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Pour décrire un nombre complexe non nul dans le plan, deux grandeurs suffisent : sa « longueur » — le module — et sa « direction » — l’argument. L’argument d’un nombre complexe est l’angle que fait le point correspondant avec l’axe des réels. Au programme de Terminale Maths Expertes et des classes préparatoires, c’est la clé pour passer de la forme algébrique aux formes trigonométrique et exponentielle, simplifier des produits et quotients, et résoudre des problèmes de géométrie complexe. Tu trouveras ici la définition précise, les propriétés fondamentales, une méthode de calcul en 3 cas, des exemples résolus pas à pas et des exercices corrigés.

I. Définition de l’argument d’un nombre complexe

Formule à retenir — Argument d’un nombre complexe

Soit \(z = a + ib\) un nombre complexe non nul, de module \(|z| = \sqrt{a^2 + b^2}\). L’argument de \(z\), noté \(\arg(z)\), est le réel \(\theta\) tel que :

\(\cos \theta = \displaystyle\frac{a}{|z|} \quad \text{et} \quad \sin \theta = \displaystyle\frac{b}{|z|}\)

Cet angle est défini modulo \(2\pi\) : si \(\theta\) convient, alors \(\theta + 2k\pi\) (avec \(k \in \mathbb{Z}\)) convient aussi.

A. Définition formelle et notation

Soit \(z \in \mathbb{C}^*\) (c’est-à-dire \(z \neq 0\)). Puisque \(|z| \neq 0\), on peut écrire :

\(z = |z|\left(\cos \theta + i \sin \theta\right)\)

Le réel \(\theta\) qui vérifie cette égalité est appelé un argument de \(z\). On le note \(\arg(z)\).

Attention : l’argument n’est pas unique. Si \(\theta_0\) est un argument de \(z\), alors \(\theta_0 + 2\pi\), \(\theta_0 – 2\pi\), \(\theta_0 + 4\pi\)… le sont aussi. On dit que l’argument est défini à \(2\pi\) près, ou « modulo \(2\pi\) ».

Exemple : Soit \(z = 1 + i\).

Son module vaut \(|z| = \sqrt{1^2 + 1^2} = \sqrt{2}\).

On cherche \(\theta\) tel que \(\cos \theta = \displaystyle\frac{1}{\sqrt{2}}\) et \(\sin \theta = \displaystyle\frac{1}{\sqrt{2}}\).

On reconnaît \(\theta = \displaystyle\frac{\pi}{4}\). Mais \(\displaystyle\frac{\pi}{4} + 2\pi = \displaystyle\frac{9\pi}{4}\) est aussi un argument de \(z\).

Pour écrire \(z\) sous forme exponentielle, on utilise la relation \(e^{i\theta} = \cos \theta + i \sin \theta\) (c’est la formule d’Euler). On obtient alors :

\(z = |z|\,e^{i\,\arg(z)}\)

C’est cette écriture qui rend l’argument si puissant : les multiplications deviennent des additions d’angles.

B. Argument principal

Pour lever l’ambiguïté de la définition « modulo \(2\pi\) », on choisit une convention :

Définition — Argument principal

L’argument principal de \(z \in \mathbb{C}^*\) est l’unique réel \(\theta_0 \in \,]-\pi\,;\,\pi]\) tel que \(\cos \theta_0 = \displaystyle\frac{a}{|z|}\) et \(\sin \theta_0 = \displaystyle\frac{b}{|z|}\).

En Terminale Maths Expertes, c’est la convention standard en France. Quand un énoncé demande « l’argument de \(z\) » sans précision, il attend l’argument principal dans \(]-\pi\,;\,\pi]\).

Autre convention : certains manuels (notamment universitaires) utilisent \([0\,;\,2\pi[\). En prépa, l’intervalle est généralement précisé dans l’énoncé. Lis toujours l’énoncé attentivement.

C. Interprétation géométrique dans le plan complexe

Dans le plan complexe, chaque nombre complexe \(z = a + ib\) est représenté par le point \(M\) d’affixe \(z\). L’argument de \(z\) est la mesure de l’angle orienté \(\left(\vec{Ox}\,,\,\overrightarrow{OM}\right)\), exprimée en radians.

Plan complexe (repère orthonormé). Axes Re (horizontal) et Im (vertical). Point M d'affixe z = a + ib placé dans le prem

Concrètement, l’argument te dit dans quelle direction pointe \(z\) depuis l’origine :

  • Si \(z\) est un réel positif (sur le demi-axe droit), son argument vaut \(0\).
  • Si \(z\) est un réel négatif (sur le demi-axe gauche), son argument vaut \(\pi\).
  • Si \(z\) est un imaginaire pur positif (sur le demi-axe vers le haut), son argument vaut \(\displaystyle\frac{\pi}{2}\).
  • Si \(z\) est un imaginaire pur négatif (sur le demi-axe vers le bas), son argument vaut \(-\displaystyle\frac{\pi}{2}\).

Retiens l’idée essentielle : le module mesure la distance du point à l’origine, et l’argument mesure la direction. Ces deux grandeurs définissent complètement le nombre complexe non nul.


II. Propriétés de l’argument

La force de l’argument réside dans une idée simple : multiplier des complexes revient à additionner leurs arguments. Voici les propriétés essentielles, toutes au programme.

A. Argument d’un produit et d’un quotient

Pour tous \(z_1, z_2 \in \mathbb{C}^*\) :

\(\arg(z_1 \, z_2) = \arg(z_1) + \arg(z_2) \pmod{2\pi}\) \(\arg\!\left(\displaystyle\frac{z_1}{z_2}\right) = \arg(z_1) – \arg(z_2) \pmod{2\pi}\)
Démonstration au programme (produit)

En forme exponentielle : \(z_1 = |z_1|\,e^{i\theta_1}\) et \(z_2 = |z_2|\,e^{i\theta_2}\).

Alors \(z_1 z_2 = |z_1|\,|z_2|\,e^{i\theta_1}\,e^{i\theta_2} = |z_1 z_2|\,e^{i(\theta_1 + \theta_2)}\).

Par identification, \(\arg(z_1 z_2) = \theta_1 + \theta_2 = \arg(z_1) + \arg(z_2) \pmod{2\pi}\). ∎

De même, pour un réel \(\lambda \neq 0\) et \(z \in \mathbb{C}^*\) :

  • Si \(\lambda\) > \(0\) : \(\arg(\lambda z) = \arg(z) \pmod{2\pi}\) (même direction).
  • Si \(\lambda\) < \(0\) : \(\arg(\lambda z) = \arg(z) + \pi \pmod{2\pi}\) (direction opposée).

B. Argument du conjugué, de l’opposé et de l’inverse

Pour tout \(z \in \mathbb{C}^*\) :

  • Conjugué : \(\arg(\bar{z}) = -\arg(z) \pmod{2\pi}\). Géométriquement, le conjugué \(\bar{z}\) est le symétrique de \(z\) par rapport à l’axe réel : l’angle change de signe.
  • Opposé : \(\arg(-z) = \arg(z) + \pi \pmod{2\pi}\). Le point \(-z\) est diamétralement opposé à \(z\) par rapport à l’origine.
  • Inverse : \(\arg\!\left(\displaystyle\frac{1}{z}\right) = -\arg(z) \pmod{2\pi}\). En effet, \(\arg(1/z) = \arg(1) – \arg(z) = 0 – \arg(z)\).

C. Argument d’une puissance et formule de Moivre

Pour tout \(z \in \mathbb{C}^*\) et tout \(n \in \mathbb{Z}\) :

\(\arg(z^n) = n \times \arg(z) \pmod{2\pi}\)

C’est une conséquence directe de la propriété du produit appliquée \(n\) fois. En forme trigonométrique, cette propriété s’écrit sous le nom de formule de Moivre :

\((\cos \theta + i \sin \theta)^n = \cos(n\theta) + i \sin(n\theta)\)

Cette formule, que tu retrouveras en détail dans la page sur la formule d’Euler, est un outil central pour le calcul de puissances et la recherche de racines n-ièmes.

Tableau récapitulatif

Propriétés de l'argument (modulo 2π)
Opération sur \(z\) Effet sur l’argument
\(z_1 \times z_2\) \(\arg(z_1) + \arg(z_2)\)
\(\displaystyle\frac{z_1}{z_2}\) \(\arg(z_1) – \arg(z_2)\)
\(\bar{z}\) (conjugué) \(-\arg(z)\)
\(-z\) (opposé) \(\arg(z) + \pi\)
\(\displaystyle\frac{1}{z}\) (inverse) \(-\arg(z)\)
\(z^n\) (puissance) \(n \times \arg(z)\)
\(\lambda z\) avec \(\lambda\) > \(0\) \(\arg(z)\) (inchangé)
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Fiche de révision — Argument d’un nombre complexe

Définition, tableau des arguments remarquables, propriétés et méthode en 3 cas : tout sur une seule page, prête à imprimer.

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III. Méthode : calculer l’argument en 3 cas

Le calcul de l’argument est la compétence la plus testée sur ce chapitre. Selon la forme dans laquelle \(z\) est donné, trois situations se présentent.

Arbre de décision — Quel cas utiliser ?

  1. \(z\) est un réel, un imaginaire pur, ou tu reconnais immédiatement un angle remarquable ? → Cas 1 (lecture directe).
  2. \(z\) est donné sous forme \(a + ib\) avec \(a\) et \(b\) explicites ? → Cas 2 (système cos/sin).
  3. \(z\) est un produit, un quotient ou une puissance de complexes connus ? → Cas 3 (propriétés de l’argument).

En cas de doute, reviens toujours au Cas 2 : c’est la méthode universelle.

A. Cas 1 — Reconnaissance directe (angles remarquables)

Si tu reconnais un nombre complexe classique, tu peux lire l’argument sans calcul. Voici les valeurs à connaître par cœur :

Arguments des nombres complexes remarquables
Nombre complexe \(z\) Module \(|z|\) Argument \(\arg(z)\)
\(1\) \(1\) \(0\)
\(-1\) \(1\) \(\pi\)
\(i\) \(1\) \(\displaystyle\frac{\pi}{2}\)
\(-i\) \(1\) \(-\displaystyle\frac{\pi}{2}\)
\(1 + i\) \(\sqrt{2}\) \(\displaystyle\frac{\pi}{4}\)
\(1 – i\) \(\sqrt{2}\) \(-\displaystyle\frac{\pi}{4}\)
\(\sqrt{3} + i\) \(2\) \(\displaystyle\frac{\pi}{6}\)
\(1 + i\sqrt{3}\) \(2\) \(\displaystyle\frac{\pi}{3}\)
\(-1 + i\sqrt{3}\) \(2\) \(\displaystyle\frac{2\pi}{3}\)
\(-\sqrt{3} + i\) \(2\) \(\displaystyle\frac{5\pi}{6}\)

Ce tableau se retrouve directement à partir des valeurs remarquables de cosinus et sinus. Si tu les connais bien, le Cas 1 est instantané.

B. Cas 2 — Forme algébrique \(z = a + ib\)

C’est la méthode la plus courante et la plus sûre. Elle fonctionne pour tout nombre complexe non nul.

Méthode pas à pas

  1. Calculer le module : \(|z| = \sqrt{a^2 + b^2}\).
  2. Former le système : \(\cos \theta = \displaystyle\frac{a}{|z|}\) et \(\sin \theta = \displaystyle\frac{b}{|z|}\).
  3. Résoudre simultanément : trouver l’unique \(\theta \in \,]-\pi\,;\,\pi]\) qui satisfait les deux équations à la fois.

La troisième étape est cruciale. La valeur de \(\cos \theta\) seule ne suffit pas à déterminer \(\theta\) de manière unique (deux angles dans \(]-\pi\,;\,\pi]\) ont le même cosinus). C’est le signe de \(\sin \theta\) qui tranche :

  • \(\sin \theta\) > \(0\) → le point est au-dessus de l’axe réel (quadrants I ou II).
  • \(\sin \theta\) < \(0\) → le point est en-dessous de l’axe réel (quadrants III ou IV).

Piège classique : ne jamais écrire arg(z) = arctan(b/a)

La formule \(\arctan\!\left(\displaystyle\frac{b}{a}\right)\) ne donne le bon résultat que si \(a\) > \(0\) (premier et quatrième quadrants). Pour \(a\) < \(0\), elle donne un angle dans le mauvais quadrant. Utilise toujours le système cos/sin.

En Python et à la calculatrice : la fonction atan2(b, a) (module math) gère automatiquement le quadrant et renvoie l’argument principal dans \(]-\pi\,;\,\pi]\). C’est l’équivalent informatique de notre méthode en 3 étapes.

C. Cas 3 — Propriétés combinées (produit, quotient)

Quand \(z\) est donné comme un produit, un quotient ou une puissance de nombres complexes dont tu connais déjà l’argument, le Cas 3 est souvent le plus rapide.

Exemple rapide : Calculer \(\arg\!\left((1+i)(\sqrt{3} + i)\right)\).

Au lieu de développer le produit et d’appliquer le Cas 2, utilise la propriété :

\(\arg\!\left((1+i)(\sqrt{3}+i)\right) = \arg(1+i) + \arg(\sqrt{3}+i) = \displaystyle\frac{\pi}{4} + \displaystyle\frac{\pi}{6} = \displaystyle\frac{5\pi}{12}\)

Résultat obtenu en une ligne, sans aucun calcul de module ni de système cos/sin.

Pense au Cas 3 chaque fois que tu vois un produit, un quotient, une puissance ou un conjugué de nombres complexes classiques.


IV. Exemples résolus (Terminale Maths Expertes)

Voici trois exemples complets, avec la rédaction attendue en contrôle. Chaque exemple utilise un cas différent.

🔵 Exemple 1 (★) — Cas 2 : argument de \(z = -\sqrt{3} + i\)

Énoncé : Déterminer le module et l’argument principal de \(z = -\sqrt{3} + i\).

Module : \(|z| = \sqrt{(-\sqrt{3})^2 + 1^2} = \sqrt{3 + 1} = 2\).

Système cos/sin :

\(\cos \theta = \displaystyle\frac{-\sqrt{3}}{2} \quad \text{et} \quad \sin \theta = \displaystyle\frac{1}{2}\)

Résolution : \(\cos \theta = -\displaystyle\frac{\sqrt{3}}{2}\) donne \(\theta = \displaystyle\frac{5\pi}{6}\) ou \(\theta = -\displaystyle\frac{5\pi}{6}\). Le signe de \(\sin \theta = \displaystyle\frac{1}{2}\) > \(0\) impose le deuxième quadrant.

Conclusion : \(\arg(z) = \displaystyle\frac{5\pi}{6}\) et \(z = 2\,e^{i\displaystyle\frac{5\pi}{6}}\).


🔵 Exemple 2 (★★) — Cas 2 dans le 4ᵉ quadrant : \(z = \sqrt{6} – i\sqrt{2}\)

Énoncé : Écrire \(z = \sqrt{6} – i\sqrt{2}\) sous forme exponentielle.

Module : \(|z| = \sqrt{6 + 2} = \sqrt{8} = 2\sqrt{2}\).

Système cos/sin :

\(\cos \theta = \displaystyle\frac{\sqrt{6}}{2\sqrt{2}} = \displaystyle\frac{\sqrt{3}}{2} \quad \text{et} \quad \sin \theta = \displaystyle\frac{-\sqrt{2}}{2\sqrt{2}} = -\displaystyle\frac{1}{2}\)

Résolution : \(\cos \theta = \displaystyle\frac{\sqrt{3}}{2}\) et \(\sin \theta = -\displaystyle\frac{1}{2}\) < \(0\) → quatrième quadrant.

Conclusion : \(\arg(z) = -\displaystyle\frac{\pi}{6}\) et \(z = 2\sqrt{2}\;e^{-i\displaystyle\frac{\pi}{6}}\).


🔵 Exemple 3 (★★) — Cas 3 : argument d’un quotient

Énoncé : Calculer le module et l’argument de \(z = \displaystyle\frac{1 + i\sqrt{3}}{1 – i}\).

Avec les propriétés (Cas 3) :

\(|z| = \displaystyle\frac{|1 + i\sqrt{3}|}{|1 – i|} = \displaystyle\frac{2}{\sqrt{2}} = \sqrt{2}\) \(\arg(z) = \arg(1 + i\sqrt{3}) – \arg(1 – i) = \displaystyle\frac{\pi}{3} – \left(-\displaystyle\frac{\pi}{4}\right) = \displaystyle\frac{\pi}{3} + \displaystyle\frac{\pi}{4} = \displaystyle\frac{7\pi}{12}\)

Conclusion : \(z = \sqrt{2}\;e^{i\displaystyle\frac{7\pi}{12}}\).

Note que sans le Cas 3, il aurait fallu développer le quotient en forme algébrique (multiplication par le conjugué du dénominateur), puis appliquer le Cas 2 — beaucoup plus long.

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V. Pour aller en prépa (MPSI/PCSI)

En classe préparatoire, l’argument est revisité avec un éclairage plus structurel. Voici les deux compléments essentiels et un exercice type concours.

🟠 A. L’argument comme morphisme de groupes

En CPGE, on formalise la propriété du produit en disant que l’application :

\(\arg : (\mathbb{C}^*, \times) \longrightarrow (\mathbb{R}/2\pi\mathbb{Z}, +)\)

est un morphisme de groupes. Cela signifie exactement que \(\arg(z_1 z_2) = \arg(z_1) + \arg(z_2)\).

  • Ce morphisme est surjectif : tout angle \(\theta \in \mathbb{R}\) est atteint (prendre \(z = e^{i\theta}\)).
  • Son noyau est \(\ker(\arg) = \mathbb{R}_+^*\) : les réels strictement positifs sont exactement les complexes d’argument nul.

Cette vision structurelle explique pourquoi les propriétés du tableau de la section II ne sont pas des formules « à apprendre » indépendamment : elles découlent toutes du fait que \(\arg\) est un morphisme.

🟠 B. Logarithme complexe

Définition — Logarithme complexe (hors programme Terminale)

Pour \(z \in \mathbb{C}^*\), on définit le logarithme complexe par :

\(\ln(z) = \ln|z| + i\,\arg(z)\)

Puisque \(\arg(z)\) est défini modulo \(2\pi\), le logarithme complexe est multivalué.

Cette définition étend le logarithme réel à \(\mathbb{C}^*\). Elle est cohérente : si \(z \in \mathbb{R}_+^*\), alors \(\arg(z) = 0\) et \(\ln(z) = \ln|z|\), on retrouve le logarithme classique. Tu approfondiras cette notion en deuxième année de prépa.

🔴 C. Exercice type concours corrigé

Énoncé : Soit \(\theta \in \,]0\,;\,\pi[\,\). Calculer le module et l’argument de \(z = 1 + e^{i\theta}\).

Voir la correction (rédaction concours)

On développe \(e^{i\theta} = \cos \theta + i\sin\theta\), d’où :

\(z = (1 + \cos\theta) + i\sin\theta\)

On utilise les formules de l’angle moitié (cf. factorisation par l’angle moitié) :

  • \(1 + \cos\theta = 2\cos^2\!\left(\displaystyle\frac{\theta}{2}\right)\)
  • \(\sin\theta = 2\sin\!\left(\displaystyle\frac{\theta}{2}\right)\cos\!\left(\displaystyle\frac{\theta}{2}\right)\)

D’où :

\(z = 2\cos\!\left(\displaystyle\frac{\theta}{2}\right)\left[\cos\!\left(\displaystyle\frac{\theta}{2}\right) + i\sin\!\left(\displaystyle\frac{\theta}{2}\right)\right] = 2\cos\!\left(\displaystyle\frac{\theta}{2}\right)\,e^{i\theta/2}\)

Pour \(\theta \in \,]0\,;\,\pi[\,\), on a \(\displaystyle\frac{\theta}{2} \in \left]0\,;\,\displaystyle\frac{\pi}{2}\right[\), donc \(\cos\!\left(\displaystyle\frac{\theta}{2}\right)\) > \(0\).

Conclusion :

\(|z| = 2\cos\!\left(\displaystyle\frac{\theta}{2}\right) \qquad \text{et} \qquad \arg(z) = \displaystyle\frac{\theta}{2}\)

Ce que le correcteur attend : la factorisation par \(\cos(\theta/2)\) doit être immédiate. L’étape clé est la vérification du signe de \(\cos(\theta/2)\) pour justifier le module. Tout candidat qui écrirait \(|z| = 2\cos(\theta/2)\) sans vérifier que ce facteur est positif perdrait des points.


VI. Exercices corrigés

Voici 5 exercices classés par difficulté croissante. Essaie de résoudre chaque exercice avant de consulter la correction.

★ Exercice 1 — Argument de \(z = -1 + i\)

Déterminer le module et l’argument principal de \(z = -1 + i\).

Voir la correction

Module : \(|z| = \sqrt{(-1)^2 + 1^2} = \sqrt{2}\).

Système cos/sin :

\(\cos \theta = \displaystyle\frac{-1}{\sqrt{2}} \quad \text{et} \quad \sin \theta = \displaystyle\frac{1}{\sqrt{2}}\)

\(\cos \theta = -\displaystyle\frac{\sqrt{2}}{2}\) et \(\sin \theta = \displaystyle\frac{\sqrt{2}}{2}\) > \(0\) → deuxième quadrant.

\(\arg(z) = \displaystyle\frac{3\pi}{4}\).


★ Exercice 2 — Puissance et forme exponentielle

Écrire \(z = (1+i)^2\) sous forme exponentielle. Vérifier en développant le produit.

Voir la correction

Méthode 1 (Cas 3, propriétés) :

\(|z| = |1+i|^2 = (\sqrt{2})^2 = 2\) \(\arg(z) = 2 \times \arg(1+i) = 2 \times \displaystyle\frac{\pi}{4} = \displaystyle\frac{\pi}{2}\)

Donc \(z = 2\,e^{i\pi/2}\).

Vérification (développement) :

\((1+i)^2 = 1 + 2i + i^2 = 1 + 2i – 1 = 2i\)

Or \(2i\) a pour module \(2\) et pour argument \(\displaystyle\frac{\pi}{2}\). ✓


★★ Exercice 3 — Quotient de complexes remarquables

Calculer le module et l’argument de \(z = \displaystyle\frac{1 + i\sqrt{3}}{1 + i}\).

Voir la correction

Modules : \(|1 + i\sqrt{3}| = \sqrt{1 + 3} = 2\) et \(|1+i| = \sqrt{2}\).

\(|z| = \displaystyle\frac{2}{\sqrt{2}} = \sqrt{2}\)

Arguments : \(\arg(1 + i\sqrt{3}) = \displaystyle\frac{\pi}{3}\) et \(\arg(1+i) = \displaystyle\frac{\pi}{4}\).

\(\arg(z) = \displaystyle\frac{\pi}{3} – \displaystyle\frac{\pi}{4} = \displaystyle\frac{4\pi – 3\pi}{12} = \displaystyle\frac{\pi}{12}\)

Conclusion : \(z = \sqrt{2}\;e^{i\pi/12}\).


★★ Exercice 4 — Retrouver un angle à partir du module

Soit \(z = 3 – 3i\). Déterminer la forme exponentielle de \(z\).

Voir la correction

Module : \(|z| = \sqrt{9 + 9} = \sqrt{18} = 3\sqrt{2}\).

Système cos/sin :

\(\cos \theta = \displaystyle\frac{3}{3\sqrt{2}} = \displaystyle\frac{1}{\sqrt{2}} = \displaystyle\frac{\sqrt{2}}{2} \quad \text{et} \quad \sin \theta = \displaystyle\frac{-3}{3\sqrt{2}} = -\displaystyle\frac{\sqrt{2}}{2}\)

\(\cos \theta = \displaystyle\frac{\sqrt{2}}{2}\) et \(\sin \theta\) < \(0\) → quatrième quadrant.

\(\arg(z) = -\displaystyle\frac{\pi}{4}\).

Conclusion : \(z = 3\sqrt{2}\;e^{-i\pi/4}\).


★★★ Exercice 5 — Module et argument d’une expression trigonométrique

Soit \(\alpha \in \left]-\displaystyle\frac{\pi}{2}\,;\,\displaystyle\frac{\pi}{2}\right[\), \(\alpha \neq 0\). On pose \(z = \displaystyle\frac{1 + i\tan\alpha}{1 – i\tan\alpha}\).

  1. Montrer que \(|z| = 1\).
  2. En déduire \(\arg(z)\) en fonction de \(\alpha\).
Voir la correction

1. Module :

\(|z| = \displaystyle\frac{|1 + i\tan\alpha|}{|1 – i\tan\alpha|} = \displaystyle\frac{\sqrt{1 + \tan^2\!\alpha}}{\sqrt{1 + \tan^2\!\alpha}} = 1\)

(Les modules du numérateur et du dénominateur sont égaux.)

2. Argument :

Remplaçons \(\tan\alpha = \displaystyle\frac{\sin\alpha}{\cos\alpha}\) :

\(z = \displaystyle\frac{1 + i\,\displaystyle\frac{\sin\alpha}{\cos\alpha}}{1 – i\,\displaystyle\frac{\sin\alpha}{\cos\alpha}} = \displaystyle\frac{\displaystyle\frac{\cos\alpha + i\sin\alpha}{\cos\alpha}}{\displaystyle\frac{\cos\alpha – i\sin\alpha}{\cos\alpha}} = \displaystyle\frac{\cos\alpha + i\sin\alpha}{\cos\alpha – i\sin\alpha}\)

En forme exponentielle :

\(z = \displaystyle\frac{e^{i\alpha}}{e^{-i\alpha}} = e^{2i\alpha}\)

Conclusion : \(|z| = 1\) et \(\arg(z) = 2\alpha\).


VII. Erreurs fréquentes et pièges classiques

Voici les trois erreurs les plus courantes sur les copies. Prends le temps de les lire — les éviter te fera gagner des points à chaque évaluation.

❌ Piège 1 — Utiliser arctan(b/a) sans vérifier le quadrant

Copie fautive : « Soit \(z = -1 + i\sqrt{3}\). On a \(\arg(z) = \arctan\!\left(\displaystyle\frac{\sqrt{3}}{-1}\right) = \arctan(-\sqrt{3}) = -\displaystyle\frac{\pi}{3}\). »

Diagnostic : La fonction \(\arctan\) renvoie une valeur dans \(\left]-\displaystyle\frac{\pi}{2}\,;\,\displaystyle\frac{\pi}{2}\right[\), ce qui correspond aux quadrants I et IV. Or ici \(a = -1\) < \(0\) et \(b = \sqrt{3}\) > \(0\) : le point est dans le quadrant II. L’angle \(-\displaystyle\frac{\pi}{3}\) est dans le quadrant IV — c’est faux.

✅ Correction : \(|z| = 2\), \(\cos \theta = -\displaystyle\frac{1}{2}\), \(\sin \theta = \displaystyle\frac{\sqrt{3}}{2}\) > \(0\) → \(\arg(z) = \displaystyle\frac{2\pi}{3}\).

❌ Piège 2 — Oublier le « modulo \(2\pi\) »

Quand tu utilises les propriétés, le résultat peut sortir de l’intervalle \(]-\pi\,;\,\pi]\).

Exemple : \(\arg(z_1) = \displaystyle\frac{3\pi}{4}\) et \(\arg(z_2) = \displaystyle\frac{3\pi}{4}\). Alors \(\arg(z_1 z_2) = \displaystyle\frac{3\pi}{2}\)… qui n’est pas dans \(]-\pi\,;\,\pi]\).

✅ Correction : \(\displaystyle\frac{3\pi}{2} – 2\pi = -\displaystyle\frac{\pi}{2}\). L’argument principal est \(-\displaystyle\frac{\pi}{2}\).

❌ Piège 3 — Confondre \(\arg(\bar{z})\) et \(\arg(z)\)

Le conjugué change le signe de l’argument : \(\arg(\bar{z}) = -\arg(z)\), pas \(\arg(z)\). Géométriquement, la symétrie par rapport à l’axe réel inverse l’angle.

En particulier, \(\arg(z \bar{z}) = \arg(z) + \arg(\bar{z}) = \arg(z) – \arg(z) = 0\). C’est cohérent : \(z\bar{z} = |z|^2 \in \mathbb{R}_+^*\).


VIII. Questions fréquentes

Comment calculer l'argument d'un nombre complexe ?

Trois méthodes selon la forme de \(z\). Cas 1 : reconnaissance directe si \(z\) est un nombre remarquable (réel, imaginaire pur, angle connu). Cas 2 : pour \(z = a + ib\), calculer \(|z|\) puis résoudre le système \(\cos \theta = \displaystyle\frac{a}{|z|}\) et \(\sin \theta = \displaystyle\frac{b}{|z|}\). Cas 3 : si \(z\) est un produit ou quotient de complexes connus, utiliser \(\arg(z_1 z_2) = \arg(z_1) + \arg(z_2)\).

Qu'est-ce que l'argument principal d'un nombre complexe ?

L’argument principal de \(z\) est l’unique valeur de \(\arg(z)\) dans l’intervalle \(]-\pi\,;\,\pi]\). C’est la convention standard en Terminale Maths Expertes en France. Par exemple, \(\arg(-1) = \pi\) (et pas \(-\pi\) ou \(3\pi\)).

Quelles sont les propriétés de l'argument d'un nombre complexe ?

Les propriétés essentielles (toutes modulo \(2\pi\)) : \(\arg(z_1 z_2) = \arg(z_1) + \arg(z_2)\), \(\arg(z_1/z_2) = \arg(z_1) – \arg(z_2)\), \(\arg(\bar{z}) = -\arg(z)\), \(\arg(-z) = \arg(z) + \pi\), \(\arg(z^n) = n \cdot \arg(z)\). Toutes découlent du fait que \(\arg\) transforme les produits en sommes.

Quel est l'argument du nombre complexe 4 + 3i ?

Appliquons le Cas 2. Module : \(|z| = \sqrt{16 + 9} = 5\). Système : \(\cos \theta = \displaystyle\frac{4}{5}\) et \(\sin \theta = \displaystyle\frac{3}{5}\). Puisque \(\cos \theta\) > \(0\) et \(\sin \theta\) > \(0\), le point est dans le premier quadrant. On a \(\arg(4+3i) = \arctan\!\left(\displaystyle\frac{3}{4}\right) \approx 0{,}6435\) rad (environ \(36{,}87°\)). Ce n’est pas un angle remarquable.

Quelle est la différence entre module et argument d'un nombre complexe ?

Le module \(|z|\) mesure la distance du point \(M(z)\) à l’origine : c’est un réel positif. L’argument \(\arg(z)\) mesure la direction de \(M(z)\) par rapport à l’axe réel : c’est un angle en radians. Ensemble, ils forment les « coordonnées polaires » de \(z\). Le module est défini pour tout \(z \in \mathbb{C}\) (y compris \(0\)), tandis que l’argument n’existe que pour \(z \neq 0\).

Pourquoi l'argument est-il défini modulo 2π ?

Parce qu’un tour complet du plan correspond à un angle de \(2\pi\) radians. Le point \(M(z)\) est au même endroit que tu mesures l’angle à \(\theta\) ou à \(\theta + 2\pi\). C’est exactement comme une horloge : 13h et 1h indiquent la même position de l’aiguille.

L'argument de 0 existe-t-il ?

Non. Le nombre \(0\) est le seul complexe qui n’a pas d’argument. Géométriquement, le point \(O\) (l’origine) ne définit aucune direction : le vecteur \(\overrightarrow{OO}\) est le vecteur nul, qui n’a pas d’angle. C’est pour cela que l’argument est défini uniquement sur \(\mathbb{C}^* = \mathbb{C} \setminus \{0\}\).


IX. Pour aller plus loin

Tu maîtrises maintenant la définition, les propriétés et les méthodes de calcul de l’argument d’un nombre complexe. Pour approfondir et consolider tes acquis :

Et pour une vue d’ensemble du chapitre, retrouve le cours complet sur les nombres complexes.

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