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En 2026, l’École polytechnique et les écoles du concours Centrale-Supélec rejoignent une initiative lancée par les ENS : lutter contre les biais de genre dans le recrutement de leurs concours. Un signal fort, qui touche directement les filières où les maths règnent en maîtres. Mais que change réellement cette alliance pour les candidates et candidats de prépa ? Notre analyse.

L’essentiel en 30 secondes

  • L’info : en 2026, l’École polytechnique et les écoles du concours Centrale-Supélec s’associent à une initiative des ENS contre les biais de genre aux concours.
  • Pourquoi c’est important : ces concours sélectionnent l’élite scientifique française, où les femmes restent largement minoritaires, notamment dans les filières les plus mathématiques.
  • Ce que ça change pour les élèves : un travail sur les jurys, les sujets et les statistiques de réussite, sans toucher au principe d’égalité de traitement à l’épreuve.
  • L’avis Excellence Maths : une avancée saine, à condition de ne jamais abaisser le niveau d’exigence. La meilleure arme reste une préparation solide en maths.

Les faits : que s’est-il passé ?

Le 22 juin 2026, l’École polytechnique a publié un communiqué annonçant son association, aux côtés des écoles du concours Centrale-Supélec, à une initiative pilotée par les Écoles normales supérieures (ENS). L’objectif affiché : lutter contre les biais de genre dans les processus de recrutement par concours.

Les ENS travaillent depuis plusieurs années sur cette question. Leurs études internes ont mis en évidence des écarts statistiques entre les performances des candidates et des candidats à certaines étapes des concours, en particulier au passage de l’écrit à l’oral. En s’associant à cette démarche, l’X et Centrale-Supélec étendent le périmètre de l’analyse à l’ensemble des grandes filières scientifiques de classe préparatoire : MP, MPI, PC, PSI, PT et, dans une moindre mesure, BCPST.

Concrètement, le communiqué de Polytechnique évoque plusieurs axes de travail :

  • Une analyse statistique fine des résultats, étape par étape et discipline par discipline, pour identifier où se creusent les écarts.
  • Un travail de sensibilisation et de formation des jurys, notamment pour les oraux, où l’évaluation comporte une part d’appréciation humaine.
  • Une attention portée à la formulation des sujets et aux conditions de passage des épreuves.

Il faut être très clair sur un point que le communiqué souligne : il ne s’agit en aucun cas d’instaurer des quotas, ni de modifier les barèmes ou d’introduire une discrimination positive à la correction. Le principe d’anonymat à l’écrit et d’égalité de traitement reste la colonne vertébrale de ces concours. L’enjeu est de neutraliser les biais éventuels, pas d’avantager un genre au détriment de l’autre.

Le contexte chiffré explique cette mobilisation. Dans les filières les plus mathématiques, comme la MP ou la MPI, la proportion de femmes admises dans les écoles les plus prestigieuses plafonne souvent autour de 20 à 25 %, parfois moins. À l’École polytechnique, la part de femmes dans les promotions reste minoritaire malgré des progrès.

Or les ENS, l’X et Centrale-Supélec forment une part déterminante des futurs chercheurs, ingénieurs et enseignants-chercheurs du pays. Le déséquilibre de genre à l’entrée se répercute mécaniquement sur des décennies de carrières scientifiques.

Cette alliance entre les trois pôles d’excellence (ENS, Polytechnique, Centrale-Supélec) est inédite par son ampleur. Elle envoie un message institutionnel : la question des biais de genre n’est plus traitée par chaque école isolément, mais devient un chantier commun aux concours scientifiques les plus sélectifs de France.


Analyse : pourquoi c’est important pour les maths

Cette initiative touche le cœur du système : les maths sont la discipline reine des concours scientifiques, et c’est précisément là que les écarts de genre sont les plus marqués. Comprendre ce qui se joue exige de distinguer deux choses très différentes : la performance réelle et le biais d’évaluation.

Commençons par les données. Les études des ENS ne disent pas que les candidates réussissent moins bien parce qu’elles seraient moins compétentes en maths : ce serait faux, et démenti par les résultats au baccalauréat et dans le supérieur. Elles pointent un phénomène plus subtil : à niveau écrit comparable, le passage à l’oral peut faire apparaître des écarts.

L’oral, par nature, comporte une part d’interaction humaine, donc une porte ouverte aux biais inconscients du jury. C’est là, et seulement là, qu’un travail de neutralisation a du sens.

Pourquoi est-ce un sujet spécifiquement mathématique ? Parce que les stéréotypes de genre sur les maths sont parmi les plus tenaces et les plus précoces. Plusieurs études internationales montrent que l’écart de confiance en soi en maths entre filles et garçons apparaît dès le primaire, alors même que les écarts de performance sont négligeables à cet âge.

Ce déficit de confiance, pas de compétence, se traduit ensuite par une autocensure dans les choix d’orientation. Moins de filles en spécialité maths au lycée, moins en MP et MPI, donc moins de candidates aux concours les plus sélectifs. Le tuyau se rétrécit à chaque étage.

Le piège à éviter dans l’interprétation

Lutter contre les biais de genre ne signifie pas « rendre les maths plus faciles » ni « baisser le niveau ». Le niveau d’exigence d’un sujet de Centrale-Supélec ou de l’X reste identique pour tous. L’objectif est que la note reflète uniquement la copie et la prestation, jamais le genre du candidat. C’est une question de justice de l’évaluation, pas de nivellement.

Il faut saluer le réalisme de la méthode choisie. Plutôt que d’imposer des quotas (une solution qui aurait fragilisé la légitimité des admises et trahi le principe méritocratique du concours), les trois pôles misent sur la mesure statistique et la formation des jurys. C’est l’approche que défend Excellence Maths : on ne corrige pas un déséquilibre en abaissant la barre, mais en s’assurant qu’elle est mesurée avec le même instrument pour tous.

Historiquement, ces concours ont déjà su évoluer sans rien céder sur l’exigence. L’introduction de l’anonymat à l’écrit, il y a des décennies, a été une révolution discrète mais décisive pour l’équité. La démarche de 2026 s’inscrit dans cette continuité : améliorer la fiabilité de l’évaluation orale, là où l’anonymat est impossible. Si tu prépares les oraux de Centrale-Supélec ou les oraux de Polytechnique, c’est exactement cette étape qui est dans le viseur.

Le véritable levier, cependant, se situe bien en amont du concours. Tant qu’un nombre insuffisant de filles s’orientera vers les spécialités les plus mathématiques au lycée et en prépa, aucune réforme des jurys ne suffira à rééquilibrer mécaniquement les promotions. La bataille des biais de genre se gagne d’abord en classe de seconde et de première, quand se construisent, ou se brisent, les vocations scientifiques.


Conséquences concrètes par profil

Pour les candidates en prépa

Concrètement, rien ne change dans ta façon de travailler. Tu seras évaluée sur les mêmes barèmes, les mêmes sujets, avec la même exigence que tout le monde. L’initiative vise à garantir que ta prestation à l’oral soit jugée sur sa seule valeur scientifique. Le message à retenir : ta place dans ces écoles, tu la gagnes par ton niveau en maths, en physique et par ta rigueur. Ne laisse aucun stéréotype te faire douter de ta légitimité à viser l’X, une ENS ou Centrale. Une préparation méthodique, structurée par un plan de révision en maths solide, reste ton meilleur atout.

Pour les candidats

L’égalité de traitement joue dans les deux sens. Cette démarche ne te désavantage pas : elle ne crée aucun quota et ne réserve aucune place. Elle fiabilise simplement la correction des oraux pour que chacun soit jugé sur sa copie et sa prestation. Ta stratégie ne change pas : maîtrise du programme, entraînement intensif sur les annales, et gestion de l’épreuve orale.

Pour les parents

Les parents peuvent voir dans cette annonce un signal rassurant sur l’intégrité des concours : les grandes écoles prennent au sérieux l’équité de leur recrutement, sans renoncer à leur exigence. Le rôle le plus utile se joue bien avant la prépa. Les parents peuvent encourager leur enfant (fille comme garçon) à ne pas s’autocensurer dans le choix de la spécialité maths au lycée, et à viser haut. Les écarts de confiance en maths se construisent tôt ; un environnement familial qui valorise l’effort et la persévérance scientifique fait une réelle différence.

Pour les professeurs de prépa

Pour les enseignants, l’enjeu est double : repérer et encourager les talents sans préjugé, et préparer l’ensemble des élèves à l’oral avec la même intensité. La formation des jurys évoquée par les écoles fait écho à une vigilance que beaucoup de professeurs cultivent déjà : évaluer la pensée mathématique, pas la personne. Pour celles et ceux qui guident leurs élèves vers le concours Centrale-Supélec, c’est l’occasion de rappeler que l’excellence n’a pas de genre.


Nos recommandations

Chez Excellence Maths, nous saluons une initiative équilibrée, qui cible la fiabilité de l’évaluation sans toucher au niveau d’exigence. C’est la bonne approche. Mais ne perdons pas de vue l’essentiel : aucune réforme des jurys ne remplacera jamais le travail acharné qui sépare un candidat admis d’un candidat recalé.

Voici notre position en trois points concrets :

  • Mise tout sur ton niveau réel. Que tu sois une candidate ou un candidat, ta meilleure protection contre tout aléa, c’est un niveau qui ne laisse aucune place au doute. Un raisonnement maîtrisé, une copie claire, une prestation orale assurée : voilà ce qui décide. Construis ta progression sur les annales corrigées, étape par étape.
  • Ne t’autocensure jamais. Si tu hésites à viser l’X, une ENS ou Centrale parce que « ce n’est pas pour les gens comme moi », interroge cette croyance. Ces écoles cherchent des esprits scientifiques rigoureux et travailleurs, point. Le classement des prépas et des écoles ne sélectionne ni par genre ni par origine, mais par résultats.
  • Travaille l’oral autant que l’écrit. C’est l’étape où se concentre l’attention des écoles, et c’est aussi celle que beaucoup négligent. L’oral se prépare : posture, gestion du tableau, verbalisation du raisonnement. Entraîne-toi en conditions réelles le plus tôt possible.

L’alliance ENS–Polytechnique–Centrale-Supélec de 2026 est une bonne nouvelle pour l’équité de nos concours scientifiques. Elle ne dispense personne du seul vrai sésame : la maîtrise des maths. C’est là-dessus que nous t’accompagnons, sans relâche et sans concession sur l’exigence.

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