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Toute fonction périodique suffisamment régulière se décompose en somme de sinusoïdes : c’est le principe des séries de Fourier (Fourier series en anglais). Outil fondamental de l’analyse harmonique, elles interviennent en physique mathématique, traitement du signal et résolution d’EDP. Ce cours couvre définitions, théorèmes de convergence (Dirichlet, Parseval), six exemples calculés pas à pas et exercices corrigés — conforme au programme MP/PC/PSI 2025-2026.
I. Définitions et Coefficients de Fourier
L’idée centrale est de projeter une fonction périodique sur une base orthogonale de fonctions trigonométriques. Cette projection produit les coefficients de Fourier, qui mesurent la « quantité » de chaque harmonique présente dans le signal.
A. Fonctions périodiques et système trigonométrique
On travaille dans l’espace \(L^2_{2\pi}\) des fonctions \(2\pi\)-périodiques de carré intégrable, muni du produit scalaire :
\(\langle f, g \rangle = \displaystyle\frac{1}{\pi} \int_{-\pi}^{\pi} f(t)\,\overline{g(t)}\,\mathrm{d}t\)et de la norme associée \(\|f\| = \sqrt{\langle f, f \rangle}\).
Système trigonométrique orthogonal
La famille \(\{1, \cos(nt), \sin(nt)\}_{n \geq 1}\) est orthogonale pour ce produit scalaire :
- \(\langle 1, 1 \rangle = 2\), \(\langle \cos(mt), \cos(nt) \rangle = \delta_{mn}\) pour \(m, n \geq 1\)
- \(\langle \sin(mt), \sin(nt) \rangle = \delta_{mn}\) pour \(m, n \geq 1\)
- \(\langle \cos(mt), \sin(nt) \rangle = 0\) pour tous \(m, n\)
Cette orthogonalité se vérifie par calcul direct des intégrales, en linéarisant les produits trigonométriques. Géométriquement, on dispose d’une base orthogonale de l’espace de Hilbert \(L^2_{2\pi}\), et décomposer une fonction en série de Fourier revient à la projeter orthogonalement sur chacun des vecteurs de cette base.
B. Coefficients de Fourier réels \((a_0, a_n, b_n)\)
Définition — Coefficients de Fourier réels
Soit \(f \in L^2_{2\pi}\). Les coefficients de Fourier de \(f\) sont :
\(a_0(f) = \displaystyle\frac{1}{\pi} \int_{-\pi}^{\pi} f(t)\,\mathrm{d}t\)
\(\forall\, n \geq 1, \quad a_n(f) = \displaystyle\frac{1}{\pi} \int_{-\pi}^{\pi} f(t)\cos(nt)\,\mathrm{d}t\)
\(\forall\, n \geq 1, \quad b_n(f) = \displaystyle\frac{1}{\pi} \int_{-\pi}^{\pi} f(t)\sin(nt)\,\mathrm{d}t\)
La série de Fourier de \(f\) est alors :
\(S(f)(t) = \displaystyle\frac{a_0}{2} + \sum_{n=1}^{+\infty} \bigl[a_n \cos(nt) + b_n \sin(nt)\bigr]\)
Piège classique — Le facteur 1/2 devant \(a_0\)
La série commence par \(\displaystyle\frac{a_0}{2}\), pas par \(a_0\). Ce facteur provient de la norme du vecteur constant : \(\|1\|^2 = 2\), tandis que \(\|\cos(nt)\|^2 = 1\). Oublier ce 1/2 fausse tous les calculs en aval (Parseval notamment).
Les sommes partielles (ou sommes de Fourier d’ordre \(N\)) sont notées :
\(S_N(f)(t) = \displaystyle\frac{a_0}{2} + \sum_{n=1}^{N} \bigl[a_n \cos(nt) + b_n \sin(nt)\bigr]\)La question fondamentale est : la suite \((S_N(f))_{N \geq 0}\) converge-t-elle vers \(f\), et en quel sens ?
C. Coefficients de Fourier complexes \((c_n)\)
La forme exponentielle complexe est souvent plus commode pour les calculs et pour la théorie.
Définition — Coefficients de Fourier complexes
Soit \(f \in L^2_{2\pi}\). Pour tout \(n \in \mathbb{Z}\) :
\(c_n(f) = \displaystyle\frac{1}{2\pi} \int_{-\pi}^{\pi} f(t)\,e^{-int}\,\mathrm{d}t\)
La série de Fourier s’écrit alors :
\(S(f)(t) = \sum_{n = -\infty}^{+\infty} c_n\,e^{int}\)
Relations entre coefficients réels et complexes. Pour \(f\) à valeurs réelles :
- \(c_0 = \displaystyle\frac{a_0}{2}\)
- \(\forall\, n \geq 1, \quad c_n = \displaystyle\frac{a_n – i\,b_n}{2}, \qquad c_{-n} = \displaystyle\frac{a_n + i\,b_n}{2} = \overline{c_n}\)
En particulier, pour \(f\) réelle : \(c_{-n} = \overline{c_n}\), ce qui signifie que le spectre est symétrique.
D. Harmoniques et spectre de Fourier
L’harmonique de rang \(n\) est la composante \(a_n \cos(nt) + b_n \sin(nt)\) (ou \(c_n e^{int} + c_{-n} e^{-int}\)). Elle oscille à la fréquence \(n\) (en multiples de la fréquence fondamentale). Le spectre d’amplitude est la suite \((|c_n|)_{n \in \mathbb{Z}}\) : il visualise la répartition de l’énergie entre les différentes fréquences.
Le spectre du créneau (que l’on calculera en section V) décroît en \(\displaystyle\frac{1}{|n|}\) : le signal carré est riche en harmoniques, ce qui explique le phénomène de Gibbs aux discontinuités.
II. Propriétés des Coefficients de Fourier
Plusieurs propriétés permettent de simplifier considérablement le calcul des coefficients et de contrôler le comportement de la série. Maîtrise-les avant de te lancer dans les exemples.
A. Parité et simplification des coefficients
Propriété — Parité
- Si \(f\) est paire : \(\forall\, n \geq 1, \; b_n = 0\) et \(a_n = \displaystyle\frac{2}{\pi}\int_0^{\pi} f(t)\cos(nt)\,\mathrm{d}t\).
La série de Fourier est une série en cosinus. - Si \(f\) est impaire : \(\forall\, n \geq 0, \; a_n = 0\) et \(b_n = \displaystyle\frac{2}{\pi}\int_0^{\pi} f(t)\sin(nt)\,\mathrm{d}t\).
La série de Fourier est une série en sinus.
Premier réflexe en DS : toujours étudier la parité de \(f\) avant de calculer. Si \(f\) est paire, tu divises le nombre de coefficients à calculer par deux et tu intègres uniquement sur \([0, \pi]\).
B. Changement de période
Si \(f\) est \(2T\)-périodique (au lieu de \(2\pi\)-périodique), on pose \(\omega = \displaystyle\frac{\pi}{T}\) et les formules deviennent :
\(a_n = \displaystyle\frac{1}{T}\int_{-T}^{T} f(t)\cos(n\omega t)\,\mathrm{d}t, \qquad b_n = \displaystyle\frac{1}{T}\int_{-T}^{T} f(t)\sin(n\omega t)\,\mathrm{d}t\) \(S(f)(t) = \displaystyle\frac{a_0}{2} + \sum_{n=1}^{+\infty}\bigl[a_n\cos(n\omega t) + b_n\sin(n\omega t)\bigr]\)En pratique, tu peux aussi effectuer le changement de variable \(u = \displaystyle\frac{\pi t}{T}\) pour te ramener au cas \(2\pi\)-périodique.
C. Lemme de Riemann-Lebesgue ⋆
Lemme de Riemann-Lebesgue
Soit \(f \in L^1_{2\pi}\). Alors \(c_n(f) \underset{|n| \to +\infty}{\longrightarrow} 0\).
Autrement dit : \(a_n(f) \to 0\) et \(b_n(f) \to 0\) quand \(n \to +\infty\).
Démonstration (cas \(f\) de classe \(\mathcal{C}^1\) par morceaux) ⋆. Une intégration par parties donne, pour \(n \neq 0\) :
\(a_n(f) = \displaystyle\frac{1}{\pi}\int_{-\pi}^{\pi}f(t)\cos(nt)\,\mathrm{d}t = \displaystyle\frac{1}{n\pi}\Bigl[f(t)\sin(nt)\Bigr]_{-\pi}^{\pi} – \displaystyle\frac{1}{n\pi}\int_{-\pi}^{\pi}f^\prime(t)\sin(nt)\,\mathrm{d}t\)Le crochet s’annule par \(2\pi\)-périodicité, d’où \(a_n(f) = -\displaystyle\frac{b_n(f^\prime)}{n}\). L’inégalité de Bessel appliquée à \(f^\prime\) garantit que \(\sum b_n(f^\prime)^2\) converge, donc \(b_n(f^\prime) \to 0\), et \(a_n(f) = O\!\left(\displaystyle\frac{1}{n}\right) \to 0\). Même raisonnement pour \(b_n(f)\). ■
Vitesse de décroissance et régularité : plus \(f\) est régulière, plus les coefficients décroissent vite. Si \(f \in \mathcal{C}^k\), alors \(c_n = O(1/|n|^k)\). C’est un outil puissant pour étudier la convergence normale de la série.
D. Inégalité de Bessel et égalité de Parseval ⋆
Théorème (Inégalité de Bessel)
Pour toute \(f \in L^2_{2\pi}\) :
\(\displaystyle\frac{a_0^2}{2} + \sum_{n=1}^{+\infty}(a_n^2 + b_n^2) \leq \displaystyle\frac{1}{\pi}\int_{-\pi}^{\pi}|f(t)|^2\,\mathrm{d}t\)
Démonstration ⋆. Pour tout \(N \in \mathbb{N}\), la somme partielle \(S_N(f)\) est la projection orthogonale de \(f\) sur l’espace engendré par \(\{1, \cos(t), \sin(t), \ldots, \cos(Nt), \sin(Nt)\}\). Par le théorème de Pythagore dans \(L^2_{2\pi}\) :
\(\|f – S_N(f)\|^2 = \|f\|^2 – \|S_N(f)\|^2 \geq 0\)Or, par orthogonalité :
\(\|S_N(f)\|^2 = \displaystyle\frac{a_0^2}{2} + \sum_{n=1}^{N}(a_n^2 + b_n^2)\)D’où \(\displaystyle\frac{a_0^2}{2} + \sum_{n=1}^{N}(a_n^2 + b_n^2) \leq \|f\|^2\) pour tout \(N\). Le passage à la limite \(N \to +\infty\) donne l’inégalité de Bessel. ■
Théorème (Égalité de Parseval) ⋆
Pour toute \(f \in L^2_{2\pi}\) :
\(\displaystyle\frac{a_0^2}{2} + \sum_{n=1}^{+\infty}(a_n^2 + b_n^2) = \displaystyle\frac{1}{\pi}\int_{-\pi}^{\pi}|f(t)|^2\,\mathrm{d}t\)
Ou en forme complexe : \(\sum_{n=-\infty}^{+\infty}|c_n|^2 = \displaystyle\frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}|f(t)|^2\,\mathrm{d}t\)
Idée de la démonstration ⋆. L’inégalité de Bessel donne le sens \(\leq\). Pour le sens \(\geq\), il suffit de montrer que le système trigonométrique est total dans \(L^2_{2\pi}\) : tout élément de \(L^2_{2\pi}\) est limite (en norme \(L^2\)) de polynômes trigonométriques. Cela résulte du théorème de Fejér (les moyennes de Cesàro des sommes partielles convergent uniformément vers \(f\) continue) ou du théorème d’approximation de Weierstrass trigonométrique. La totalité entraîne \(\|f – S_N(f)\| \to 0\), d’où \(\|S_N(f)\| \to \|f\|\), ce qui donne l’égalité. ■
L’arme secrète de Parseval : cette égalité permet de calculer des sommes de séries numériques à partir de la connaissance des coefficients de Fourier. Décompose une fonction bien choisie, applique Parseval, et tu obtiens une identité remarquable (par exemple \(\zeta(2)\), \(\zeta(4)\)). Voir les applications en section V.E.
Fiche de révision — Séries de Fourier
Toutes les formules, théorèmes et méthodes en une page recto-verso. Le condensé parfait pour tes révisions et tes colles.
📄 Télécharger la fiche PDFRésume l’essentiel pour ne plus jamais sécher sur un coefficient ou un théorème.
III. Théorèmes de Convergence
Calculer les coefficients de Fourier ne suffit pas : il faut savoir en quel sens la série converge vers \(f\). Trois modes de convergence interviennent en CPGE, chacun avec ses hypothèses propres. La convergence des séries de Fourier est un cas particulier de la théorie générale de la convergence des séries de fonctions.
A. Théorème de Dirichlet — Convergence ponctuelle ⋆
Théorème de Dirichlet (convergence ponctuelle)
Soit \(f\) une fonction \(2\pi\)-périodique, continue par morceaux et \(\mathcal{C}^1\) par morceaux sur \(\mathbb{R}\). Alors pour tout \(t \in \mathbb{R}\) :
\(S_N(f)(t) \underset{N \to +\infty}{\longrightarrow} \displaystyle\frac{f(t^+) + f(t^-)}{2}\)
En particulier, en tout point de continuité de \(f\) : \(S(f)(t) = f(t)\).
La preuve complète repose sur l’étude du noyau de Dirichlet \(D_N(t) = \displaystyle\frac{\sin\!\left((N+\displaystyle\frac{1}{2})t\right)}{2\pi\sin(t/2)}\) et sur le lemme de Riemann-Lebesgue. Elle est généralement admise en CPGE, mais l’énoncé précis est exigible.
Piège concours — La demi-somme aux discontinuités
Aux points de discontinuité, la série ne converge ni vers \(f(t^+)\) ni vers \(f(t^-)\), mais vers leur demi-somme. Oublier ce point dans un exercice de concours coûte systématiquement des points.
B. Convergence uniforme et convergence normale
Théorème (convergence uniforme)
Si \(f\) est \(2\pi\)-périodique, continue et \(\mathcal{C}^1\) par morceaux, alors la série de Fourier de \(f\) converge uniformément vers \(f\) sur \(\mathbb{R}\).
Critère pratique de convergence normale. Si \(\sum_{n \geq 1}(|a_n| + |b_n|)\) converge (ou si \(\sum_{n \in \mathbb{Z}}|c_n|\) converge), alors la série de Fourier converge normalement — donc uniformément — sur \(\mathbb{R}\). En pratique, on utilise la décroissance des coefficients : si \(f \in \mathcal{C}^2\) et \(2\pi\)-périodique, alors \(c_n = O(1/n^2)\) et la série \(\sum |c_n|\) converge (comparaison à une série de Riemann d’exposant 2). Plus généralement, pour la convergence des séries de fonctions en convergence normale, voir le cours sur les séries de fonctions.
C. Convergence en moyenne quadratique
L’égalité de Parseval se reformule comme un résultat de convergence \(L^2\) :
\(\|f – S_N(f)\|^2 = \|f\|^2 – \left(\displaystyle\frac{a_0^2}{2} + \sum_{n=1}^{N}(a_n^2 + b_n^2)\right) \underset{N \to +\infty}{\longrightarrow} 0\)Autrement dit : \(S_N(f) \to f\) en norme \(L^2\), pour toute \(f \in L^2_{2\pi}\) — sans aucune hypothèse de régularité supplémentaire. C’est le mode de convergence le plus faible mais le plus général.
Interprétation géométrique : \(S_N(f)\) est la meilleure approximation de \(f\) au sens des moindres carrés, parmi tous les polynômes trigonométriques de degré \(\leq N\). C’est la projection orthogonale dans \(L^2_{2\pi}\). Parseval dit que ces projections approchent \(f\) aussi bien que l’on veut.
D. Phénomène de Gibbs
Au voisinage d’un point de discontinuité, les sommes partielles \(S_N(f)\) présentent un dépassement (« overshoot ») qui ne disparaît pas quand \(N \to +\infty\) : il se concentre sur un intervalle de plus en plus étroit, mais son amplitude tend vers une constante universelle.
Pour le signal créneau par exemple, le dépassement maximal vaut environ \(9\%\) de l’amplitude du saut, quelle que soit la valeur de \(N\). Plus précisément :
\(\sup_{t} S_N(f)(t) \underset{N \to +\infty}{\longrightarrow} \displaystyle\frac{1}{\pi}\int_0^{\pi}\displaystyle\frac{\sin u}{u}\,\mathrm{d}u \approx 1{,}179\)alors que \(f(t) = 1\) pour \(t\) > \(0\). Ce phénomène est intrinsèque à la convergence ponctuelle des séries de Fourier au voisinage des discontinuités.
IV. Méthode — Décomposer une Fonction en Série de Fourier
Voici la démarche systématique à suivre pour tout exercice de décomposition en série de Fourier.
A. Les 6 étapes
Méthode en 6 étapes
- Identifier la période \(2T\) de \(f\). Si \(T = \pi\), tu utilises les formules standard. Sinon, adapte avec \(\omega = \displaystyle\frac{\pi}{T}\).
- Étudier la parité de \(f\). Si \(f\) est paire : \(b_n = 0\). Si \(f\) est impaire : \(a_n = 0\).
- Calculer \(a_0\) (ou \(c_0\)), qui est souvent la moyenne de \(f\) sur une période.
- Calculer \(a_n\) et \(b_n\) (ou \(c_n\)) par intégration. Utiliser les intégrations par parties, la linéarité des intégrales sur les morceaux de \(f\), ou le passage en forme exponentielle.
- Écrire la série de Fourier \(S(f)\).
- Conclure sur la convergence : appliquer le théorème de Dirichlet pour la convergence ponctuelle, vérifier si les hypothèses de convergence uniforme sont réunies, et exploiter le résultat (somme de série, identité remarquable).
B. Astuces de calcul
Astuces pour aller plus vite
- Linéarité par morceaux : si \(f\) est définie par morceaux, intègre séparément sur chaque morceau.
- Forme complexe : pour les fonctions type \(e^{\alpha t}\), les coefficients complexes \(c_n\) se calculent en une seule intégrale au lieu de deux.
- Dérivation : si tu connais la série de Fourier de \(f\) et que \(f \in \mathcal{C}^1\), les coefficients de \(f^\prime\) se déduisent : \(c_n(f^\prime) = in \cdot c_n(f)\).
- Exploiter les symétries : une translation \(f(t – t_0)\) multiplie \(c_n\) par \(e^{-int_0}\).
V. Exemples Calculés et Applications
Appliquons la méthode à six fonctions classiques. Chaque exemple débouche sur un résultat remarquable — somme de série ou identité analytique — fréquemment exploité en concours.
A. Signal créneau (fonction signe)
Soit \(f\) la fonction \(2\pi\)-périodique définie par :
\(f(t) = \begin{cases} 1 & \text{si } t \in \;]0, \pi[ \\ -1 & \text{si } t \in \;]{-\pi}, 0[ \\ 0 & \text{si } t \in \{0, \pi\} \end{cases}\)Étape 1–2. La période est \(2\pi\). La fonction \(f\) est impaire, donc \(a_n = 0\) pour tout \(n \geq 0\).
Étape 3–4. Calcul de \(b_n\) :
\(b_n = \displaystyle\frac{2}{\pi}\int_0^{\pi}\sin(nt)\,\mathrm{d}t = \displaystyle\frac{2}{n\pi}\bigl[1 – \cos(n\pi)\bigr] = \displaystyle\frac{2}{n\pi}\bigl(1 – (-1)^n\bigr)\)D’où : \(b_n = 0\) si \(n\) pair, et \(b_n = \displaystyle\frac{4}{n\pi}\) si \(n\) impair.
Étape 5. Série de Fourier :
\(S(f)(t) = \displaystyle\frac{4}{\pi}\sum_{k=0}^{+\infty}\displaystyle\frac{\sin\bigl((2k+1)t\bigr)}{2k+1}\)
Étape 6. Par Dirichlet (en tout point de continuité), \(S(f)(t) = f(t)\). En \(t = \displaystyle\frac{\pi}{2}\) :
\(1 = \displaystyle\frac{4}{\pi}\left(1 – \displaystyle\frac{1}{3} + \displaystyle\frac{1}{5} – \displaystyle\frac{1}{7} + \cdots\right)\)Résultat — Formule de Leibniz-Gregory
\(\sum_{k=0}^{+\infty}\displaystyle\frac{(-1)^k}{2k+1} = \displaystyle\frac{\pi}{4}\)
B. Fonction \(x^2\) sur \([-\pi, \pi]\)
Soit \(f(t) = t^2\), prolongée par \(2\pi\)-périodicité. La fonction est paire, donc \(b_n = 0\).
\(a_0 = \displaystyle\frac{2}{\pi}\int_0^{\pi}t^2\,\mathrm{d}t = \displaystyle\frac{2\pi^2}{3}\)Pour \(n \geq 1\), deux intégrations par parties successives donnent :
\(\int_0^{\pi}t^2\cos(nt)\,\mathrm{d}t = \displaystyle\frac{2\pi(-1)^n}{n^2}\)D’où \(a_n = \displaystyle\frac{4(-1)^n}{n^2}\). La série de Fourier est :
\(t^2 = \displaystyle\frac{\pi^2}{3} + 4\sum_{n=1}^{+\infty}\displaystyle\frac{(-1)^n\cos(nt)}{n^2} \qquad \forall\, t \in [-\pi, \pi]\)(Convergence uniforme car \(f\) est continue et \(\mathcal{C}^1\) par morceaux.)
Applications. En évaluant en \(t = \pi\) :
\(\pi^2 = \displaystyle\frac{\pi^2}{3} + 4\sum_{n=1}^{+\infty}\displaystyle\frac{1}{n^2} \quad \Longrightarrow \quad \sum_{n=1}^{+\infty}\displaystyle\frac{1}{n^2} = \displaystyle\frac{\pi^2}{6}\)En évaluant en \(t = 0\) :
\(0 = \displaystyle\frac{\pi^2}{3} + 4\sum_{n=1}^{+\infty}\displaystyle\frac{(-1)^n}{n^2} \quad \Longrightarrow \quad \sum_{n=1}^{+\infty}\displaystyle\frac{(-1)^{n+1}}{n^2} = \displaystyle\frac{\pi^2}{12}\)C. Fonction \(|x|\) sur \([-\pi, \pi]\)
Soit \(f(t) = |t|\) prolongée par \(2\pi\)-périodicité. La fonction est paire, donc \(b_n = 0\).
\(a_0 = \displaystyle\frac{2}{\pi}\int_0^{\pi}t\,\mathrm{d}t = \pi\)Pour \(n \geq 1\), une intégration par parties donne :
\(a_n = \displaystyle\frac{2}{\pi}\int_0^{\pi}t\cos(nt)\,\mathrm{d}t = \displaystyle\frac{2}{\pi n^2}\bigl((-1)^n – 1\bigr)\)Donc \(a_n = 0\) si \(n\) pair, et \(a_n = -\displaystyle\frac{4}{\pi n^2}\) si \(n\) impair. La série de Fourier est :
\(|t| = \displaystyle\frac{\pi}{2} – \displaystyle\frac{4}{\pi}\sum_{k=0}^{+\infty}\displaystyle\frac{\cos\bigl((2k+1)t\bigr)}{(2k+1)^2} \qquad \forall\, t \in [-\pi, \pi]\)En \(t = 0\) : \(0 = \displaystyle\frac{\pi}{2} – \displaystyle\frac{4}{\pi}\sum_{k=0}^{+\infty}\displaystyle\frac{1}{(2k+1)^2}\), d’où \(\sum_{k=0}^{+\infty}\displaystyle\frac{1}{(2k+1)^2} = \displaystyle\frac{\pi^2}{8}\), et l’on retrouve \(\zeta(2) = \displaystyle\frac{\pi^2}{6}\).
D. Dent de scie et fonction exponentielle
Dent de scie. Soit \(f(t) = t\) sur \(]-\pi, \pi[\), prolongée par \(2\pi\)-périodicité. La fonction est impaire, donc \(a_n = 0\).
\(b_n = \displaystyle\frac{2}{\pi}\int_0^{\pi}t\sin(nt)\,\mathrm{d}t = \displaystyle\frac{2(-1)^{n+1}}{n}\) \(t = 2\sum_{n=1}^{+\infty}\displaystyle\frac{(-1)^{n+1}\sin(nt)}{n} \qquad \forall\, t \in \;]{-\pi}, \pi[\)En \(t = \displaystyle\frac{\pi}{2}\), on retrouve \(\sum_{k=0}^{+\infty}\displaystyle\frac{(-1)^k}{2k+1} = \displaystyle\frac{\pi}{4}\).
Fonction exponentielle \(e^t\). Ici, \(f\) n’est ni paire ni impaire. Les coefficients complexes sont plus commodes :
\(c_n = \displaystyle\frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}e^t\,e^{-int}\,\mathrm{d}t = \displaystyle\frac{1}{2\pi}\cdot\displaystyle\frac{e^{(1-in)\pi} – e^{-(1-in)\pi}}{1-in}\)En factorisant \((-1)^n = e^{\pm in\pi}\) :
\(c_n = \displaystyle\frac{(-1)^n\,\mathrm{sh}(\pi)}{\pi(1-in)}\)Les coefficients réels s’en déduisent : \(a_n = \displaystyle\frac{2(-1)^n\,\mathrm{sh}(\pi)}{\pi(1+n^2)}\) et \(b_n = -\displaystyle\frac{2n(-1)^n\,\mathrm{sh}(\pi)}{\pi(1+n^2)}\).
Variante — \(\mathrm{ch}(\lambda t)\) sur \([-\pi, \pi]\)
La fonction \(f(t) = \mathrm{ch}(\lambda t)\) (\(\lambda \in \mathbb{R} \setminus \{0\}\)) est paire, donc \(b_n = 0\). Un calcul analogue donne \(a_n = \displaystyle\frac{2\lambda(-1)^n\,\mathrm{sh}(\lambda\pi)}{\pi(\lambda^2 + n^2)}\). Ce résultat est très utile pour les sommes du type \(\sum \displaystyle\frac{1}{\lambda^2 + n^2}\).
E. Sommes de séries classiques via Parseval
L’application la plus spectaculaire de la théorie de Fourier est le calcul de sommes de séries numériques. La stratégie : décomposer une fonction bien choisie, puis appliquer Parseval.
Calcul de \(\zeta(4) = \displaystyle\frac{\pi^4}{90}\). On applique Parseval à \(f(t) = t^2\) :
\(\displaystyle\frac{1}{\pi}\int_{-\pi}^{\pi}t^4\,\mathrm{d}t = \displaystyle\frac{a_0^2}{2} + \sum_{n=1}^{+\infty}a_n^2\) \(\displaystyle\frac{2\pi^4}{5} = \displaystyle\frac{1}{2}\left(\displaystyle\frac{2\pi^2}{3}\right)^2 + 16\sum_{n=1}^{+\infty}\displaystyle\frac{1}{n^4} = \displaystyle\frac{2\pi^4}{9} + 16\,\zeta(4)\)Résultat
\(\zeta(4) = \sum_{n=1}^{+\infty}\displaystyle\frac{1}{n^4} = \displaystyle\frac{\pi^4}{90}\)
Calcul de \(\sum \displaystyle\frac{1}{1+n^2}\). On applique Parseval à \(f(t) = e^t\) :
\(\displaystyle\frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}e^{2t}\,\mathrm{d}t = \sum_{n=-\infty}^{+\infty}|c_n|^2 = \displaystyle\frac{\mathrm{sh}^2(\pi)}{\pi^2}\sum_{n=-\infty}^{+\infty}\displaystyle\frac{1}{1+n^2}\)Le membre de gauche vaut \(\displaystyle\frac{\mathrm{sh}(2\pi)}{2\pi} = \displaystyle\frac{\mathrm{sh}(\pi)\,\mathrm{ch}(\pi)}{\pi}\). Après simplification :
Résultat
\(\sum_{n=-\infty}^{+\infty}\displaystyle\frac{1}{1+n^2} = \pi\,\mathrm{coth}(\pi) \qquad \text{et} \qquad \sum_{n=1}^{+\infty}\displaystyle\frac{1}{1+n^2} = \displaystyle\frac{\pi\,\mathrm{coth}(\pi) – 1}{2}\)
Le tableau suivant récapitule les coefficients et les résultats obtenus :
| Fonction \(f(t)\) | Parité | Coefficients non nuls | Résultat remarquable |
|---|---|---|---|
| Créneau | Impaire | \(b_n = \displaystyle\frac{4}{n\pi}\) (\(n\) impair) | \(\sum \displaystyle\frac{(-1)^k}{2k+1} = \displaystyle\frac{\pi}{4}\) |
| \(t^2\) | Paire | \(a_n = \displaystyle\frac{4(-1)^n}{n^2}\) | \(\zeta(2) = \displaystyle\frac{\pi^2}{6}\), \(\zeta(4) = \displaystyle\frac{\pi^4}{90}\) |
| \(|t|\) | Paire | \(a_n = -\displaystyle\frac{4}{\pi n^2}\) (\(n\) impair) | \(\sum \displaystyle\frac{1}{(2k+1)^2} = \displaystyle\frac{\pi^2}{8}\) |
| Dent de scie (\(t\)) | Impaire | \(b_n = \displaystyle\frac{2(-1)^{n+1}}{n}\) | \(\sum \displaystyle\frac{(-1)^k}{2k+1} = \displaystyle\frac{\pi}{4}\) |
| \(e^t\) | Aucune | \(c_n = \displaystyle\frac{(-1)^n\,\mathrm{sh}(\pi)}{\pi(1-in)}\) | \(\sum \displaystyle\frac{1}{1+n^2} = \displaystyle\frac{\pi\,\mathrm{coth}(\pi) – 1}{2}\) |
VI. Exercices Corrigés
Voici cinq exercices classés par difficulté croissante, représentatifs des questions de DS et de concours. Pour un entraînement intensif, consulte notre banque de exercices corrigés sur les séries de Fourier.
Exercice 1 ★★ — Série de Fourier de \(\cos^2(t)\)
Décomposer \(f(t) = \cos^2(t)\) en série de Fourier. Commenter le résultat.
Voir la correction
La formule de linéarisation donne immédiatement :
\(\cos^2(t) = \displaystyle\frac{1 + \cos(2t)}{2}\)C’est déjà un polynôme trigonométrique ! La série de Fourier est « finie » : \(a_0 = 1\), \(a_2 = \displaystyle\frac{1}{2}\), tous les autres coefficients sont nuls.
Commentaire : Cet exercice rappelle que les formules de trigonométrie sont des cas particuliers de décomposition de Fourier. C’est un contrôle de cohérence utile.
Exercice 2 ★★★ — Série de Fourier de \(|\sin(t)|\)
Calculer les coefficients de Fourier de \(f(t) = |\sin(t)|\) et en déduire la valeur de \(\sum_{n=1}^{+\infty}\displaystyle\frac{1}{4n^2-1}\).
Voir la correction
La fonction \(|\sin(t)|\) est paire et \(\pi\)–périodique (donc aussi \(2\pi\)-périodique). Puisqu’elle est paire : \(b_n = 0\).
\(a_0 = \displaystyle\frac{2}{\pi}\int_0^{\pi}\sin(t)\,\mathrm{d}t = \displaystyle\frac{4}{\pi}\)Pour \(n \geq 1\) :
\(a_n = \displaystyle\frac{2}{\pi}\int_0^{\pi}\sin(t)\cos(nt)\,\mathrm{d}t\)En linéarisant : \(\sin(t)\cos(nt) = \displaystyle\frac{1}{2}\bigl[\sin((n+1)t) – \sin((n-1)t)\bigr]\) (pour \(n \neq 1\)).
Après calcul : \(a_n = -\displaystyle\frac{2}{\pi}\cdot\displaystyle\frac{1+(-1)^n}{n^2 – 1}\) pour \(n \geq 2\), et \(a_1 = 0\).
Pour \(n\) impair (\(n \geq 3\)) : \(a_n = 0\). Pour \(n = 2p\) pair : \(a_{2p} = -\displaystyle\frac{4}{\pi(4p^2 – 1)}\).
\(|\sin(t)| = \displaystyle\frac{2}{\pi} – \displaystyle\frac{4}{\pi}\sum_{p=1}^{+\infty}\displaystyle\frac{\cos(2pt)}{4p^2-1}\)En \(t = 0\) : \(0 = \displaystyle\frac{2}{\pi} – \displaystyle\frac{4}{\pi}\sum_{p=1}^{+\infty}\displaystyle\frac{1}{4p^2-1}\), d’où :
\(\sum_{n=1}^{+\infty}\displaystyle\frac{1}{4n^2-1} = \displaystyle\frac{1}{2}\)Exercice 3 ★★★ — Parseval et \(\zeta(4)\)
En appliquant l’égalité de Parseval à la fonction \(f(t) = t^2\) sur \([-\pi, \pi]\), retrouver \(\zeta(4) = \displaystyle\frac{\pi^4}{90}\).
Voir la correction
D’après la section V.B, les coefficients de \(f(t)=t^2\) sont \(a_0 = \displaystyle\frac{2\pi^2}{3}\) et \(a_n = \displaystyle\frac{4(-1)^n}{n^2}\). Parseval donne :
\(\displaystyle\frac{1}{\pi}\int_{-\pi}^{\pi}t^4\,\mathrm{d}t = \displaystyle\frac{a_0^2}{2} + \sum_{n=1}^{+\infty}a_n^2\)Membre de gauche : \(\displaystyle\frac{2\pi^4}{5}\). Membre de droite : \(\displaystyle\frac{2\pi^4}{9} + 16\,\zeta(4)\).
Résolution : \(16\,\zeta(4) = \displaystyle\frac{2\pi^4}{5} – \displaystyle\frac{2\pi^4}{9} = \displaystyle\frac{8\pi^4}{45}\), d’où \(\zeta(4) = \displaystyle\frac{\pi^4}{90}\). ■
Exercice 4 ★★★★ — Décomposition de \(\cos(\alpha t)\) et cotangente
Soit \(\alpha \in \mathbb{R} \setminus \mathbb{Z}\). On considère \(f(t) = \cos(\alpha t)\) sur \([-\pi, \pi]\), prolongée par \(2\pi\)-périodicité.
- Calculer les coefficients de Fourier de \(f\).
- En déduire le développement en éléments simples de la cotangente : \(\pi\,\mathrm{cotan}(\pi\alpha) = \displaystyle\frac{1}{\alpha} + \sum_{n=1}^{+\infty}\displaystyle\frac{2\alpha}{\alpha^2 – n^2}\).
Voir la correction
1. La fonction \(f(t) = \cos(\alpha t)\) est paire, donc \(b_n = 0\). Pour \(n \geq 0\) :
\(a_n = \displaystyle\frac{2}{\pi}\int_0^{\pi}\cos(\alpha t)\cos(nt)\,\mathrm{d}t\)Linéarisation : \(\cos(\alpha t)\cos(nt) = \displaystyle\frac{1}{2}\bigl[\cos((\alpha+n)t) + \cos((\alpha-n)t)\bigr]\).
Après intégration (valide car \(\alpha \notin \mathbb{Z}\)) :
\(a_n = \displaystyle\frac{1}{\pi}\left[\displaystyle\frac{\sin((\alpha+n)\pi)}{\alpha+n} + \displaystyle\frac{\sin((\alpha-n)\pi)}{\alpha-n}\right] = \displaystyle\frac{2\alpha(-1)^n\sin(\alpha\pi)}{\pi(\alpha^2-n^2)}\)2. Par Dirichlet, la série converge vers \(f(t)\) en tout point de continuité. En \(t = \pi\) (point de continuité du prolongement périodique, attention aux hypothèses) :
\(\cos(\alpha\pi) = \displaystyle\frac{\sin(\alpha\pi)}{\pi\alpha} + \displaystyle\frac{2\alpha\sin(\alpha\pi)}{\pi}\sum_{n=1}^{+\infty}\displaystyle\frac{1}{\alpha^2-n^2}\)En divisant par \(\sin(\alpha\pi)\) (non nul car \(\alpha \notin \mathbb{Z}\)) :
\(\pi\,\mathrm{cotan}(\pi\alpha) = \displaystyle\frac{1}{\alpha} + \sum_{n=1}^{+\infty}\displaystyle\frac{2\alpha}{\alpha^2-n^2}\)C’est le développement en éléments simples de \(\pi\,\mathrm{cotan}(\pi\alpha)\), un résultat classique d’analyse complexe retrouvé ici par Fourier. ■
Exercice 5 ★★★★ — Convergence normale et Parseval (type concours)
Soit \(f\) la fonction \(2\pi\)-périodique définie par \(f(t) = e^{-|t|}\) pour \(t \in [-\pi, \pi]\).
- Calculer les coefficients de Fourier de \(f\).
- Montrer que la série de Fourier de \(f\) converge normalement sur \(\mathbb{R}\).
- En déduire la valeur de \(\sum_{n=1}^{+\infty}\displaystyle\frac{1}{(1+n^2)^2}\).
Voir la correction
1. La fonction \(f(t) = e^{-|t|}\) est paire, donc \(b_n = 0\).
\(a_0 = \displaystyle\frac{2}{\pi}\int_0^{\pi}e^{-t}\,\mathrm{d}t = \displaystyle\frac{2(1 – e^{-\pi})}{\pi}\)Pour \(n \geq 1\) :
\(a_n = \displaystyle\frac{2}{\pi}\int_0^{\pi}e^{-t}\cos(nt)\,\mathrm{d}t = \displaystyle\frac{2}{\pi}\cdot\displaystyle\frac{1-(-1)^n e^{-\pi}}{1+n^2}\)(par la formule \(\int e^{-t}\cos(nt)\,\mathrm{d}t = \displaystyle\frac{e^{-t}(-\cos(nt)+n\sin(nt))}{1+n^2}\)).
2. Pour \(n \geq 1\) : \(|a_n| \leq \displaystyle\frac{2}{\pi}\cdot\displaystyle\frac{1+e^{-\pi}}{1+n^2} \leq \displaystyle\frac{C}{n^2}\). La série \(\sum |a_n|\) converge par comparaison à la série de Riemann d’exposant 2. La série de Fourier converge donc normalement sur \(\mathbb{R}\).
3. Parseval appliqué à \(f\) :
\(\displaystyle\frac{1}{\pi}\int_{-\pi}^{\pi}e^{-2|t|}\,\mathrm{d}t = \displaystyle\frac{a_0^2}{2} + \sum_{n=1}^{+\infty}a_n^2\)Membre de gauche : \(\displaystyle\frac{2}{\pi}\int_0^{\pi}e^{-2t}\,\mathrm{d}t = \displaystyle\frac{1-e^{-2\pi}}{\pi}\).
Membre de droite : \(\displaystyle\frac{2(1-e^{-\pi})^2}{\pi^2} + \displaystyle\frac{4}{\pi^2}\sum_{n=1}^{+\infty}\displaystyle\frac{(1-(-1)^n e^{-\pi})^2}{(1+n^2)^2}\).
En développant et en séparant les termes, on peut isoler \(\sum \displaystyle\frac{1}{(1+n^2)^2}\) (exercice de calcul que le correcteur attend mené jusqu’au bout). Le résultat final s’exprime en fonction de \(\pi\), \(e^{-\pi}\) et \(\mathrm{coth}(\pi)\). ■
VII. Erreurs Fréquentes et Pièges Concours
Les copies de concours en séries de Fourier contiennent des erreurs récurrentes. En voici les plus coûteuses, avec le diagnostic et la correction.
Erreur 1 — Oublier le facteur \(\displaystyle\frac{1}{2}\) devant \(a_0\)
❌ Copie fautive : « \(S(f)(t) = a_0 + \sum a_n\cos(nt) + b_n\sin(nt)\) »
→ Diagnostic : Le coefficient constant de la série est \(\displaystyle\frac{a_0}{2}\), pas \(a_0\). Cette erreur fausse Parseval et tous les calculs de sommes.
✅ Correction : \(S(f)(t) = \displaystyle\frac{a_0}{2} + \sum_{n=1}^{+\infty}(a_n\cos(nt) + b_n\sin(nt))\)
Erreur 2 — Écrire \(S(f)(t_0) = f(t_0)\) en un point de discontinuité
❌ Copie fautive : « Par Dirichlet, la série converge vers \(f(0) = 1\) en \(t = 0\) » (alors que \(f\) est discontinue en 0).
→ Diagnostic : Dirichlet donne la demi-somme des limites latérales, pas la valeur de \(f\).
✅ Correction : « Par Dirichlet, \(S(f)(0) = \displaystyle\frac{f(0^+) + f(0^-)}{2}\). »
Erreur 3 — Mauvaise normalisation dans Parseval
❌ Copie fautive : « \(\int_{-\pi}^{\pi}|f|^2 = \displaystyle\frac{a_0^2}{2} + \sum(a_n^2+b_n^2)\) »
→ Diagnostic : Il manque le facteur \(\displaystyle\frac{1}{\pi}\) devant l’intégrale. Sans lui, toutes les sommes de séries calculées sont fausses d’un facteur \(\pi\).
✅ Correction : \(\displaystyle\frac{1}{\pi}\int_{-\pi}^{\pi}|f(t)|^2\,\mathrm{d}t = \displaystyle\frac{a_0^2}{2} + \sum_{n=1}^{+\infty}(a_n^2+b_n^2)\)
Erreur 4 — Affirmer la convergence uniforme sans vérifier les hypothèses
❌ Copie fautive : « \(f\) est continue donc sa série de Fourier converge uniformément. »
→ Diagnostic : La continuité seule ne suffit pas ! Le théorème de convergence uniforme requiert que \(f\) soit continue et \(\mathcal{C}^1\) par morceaux. Alternativement, il faut montrer la convergence de \(\sum |c_n|\) (convergence normale).
✅ Correction : Vérifier que \(f\) est \(\mathcal{C}^1\) par morceaux, ou majorer \(|c_n|\) et montrer que \(\sum |c_n|\) converge.
Erreur 5 — Signe dans les coefficients complexes
❌ Copie fautive : « \(c_n = \displaystyle\frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}f(t)\,e^{int}\,\mathrm{d}t\) »
→ Diagnostic : L’exponentielle dans la définition de \(c_n\) porte un signe moins : \(e^{-int}\). L’inverse du signe donne les coefficients de \(\overline{f}\), pas de \(f\).
✅ Correction : \(c_n = \displaystyle\frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}f(t)\,e^{-int}\,\mathrm{d}t\)
VIII. Questions Fréquentes
Quelle est la formule générale de la série de Fourier ?
La série de Fourier d’une fonction \(f\) de période \(2\pi\) s’écrit \(S(f)(t) = \displaystyle\frac{a_0}{2} + \sum_{n=1}^{+\infty}(a_n\cos(nt) + b_n\sin(nt))\), où \(a_n = \displaystyle\frac{1}{\pi}\int_{-\pi}^{\pi}f(t)\cos(nt)\,\mathrm{d}t\) et \(b_n = \displaystyle\frac{1}{\pi}\int_{-\pi}^{\pi}f(t)\sin(nt)\,\mathrm{d}t\). La forme complexe équivalente utilise \(c_n = \displaystyle\frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}f(t)\,e^{-int}\,\mathrm{d}t\).
Quelle est la différence entre une série de Fourier et une transformée de Fourier ?
La série de Fourier s’applique aux fonctions périodiques : elle les décompose en somme discrète de sinusoïdes (spectre discret, indexé par \(n \in \mathbb{Z}\)). La transformée de Fourier s’applique aux fonctions définies sur \(\mathbb{R}\) tout entier (typiquement intégrables) : elle produit un spectre continu (une fonction de la fréquence \(\xi \in \mathbb{R}\)). La transformée de Fourier généralise la série de Fourier au cas non périodique.
Qu'est-ce qu'une série de Fourier en termes simples ?
C’est la décomposition d’un signal périodique en une somme de sinusoïdes de fréquences multiples de la fréquence fondamentale. Comme un prisme décompose la lumière blanche en couleurs, la série de Fourier décompose un signal complexe en ses composantes harmoniques élémentaires. Chaque coefficient de Fourier mesure « combien » de chaque harmonique est présent dans le signal.
Le théorème de Parseval est-il exigible aux concours CPGE ?
L’énoncé de l’égalité de Parseval est systématiquement exigible (il faut le connaître par cœur). La démonstration complète (qui repose sur la totalité du système trigonométrique dans \(L^2\)) dépend de l’implémentation du programme dans chaque lycée. En revanche, l’inégalité de Bessel et sa démonstration (projection orthogonale + Pythagore) sont clairement exigibles. En concours, savoir appliquer Parseval pour calculer une somme de série est une compétence fondamentale.
Comment savoir si une série de Fourier converge uniformément ?
Deux critères principaux : (1) Si \(f\) est continue et \(\mathcal{C}^1\) par morceaux, sa série de Fourier converge uniformément. (2) Si \(\sum |c_n|\) converge (convergence normale), la série converge uniformément. En pratique, on majore \(|c_n|\) : si \(f \in \mathcal{C}^k\) avec \(k \geq 2\), alors \(c_n = O(1/n^k)\) et la convergence normale est assurée. Attention : la continuité seule ne suffit pas.
Quel est le lien entre séries de Fourier et séries de fonctions ?
Une série de Fourier est un cas particulier de série de fonctions, où les fonctions sont les \(t \mapsto c_n e^{int}\) (ou \(a_n\cos(nt) + b_n\sin(nt)\)). Les théorèmes généraux sur les séries de fonctions (convergence simple, uniforme, normale, interversion avec l’intégrale ou la dérivée) s’appliquent. De même, les séries entières \(\sum a_n z^n\) sont un autre cas particulier. La théorie des séries de Fourier enrichit ce cadre avec des résultats spécifiques (Dirichlet, Parseval) liés à l’orthogonalité.
Pour Aller Plus Loin
Tu maîtrises maintenant les définitions, propriétés et techniques de calcul des séries de Fourier. Pour consolider et approfondir :
- Exercices corrigés : séries de Fourier — 15 exercices classés par difficulté, du DS au concours X-ENS
- Séries de fonctions : convergence simple, uniforme, normale — le cadre général dont les séries de Fourier sont un cas particulier
- Séries entières — l’autre grande famille de séries de fonctions au programme
- Séries de Riemann — critère de comparaison essentiel pour la convergence des coefficients
- Vue d’ensemble : toutes les séries en mathématiques — pilier du cocon, vue synthétique
Références bibliographiques :
- X. Gourdon, Les maths en tête — Analyse, Ellipses
- Ramis, Deschamps, Odoux, Cours de mathématiques spéciales — Analyse, Dunod
- Francinou, Gianella, Nicolas, Oraux X-ENS — Analyse 3, Cassini
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