élèves quand ils tapent « maths » dans Google ? Pour le savoir, nous avons analysé un an de recherches Google ayant abouti sur les 656 pages en accès libre d’Excellence Maths : 7,3 millions d’affichages dans les résultats de recherche, de septembre 2025 à août 2026. Trois enseignements en ressortent, et ils ne sont pas ceux qu’on attendait : le chapitre le plus cherché n’est pas celui qui fait travailler les élèves, le collège et le lycée cherchent autant mais ne cliquent pas du tout pareil, et sur les formules, Google répond désormais à la place des sites, et des professeurs.
Méthodologie. Données Google Search Console d’excellence-maths.fr, du 1er septembre 2025 au 28 août 2026 : 7 327 801 impressions et 182 964 clics sur 656 pages, cours et exercices pour l’essentiel, complétés par des repères sur les examens et l’orientation. Une « impression » est un affichage de la page dans les résultats Google ; un « clic » est une visite réelle. Les niveaux scolaires sont ceux des catégories de publication du site. Le regroupement des pages en chapitres est le nôtre, opéré à partir des adresses des pages : il couvre 88 % des impressions mesurées, hors pages d’orientation, d’examens et de méthode. Pour l’analyse mensuelle, seules les 109 pages à visibilité constante depuis mars 2026 sont comparées, afin de neutraliser la croissance du site. Ces chiffres mesurent la demande captée par un seul corpus : ils donnent des ordres de grandeur et des rapports, pas des volumes de recherche absolus.
Le chapitre le plus cherché n’est pas celui qui fait travailler
Le classement des recherches et celui des visites ne se ressemblent pas. Les fonctions arrivent en tête de la demande, avec plus d’un million de recherches captées sur l’année. Mais ce sont les pages de calcul littéral, deuxièmes en recherches, qui déclenchent de très loin le plus de visites : 45 310 visites en un an, soit 2,2 fois le chapitre suivant, et cela avec neuf pages seulement.

Le calcul littéral, c’est le moment où les nombres deviennent des lettres : réduire, développer, manipuler des expressions. Il s’apprend en 5e, 4e et 3e, et il obtient un taux de clic de 4,8 % quand les fonctions plafonnent à 2,0 % et la dérivation à 0,8 %. Autrement dit : quand un élève cherche du calcul littéral, il ouvre une page et se met au travail. En y ajoutant la factorisation, qui en est le prolongement direct, ces deux chapitres pèsent 18 % de toute la demande mesurée et plus d’un tiers de toutes les visites.
| Chapitre | Recherches captées | Visites obtenues | Taux de clic |
|---|---|---|---|
| Fonctions | 1 039 148 | 20 424 | 2,0 % |
| Calcul littéral | 936 586 | 45 310 | 4,8 % |
| Probabilités | 819 147 | 17 708 | 2,2 % |
| Nombres et arithmétique | 615 363 | 9 336 | 1,5 % |
| Dérivation | 533 156 | 4 168 | 0,8 % |
| Primitives et intégrales | 429 129 | 3 053 | 0,7 % |
| Équations et inéquations | 393 672 | 14 413 | 3,7 % |
| Factorisation | 384 869 | 18 227 | 4,7 % |
| Suites | 345 426 | 5 603 | 1,6 % |
| Géométrie | 334 444 | 8 505 | 2,5 % |
Ce tableau dessine une carte des difficultés réelles. Là où l’école introduit l’abstraction, c’est-à-dire le passage du calcul sur des nombres au calcul sur des lettres, la demande d’aide se transforme en travail effectif. Les chapitres de fin de lycée, eux, captent des volumes considérables sans que presque personne n’ouvre la page : nous y revenons plus bas, c’est le résultat le plus frappant de ce baromètre.
Le collège cherche autant que le lycée, et clique trois fois plus
À demande égale (3,2 millions de recherches captées de chaque côté), les pages collège obtiennent 111 000 visites quand les pages lycée en obtiennent 40 000. Un taux de clic près de trois fois supérieur (3,5 % contre 1,3 %). La lecture est limpide : au collège, on cherche à s’entraîner, donc on ouvre des exercices et on travaille ; au lycée, on cherche de plus en plus souvent une formule, et la réponse s’affiche directement dans Google, sans visite. La prépa, elle, pèse moins en volume (274 000 recherches) mais s’étale sur 147 pages : une longue traîne de besoins pointus, du rayon de convergence aux intégrales de Wallis.

Ce que Google répond à la place des profs
C’est le résultat le plus frappant de ce baromètre, et il se lit à l’échelle du chapitre entier. La dérivation a capté 533 156 recherches en un an, pour 4 168 visites : un taux de clic de 0,8 %. Les primitives et intégrales : 429 129 recherches, 3 053 visites, 0,7 %. Le logarithme et l’exponentielle : 122 197 recherches, 719 visites, 0,6 %. Page par page, le contraste est encore plus net : la primitive de ln(x) a été cherchée 276 449 fois pour 696 visites, soit un clic pour 400 recherches ; le tableau des dérivées usuelles, 166 080 recherches pour 643 visites. En face, les pages d’exercices de calcul littéral atteignent 11,7 % de taux de clic, soit quarante-six fois plus que la primitive de ln(x).

La raison est structurelle : pour une formule, Google affiche désormais la réponse directement dans la page de résultats, extraits mis en avant hier, réponses générées par l’intelligence artificielle aujourd’hui. L’élève obtient sa formule, et c’est tout ce qu’il obtient.
Le piège pédagogique du zéro-clic. Obtenir une formule n’a jamais fait progresser personne : savoir que la primitive de ln(x) est x·ln(x) − x ne dit ni pourquoi, ni comment la retrouver, ni comment l’utiliser dans un exercice. En servant la réponse sans le chemin, la recherche en ligne nourrit une illusion de maîtrise ; le contraste avec les pages d’exercices montre que les élèves qui s’entraînent, eux, vont au bout de la démarche.
L’année scolaire vue des recherches : la panique de juin, la reprise d’août
À périmètre constant (les 109 pages visibles sans interruption depuis mars), la demande double entre mars et juin (651 000 → 1,29 million), portée par la préparation du bac et du brevet, s’effondre de 63 % en juillet, puis repart dès la mi-août (+49 % par rapport à juillet, en projection sur le mois complet) : les révisions de rentrée commencent avant la rentrée. Le pic de juin dit quelque chose de simple : une grande partie du travail en ligne se joue dans l’urgence des semaines d’examen, sur des chapitres qui auraient demandé des mois.

Ce que ces chiffres changent
« Ce baromètre confirme ce que je constate en cours particulier depuis des années : le vrai décrochage ne se joue pas en terminale, il se joue en 4e, au moment du calcul littéral. Quand les lettres remplacent les nombres, l’élève qui n’a pas compris le sens de l’opération apprend des recettes, et la dette se paie au lycée, puis en prépa », analyse Zakaria Laouar, fondateur d’Excellence Maths et diplômé de l’École polytechnique. « L’autre signal, c’est le zéro-clic : nos élèves n’ont jamais eu un accès aussi immédiat aux réponses, et aussi peu au raisonnement qui y mène. »
L’ensemble des cours, exercices corrigés et fiches PDF analysés dans ce baromètre est en accès libre : excellence-maths.fr/ressources.
Journalistes, enseignants, créateurs : les graphiques et chiffres de ce baromètre sont librement réutilisables, avec mention « Excellence Maths » et lien vers cette page. Données détaillées et interviews : contact.
Dossier de presse — l’étude complète, ses quatre graphiques et sa méthodologie réunis en un document de 6 pages, prêt à imprimer : télécharger le dossier de presse (PDF).