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En classe préparatoire, tu seras confronté à des intégrales dont l’intervalle d’intégration n’est plus un segment borné, ou dont l’intégrande explose au voisinage d’une borne. Les intégrales généralisées (aussi appelées intégrales impropres) sont le cadre rigoureux qui donne un sens à ces situations. Elles interviennent dans le calcul de la transformée de Laplace, de l’intégrale de Gauss, des séries de Fourier, et apparaissent dans la quasi-totalité des épreuves de concours (X, Mines-Ponts, Centrale). Maîtriser leurs critères de convergence, c’est s’assurer des points certains le jour J.

Tu trouveras ici la définition formelle, les critères de comparaison et d’Abel, les intégrales classiques (Riemann, Bertrand, Dirichlet, Fresnel), une méthode systématique en 5 étapes, 8 exercices corrigés progressifs et les pièges les plus fréquents en rédaction de concours.

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I. Définition d’une intégrale généralisée

Dans le cours de l’intégrale de Riemann, l’intégrale \(\displaystyle\int_a^b f(t)\,dt\) est définie pour \(f\) continue par morceaux sur un segment \([a,b]\). Deux situations échappent à ce cadre : lorsqu’une borne est infinie, ou lorsque la fonction n’est pas bornée au voisinage d’une borne. C’est précisément l’objet des intégrales généralisées : étendre la notion d’intégrale au-delà du cadre des segments.

A. Intégrale impropre en borne supérieure infinie

Définition — Convergence en \(+\infty\)

Soit \(f : [a, +\infty[ \to \mathbb{R}\) continue par morceaux. On dit que l’intégrale \(\displaystyle\int_a^{+\infty} f(t)\,dt\) converge si la fonction

\(\displaystyle F(x) = \int_a^x f(t)\,dt\)

admet une limite finie lorsque \(x \to +\infty\). On pose alors :

\(\displaystyle\int_a^{+\infty} f(t)\,dt = \lim_{x \to +\infty} \int_a^x f(t)\,dt\)

Si cette limite n’existe pas ou est infinie, on dit que l’intégrale diverge.

Concrètement, l’idée est simple : on intègre sur \([a, x]\), puis on regarde ce qui se passe quand \(x\) grandit sans borne. Si la « quantité d’aire » se stabilise, l’intégrale converge. Si elle explose ou oscille, l’intégrale diverge.

🟢 Exemple fondamental : Montrons que \(\displaystyle\int_0^{+\infty} e^{-t}\,dt\) converge.

Pour \(x\) > \(0\), on calcule :

\(\displaystyle\int_0^x e^{-t}\,dt = \left[-e^{-t}\right]_0^x = 1 – e^{-x}\)

Quand \(x \to +\infty\), \(e^{-x} \to 0\), donc \(\displaystyle\int_0^{+\infty} e^{-t}\,dt = 1\).

🟢 Contre-exemple : L’intégrale \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{dt}{t}\) diverge.

En effet, \(\displaystyle\int_1^x \frac{dt}{t} = \ln(x) \xrightarrow[x \to +\infty]{} +\infty\).

La fonction \(\frac{1}{t}\) ne décroît pas « assez vite » vers \(0\) pour que l’aire sous sa courbe soit finie. Ce cas limite (\(\frac{1}{t}\) en \(+\infty\)) est fondamental et tu dois le connaître par cœur.

On définit de manière analogue l’intégrale en borne inférieure infinie :

\(\displaystyle\int_{-\infty}^b f(t)\,dt = \lim_{x \to -\infty} \int_x^b f(t)\,dt\)

B. Intégrale impropre en un point singulier

L’autre situation classique survient quand la fonction n’est pas définie (ou n’est pas bornée) en une borne de l’intervalle.

Définition — Convergence en un point singulier

Soit \(f : [a, b[ \to \mathbb{R}\) continue par morceaux, avec \(f\) non bornée au voisinage de \(b\) (ou non définie en \(b\)). On dit que \(\displaystyle\int_a^{b} f(t)\,dt\) converge si :

\(\displaystyle\lim_{x \to b^-} \int_a^x f(t)\,dt\) existe et est finie.

De même, pour \(f : ]a, b] \to \mathbb{R}\) avec singularité en \(a\), on étudie \(\displaystyle\lim_{\varepsilon \to 0^+} \int_{a + \varepsilon}^b f(t)\,dt\).

🟢 Exemple : L’intégrale \(\displaystyle\int_0^1 \frac{dt}{\sqrt{t}}\) est impropre en \(0\) car \(\frac{1}{\sqrt{t}} \to +\infty\) quand \(t \to 0^+\).

Pour \(\varepsilon\) > \(0\) :

\(\displaystyle\int_\varepsilon^1 \frac{dt}{\sqrt{t}} = \left[2\sqrt{t}\right]_\varepsilon^1 = 2 – 2\sqrt{\varepsilon} \xrightarrow[\varepsilon \to 0^+]{} 2\)

L’intégrale converge et vaut \(2\). Malgré l’explosion de la fonction en \(0\), l’aire reste finie car la singularité n’est « pas trop violente ».

C. Intégrales doublement impropres

Quand les deux bornes posent problème — par exemple \(\displaystyle\int_0^{+\infty} \frac{\sin t}{t}\,dt\) (prolongement par continuité en \(0\) mais borne \(+\infty\)) ou \(\displaystyle\int_0^{+\infty} \frac{dt}{\sqrt{t}(1+t)}\) (singularité en \(0\) et borne \(+\infty\)) — on coupe l’intervalle en un point intermédiaire \(c\).

Définition — Intégrale doublement impropre

Soit \(f\) continue par morceaux sur \(]a, b[\) avec impropriété en \(a\) et en \(b\). On dit que \(\displaystyle\int_a^b f(t)\,dt\) converge si, pour un \(c \in ]a, b[\) quelconque, les deux intégrales \(\displaystyle\int_a^c f(t)\,dt\) et \(\displaystyle\int_c^b f(t)\,dt\) convergent. Par la relation de Chasles, la valeur ne dépend pas du choix de \(c\).

Piège classique — Valeur principale de Cauchy ≠ convergence. Il ne suffit pas que \(\displaystyle\lim_{A \to +\infty} \int_{-A}^{A} f(t)\,dt\) existe pour que \(\displaystyle\int_{-\infty}^{+\infty} f(t)\,dt\) converge. Par exemple, \(\displaystyle\lim_{A \to +\infty} \int_{-A}^{A} t\,dt = 0\) par parité, mais \(\displaystyle\int_0^{+\infty} t\,dt = +\infty\). La quantité \(\displaystyle\lim_{A \to +\infty} \int_{-A}^{A} f(t)\,dt\) s’appelle valeur principale de Cauchy, notée \(\mathrm{VP}\!\int_{-\infty}^{+\infty} f(t)\,dt\), et ne doit jamais être confondue avec la convergence au sens usuel.

D. Propriétés élémentaires des intégrales convergentes

Les intégrales généralisées convergentes héritent de plusieurs propriétés des intégrales sur un segment. Ces propriétés sont utilisées en permanence, souvent implicitement.

Propriété — Linéarité

Si \(\displaystyle\int_a^b f(t)\,dt\) et \(\displaystyle\int_a^b g(t)\,dt\) convergent, et si \(\lambda, \mu \in \mathbb{R}\), alors \(\displaystyle\int_a^b (\lambda f + \mu g)(t)\,dt\) converge et :

\(\displaystyle\int_a^b (\lambda f + \mu g)(t)\,dt = \lambda \int_a^b f(t)\,dt + \mu \int_a^b g(t)\,dt\)

Propriété — Relation de Chasles

Pour \(c \in ]a, b[\) : \(\displaystyle\int_a^b f(t)\,dt\) converge si et seulement si \(\displaystyle\int_a^c f(t)\,dt\) et \(\displaystyle\int_c^b f(t)\,dt\) convergent, et dans ce cas :

\(\displaystyle\int_a^b f(t)\,dt = \int_a^c f(t)\,dt + \int_c^b f(t)\,dt\)

Attention — La linéarité a une limite. La somme \(\displaystyle\int_a^b f + \int_a^b g\) n’a de sens que si les deux intégrales convergent. Par exemple, \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{1}{t}\,dt\) et \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{-1}{t}\,dt\) divergent toutes les deux, mais \(\displaystyle\int_1^{+\infty}\!\left(\frac{1}{t} – \frac{1}{t}\right)dt = 0\) converge. On ne peut pas « compenser » deux divergences.

Propriété — Changement de variable

Si \(\varphi : [\alpha, \beta[ \to [a, b[\) est un \(\mathcal{C}^1\)-difféomorphisme, alors \(\displaystyle\int_a^b f(t)\,dt\) et \(\displaystyle\int_\alpha^\beta f(\varphi(u))\,\varphi^\prime(u)\,du\) sont de même nature, et en cas de convergence, elles sont égales.

Cette propriété est fondamentale : c’est elle qui permet de ramener l’étude d’une intégrale impropre à une autre plus simple. Tu la verras en action dans la preuve des intégrales de Bertrand (section V), avec le changement \(u = \ln t\).

Maintenant que tu sais identifier et définir une intégrale généralisée, il te faut des intégrales de référence dont la nature est connue, pour pouvoir y comparer les autres. C’est le rôle des intégrales de Riemann.

II. Intégrales de Riemann — Les références incontournables

Les intégrales de Riemann jouent, pour les intégrales généralisées, le même rôle que les séries géométriques pour les séries numériques : ce sont les étalons auxquels on compare tout le reste. Tu dois connaître ces résultats instantanément, sans hésitation.

A. Intégrales de Riemann en \(+\infty\)

Théorème — Intégrales de Riemann en \(+\infty\)

Pour \(\alpha \in \mathbb{R}\) :

\(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{dt}{t^\alpha}\) converge \(\iff \alpha\) > \(1\)

Et dans ce cas, \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{dt}{t^\alpha} = \frac{1}{\alpha – 1}\).

Démonstration ⋆ (exigible).

Cas \(\alpha \neq 1\) : une primitive de \(t^{-\alpha}\) est \(\frac{t^{1-\alpha}}{1-\alpha}\). On calcule :

\(\displaystyle\int_1^x \frac{dt}{t^\alpha} = \frac{x^{1-\alpha} – 1}{1 – \alpha}\)
  • Si \(\alpha\) > \(1\) : l’exposant \(1 – \alpha\) est strictement négatif, donc \(x^{1-\alpha} \to 0\) quand \(x \to +\infty\). L’intégrale converge vers \(\frac{1}{\alpha – 1}\).
  • Si \(\alpha\) < \(1\) : l’exposant \(1 – \alpha\) est strictement positif, donc \(x^{1-\alpha} \to +\infty\). L’intégrale diverge.

Cas \(\alpha = 1\) : \(\displaystyle\int_1^x \frac{dt}{t} = \ln(x) \xrightarrow[x \to +\infty]{} +\infty\). Divergence. ∎

Graphique comparatif des intégrales de Riemann 1/t^α pour α = 0.5, 1, 1.5, 2 — convergence si α supérieur à 1, divergence sinon

B. Intégrales de Riemann en \(0\)

Théorème — Intégrales de Riemann en \(0\)

Pour \(\alpha \in \mathbb{R}\) :

\(\displaystyle\int_0^{1} \frac{dt}{t^\alpha}\) converge \(\iff \alpha\) < \(1\)

Démonstration. Analogue au cas précédent. Pour \(\alpha \neq 1\) :

\(\displaystyle\int_\varepsilon^1 \frac{dt}{t^\alpha} = \frac{1 – \varepsilon^{1-\alpha}}{1 – \alpha}\)
  • Si \(\alpha\) < \(1\) : \(1 – \alpha\) > \(0\), donc \(\varepsilon^{1-\alpha} \to 0\) quand \(\varepsilon \to 0^+\). Convergence vers \(\frac{1}{1-\alpha}\).
  • Si \(\alpha\) > \(1\) : \(1 – \alpha\) < \(0\), donc \(\varepsilon^{1-\alpha} \to +\infty\). Divergence.

Pour \(\alpha = 1\) : \(\displaystyle\int_\varepsilon^1 \frac{dt}{t} = -\ln(\varepsilon) \to +\infty\). Divergence. ∎

Mnémonique : les conditions de convergence en \(0\) et en \(+\infty\) sont exactement inverses. En \(+\infty\), il faut que la fonction décroisse assez vite (\(\alpha\) > \(1\)). En \(0\), il faut que la fonction n’explose pas trop vite (\(\alpha\) < \(1\)). Le cas \(\alpha = 1\) est toujours le cas limite et toujours divergent — aussi bien en \(0\) qu’en \(+\infty\).

Récapitulatif — Intégrales de Riemann
Intégrale Converge si… Diverge si… Cas \(\alpha = 1\)
\(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{dt}{t^\alpha}\) \(\alpha\) > \(1\) \(\alpha \leq 1\) Diverge (\(\ln x \to +\infty\))
\(\displaystyle\int_0^{1} \frac{dt}{t^\alpha}\) \(\alpha\) < \(1\) \(\alpha \geq 1\) Diverge (\(-\ln \varepsilon \to +\infty\))

Les intégrales de Riemann fournissent l’étalon de comparaison pour les fonctions positives. Mais que faire quand la fonction change de signe ? C’est ici qu’entrent en jeu la convergence absolue et la notion de semi-convergence.

III. Convergence absolue et semi-convergence

Les critères de comparaison de la section suivante ne fonctionnent que pour les fonctions positives. Pour traiter les fonctions de signe variable, on dispose de deux outils : la convergence absolue et la règle d’Abel.

A. Intégrabilité et convergence absolue

Définition — Fonction intégrable sur un intervalle

Soit \(f\) continue par morceaux sur \(I = [a, b[\). On dit que \(f\) est intégrable sur \(I\) (ou que l’intégrale converge absolument) si \(\displaystyle\int_a^b |f(t)|\,dt\) converge.

Théorème ⋆ — Convergence absolue ⟹ convergence

Si \(f\) est intégrable sur \(I\), alors \(\displaystyle\int_I f(t)\,dt\) converge. De plus :

\(\displaystyle\left|\int_a^b f(t)\,dt\right| \leq \int_a^b |f(t)|\,dt\)

Démonstration. On décompose \(f = f^+ – f^-\) avec \(f^+ = \max(f, 0) \geq 0\) et \(f^- = \max(-f, 0) \geq 0\). On a \(|f| = f^+ + f^-\), donc \(0 \leq f^+ \leq |f|\) et \(0 \leq f^- \leq |f|\). Si \(\int |f|\) converge, par comparaison de fonctions positives, \(\int f^+\) et \(\int f^-\) convergent. Donc \(\int f = \int f^+ – \int f^-\) converge (différence de deux intégrales convergentes). L’inégalité triangulaire résulte de \(-|f| \leq f \leq |f|\) et de la croissance de l’intégrale. ∎

🟡 Exemple : Montrer que \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{\cos t}{t^2}\,dt\) converge.

On a \(\left|\frac{\cos t}{t^2}\right| \leq \frac{1}{t^2}\) pour tout \(t \geq 1\). Or \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{dt}{t^2}\) converge (Riemann, \(\alpha = 2\) > \(1\)). Par comparaison, \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{|\cos t|}{t^2}\,dt\) converge, donc l’intégrale converge absolument, et en particulier elle converge.

B. Semi-convergence — un phénomène de compensation

Attention : la réciproque du théorème précédent est fausse. Une intégrale peut converger sans converger absolument. On parle alors de semi-convergence : la convergence résulte d’une compensation entre les parties positives et négatives de \(f\).

L’exemple archétypique est l’intégrale de Dirichlet \(\displaystyle\int_0^{+\infty} \frac{\sin t}{t}\,dt\) : elle converge (section V), mais \(\displaystyle\int_0^{+\infty} \frac{|\sin t|}{t}\,dt = +\infty\).

C. Règle d’Abel — l’outil des semi-convergentes

Pour traiter les intégrales semi-convergentes, on dispose d’un critère puissant, analogue de la règle d’Abel pour les séries.

Théorème — Règle d’Abel (critère d’Abel-Dirichlet)

Soit \(f = g \cdot h\) avec :

  • \(g\) de classe \(\mathcal{C}^1\), monotone, et \(g(t) \to 0\) quand \(t \to +\infty\),
  • \(h\) continue par morceaux, et \(\displaystyle\int_a^x h(t)\,dt\) est bornée (i.e. les primitives de \(h\) restent bornées).

Alors \(\displaystyle\int_a^{+\infty} g(t)h(t)\,dt\) converge.

En pratique, la règle d’Abel s’utilise surtout avec \(h(t) = \sin t\) ou \(h(t) = \cos t\) (dont les primitives sont bornées) et \(g(t)\) une fonction décroissante tendant vers \(0\).

🟡 Exemple d’application : Pour tout \(\alpha\) > \(0\), \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{\sin t}{t^\alpha}\,dt\) converge.

On prend \(g(t) = \frac{1}{t^\alpha}\) (décroissante, tend vers \(0\)) et \(h(t) = \sin t\) (primitive \(-\cos t\), bornée). Par la règle d’Abel, l’intégrale converge. Attention : pour \(\alpha \leq 1\), cette convergence n’est pas absolue (semi-convergence).

La convergence absolue et la règle d’Abel traitent les fonctions de signe quelconque. Revenons maintenant au cas positif pour détailler les critères de comparaison — ta boîte à outils principale pour les exercices.

IV. Critères de convergence pour les fonctions positives

Dans cette section, \(f\) et \(g\) désignent des fonctions continues et positives sur \([a, b[\) (avec \(b = +\infty\) ou \(b\) point singulier). Ces critères sont les outils du quotidien en prépa : tu les utiliseras dans pratiquement chaque exercice sur les intégrales généralisées.

A. Comparaison directe (majoration)

Théorème — Comparaison par majoration

Soient \(f, g : [a, b[ \to \mathbb{R}^+\) continues par morceaux, avec \(0 \leq f(t) \leq g(t)\) au voisinage de \(b\). Alors :

  • Si \(\displaystyle\int_a^b g(t)\,dt\) converge, alors \(\displaystyle\int_a^b f(t)\,dt\) converge (la plus petite converge aussi).
  • Si \(\displaystyle\int_a^b f(t)\,dt\) diverge, alors \(\displaystyle\int_a^b g(t)\,dt\) diverge (la plus grande diverge aussi).

C’est l’analogue intégral du théorème de comparaison des séries à termes positifs. La démonstration repose sur la croissance de la fonction \(x \mapsto \int_a^x f(t)\,dt\) (lorsque \(f \geq 0\)), majorée par une fonction convergente.

B. Domination et équivalent

Théorème — Comparaison par domination

Soient \(f, g : [a, b[ \to \mathbb{R}^+\) continues par morceaux, avec \(f(t) = O_b(g(t))\), c’est-à-dire qu’il existe \(M\) > \(0\) et \(c \in [a, b[\) tels que \(f(t) \leq M \cdot g(t)\) pour tout \(t \in [c, b[\). Alors :

Si \(\displaystyle\int_a^b g(t)\,dt\) converge, alors \(\displaystyle\int_a^b f(t)\,dt\) converge.

Le critère de domination est une conséquence immédiate du critère de majoration (on applique la majoration \(f \leq Mg\) et la linéarité de l’intégrale). C’est en pratique le critère le plus utilisé, car trouver un \(O\) est souvent plus facile qu’une inégalité exacte.

Théorème — Comparaison par équivalent

Soient \(f, g : [a, b[ \to \mathbb{R}^+\) continues par morceaux, avec \(f \sim_b g\) (c’est-à-dire \(\frac{f(t)}{g(t)} \to 1\) quand \(t \to b\)). Alors :

\(\displaystyle\int_a^b f(t)\,dt\) et \(\displaystyle\int_a^b g(t)\,dt\) sont de même nature (convergent ensemble ou divergent ensemble).

L’équivalent est plus puissant que la domination : il donne l’information dans les deux sens (convergence et divergence). C’est l’outil à privilégier chaque fois que tu peux obtenir un équivalent simple.

Attention — Hypothèse de positivité ! Les théorèmes de comparaison par équivalent et par domination s’appliquent uniquement aux fonctions de signe constant au voisinage de la borne problématique. Pour les fonctions qui changent de signe, il faut étudier la convergence absolue ou utiliser la règle d’Abel.

C. Critère de Cauchy

Le critère de Cauchy est surtout utilisé pour démontrer la divergence d’intégrales impropres, ou pour prouver des résultats théoriques sur la convergence.

Théorème — Critère de Cauchy pour les intégrales généralisées

Soit \(f\) continue par morceaux sur \([a, b[\). L’intégrale \(\displaystyle\int_a^b f(t)\,dt\) converge si et seulement si :

\(\displaystyle\forall \varepsilon\) > \(0, \exists c \in ]a, b[ \text{ tel que } \forall x, y \in ]c, b[, \quad \left|\int_x^y f(t)\,dt\right|\) < \(\varepsilon\)

Autrement dit, pour \(x\) et \(y\) suffisamment proches de la borne \(b\), l’intégrale \(\int_x^y f\) est arbitrairement petite. Ce critère est l’analogue du critère de Cauchy pour les suites : la convergence est caractérisée par le fait que les « morceaux restants » deviennent négligeables.

🟡 Application : Montrer que \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{dt}{t}\) diverge par le critère de Cauchy.

Pour tout \(x\) > \(1\), on a \(\displaystyle\int_x^{2x} \frac{dt}{t} = \ln(2x) – \ln(x) = \ln 2\). Quel que soit \(c\), en prenant \(x = c\) et \(y = 2c\), on obtient \(\left|\int_x^y \frac{dt}{t}\right| = \ln 2\) > \(0\). La condition de Cauchy n’est pas satisfaite (pour \(\varepsilon\) < \(\ln 2\)), donc l’intégrale diverge.

Quand utiliser le critère de Cauchy ? En pratique, rarement en première intention. Les critères d’équivalent et de domination sont plus efficaces pour la plupart des exercices. Le critère de Cauchy intervient surtout dans les démonstrations théoriques (par exemple, pour prouver que la convergence absolue implique la convergence) et ponctuellement à l’oral des concours.

D. Le critère de Riemann en pratique

En combinant les intégrales de Riemann avec les théorèmes d’équivalent, on obtient la recette fondamentale qui couvre 90 % des exercices.

Méthode — Critère de Riemann (usage pratique)

  • En \(+\infty\) : si \(f(t) \geq 0\) et \(f(t) \sim_{+\infty} \frac{C}{t^\alpha}\) avec \(C\) > \(0\), alors \(\int_a^{+\infty} f(t)\,dt\) converge \(\iff \alpha\) > \(1\).
  • En \(0^+\) : si \(f(t) \geq 0\) et \(f(t) \sim_{0^+} \frac{C}{t^\alpha}\) avec \(C\) > \(0\), alors \(\int_0^{a} f(t)\,dt\) converge \(\iff \alpha\) < \(1\).

Autrement dit : trouve l’exposant \(\alpha\) du terme dominant, et compare-le à \(1\).

🟡 Exemple 1 : Nature de \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{dt}{t^2 + t + 1}\).

En \(+\infty\) : \(\frac{1}{t^2 + t + 1} \sim \frac{1}{t^2}\). Fonction positive, exposant \(\alpha = 2\) > \(1\). Donc l’intégrale converge.

🟡 Exemple 2 : Nature de \(\displaystyle\int_0^{1} \frac{dt}{\sqrt{t(1-t)}}\).

L’intégrale est doublement impropre : en \(0\) et en \(1\). On coupe en \(\frac{1}{2}\).

  • En \(0^+\) : \(\frac{1}{\sqrt{t(1-t)}} \sim \frac{1}{\sqrt{t}} = \frac{1}{t^{1/2}}\). Exposant \(\frac{1}{2}\) < \(1\) : converge.
  • En \(1^-\) : on pose \(u = 1-t\), et \(\frac{1}{\sqrt{t(1-t)}} \sim \frac{1}{\sqrt{u}}\) quand \(u \to 0^+\). Exposant \(\frac{1}{2}\) < \(1\) : converge.

Les deux morceaux convergent, donc l’intégrale converge. (C’est l’intégrale d’Euler \(\mathrm{B}\!\left(\frac{1}{2}, \frac{1}{2}\right)\), de valeur \(\pi\).)

🟡 Exemple 3 : Nature de \(\displaystyle\int_2^{+\infty} \frac{dt}{t \ln t}\).

Ici, \(f(t) = \frac{1}{t \ln t}\) est positive pour \(t \geq 2\). On ne peut pas se ramener à \(\frac{1}{t^\alpha}\) seul. Le changement de variable \(u = \ln t\) donne \(\int_{\ln 2}^{+\infty} \frac{du}{u}\) qui diverge (Riemann, \(\alpha = 1\)). Cet exemple illustre la nécessité des intégrales de Bertrand (section V) pour les cas limites.

Les critères de comparaison et le critère de Riemann permettent de traiter la majorité des exercices standard. Il reste à connaître les intégrales classiques qui apparaissent comme exemples fondamentaux — et comme sujets récurrents aux concours.

V. Les classiques de concours — Bertrand, Dirichlet, Fresnel

Ces intégrales reviennent dans quasiment tous les sujets de concours (X, Mines-Ponts, Centrale, CCINP). Connaître leur nature et savoir les démontrer est un investissement à haut rendement. Elles constituent aussi des exercices d’oral classiques.

A. Intégrales de Bertrand

Les intégrales de Bertrand affinent les intégrales de Riemann en introduisant un facteur logarithmique. Elles tranchent les cas limites quand \(\alpha = 1\).

Théorème — Intégrales de Bertrand en \(+\infty\)

Pour \(\alpha, \beta \in \mathbb{R}\) :

\(\displaystyle\int_2^{+\infty} \frac{dt}{t^\alpha (\ln t)^\beta}\) converge \(\iff\)

  • \(\alpha\) > \(1\) (quel que soit \(\beta\)), ou
  • \(\alpha = 1\) et \(\beta\) > \(1\).

Démonstration.

Cas \(\alpha\) > \(1\) : on a \(\frac{1}{t^\alpha (\ln t)^\beta} = o\!\left(\frac{1}{t^{\alpha^\prime}}\right)\) pour tout \(1\) < \(\alpha^\prime\) < \(\alpha\) (car \((\ln t)^\beta = o(t^{\alpha – \alpha^\prime})\)). L’intégrale de Riemann de référence converge, donc par domination, l’intégrale de Bertrand converge.

Cas \(\alpha\) < \(1\) : de même, \(\frac{1}{t^\alpha (\ln t)^\beta} \geq \frac{C}{t^{\alpha^\prime}}\) pour un \(\alpha^\prime\) < \(1\) et \(t\) assez grand. L’intégrale de Riemann de référence diverge, donc divergence.

Cas \(\alpha = 1\) : le changement de variable \(u = \ln t\) (donc \(du = \frac{dt}{t}\)) donne :

\(\displaystyle\int_2^x \frac{dt}{t(\ln t)^\beta} = \int_{\ln 2}^{\ln x} \frac{du}{u^\beta}\)

C’est une intégrale de Riemann en \(+\infty\) en la variable \(u\) : elle converge si et seulement si \(\beta\) > \(1\). ∎

Règle de hiérarchie : en \(+\infty\), la puissance \(t^\alpha\) l’emporte toujours sur le logarithme \((\ln t)^\beta\). Le logarithme ne tranche que dans le cas limite \(\alpha = 1\) — exactement comme pour les séries de Bertrand \(\sum \frac{1}{n(\ln n)^\beta}\).

On peut énoncer un résultat analogue en \(0\) : \(\displaystyle\int_0^{1/2} \frac{dt}{t^\alpha |\ln t|^\beta}\) converge si et seulement si \(\alpha\) < \(1\), ou \(\alpha = 1\) et \(\beta\) > \(1\).

B. Intégrale de Dirichlet

Théorème — Intégrale de Dirichlet

\(\displaystyle\int_0^{+\infty} \frac{\sin t}{t}\,dt = \frac{\pi}{2}\)

Cette intégrale converge, mais est semi-convergente (pas de convergence absolue).

Convergence. L’intégrale est impropre uniquement en \(+\infty\) (pas en \(0\) : \(\frac{\sin t}{t} \to 1\) quand \(t \to 0\), donc la fonction se prolonge par continuité). On utilise une intégration par parties sur \([1, x]\) avec \(u(t) = \frac{1}{t}\) et \(v^\prime(t) = \sin t\) :

\(\displaystyle\int_1^x \frac{\sin t}{t}\,dt = \left[\frac{-\cos t}{t}\right]_1^x – \int_1^x \frac{\cos t}{t^2}\,dt\)
  • Le crochet : \(\frac{-\cos x}{x} + \cos 1 \to \cos 1\) quand \(x \to +\infty\). Limite finie.
  • L’intégrale restante : \(\left|\frac{\cos t}{t^2}\right| \leq \frac{1}{t^2}\), et \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{dt}{t^2}\) converge (Riemann, \(\alpha = 2\)). Donc \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{\cos t}{t^2}\,dt\) converge absolument.

Conclusion : \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{\sin t}{t}\,dt\) converge. Comme \(\displaystyle\int_0^1 \frac{\sin t}{t}\,dt\) est une intégrale sur un segment (fonction continue), \(\displaystyle\int_0^{+\infty} \frac{\sin t}{t}\,dt\) converge. ∎

Semi-convergence. On montre que \(\displaystyle\int_0^{+\infty} \frac{|\sin t|}{t}\,dt = +\infty\) en minorant : sur chaque intervalle \([k\pi, (k+1)\pi]\), on a \(\displaystyle\int_{k\pi}^{(k+1)\pi} \frac{|\sin t|}{t}\,dt \geq \frac{1}{(k+1)\pi}\int_{k\pi}^{(k+1)\pi}|\sin t|\,dt = \frac{2}{(k+1)\pi}\). La série harmonique \(\displaystyle\sum \frac{2}{(k+1)\pi}\) diverge, d’où \(\displaystyle\int_0^{+\infty} \frac{|\sin t|}{t}\,dt = +\infty\).

Le calcul de la valeur exacte \(\frac{\pi}{2}\) nécessite des techniques plus avancées (théorème des résidus, ou passage par les intégrales de Wallis).

C. Intégrales de Fresnel

Théorème — Intégrales de Fresnel

\(\displaystyle\int_0^{+\infty} \cos(t^2)\,dt = \int_0^{+\infty} \sin(t^2)\,dt = \frac{1}{2}\sqrt{\frac{\pi}{2}}\)

Ces intégrales sont semi-convergentes.

Convergence de \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \sin(t^2)\,dt\). Le changement de variable \(u = t^2\) (donc \(du = 2t\,dt\), soit \(dt = \frac{du}{2\sqrt{u}}\)) transforme l’intégrale en :

\(\displaystyle\int_1^{+\infty} \sin(t^2)\,dt = \int_1^{+\infty} \frac{\sin u}{2\sqrt{u}}\,du\)

C’est une intégrale de la forme \(\displaystyle\int_1^{+\infty} g(u) \sin u\,du\) avec \(g(u) = \frac{1}{2\sqrt{u}}\) décroissante tendant vers \(0\). Par la règle d’Abel, l’intégrale converge. ∎

La même démonstration s’applique à \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \cos(t^2)\,dt\).

Graphique des intégrales de Fresnel C(x) et S(x) convergeant vers la valeur limite racine de pi sur 2 divisée par 2

Tu connais désormais les intégrales classiques de la prépa. Voyons maintenant comment organiser tout cela en une méthode systématique, et comment rédiger proprement dans une copie de concours.

VI. Méthode pas à pas et rédaction concours

A. Étudier la convergence — méthode systématique

Voici l’algorithme à appliquer devant toute intégrale généralisée. Le suivre dans l’ordre t’évitera les oublis en DS et en concours.

Méthode en 5 étapes

  1. Identifier les impropriétés : lister chaque borne en laquelle la fonction n’est pas continue (ou non définie), et chaque borne infinie. Si l’intégrale est doublement impropre, la couper en un point intermédiaire \(c\) et étudier chaque morceau séparément.
  2. Déterminer le signe de \(f\) au voisinage de la borne :
    • \(f \geq 0\) : utiliser les critères de comparaison (section IV).
    • \(f\) change de signe : étudier la convergence absolue (\(\int |f|\)). Si \(\int |f|\) diverge mais que tu suspectes une convergence par compensation, utiliser la règle d’Abel ou une IPP.
  3. Trouver un équivalent de \(f(t)\) (ou \(|f(t)|\)) en la borne : développement limité, équivalent usuel. Se ramener à \(\frac{C}{t^\alpha}\) ou \(\frac{C}{t^\alpha (\ln t)^\beta}\) (Bertrand).
  4. Appliquer le critère de Riemann (ou Bertrand) : lire la nature directement à partir de l’exposant \(\alpha\) (et \(\beta\) si nécessaire).
  5. Conclure globalement : l’intégrale converge si et seulement si chaque morceau converge. Si un seul diverge, l’intégrale diverge.

🔴 Exemple complet : Nature de \(\displaystyle\int_0^{+\infty} \frac{\ln(1+t)}{t^{3/2}}\,dt\).

Étape 1 : Impropriétés en \(0^+\) (singularité : \(\frac{\ln(1+t)}{t^{3/2}} \sim \frac{1}{\sqrt{t}} \to +\infty\)) et en \(+\infty\). On coupe en \(1\).

Étape 2 : la fonction est positive sur \(]0, +\infty[\) car \(\ln(1+t)\) > \(0\) et \(t^{3/2}\) > \(0\).

En \(0^+\) (étape 3) : \(\ln(1+t) \sim t\), donc \(\frac{\ln(1+t)}{t^{3/2}} \sim \frac{t}{t^{3/2}} = \frac{1}{t^{1/2}}\).

Étape 4 : exposant \(\frac{1}{2}\) < \(1\). Converge en \(0\).

En \(+\infty\) (étape 3) : \(\ln(1+t) \sim \ln t\), donc \(\frac{\ln(1+t)}{t^{3/2}} \sim \frac{\ln t}{t^{3/2}}\).

Or \(\frac{\ln t}{t^{3/2}} = o\!\left(\frac{1}{t^{5/4}}\right)\) car \(\ln t = o(t^{1/4})\). L’exposant \(\frac{5}{4}\) > \(1\) : par domination, converge en \(+\infty\).

Étape 5 : les deux morceaux convergent, donc l’intégrale converge.

B. Rédiger proprement en DS et concours

Les rapports de jury de l’X et de Centrale insistent sur la rigueur de rédaction en intégrales généralisées. Voici les attendus explicites du correcteur, point par point.

Rédaction concours — Check-list du correcteur
Étape Ce que tu dois écrire Erreur sanctionnée
1. Impropriété « L’intégrale est impropre en \(+\infty\) car l’intervalle \([a, +\infty[\) n’est pas borné. » Oublier de préciser est l’impropriété
2. Positivité « La fonction \(f\) est continue et positive sur \([a, +\infty[\). » Appliquer un critère de comparaison sans vérifier la positivité
3. Équivalent « Quand \(t \to +\infty\), \(f(t) \sim \frac{C}{t^\alpha}\). » (avec justification : DL, croissances comparées…) Écrire un \(\sim\) sans justification, ou confondre \(O\) et \(\sim\)
4. Conclusion « Par comparaison à une intégrale de Riemann convergente (\(\alpha = 2\) > \(1\)), l’intégrale converge. » Conclure sans nommer le théorème utilisé
5. Si doublement impropre « On coupe en \(c = 1\) et on étudie chaque morceau séparément. » Étudier la convergence sans couper (la réponse est alors formellement fausse)

Copie fautive type :

« \(\frac{1}{t^2 + 1} \leq \frac{1}{t^2}\) et \(\int \frac{1}{t^2}\) converge, donc \(\int \frac{1}{t^2 + 1}\) converge. »

Diagnostic : il manque (1) l’intervalle d’intégration, (2) la mention explicite de positivité, (3) la référence au théorème de comparaison par son nom.

Version correcte : « La fonction \(t \mapsto \frac{1}{t^2+1}\) est continue et positive sur \([1, +\infty[\). Pour tout \(t \geq 1\), on a \(0 \leq \frac{1}{t^2+1} \leq \frac{1}{t^2}\). Or l’intégrale \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{dt}{t^2}\) converge (intégrale de Riemann, \(\alpha = 2\) > \(1\)). Par théorème de comparaison de fonctions positives, \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{dt}{t^2+1}\) converge. »

La théorie et la méthode sont en place. Passons maintenant à la pratique : voici 8 exercices de difficulté croissante pour consolider chaque point du cours.

VII. Exercices corrigés

Essaie chaque exercice avant de lire la correction. La progression va de l’application directe (★) aux classiques de concours (★★★).

Exercice 1 — ★ Application directe

Énoncé : Déterminer la nature de \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{dt}{t^3 + 1}\).

Correction

La fonction \(f : t \mapsto \frac{1}{t^3+1}\) est continue et positive sur \([1, +\infty[\). L’intégrale est impropre en \(+\infty\).

En \(+\infty\) : \(\frac{1}{t^3+1} \sim \frac{1}{t^3}\).

Or \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{dt}{t^3}\) converge (Riemann, \(\alpha = 3\) > \(1\)).

Par comparaison par équivalent de fonctions positives, \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{dt}{t^3+1}\) converge.

Exercice 2 — ★ Singularité en \(0\)

Énoncé : Nature de \(\displaystyle\int_0^{1} \frac{\ln t}{\sqrt{t}}\,dt\).

Correction

L’intégrale est impropre en \(0^+\) (car \(\frac{\ln t}{\sqrt{t}} \to -\infty\)). La fonction est négative sur \(]0,1]\), donc on étudie la convergence absolue : \(\displaystyle\int_0^1 \frac{|\ln t|}{\sqrt{t}}\,dt\).

Pour tout \(\varepsilon\) > \(0\), \(|\ln t| = o(t^{-\varepsilon})\) quand \(t \to 0^+\) (croissances comparées). Donc \(\frac{|\ln t|}{\sqrt{t}} = o\!\left(\frac{1}{t^{1/2 + \varepsilon}}\right)\).

En choisissant \(\varepsilon = \frac{1}{4}\) : \(\frac{|\ln t|}{\sqrt{t}} = o\!\left(\frac{1}{t^{3/4}}\right)\). Or \(\frac{3}{4}\) < \(1\), donc l’intégrale de Riemann en \(0\) converge.

Par domination, \(\displaystyle\int_0^1 \frac{|\ln t|}{\sqrt{t}}\,dt\) converge. Par convergence absolue, l’intégrale initiale converge.

Exercice 3 — ★★ Bertrand

Énoncé : Nature de \(\displaystyle\int_2^{+\infty} \frac{dt}{t \ln t}\) et de \(\displaystyle\int_2^{+\infty} \frac{dt}{t (\ln t)^2}\).

Correction

Ce sont des intégrales de Bertrand avec \(\alpha = 1\).

Première : \(\beta = 1\). Or il faut \(\beta\) > \(1\) pour la convergence quand \(\alpha = 1\). Donc \(\displaystyle\int_2^{+\infty} \frac{dt}{t \ln t}\) diverge.

Vérification directe : le changement \(u = \ln t\) donne \(\displaystyle\int_{\ln 2}^{+\infty} \frac{du}{u} = +\infty\).

Seconde : \(\beta = 2\) > \(1\). Donc \(\displaystyle\int_2^{+\infty} \frac{dt}{t (\ln t)^2}\) converge.

Vérification : \(\displaystyle\int_{\ln 2}^{+\infty} \frac{du}{u^2} = \frac{1}{\ln 2}\).

Exercice 4 — ★★ Double impropriété

Énoncé : Nature de \(\displaystyle\int_0^{+\infty} \frac{dt}{\sqrt{t}(1+t)}\).

Correction

La fonction est continue et positive sur \(]0, +\infty[\). L’intégrale est impropre en \(0^+\) et en \(+\infty\). On coupe en \(1\).

En \(0^+\) : \(\frac{1}{\sqrt{t}(1+t)} \sim \frac{1}{\sqrt{t}} = \frac{1}{t^{1/2}}\). Exposant \(\frac{1}{2}\) < \(1\) : converge.

En \(+\infty\) : \(\frac{1}{\sqrt{t}(1+t)} \sim \frac{1}{t^{3/2}}\). Exposant \(\frac{3}{2}\) > \(1\) : converge.

Les deux morceaux convergent. L’intégrale converge.

(On peut calculer la valeur exacte par le changement \(u = \sqrt{t}\) : \(\displaystyle\int_0^{+\infty} \frac{dt}{\sqrt{t}(1+t)} = 2\int_0^{+\infty} \frac{du}{1+u^2} = 2 \cdot \frac{\pi}{2} = \pi\).)

Exercice 5 — ★★ Semi-convergence (IPP)

Énoncé : Montrer que \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{\sin t}{t}\,dt\) converge.

Correction

La fonction \(\frac{\sin t}{t}\) change de signe. Les critères de comparaison pour fonctions positives ne s’appliquent pas directement. On effectue une IPP avec \(u(t) = \frac{1}{t}\) (donc \(u^\prime(t) = -\frac{1}{t^2}\)) et \(v^\prime(t) = \sin t\) (donc \(v(t) = -\cos t\)) :

\(\displaystyle\int_1^x \frac{\sin t}{t}\,dt = \left[\frac{-\cos t}{t}\right]_1^x – \int_1^x \frac{\cos t}{t^2}\,dt\)

Crochet : \(\frac{-\cos x}{x} – \frac{-\cos 1}{1} \to 0 + \cos 1 = \cos 1\) quand \(x \to +\infty\). Limite finie.

Intégrale restante : \(\left|\frac{\cos t}{t^2}\right| \leq \frac{1}{t^2}\), et \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{dt}{t^2}\) converge (Riemann, \(\alpha = 2\)). Par convergence absolue, \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{\cos t}{t^2}\,dt\) converge.

Conclusion : \(\displaystyle\int_1^{+\infty} \frac{\sin t}{t}\,dt\) converge (somme de deux termes de limites finies).

Exercice 6 — ★★★ Convergence avec paramètre

Énoncé : Pour quelles valeurs de \(\alpha \in \mathbb{R}\) l’intégrale \(\displaystyle\int_0^{1} \frac{1 – \cos t}{t^\alpha}\,dt\) converge-t-elle ?

Correction

L’intégrale est impropre en \(0^+\) uniquement. La fonction est positive sur \(]0,1]\) (car \(1 – \cos t \geq 0\)).

En \(0^+\), par développement limité : \(1 – \cos t \sim \frac{t^2}{2}\). Donc :

\(\frac{1 – \cos t}{t^\alpha} \sim \frac{t^2}{2t^\alpha} = \frac{1}{2t^{\alpha – 2}}\)

Par comparaison à une intégrale de Riemann en \(0\), la convergence a lieu si et seulement si \(\alpha – 2\) < \(1\), soit \(\alpha\) < \(3\).

Conclusion : l’intégrale converge \(\iff \alpha\) < \(3\).

Exercice 7 — ★★★ Raisonnement (type concours)

Énoncé : Soit \(f : [0, +\infty[ \to \mathbb{R}\) continue, positive, et telle que \(\displaystyle\int_0^{+\infty} f(t)\,dt\) converge. A-t-on nécessairement \(f(t) \to 0\) quand \(t \to +\infty\) ?

Correction

Non. On construit un contre-exemple explicite.

Pour chaque \(n \in \mathbb{N}^*\), on place un « pic » triangulaire de hauteur \(1\) et de base \(\frac{1}{n^2}\) centré en \(n\), et \(f = 0\) en dehors de ces pics. La fonction \(f\) est bien continue et positive.

L’aire de chaque pic vaut \(\frac{1}{2} \times 1 \times \frac{1}{n^2} = \frac{1}{2n^2}\). Donc :

\(\displaystyle\int_0^{+\infty} f(t)\,dt = \sum_{n=1}^{+\infty} \frac{1}{2n^2} = \frac{\pi^2}{12}\)

L’intégrale converge. Or \(f(n) = 1\) pour tout \(n\), donc \(f\) ne tend pas vers \(0\) en \(+\infty\).

Remarque (classique d’oral) : en revanche, si \(f\) est uniformément continue (par exemple \(\mathcal{C}^1\) à dérivée bornée), alors \(\int_0^{+\infty} f(t)\,dt\) convergente implique \(f(t) \to 0\) (c’est le lemme de Barbalat).

Exercice 8 — ★★★ Calcul effectif et lien Gauss

Énoncé : Calculer \(\displaystyle\int_0^{+\infty} t\,e^{-t^2}\,dt\).

Correction

La fonction \(t \mapsto t\,e^{-t^2}\) est continue et positive sur \([0, +\infty[\). L’intégrale est impropre en \(+\infty\).

On reconnaît la forme \(u^\prime(t) \cdot g(u(t))\) avec \(u(t) = t^2\) et \(g(s) = \frac{1}{2}e^{-s}\). Ainsi, une primitive de fonction composée : \(\frac{d}{dt}\!\left(-\frac{1}{2}e^{-t^2}\right) = t\,e^{-t^2}\).

\(\displaystyle\int_0^{x} t\,e^{-t^2}\,dt = \left[-\frac{1}{2}e^{-t^2}\right]_0^x = -\frac{1}{2}e^{-x^2} + \frac{1}{2} \xrightarrow[x \to +\infty]{} \frac{1}{2}\)

Donc \(\displaystyle\int_0^{+\infty} t\,e^{-t^2}\,dt = \frac{1}{2}\).

Remarque : cet exercice contraste avec l’intégrale de Gauss \(\displaystyle\int_0^{+\infty} e^{-t^2}\,dt = \frac{\sqrt{\pi}}{2}\), dont le calcul requiert un passage en coordonnées polaires (technique bien plus sophistiquée). La simple présence du facteur \(t\) devant \(e^{-t^2}\) transforme un problème difficile en un exercice élémentaire.

Après avoir pratiqué, il est temps de recenser les erreurs les plus fréquentes. Les connaître à l’avance te fera gagner des points en DS et aux concours.

VIII. Erreurs fréquentes et pièges classiques

Piège n°1 — Oublier de vérifier où est l’impropriété. L’intégrale \(\displaystyle\int_0^1 \frac{\sin t}{t}\,dt\) n’est pas impropre en \(0\) : la fonction \(\frac{\sin t}{t}\) admet une limite finie \(1\) quand \(t \to 0^+\), et se prolonge par continuité. C’est une intégrale ordinaire sur un segment. De même, \(\displaystyle\int_0^1 \frac{e^t – 1}{t}\,dt\) n’est pas impropre (l’intégrande tend vers \(1\)).

Piège n°2 — Appliquer un critère de comparaison sans positivité. Écrire « \(\left|\frac{\sin t}{t}\right| \leq \frac{1}{t}\) et \(\int \frac{1}{t}\) diverge, donc \(\int \frac{\sin t}{t}\) diverge » est doublement faux. D’abord, une majoration par une intégrale divergente ne donne aucune information (ni convergence ni divergence). Ensuite, l’intégrale de Dirichlet converge bel et bien.

Piège n°3 — Confondre convergence et convergence absolue. Dire « l’intégrale \(\int_0^{+\infty} \frac{\sin t}{t}\,dt\) converge absolument » est faux. Elle converge (par IPP ou Abel), mais la convergence absolue échoue. Le qualificatif correct est semi-convergente.

Piège n°4 — Inverser les conditions de Riemann en \(0\) et en \(+\infty\). En \(+\infty\) : convergence si \(\alpha\) > \(1\). En \(0\) : convergence si \(\alpha\) < \(1\). Les mélanger est l’erreur la plus fréquente dans les copies. Astuce : en \(+\infty\), il faut décroître plus vite que \(\frac{1}{t}\) — donc \(\alpha\) > \(1\).

Piège n°5 — Valeur principale ≠ convergence. Le fait que \(\displaystyle\lim_{A \to +\infty} \int_{-A}^{A} f(t)\,dt\) existe n’implique pas la convergence de \(\displaystyle\int_{-\infty}^{+\infty} f(t)\,dt\). Il faut que les deux morceaux \(\int_{-\infty}^0\) et \(\int_0^{+\infty}\) convergent indépendamment.

Terminons par les questions que les élèves posent le plus souvent sur les intégrales généralisées.

IX. Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une intégrale impropre ?

Une intégrale impropre (ou intégrale généralisée) est une intégrale dont au moins une borne est infinie, ou dont la fonction intégrée n’est pas bornée au voisinage d’une borne. On la définit comme la limite d’intégrales sur des segments : \(\displaystyle\int_a^{+\infty} f(t)\,dt = \lim_{x \to +\infty} \int_a^x f(t)\,dt\). Si cette limite existe et est finie, on dit que l’intégrale converge.

Quelle est la différence entre intégrale impropre et intégrale généralisée ?

C’est la même notion sous deux noms. Le terme « intégrale impropre » vient de l’usage anglo-saxon (improper integral). En France, le programme officiel de CPGE utilise plutôt intégrale généralisée ou « intégrale sur un intervalle non compact ». Les deux formulations sont acceptées dans les copies de concours.

Quelle est la différence entre convergence et convergence absolue ?

Une intégrale converge si la limite \(\lim_{x \to b} \int_a^x f(t)\,dt\) existe et est finie. Elle converge absolument si \(\int_a^b |f(t)|\,dt\) converge. La convergence absolue implique la convergence, mais pas l’inverse. Quand une intégrale converge sans converger absolument (par compensation entre parties positives et négatives), on la qualifie de semi-convergente.

Comment choisir entre critère d'équivalent et critère de domination ?

Le critère d’équivalent est le plus puissant : il donne à la fois la convergence et la divergence. Utilise-le quand tu peux trouver un équivalent simple (DL, croissances comparées). Le critère de domination (grand O) ne donne que la convergence (pas la divergence). Utilise-le quand tu n’as qu’une majoration. En pratique : commence toujours par chercher un équivalent.

Les intégrales généralisées sont-elles au programme de Terminale ?

Non. En Terminale, l’intégrale est définie sur un segment \([a,b]\) pour des fonctions continues. Les intégrales généralisées (bornes infinies, fonctions non bornées) sont au programme de CPGE, toutes filières scientifiques (MPSI/PCSI en première année, puis approfondies en MP/PC/PSI). Le sujet est traité dans le chapitre « Intégration sur un intervalle quelconque ».

X. Pour aller plus loin

Tu maîtrises maintenant les intégrales généralisées : définitions, critères de convergence, intégrales classiques de concours, méthode systématique et pièges à éviter. Pour continuer à progresser :

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