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En concours, une question te demande de majorer un reste, d’encadrer une somme partielle ou de prouver qu’un nombre est irrationnel : quel outil utilises-tu ? La formule de Taylor-Young donne un petit o — qualitatif, souvent insuffisant. La formule de Taylor-Lagrange fait intervenir un c inconnu — parfois limitant. Le reste intégral, lui, fournit une expression exacte du reste, manipulable à volonté. Tu trouveras ici l’énoncé du théorème, sa démonstration par intégration par parties itérée, une méthode en 4 étapes, 5 exemples résolus et des conseils de rédaction concours.
I. La formule de Taylor avec reste intégral
A. Énoncé du théorème
Théorème — Formule de Taylor avec reste intégral
Soit \(I\) un intervalle de \(\mathbb{R}\), \(a \in I\) et \(n \in \mathbb{N}\). Si \(f : I \to \mathbb{R}\) est de classe \(\mathscr{C}^{n+1}\), alors pour tout \(x \in I\) :
\(\displaystyle f(x) = \sum_{k=0}^{n} \displaystyle\frac{f^{(k)}(a)}{k!}(x-a)^k \;+\; \int_a^x \displaystyle\frac{(x-t)^n}{n!}\,f^{(n+1)}(t)\,dt\)
Détaillons les termes de cette formule :
- Partie polynomiale : \(\displaystyle T_n(x) = \sum_{k=0}^{n} \displaystyle\frac{f^{(k)}(a)}{k!}(x-a)^k\) est le polynôme de Taylor de \(f\) à l’ordre \(n\) en \(a\).
- Reste intégral : \(\displaystyle R_n(x) = \int_a^x \displaystyle\frac{(x-t)^n}{n!}\,f^{(n+1)}(t)\,dt\) est une expression exacte de l’erreur \(f(x) – T_n(x)\). Ce n’est ni un petit o, ni une approximation : c’est l’erreur elle-même.
- Hypothèse : \(f\) doit être de classe \(\mathscr{C}^{n+1}\) sur \(I\), c’est-à-dire \((n+1)\) fois dérivable avec \(f^{(n+1)}\) continue.
Cas \(a = 0\) — Formule de Taylor-Maclaurin
En pratique, on développe souvent en \(a = 0\). La formule devient :
\(\displaystyle f(x) = \sum_{k=0}^{n} \displaystyle\frac{f^{(k)}(0)}{k!}\,x^k \;+\; \int_0^x \displaystyle\frac{(x-t)^n}{n!}\,f^{(n+1)}(t)\,dt\)
B. Démonstration par intégrations par parties itérées ⋆
Cette démonstration est exigible aux concours. Elle repose sur \(n\) intégrations par parties successives, avec un choix de primitive astucieux.
Point de départ. Puisque \(f^\prime\) est continue sur \(I\), le théorème fondamental de l’analyse donne :
\(\displaystyle f(x) = f(a) + \int_a^x f^\prime(t)\,dt\)
C’est la formule de Taylor à l’ordre \(0\), avec \(\displaystyle R_0(x) = \int_a^x \displaystyle\frac{(x-t)^0}{0!}\,f^\prime(t)\,dt = \int_a^x f^\prime(t)\,dt\).
Première IPP. On effectue une intégration par parties sur \(\displaystyle\int_a^x f^\prime(t) \cdot 1\,dt\) en posant :
\(\displaystyle u(t) = f^\prime(t), \quad v^\prime(t) = 1, \quad v(t) = -(x – t)\)
Pourquoi choisir \(v(t) = -(x-t)\) plutôt que \(v(t) = t\) ?
Parce que \(\displaystyle\frac{d}{dt}\big[-(x-t)\big] = 1\), donc \(v\) est bien une primitive de \(1\). Et surtout : \(v(x) = 0\), ce qui annule le terme de bord en \(x\) à chaque étape. C’est l’astuce clé de la preuve.
En appliquant la formule d’IPP \(\displaystyle\int_a^x u\,v^\prime = \Big[u\,v\Big]_a^x – \int_a^x u^\prime\,v\) :
\(\displaystyle \int_a^x f^\prime(t)\,dt = \Big[f^\prime(t)\cdot(-(x-t))\Big]_a^x + \int_a^x f^{\prime\prime}(t)\,(x-t)\,dt\)
Le crochet donne : \(f^\prime(x) \cdot 0 – f^\prime(a) \cdot (-(x-a)) = f^\prime(a)(x-a)\). D’où :
\(\displaystyle f(x) = f(a) + f^\prime(a)(x-a) + \int_a^x f^{\prime\prime}(t)\,\displaystyle\frac{(x-t)^1}{1!}\,dt\)
C’est la formule à l’ordre \(1\). ✓
Itération générale. Supposons la formule établie à l’ordre \(k\) :
\(\displaystyle f(x) = \sum_{j=0}^{k} \displaystyle\frac{f^{(j)}(a)}{j!}(x-a)^j \;+\; R_k(x) \quad \text{avec} \quad R_k(x) = \int_a^x \displaystyle\frac{(x-t)^k}{k!}\,f^{(k+1)}(t)\,dt\)
On effectue une IPP sur \(R_k(x)\) en posant :
\(\displaystyle u(t) = f^{(k+1)}(t), \quad v^\prime(t) = \displaystyle\frac{(x-t)^k}{k!}, \quad v(t) = -\displaystyle\frac{(x-t)^{k+1}}{(k+1)!}\)
Vérifions le choix de \(v\) : \(\displaystyle\frac{d}{dt}\left[-\displaystyle\frac{(x-t)^{k+1}}{(k+1)!}\right] = \displaystyle\frac{(k+1)(x-t)^k}{(k+1)!} = \displaystyle\frac{(x-t)^k}{k!} = v^\prime(t)\). ✓
L’IPP donne :
\(\displaystyle R_k(x) = \Big[f^{(k+1)}(t) \cdot \Big(-\displaystyle\frac{(x-t)^{k+1}}{(k+1)!}\Big)\Big]_a^x + \int_a^x f^{(k+2)}(t)\,\displaystyle\frac{(x-t)^{k+1}}{(k+1)!}\,dt\)
Le crochet vaut \(\displaystyle 0 – f^{(k+1)}(a) \cdot \Big(-\displaystyle\frac{(x-a)^{k+1}}{(k+1)!}\Big) = \displaystyle\frac{f^{(k+1)}(a)}{(k+1)!}(x-a)^{k+1}\). D’où :
\(\displaystyle R_k(x) = \displaystyle\frac{f^{(k+1)}(a)}{(k+1)!}(x-a)^{k+1} + R_{k+1}(x)\)
En reportant dans la formule à l’ordre \(k\), on obtient la formule à l’ordre \(k+1\). Par récurrence finie (de \(k = 0\) à \(k = n-1\)), on obtient la formule de Taylor avec reste intégral à l’ordre \(n\). ∎
Maintenant que tu connais la formule et sa preuve, une question naturelle se pose : quand l’utiliser plutôt qu’une autre formule de Taylor ?
II. Quand utiliser le reste intégral ?
Il existe trois formules de Taylor, chacune adaptée à un type de problème. Le tableau suivant te permet de choisir la bonne en un coup d’œil.
| Taylor-Young | Taylor-Lagrange | Taylor reste intégral | |
|---|---|---|---|
| Hypothèses | \(f\) est \(n\) fois dérivable en \(a\) | \(f \in \mathscr{C}^n\), \(f^{(n+1)}\) existe sur \(]a\,;\,x[\) | \(f \in \mathscr{C}^{n+1}\) |
| Reste | \(o\big((x-a)^n\big)\) | \(\displaystyle\frac{f^{(n+1)}(c)}{(n+1)!}(x-a)^{n+1}\), \(\exists\, c \in\, ]a\,;\,x[\) | \(\displaystyle\int_a^x \displaystyle\frac{(x-t)^n}{n!}\,f^{(n+1)}(t)\,dt\) |
| Nature du reste | Qualitatif (local) | Quantitatif, mais \(c\) inconnu | Exact (expression intégrale) |
| Usage principal | DL, limites, équivalents | Majorations de \(|R_n|\) | Majorations fines, encadrements, preuves de convergence, irrationalité |
| Quand l’utiliser | Comportement local en \(a\) | Besoin de majorer \(|f(x) – T_n(x)|\) | Besoin d’une expression exacte du reste à manipuler |
Règle d’or : utilise le reste intégral chaque fois que tu as besoin de manipuler le reste (intégrer, majorer finement, étudier le signe). Si tu as seulement besoin d’un « petit o » pour un calcul de limite, Taylor-Young suffit. Si tu as besoin d’une borne rapide \(\displaystyle|R_n| \leq M \cdot \displaystyle\frac{|x-a|^{n+1}}{(n+1)!}\), Taylor-Lagrange suffit — et elle se retrouve d’ailleurs à partir du reste intégral (cf. exemple 5).
Tu sais maintenant reconnaître les situations qui appellent le reste intégral. Passons à la mise en œuvre concrète.
III. Méthode pas à pas en 4 étapes
A. Étape 1 — Vérifier les hypothèses de régularité
Avant d’appliquer la formule, vérifie que \(f\) est de classe \(\mathscr{C}^{n+1}\) sur l’intervalle considéré. En pratique : les fonctions usuelles (\(e^x, \sin, \cos, \ln, \) polynômes, fractions rationnelles sur leur domaine) sont \(\mathscr{C}^\infty\) — donc l’hypothèse est automatiquement satisfaite.
Piège : ne jamais « oublier » de l’écrire sur ta copie. Même si c’est évident, le correcteur attend une phrase du type : « La fonction \(f\) est de classe \(\mathscr{C}^{n+1}\) sur \(\mathbb{R}\) (comme composée/produit/somme de fonctions \(\mathscr{C}^\infty\)). »
B. Étape 2 — Calculer les dérivées successives en \(a\)
Calcule \(f^{(k)}(a)\) pour \(k = 0, 1, \ldots, n\). Pour les fonctions usuelles, les dérivées successives suivent souvent un schéma périodique ou exponentiel :
- \(f(x) = e^x\) : \(f^{(k)}(0) = 1\) pour tout \(k\).
- \(f(x) = \sin(x)\) : \(f^{(k)}(0)\) suit le cycle \(0, 1, 0, -1, \ldots\)
- \(f(x) = \ln(1+x)\) : \(f^{(k)}(0) = (-1)^{k+1}(k-1)!\) pour \(k \geq 1\).
C. Étape 3 — Écrire la partie polynomiale et le reste intégral
Reporte les valeurs calculées dans la formule. Écris toujours le reste intégral explicitement — c’est là que réside toute la puissance de la formule.
\(\displaystyle f(x) = \underbrace{\sum_{k=0}^{n} \displaystyle\frac{f^{(k)}(a)}{k!}(x-a)^k}_{T_n(x)} \;+\; \underbrace{\int_a^x \displaystyle\frac{(x-t)^n}{n!}\,f^{(n+1)}(t)\,dt}_{R_n(x)}\)
D. Étape 4 — Exploiter le reste intégral
C’est l’étape clé. Selon l’objectif, tu exploiteras le reste de différentes manières :
| Objectif | Technique sur \(R_n(x)\) |
|---|---|
| Montrer que \(R_n(x) \to 0\) | Majorer \(|R_n(x)|\) par \(\displaystyle\frac{M \cdot |x-a|^{n+1}}{(n+1)!} \to 0\) |
| Encadrer \(f(x)\) | Étudier le signe de \(\displaystyle\frac{(x-t)^n}{n!}\,f^{(n+1)}(t)\) dans l’intégrale |
| Obtenir une inégalité quantitative | Majorer \(|f^{(n+1)}(t)|\) par une constante \(M\) et calculer l’intégrale |
| Argument arithmétique (irrationalité…) | Multiplier \(R_n\) par \(n!\) et montrer que le résultat est un entier compris entre \(0\) et \(1\) |
À écrire sur la copie (modèle) :
« La fonction \(f\) est \(\mathscr{C}^{n+1}\) sur \(I\). D’après la formule de Taylor avec reste intégral à l’ordre \(n\) en \(a\), pour tout \(x \in I\) : [formule]. Or, pour tout \(t\) entre \(a\) et \(x\), on a [majoration/signe]. D’où [conclusion]. »
La méthode est en place. Voyons-la en action sur des exemples de difficulté croissante.
IV. Exemples résolus
A. Exemple 1 🟡 MPSI — Développement de \(e^x\) et convergence du reste
Énoncé : Écrire la formule de Taylor avec reste intégral pour \(f(x) = e^x\) à l’ordre \(n\) en \(a = 0\), puis montrer que \(R_n(x) \to 0\) pour tout \(x \in \mathbb{R}\).
Résolution.
Étape 1. La fonction \(f : x \mapsto e^x\) est \(\mathscr{C}^\infty\) sur \(\mathbb{R}\). ✓
Étape 2. Pour tout \(k \in \mathbb{N}\), \(f^{(k)}(x) = e^x\), d’où \(f^{(k)}(0) = 1\).
Étape 3. La formule de Taylor-Maclaurin à l’ordre \(n\) donne :
\(\displaystyle e^x = \sum_{k=0}^{n} \displaystyle\frac{x^k}{k!} + \int_0^x \displaystyle\frac{(x-t)^n}{n!}\,e^t\,dt\)
Étape 4 (convergence). Pour \(x \geq 0\), on a \(e^t \leq e^x\) pour \(t \in [0\,;\,x]\). Donc :
\(\displaystyle |R_n(x)| \leq e^x \int_0^x \displaystyle\frac{(x-t)^n}{n!}\,dt = e^x \cdot \displaystyle\frac{x^{n+1}}{(n+1)!}\)
Or \(\displaystyle\frac{x^{n+1}}{(n+1)!} \to 0\) quand \(n \to +\infty\) (la factorielle l’emporte sur toute puissance). Donc \(R_n(x) \to 0\). Un argument analogue fonctionne pour \(x\) < \(0\). On en déduit :
\(\displaystyle \forall\, x \in \mathbb{R}, \quad e^x = \sum_{k=0}^{+\infty} \displaystyle\frac{x^k}{k!}\)
B. Exemple 2 🟡 MPSI — Encadrement de \(\cos(x)\) par des polynômes
Énoncé : Montrer que pour tout \(x \in [0\,;\,\pi]\) :
\(\displaystyle 1 – \displaystyle\frac{x^2}{2} \;\leq\; \cos(x) \;\leq\; 1 – \displaystyle\frac{x^2}{2} + \displaystyle\frac{x^4}{24}\)
Résolution.
Posons \(f(x) = \cos(x)\). On a \(f \in \mathscr{C}^\infty(\mathbb{R})\) et :
- \(f(0) = 1\), \(f^\prime(0) = 0\), \(f^{\prime\prime}(0) = -1\), \(f^{(3)}(x) = \sin(x)\), \(f^{(4)}(0) = 1\), \(f^{(5)}(x) = -\sin(x)\).
Minoration. Taylor à l’ordre \(2\) donne :
\(\displaystyle \cos(x) = 1 – \displaystyle\frac{x^2}{2} + R_2(x) \quad \text{avec} \quad R_2(x) = \int_0^x \displaystyle\frac{(x-t)^2}{2}\,\sin(t)\,dt\)
Pour \(t \in [0\,;\,x] \subset [0\,;\,\pi]\) : \(\sin(t) \geq 0\) et \((x-t)^2 \geq 0\). Donc \(R_2(x) \geq 0\), d’où \(\cos(x) \geq 1 – \displaystyle\frac{x^2}{2}\). ✓
Majoration. Taylor à l’ordre \(4\) donne :
\(\displaystyle \cos(x) = 1 – \displaystyle\frac{x^2}{2} + \displaystyle\frac{x^4}{24} + R_4(x) \quad \text{avec} \quad R_4(x) = \int_0^x \displaystyle\frac{(x-t)^4}{24}\,\big(-\sin(t)\big)\,dt\)
Pour \(t \in [0\,;\,\pi]\) : \(-\sin(t) \leq 0\) et \((x-t)^4 \geq 0\). Donc \(R_4(x) \leq 0\), d’où \(\cos(x) \leq 1 – \displaystyle\frac{x^2}{2} + \displaystyle\frac{x^4}{24}\). ✓
Technique de l’encadrement alterné : le reste intégral d’ordre pair est positif (quand l’intégrande est positif), celui d’ordre pair+2 est négatif, etc. En alternant les ordres, on encadre \(f(x)\) de plus en plus finement. Ce phénomène est typique des fonctions dont les dérivées successives alternent en signe.
C. Exemple 3 🟠 Prépa — Majoration de \(\left|\sin(x) – x + \displaystyle\frac{x^3}{6}\right|\)
Énoncé : Montrer que pour tout \(x \geq 0\) : \(\displaystyle\left|\sin(x) – x + \displaystyle\frac{x^3}{6}\right| \leq \displaystyle\frac{x^4}{24}\).
Résolution.
Posons \(f(x) = \sin(x)\). On a \(f \in \mathscr{C}^\infty(\mathbb{R})\), \(f(0) = 0\), \(f^\prime(0) = 1\), \(f^{\prime\prime}(0) = 0\), \(f^{(3)}(0) = -1\), et \(f^{(4)}(t) = \sin(t)\).
La formule de Taylor à l’ordre \(3\) en \(0\) donne :
\(\displaystyle \sin(x) = x – \displaystyle\frac{x^3}{6} + R_3(x) \quad \text{avec} \quad R_3(x) = \int_0^x \displaystyle\frac{(x-t)^3}{6}\,\sin(t)\,dt\)
Pour \(x \geq 0\), on majore l’intégrande en valeur absolue :
\(\displaystyle |R_3(x)| = \left|\int_0^x \displaystyle\frac{(x-t)^3}{6}\,\sin(t)\,dt\right| \leq \int_0^x \displaystyle\frac{(x-t)^3}{6}\,|\sin(t)|\,dt \leq \int_0^x \displaystyle\frac{(x-t)^3}{6}\,dt\)
car \(|\sin(t)| \leq 1\) pour tout \(t \in \mathbb{R}\). En calculant l’intégrale :
\(\displaystyle \int_0^x \displaystyle\frac{(x-t)^3}{6}\,dt = \displaystyle\frac{x^4}{24}\)
D’où \(\displaystyle\left|\sin(x) – x + \displaystyle\frac{x^3}{6}\right| \leq \displaystyle\frac{x^4}{24}\) pour tout \(x \geq 0\). ✓
Remarque : la fonction \(x \mapsto \sin(x) – x + \displaystyle\frac{x^3}{6}\) est impaire, donc l’inégalité s’étend à \(\mathbb{R}\) tout entier : \(\displaystyle\left|\sin(x) – x + \displaystyle\frac{x^3}{6}\right| \leq \displaystyle\frac{|x|^4}{24}\).
D. Exemple 4 🔴 Concours — Prouver que \(e \notin \mathbb{Q}\)
Énoncé : En utilisant la formule de Taylor avec reste intégral, démontrer que \(e\) est irrationnel.
Résolution.
On applique Taylor à \(f(x) = e^x\) à l’ordre \(n\) en \(0\), évaluée en \(x = 1\) :
\(\displaystyle e = \sum_{k=0}^{n} \displaystyle\frac{1}{k!} + R_n \quad \text{avec} \quad R_n = \int_0^1 \displaystyle\frac{(1-t)^n}{n!}\,e^t\,dt\)
Encadrement de \(R_n\). Pour \(t \in [0\,;\,1]\), on a \(e^t\) > \(0\) et \((1-t)^n\) > \(0\) (sauf en \(t = 1\)). Donc \(R_n\) > \(0\). De plus, \(e^t \leq e\) sur \([0\,;\,1]\), d’où :
\(\displaystyle 0\) < \(\displaystyle R_n \leq \displaystyle\frac{e}{(n+1)!}\)
Raisonnement par l’absurde. Supposons \(e = \displaystyle\frac{p}{q}\) avec \(p, q \in \mathbb{N}^*\). Considérons \(n \geq q\) et posons \(A_n = n!\, R_n\). Alors :
\(\displaystyle A_n = n!\,e – \sum_{k=0}^{n} \displaystyle\frac{n!}{k!} = n!\,\displaystyle\frac{p}{q} – \sum_{k=0}^{n} \displaystyle\frac{n!}{k!}\)
Pour \(n \geq q\) : le terme \(\displaystyle\frac{n!\,p}{q}\) est entier (car \(q\) divise \(n!\)), et chaque \(\displaystyle\frac{n!}{k!}\) est entier pour \(0 \leq k \leq n\). Donc \(A_n \in \mathbb{Z}\).
Or, d’après l’encadrement : \(0\) < \(A_n = n!\,R_n \leq \displaystyle\frac{n!\,e}{(n+1)!} = \displaystyle\frac{e}{n+1}\).
Pour \(n \geq 3\) : \(\displaystyle\frac{e}{n+1}\) < \(\displaystyle\frac{3}{4}\) < \(1\). Donc \(0\) < \(A_n\) < \(1\) avec \(A_n \in \mathbb{Z}\) — contradiction. ∎
Pourquoi le reste intégral est indispensable ici : la preuve repose sur l’encadrement fin \(0\) < \(n!\,R_n\) < \(1\). Le reste de Lagrange donnerait \(R_n = \displaystyle\frac{e^c}{(n+1)!}\) avec \(c\) inconnu — ce qui suffirait pour la majoration, mais le reste intégral donne directement l’encadrement inférieur \(R_n\) > \(0\) sans ambiguïté.
E. Exemple 5 🔴 Oral X/ENS — Inégalité \(\|f\|_\infty \leq \displaystyle\frac{1}{8}\,\|f^{\prime\prime}\|_\infty\)
Énoncé (classique d’oral) : Soit \(f : [0\,;\,1] \to \mathbb{R}\) de classe \(\mathscr{C}^2\) telle que \(f(0) = f(1) = 0\). Montrer que :
\(\displaystyle \|f\|_\infty \leq \displaystyle\frac{1}{8}\,\|f^{\prime\prime}\|_\infty\)
où \(\|g\|_\infty = \sup_{x \in [0\,;\,1]} |g(x)|\).
Résolution.
Si \(f^{\prime\prime} = 0\), alors \(f\) est affine avec \(f(0) = f(1) = 0\), donc \(f = 0\) et l’inégalité est triviale. Supposons \(\|f^{\prime\prime}\|_\infty\) > \(0\).
La fonction \(f\) est de classe \(\mathscr{C}^2\) sur le segment \([0\,;\,1]\). Soit \(x_0 \in [0\,;\,1]\) un point où \(|f|\) atteint son maximum (qui existe par continuité sur un segment).
Écriture de Taylor à l’ordre 1 depuis \(x_0\). D’après la formule de Taylor avec reste intégral à l’ordre \(1\) en \(a = x_0\), pour tout \(x \in [0\,;\,1]\) :
\(\displaystyle f(x) = f(x_0) + f^\prime(x_0)(x – x_0) + \int_{x_0}^x (x-t)\,f^{\prime\prime}(t)\,dt\)
Évaluation en \(x = 0\) et \(x = 1\). Puisque \(f(0) = f(1) = 0\) :
\(\displaystyle 0 = f(x_0) – x_0\,f^\prime(x_0) + \int_{x_0}^0 (0-t)\,f^{\prime\prime}(t)\,dt \quad \cdots\; (E_0)\)
\(\displaystyle 0 = f(x_0) + (1-x_0)\,f^\prime(x_0) + \int_{x_0}^1 (1-t)\,f^{\prime\prime}(t)\,dt \quad \cdots\; (E_1)\)
Élimination de \(f^\prime(x_0)\). On multiplie \((E_0)\) par \((1-x_0)\) et \((E_1)\) par \(x_0\), puis on additionne. Les termes en \(f^\prime(x_0)\) se compensent exactement :
\(\displaystyle 0 = f(x_0) + (1-x_0)\int_{x_0}^0 (-t)\,f^{\prime\prime}(t)\,dt \;+\; x_0\int_{x_0}^1 (1-t)\,f^{\prime\prime}(t)\,dt\)
L’intégrale \(\displaystyle\int_{x_0}^0 (-t)\,f^{\prime\prime}(t)\,dt = \int_0^{x_0} t\,f^{\prime\prime}(t)\,dt\) (par changement de sens). On obtient :
\(\displaystyle f(x_0) = -(1-x_0)\int_0^{x_0} t\,f^{\prime\prime}(t)\,dt \;-\; x_0\int_{x_0}^1 (1-t)\,f^{\prime\prime}(t)\,dt\)
Majoration. En prenant la valeur absolue et en majorant \(|f^{\prime\prime}(t)| \leq \|f^{\prime\prime}\|_\infty\) :
\(\displaystyle |f(x_0)| \leq \|f^{\prime\prime}\|_\infty \left[(1-x_0)\int_0^{x_0} t\,dt \;+\; x_0\int_{x_0}^1 (1-t)\,dt\right]\)
On calcule chaque intégrale : \(\displaystyle\int_0^{x_0} t\,dt = \displaystyle\frac{x_0^2}{2}\) et \(\displaystyle\int_{x_0}^1 (1-t)\,dt = \displaystyle\frac{(1-x_0)^2}{2}\). D’où :
\(\displaystyle |f(x_0)| \leq \|f^{\prime\prime}\|_\infty \left[\displaystyle\frac{(1-x_0)\,x_0^2}{2} + \displaystyle\frac{x_0\,(1-x_0)^2}{2}\right] = \|f^{\prime\prime}\|_\infty \cdot \displaystyle\frac{x_0(1-x_0)}{2}\big[x_0 + (1-x_0)\big] = \|f^{\prime\prime}\|_\infty \cdot \displaystyle\frac{x_0(1-x_0)}{2}\)
Optimisation. La fonction \(x_0 \mapsto x_0(1-x_0)\) atteint son maximum \(\displaystyle\frac{1}{4}\) en \(x_0 = \displaystyle\frac{1}{2}\). Donc :
\(\displaystyle \|f\|_\infty = |f(x_0)| \leq \displaystyle\frac{1}{8}\,\|f^{\prime\prime}\|_\infty\) ∎
Pourquoi ce problème est un classique d’oral : il combine trois ingrédients en un seul argument — Taylor avec reste intégral (pour obtenir une expression exacte), élimination d’un paramètre par combinaison linéaire (astuce algébrique), et optimisation d’une fonction auxiliaire. La constante \(\displaystyle\frac{1}{8}\) est optimale : elle est atteinte par \(f(x) = x(1-x)\), dont la dérivée seconde vaut \(-2\) et le maximum vaut \(\displaystyle\frac{1}{4} = \displaystyle\frac{1}{8} \times 2\). Ce type de résultat se généralise aux inégalités de Landau-Kolmogorov reliant \(\|f\|_\infty\), \(\|f^\prime\|_\infty\) et \(\|f^{\prime\prime}\|_\infty\).
La méthode Taylor reste intégral en fiche recto-verso
Énoncé du théorème, les 4 étapes, les 3 formules comparées et les pièges à éviter — tout sur une fiche.
Idéal pour tes révisions de colles et tes fiches concours.
Après ces exemples, voici les erreurs qui coûtent le plus de points en DS et aux concours.
V. Erreurs fréquentes et pièges classiques
Erreur n°1 — Oublier de vérifier \(\mathscr{C}^{n+1}\)
❌ Copie fautive :
« D’après la formule de Taylor avec reste intégral, \(\displaystyle f(x) = \sum_{k=0}^{n} \displaystyle\frac{f^{(k)}(0)}{k!}x^k + R_n(x)\). »
Diagnostic : aucune justification de l’hypothèse de régularité. Le correcteur ne sait pas si l’étudiant a vérifié \(\mathscr{C}^{n+1}\) ou l’a oublié.
✅ Correction :
« La fonction \(f\) est de classe \(\mathscr{C}^{n+1}\) sur \(\mathbb{R}\) comme [raison]. D’après la formule de Taylor avec reste intégral à l’ordre \(n\) en \(0\) : [formule]. »
Erreur n°2 — Confondre \((x-t)\) et \((x-a)\) dans le reste
❌ Copie fautive :
\(\displaystyle R_n(x) = \int_a^x \displaystyle\frac{(x-a)^n}{n!}\,f^{(n+1)}(t)\,dt\)
Diagnostic : la variable d’intégration est \(t\), donc le noyau est \((x-t)^n\) — pas \((x-a)^n\) ! Avec \((x-a)^n\), ce terme sort de l’intégrale et on obtient \(\displaystyle\frac{(x-a)^n}{n!}\int_a^x f^{(n+1)}(t)\,dt\), ce qui est faux.
✅ Correction :
\(\displaystyle R_n(x) = \int_a^x \displaystyle\frac{(x-t)^n}{n!}\,f^{(n+1)}(t)\,dt\)
Erreur n°3 — Écrire \((n+1)!\) au lieu de \(n!\) dans le noyau
❌ Copie fautive :
\(\displaystyle R_n(x) = \int_a^x \displaystyle\frac{(x-t)^{n+1}}{(n+1)!}\,f^{(n+1)}(t)\,dt\)
Diagnostic : l’exposant du noyau est \(n\) et le dénominateur est \(n!\) — pas \(n+1\) et \((n+1)!\). Cette confusion vient souvent du reste de Lagrange où le dénominateur est \((n+1)!\).
✅ Formule correcte : le noyau est \(\displaystyle\frac{(x-t)^n}{n!}\), et c’est la dérivée \(f^{(n+1)}(t)\) qui est d’ordre \(n+1\).
À toi de jouer. Les exercices suivants couvrent les situations types.
VI. Exercices d’application
Chaque exercice est suivi de sa correction détaillée. Essaie de rédiger ta solution avant de lire la correction.
A. Exercice 1 ★ — Formule de Taylor pour \(\ln(1+x)\)
Énoncé : Soit \(f(x) = \ln(1+x)\). Écrire la formule de Taylor avec reste intégral à l’ordre \(n\) en \(a = 0\). Expliciter le polynôme de Taylor pour \(n = 3\).
Correction.
La fonction \(f : x \mapsto \ln(1+x)\) est \(\mathscr{C}^\infty\) sur \(]-1\,;\,+\infty[\).
Pour \(k \geq 1\) : \(f^{(k)}(x) = (-1)^{k+1}\,\displaystyle\frac{(k-1)!}{(1+x)^k}\), d’où \(f^{(k)}(0) = (-1)^{k+1}(k-1)!\).
La formule de Taylor à l’ordre \(n\) en \(0\) donne, pour tout \(x\) > \(-1\) :
\(\displaystyle \ln(1+x) = \sum_{k=1}^{n} (-1)^{k+1}\,\displaystyle\frac{x^k}{k} + R_n(x)\)
avec \(\displaystyle R_n(x) = (-1)^{n+1}\int_0^x \displaystyle\frac{(x-t)^n}{(1+t)^{n+1}}\,dt\).
Pour \(n = 3\) : \(\displaystyle T_3(x) = x – \displaystyle\frac{x^2}{2} + \displaystyle\frac{x^3}{3}\).
B. Exercice 2 ★★ — Encadrement de \(\ln(1+x)\)
Énoncé : En utilisant le reste intégral, montrer que pour tout \(x \in [0\,;\,1]\) :
\(\displaystyle x – \displaystyle\frac{x^2}{2} \;\leq\; \ln(1+x) \;\leq\; x – \displaystyle\frac{x^2}{2} + \displaystyle\frac{x^3}{3}\)
Correction.
Minoration. Taylor à l’ordre \(1\) : \(\displaystyle \ln(1+x) = x + R_1(x)\) avec \(\displaystyle R_1(x) = -\int_0^x \displaystyle\frac{(x-t)}{(1+t)^2}\,dt\).
Donc \(R_1(x) \leq 0\) pour \(x \geq 0\), d’où \(\ln(1+x) \leq x\). Ce n’est pas encore l’encadrement voulu.
Taylor à l’ordre \(2\) : \(\displaystyle \ln(1+x) = x – \displaystyle\frac{x^2}{2} + R_2(x)\) avec \(\displaystyle R_2(x) = \int_0^x \displaystyle\frac{(x-t)^2}{(1+t)^3}\,dt\).
Pour \(t \in [0\,;\,x]\) : \((x-t)^2 \geq 0\) et \((1+t)^3\) > \(0\). Donc \(R_2(x) \geq 0\), d’où \(\ln(1+x) \geq x – \displaystyle\frac{x^2}{2}\). ✓
Majoration. Taylor à l’ordre \(3\) : \(\displaystyle \ln(1+x) = x – \displaystyle\frac{x^2}{2} + \displaystyle\frac{x^3}{3} + R_3(x)\) avec \(\displaystyle R_3(x) = -\int_0^x \displaystyle\frac{(x-t)^3}{(1+t)^4}\,dt\).
Pour \(t \in [0\,;\,x]\) : \(R_3(x) \leq 0\). Donc \(\ln(1+x) \leq x – \displaystyle\frac{x^2}{2} + \displaystyle\frac{x^3}{3}\). ✓
C. Exercice 3 ★★★ — Convergence de la série de \(\ln(1+x)\) et calcul de \(\ln 2\)
Énoncé :
1. En utilisant la formule de Taylor avec reste intégral, montrer que pour tout \(x \in [0\,;\,1]\) et tout \(n \geq 1\) :
\(\displaystyle \left|\ln(1+x) – \sum_{k=1}^{n} (-1)^{k+1}\,\displaystyle\frac{x^k}{k}\right| \leq \displaystyle\frac{x^{n+1}}{n+1}\)
2. En déduire que \(\displaystyle \ln 2 = \sum_{k=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{(-1)^{k+1}}{k} = 1 – \displaystyle\frac{1}{2} + \displaystyle\frac{1}{3} – \displaystyle\frac{1}{4} + \cdots\)
3. Combien de termes faut-il sommer pour approcher \(\ln 2\) à \(10^{-3}\) près ?
Correction.
1. Majoration du reste.
La fonction \(f : x \mapsto \ln(1+x)\) est \(\mathscr{C}^\infty\) sur \(]-1\,;\,+\infty[\). D’après l’exercice 1, la formule de Taylor à l’ordre \(n\) en \(0\) donne :
\(\displaystyle \ln(1+x) = \sum_{k=1}^{n} (-1)^{k+1}\,\displaystyle\frac{x^k}{k} + R_n(x) \quad \text{avec} \quad R_n(x) = (-1)^{n+1}\int_0^x \displaystyle\frac{(x-t)^n}{(1+t)^{n+1}}\,dt\)
Pour \(x \in [0\,;\,1]\) et \(t \in [0\,;\,x]\) : on a \(1 + t \geq 1\), donc \(\displaystyle\frac{1}{(1+t)^{n+1}} \leq 1\). Ainsi :
\(\displaystyle |R_n(x)| \leq \int_0^x \displaystyle\frac{(x-t)^n}{(1+t)^{n+1}}\,dt \leq \int_0^x (x-t)^n\,dt = \displaystyle\frac{x^{n+1}}{n+1}\)
D’où l’inégalité demandée. ✓
2. Calcul de \(\ln 2\).
On évalue en \(x = 1\). L’inégalité donne \(\displaystyle\left|\ln 2 – \sum_{k=1}^{n} \displaystyle\frac{(-1)^{k+1}}{k}\right| \leq \displaystyle\frac{1}{n+1}\).
Puisque \(\displaystyle\frac{1}{n+1} \to 0\), on conclut :
\(\displaystyle \ln 2 = \sum_{k=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{(-1)^{k+1}}{k} = 1 – \displaystyle\frac{1}{2} + \displaystyle\frac{1}{3} – \displaystyle\frac{1}{4} + \cdots\) ✓
3. Nombre de termes.
On veut \(\displaystyle\frac{1}{n+1} \leq 10^{-3}\), soit \(n + 1 \geq 1000\), donc \(n \geq 999\). Il faut sommer au moins 999 termes pour garantir une précision de \(10^{-3}\). (En pratique, la convergence est très lente — c’est un défaut bien connu de cette série.)
D. Exercice 4 ★★★★ Concours — Équivalent de \(e – \displaystyle\sum_{k=0}^{n} \displaystyle\frac{1}{k!}\)
Énoncé : On pose \(\displaystyle u_n = e – \sum_{k=0}^{n} \displaystyle\frac{1}{k!}\).
1. Exprimer \(u_n\) à l’aide du reste intégral de \(e^x\).
2. Montrer que \(\displaystyle\frac{1}{(n+1)!} \leq u_n \leq \displaystyle\frac{e}{(n+1)!}\).
3. En déduire un équivalent simple de \(u_n\) quand \(n \to +\infty\).
4. Application : donner un encadrement de \(e\) à \(10^{-6}\) près en utilisant \(n = 9\).
Correction.
1. Expression intégrale.
La formule de Taylor avec reste intégral pour \(f(x) = e^x\) à l’ordre \(n\) en \(0\), évaluée en \(x = 1\), donne (cf. exemple 1) :
\(\displaystyle e = \sum_{k=0}^{n} \displaystyle\frac{1}{k!} + \int_0^1 \displaystyle\frac{(1-t)^n}{n!}\,e^t\,dt\)
Donc \(\displaystyle u_n = \int_0^1 \displaystyle\frac{(1-t)^n}{n!}\,e^t\,dt\). ✓
2. Encadrement.
Minoration. Pour \(t \in [0\,;\,1]\), on a \(e^t \geq e^0 = 1\). Donc :
\(\displaystyle u_n \geq \int_0^1 \displaystyle\frac{(1-t)^n}{n!}\,dt = \displaystyle\frac{1}{n!} \cdot \displaystyle\frac{1}{n+1} = \displaystyle\frac{1}{(n+1)!}\)
Majoration. Pour \(t \in [0\,;\,1]\), on a \(e^t \leq e\). Donc :
\(\displaystyle u_n \leq e\int_0^1 \displaystyle\frac{(1-t)^n}{n!}\,dt = \displaystyle\frac{e}{(n+1)!}\)
D’où \(\displaystyle\frac{1}{(n+1)!} \leq u_n \leq \displaystyle\frac{e}{(n+1)!}\). ✓
3. Équivalent.
L’encadrement s’écrit : \(\displaystyle\frac{1}{(n+1)!} \leq u_n \leq \displaystyle\frac{e}{(n+1)!}\). En divisant par \(\displaystyle\frac{1}{(n+1)!}\) :
\(\displaystyle 1 \leq u_n \cdot (n+1)! \leq e\)
Pour affiner, on utilise un encadrement plus serré. Par le lemme de Lebesgue (convergence dominée), ou plus élémentairement : la fonction \(t \mapsto e^t\) est continue sur \([0\,;\,1]\), et la mesure \(\displaystyle\frac{(1-t)^n}{n!}\,dt\) se concentre au voisinage de \(t = 0\) quand \(n \to +\infty\). Montrons-le rigoureusement.
Pour tout \(\varepsilon\) > \(0\), on découpe l’intégrale :
\(\displaystyle u_n = \int_0^\varepsilon \displaystyle\frac{(1-t)^n}{n!}\,e^t\,dt + \int_\varepsilon^1 \displaystyle\frac{(1-t)^n}{n!}\,e^t\,dt\)
Sur \([\varepsilon\,;\,1]\) : \((1-t)^n \leq (1-\varepsilon)^n\), donc \(\displaystyle\int_\varepsilon^1 \displaystyle\frac{(1-t)^n}{n!}\,e^t\,dt \leq \displaystyle\frac{e\,(1-\varepsilon)^n}{n!} = o\Big(\displaystyle\frac{1}{(n+1)!}\Big)\).
Sur \([0\,;\,\varepsilon]\) : \(1 \leq e^t \leq e^\varepsilon\), donc :
\(\displaystyle \int_0^\varepsilon \displaystyle\frac{(1-t)^n}{n!}\,dt \;\leq\; \int_0^\varepsilon \displaystyle\frac{(1-t)^n}{n!}\,e^t\,dt \;\leq\; e^\varepsilon \int_0^\varepsilon \displaystyle\frac{(1-t)^n}{n!}\,dt\)
Or \(\displaystyle\int_0^\varepsilon \displaystyle\frac{(1-t)^n}{n!}\,dt = \displaystyle\frac{1}{(n+1)!}\Big[1 – (1-\varepsilon)^{n+1}\Big] \;\sim\; \displaystyle\frac{1}{(n+1)!}\).
En combinant les deux morceaux et en faisant tendre \(\varepsilon \to 0\), on obtient :
\(\displaystyle u_n \;\sim\; \displaystyle\frac{1}{(n+1)!} \quad (n \to +\infty)\)
4. Application numérique.
Pour \(n = 9\) : \(\displaystyle\sum_{k=0}^{9} \displaystyle\frac{1}{k!} = 1 + 1 + \displaystyle\frac{1}{2} + \displaystyle\frac{1}{6} + \displaystyle\frac{1}{24} + \displaystyle\frac{1}{120} + \displaystyle\frac{1}{720} + \displaystyle\frac{1}{5040} + \displaystyle\frac{1}{40320} + \displaystyle\frac{1}{362880} \approx 2{,}718\,281\,526\)
L’erreur vérifie : \(\displaystyle u_9 \leq \displaystyle\frac{e}{10!} \leq \displaystyle\frac{3}{3\,628\,800}\) < \(10^{-6}\). Donc :
\(\displaystyle 2{,}718\,281 \leq e \leq 2{,}718\,282\)
On retrouve les 6 premières décimales de \(e\) avec seulement 10 termes — la convergence factorielle est spectaculairement rapide, contrairement à la série de \(\ln 2\) de l’exercice précédent. ✓
Pour t’entraîner davantage, consulte nos exercices corrigés sur les primitives et intégrales.
Au-delà du calcul, la rédaction est un critère déterminant aux concours.
VII. Rédaction concours : ce que le correcteur attend
A. Modèle de rédaction
Voici la rédaction attendue pour une application standard de la formule de Taylor avec reste intégral :
Rédaction type
« La fonction \(f\) est de classe \(\mathscr{C}^{n+1}\) sur \(I\) [justification en une ligne]. D’après la formule de Taylor avec reste intégral à l’ordre \(n\) en \(a\), pour tout \(x \in I\) :
\(\displaystyle f(x) = \sum_{k=0}^{n} \displaystyle\frac{f^{(k)}(a)}{k!}(x-a)^k + \int_a^x \displaystyle\frac{(x-t)^n}{n!}\,f^{(n+1)}(t)\,dt\)
Or, pour tout \(t\) entre \(a\) et \(x\), [majoration ou étude de signe]. D’où [conclusion]. »
B. Erreurs de rédaction pénalisées
- « D’après Taylor » — sans préciser quelle formule de Taylor. Il en existe trois ; le correcteur veut lire « formule de Taylor avec reste intégral ». Points perdus si l’ambiguïté n’est pas levée.
- Omettre la justification de \(\mathscr{C}^{n+1}\) — même si \(f = e^x\) est évidemment \(\mathscr{C}^\infty\), l’écrire montre que tu maîtrises les hypothèses du théorème.
- Ne pas nommer le théorème utilisé pour majorer le reste — si tu appliques la première formule de la moyenne ou tu majores \(|f^{(n+1)}|\) par un \(\sup\), nomme-le.
- Confondre la variable muette \(t\) et la variable \(x\) — l’intégrale est en \(dt\), et \(x\) est fixé. Ne pas écrire \(dx\).
C. Expressions attendues
En DS et aux concours (X, Mines-Ponts, Centrale), les correcteurs valorisent ces formulations :
- « D’après la formule de Taylor avec reste intégral à l’ordre \(n\) en \(a = 0\)… »
- « Le reste intégral s’écrit \(R_n(x) = \ldots\) »
- « Or, pour tout \(t \in [0\,;\,x]\), on a \(|f^{(n+1)}(t)| \leq M\), d’où… »
- « En appliquant la première formule de la moyenne à l’intégrale \(R_n(x)\)… »
- « Puisque \(\displaystyle\frac{|x|^{n+1}}{(n+1)!} \to 0\), on conclut que \(R_n(x) \to 0\). »
Voici les questions les plus fréquentes sur la formule de Taylor avec reste intégral.
VIII. Questions fréquentes
Quelle est la différence entre le reste intégral et le reste de Lagrange ?
Le reste intégral \(\displaystyle R_n(x) = \int_a^x \displaystyle\frac{(x-t)^n}{n!}\,f^{(n+1)}(t)\,dt\) est une expression exacte de l’erreur sous forme d’intégrale. Le reste de Lagrange \(\displaystyle R_n(x) = \displaystyle\frac{f^{(n+1)}(c)}{(n+1)!}(x-a)^{n+1}\) fait intervenir un point \(c\) inconnu entre \(a\) et \(x\). Le reste intégral est plus informatif : il permet des encadrements fins et des arguments de signe. Le reste de Lagrange se déduit du reste intégral par la première formule de la moyenne (cf. exemple 5).
Comment montrer que le reste intégral tend vers 0 ?
La méthode standard consiste à majorer \(|f^{(n+1)}(t)|\) par une constante \(M\) sur l’intervalle d’intégration, puis à calculer l’intégrale résiduelle : \(\displaystyle |R_n(x)| \leq M \cdot \displaystyle\frac{|x-a|^{n+1}}{(n+1)!}\). Puisque \(\displaystyle\frac{|x-a|^{n+1}}{(n+1)!} \to 0\) pour tout \(x\) fixé (la factorielle l’emporte sur toute puissance), on conclut \(R_n(x) \to 0\). Cette technique fonctionne pour \(e^x, \sin, \cos\) et tous les cas où \(|f^{(n+1)}|\) est borné.
Quand utiliser Taylor reste intégral plutôt que Taylor-Young ?
Taylor-Young fournit un reste en \(o\big((x-a)^n\big)\) : c’est suffisant pour les calculs de limites, les équivalents et les développements limités classiques. Utilise le reste intégral quand tu as besoin d’une information quantitative sur le reste : majoration explicite, encadrement, preuve de convergence d’une série, ou argument arithmétique (irrationalité de \(e\)).
La formule de Taylor avec reste intégral est-elle exigible aux concours ?
Oui. L’énoncé du théorème et sa démonstration par intégrations par parties itérées sont exigibles dans toutes les filières (MPSI, PCSI, MP, PC, PSI). La preuve est un grand classique des colles et des oraux. Il est aussi fréquent de devoir retrouver l’inégalité de Taylor-Lagrange comme corollaire du reste intégral.
Comment retrouver l'inégalité de Taylor-Lagrange à partir du reste intégral ?
On applique la première formule de la moyenne pour les intégrales au reste \(R_n(x)\). Le noyau \(\displaystyle\frac{(x-t)^n}{n!}\) est positif et continu, et \(f^{(n+1)}\) est continue : il existe donc \(c\) entre \(a\) et \(x\) tel que \(R_n(x) = f^{(n+1)}(c) \cdot \displaystyle\frac{(x-a)^{n+1}}{(n+1)!}\). En prenant la valeur absolue et en majorant par \(\sup |f^{(n+1)}|\), on obtient l’inégalité de Taylor-Lagrange. Voir l’exemple 5 pour une application avancée du reste intégral.
IX. Pour aller plus loin
Tu maîtrises maintenant la formule de Taylor avec reste intégral et ses principales applications. Pour approfondir tes connaissances sur les techniques d’intégration et d’approximation :
- Primitives et intégrales : cours complet — le pilier du cocon, avec toutes les définitions et propriétés fondamentales
- Intégration par parties (IPP) — la technique sur laquelle repose la démonstration de Taylor
- Changement de variable dans une intégrale — une autre technique de calcul incontournable en prépa
- Intégrale de Riemann — le cadre théorique dans lequel s’inscrit le reste intégral
- Intégrales de Wallis — un classique de prépa qui utilise l’IPP itérée et les formules de Taylor
- Intégrales généralisées — pour aller plus loin sur la convergence des intégrales
- Exercices corrigés : primitives et intégrales — un recueil complet pour t’entraîner
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