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Vingt ans de progrès effacés en quatre ans. Selon une étude de l’Unesco publiée le 23 avril 2026, les filles reperdent massivement du terrain face aux garçons en mathématiques à travers le monde. Les données sont sans appel : en 2023, 81 % des pays étudiés affichent un avantage des garçons en fin de primaire, contre seulement 26 % en 2003. Ce recul brutal interroge nos pratiques éducatives et doit pousser chaque parent à agir concrètement.

L’essentiel en 30 secondes

  • L’info : une étude Unesco/IEA basée sur les données TIMSS (1995-2023, 47 pays) révèle que l’écart filles-garçons en maths se creuse à nouveau depuis 2019, atteignant un niveau inédit depuis 30 ans.
  • Pourquoi c’est important : des compétences solides en mathématiques conditionnent l’orientation scolaire, l’accès aux filières d’excellence et l’insertion professionnelle future.
  • Ce que ça change pour les élèves : les filles sont de plus en plus nombreuses à ne pas atteindre le seuil minimal en maths dès le primaire, ce qui fragilise tout leur parcours ultérieur.
  • L’avis Excellence Maths : l’écart n’est pas une fatalité biologique. Il se construit par les stéréotypes, le manque de confiance et l’absence de pratique structurée. La solution passe par un travail régulier dès le plus jeune âge, sans distinction de genre.

Les faits : que s’est-il passé ?

Le 23 avril 2026, l’Unesco a publié une note intitulée « Les filles perdent du terrain : l’écart entre les genres se creuse en mathématiques », corédigée avec l’Association internationale pour l’évaluation de la réussite éducative (IEA). L’information a été relayée le jour même par franceinfo, Le Monde, Le Figaro Étudiant, Sud Ouest, AEF info et l’agence 20 Minutes, signe de l’ampleur du sujet.

L’étude s’appuie sur les données de TIMSS (Trends in International Mathematics and Science Study), recueillies entre 1995 et 2023 dans 47 pays et territoires en fin de primaire et 38 dans le premier cycle du secondaire, dont l’Espagne, la Chine, l’Australie et les États-Unis.

Les chiffres clés du rapport

Le constat principal est saisissant : après une nette réduction de l’écart filles-garçons dans les années 2000 et 2010, la dynamique s’est brutalement inversée depuis 2019.

AnnéePart des pays où les garçons surpassent les filles (fin de primaire)
200326 %
201141 %
201539 %
201952 %
202381 %

Le passage de 52 % à 81 % entre 2019 et 2023 est le plus fort bond jamais observé sur une période de quatre ans dans l’histoire de TIMSS.

L’étude révèle également que 21 % des pays affichaient en 2023 une proportion plus élevée de filles n’atteignant pas le seuil international minimal en mathématiques en fin de primaire, contre seulement 4 % en 2019 et 2 % en 2015. À l’inverse, comme le souligne franceinfo, la part des pays où les garçons ont un niveau particulièrement bas n’a cessé de diminuer depuis 2007, au point de « pratiquement disparaître en 2023 » (2 %).

Dans le secondaire, la situation est plus nuancée mais la tendance reste préoccupante : la part des pays où les garçons surpassent les filles progresse nettement sur le long terme, même si elle demeure inférieure à celle observée en primaire.

L’Unesco et l’IEA attribuent en partie ce recul aux effets durables de la crise Covid : les fermetures prolongées d’écoles auraient accru les pertes d’apprentissage en mathématiques et fragilisé la confiance des filles. Sud Ouest complète en rappelant qu’une étude française de l’Institut des études publiques (2024) avait déjà montré que si filles et garçons ont un niveau similaire à l’entrée en primaire, les filles commencent à accuser un retard au bout de quelques mois seulement.


Analyse : pourquoi c’est important pour les maths

Un problème structurel, pas conjoncturel

Il serait tentant de réduire ce recul à un simple effet post-Covid. C’est en partie vrai — les fermetures d’écoles ont objectivement réduit le temps d’apprentissage — mais cela n’explique pas tout. Si la pandémie était la seule cause, les garçons auraient dû être touchés de manière comparable. Or c’est l’inverse qui s’observe : les garçons en difficulté deviennent de plus en plus rares tandis que les filles décrochent davantage.

L’explication est à chercher du côté des mécanismes psychologiques et culturels qui entourent les mathématiques. Les recherches en sciences de l’éducation convergent : les filles développent souvent un rapport à l’erreur plus anxiogène que les garçons en maths. Elles intériorisent plus rapidement le stéréotype selon lequel « les maths, c’est pour les garçons », un biais qui se traduit par une moindre prise de risque dans les exercices, une tendance à sous-évaluer leurs propres compétences, et in fine une perte de confiance qui s’auto-entretient.

Le cercle vicieux de la confiance en maths

En mathématiques, la confiance n’est pas un luxe : c’est un prérequis pédagogique. Un élève qui doute de sa capacité à résoudre un problème de calcul littéral abandonnera plus vite face à la difficulté. Et l’abandon précoce en primaire a des conséquences en cascade sur tout le parcours : les notions de base non maîtrisées rendent inaccessibles les chapitres ultérieurs, des équations du premier degré au collège jusqu’aux fonctions au lycée.

Ce que montrent les données TIMSS, c’est que ce cercle vicieux s’est accéléré. Pendant le Covid, les élèves les plus fragiles en confiance — et les données montrent que les filles étaient surreprésentées dans cette catégorie — ont été les plus affectés par l’absence de cadre scolaire structurant. Sans l’enseignant pour guider, encourager et corriger en temps réel, les doutes se sont transformés en décrochage.

En France, un contexte déjà dégradé

Ces résultats mondiaux s’inscrivent dans un contexte français particulièrement fragile. Rappelons que lors de la dernière évaluation TIMSS portant sur la France, notre pays se classait dernier d’Europe en mathématiques au niveau CM1. L’étude de l’Institut des études publiques citée par Sud Ouest confirme que les écarts genrés apparaissent dès les premiers mois de l’école primaire en France — un signal d’alarme que le système éducatif peine à traiter.

Par ailleurs, comme le rappelle Le Figaro Étudiant, les filles restent toujours minoritaires dans les filières scientifiques au lycée. La réforme du bac 2021, en rendant les mathématiques optionnelles en Première, a paradoxalement aggravé le phénomène : les filles ont été proportionnellement plus nombreuses à abandonner la spécialité mathématiques. Le retour des maths dans le tronc commun en 2023 n’a pas suffi à inverser cette dynamique.

Des maths solides = des portes ouvertes

L’Unesco le dit sans détour : des compétences solides en mathématiques sont essentielles « pour stimuler le développement économique et social, favoriser l’innovation et trouver des solutions aux problèmes mondiaux urgents ». Derrière cette formule institutionnelle, il y a une réalité concrète : maîtriser les probabilités, le raisonnement logique et l’abstraction mathématique ouvre les portes des filières les plus demandées — médecine, ingénierie, informatique, finance, intelligence artificielle. Laisser les filles décrocher en maths, c’est réduire leur champ des possibles bien avant qu’elles n’aient eu le temps de choisir.


Conséquences concrètes par profil

Pour les parents de filles (du primaire au collège)

Si vous êtes parent d’une fille scolarisée en primaire ou au collège, cette étude doit vous alerter sans vous alarmer. Le message central est que l’écart n’est pas lié aux capacités mais à l’environnement. Votre fille n’est pas « moins douée » en maths ; elle évolue dans un contexte qui, insidieusement, sape sa confiance.

Concrètement, soyez attentif aux signaux suivants :

  • Votre fille dit « je suis nulle en maths » alors que ses résultats sont corrects.
  • Elle évite les exercices qu’elle juge trop difficiles avant même d’essayer.
  • Elle attribue ses réussites à la chance et ses échecs à un manque de talent.

Ces comportements, documentés par la recherche, sont les marqueurs précoces du décrochage en confiance. Ils appellent une réponse active : valoriser l’effort plutôt que le résultat, normaliser l’erreur comme outil d’apprentissage, et proposer une pratique régulière et structurée — par exemple via des exercices progressifs adaptés au niveau.

Pour les parents de garçons

Vous pourriez penser que cette étude ne vous concerne pas. C’est une erreur. Le recul des filles en maths appauvrit l’ensemble du tissu éducatif. Par ailleurs, le fait que les garçons en très grande difficulté soient de moins en moins nombreux ne signifie pas que le niveau moyen des garçons progresse : c’est surtout le bas du spectre qui se réduit. Restez vigilant sur la qualité de l’apprentissage mathématique de votre fils, en particulier sur les fondamentaux que sont le calcul littéral et le raisonnement structuré.

Pour les enseignants

L’Unesco et l’IEA formulent des recommandations directes à l’attention des professeurs : former les enseignants aux biais de genre (appeler autant les filles que les garçons au tableau, valoriser équitablement les réponses, ne pas genrer les encouragements), intégrer des activités ludiques pour renforcer la confiance, et assurer un suivi systématique des résultats par sexe pour détecter les décrochages précoces.

Ce dernier point est crucial et trop souvent négligé : sans données désagrégées, l’écart reste invisible jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour agir efficacement.

Pour les élèves elles-mêmes

Si vous êtes une collégienne ou lycéenne en train de lire cet article : les maths ne sont pas une question de genre. Elles sont une question de travail, de méthode et de persévérance. Les données TIMSS ne mesurent pas un talent inné — elles mesurent le résultat d’un environnement. Changez l’environnement, et les résultats changent. Des milliers de filles brillent en mathématiques chaque année, y compris dans les concours les plus exigeants.


Nos recommandations

Chez Excellence Maths, nous accompagnons des élèves de tous profils, et nous constatons au quotidien que les écarts de performance ne résistent pas à un travail régulier et bien encadré. Voici nos recommandations concrètes :

5 actions pour contrer le décrochage en maths

  1. Agir dès le primaire. N’attendez pas le collège pour détecter un manque de confiance en maths. Proposez des exercices courts et réguliers dès le CE2-CM1.
  2. Normaliser l’erreur. En mathématiques, se tromper est le premier pas vers la compréhension. Chaque erreur corrigée est une leçon apprise. Bannissez les phrases du type « tu n’es pas fait(e) pour les maths ».
  3. Structurer la pratique. Un entraînement régulier de 20 à 30 minutes par jour vaut mieux qu’une session marathon avant un contrôle. Des ressources structurées permettent de progresser méthodiquement.
  4. Proposer des modèles. Parlez de mathématiciennes (Maryam Mirzakhani, Claire Voisin, Sophie Germain) pour casser le stéréotype du « génie masculin en maths ».
  5. Accompagner sans surprotéger. Laissez votre enfant chercher, buter, recommencer. L’autonomie face à la difficulté construit la confiance durablement.

L’étude de l’Unesco est un signal d’alarme collectif. Mais la réponse se joue d’abord à l’échelle individuelle : dans chaque foyer, dans chaque classe, dans chaque séance de travail. Les mathématiques ne connaissent ni genre ni plafond de verre — seulement des fondations solides ou fragiles. Notre rôle, en tant qu’éducateurs, parents et professeurs, est de s’assurer que chaque élève, fille ou garçon, construise les siennes avec la même solidité.

Si vous souhaitez accompagner votre enfant avec des cours structurés et exigeants, dispensés par un professeur diplômé de l’École Polytechnique, Excellence Maths propose un suivi personnalisé adapté à chaque niveau et à chaque profil.

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