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L’intégrale de Riemann fonde rigoureusement le calcul intégral. En CPGE, tu dois comprendre sa construction par sommes de Darboux, maîtriser ses propriétés et savoir les démontrer aux concours. Ce cours détaille la théorie complète — des subdivisions au théorème fondamental de l’analyse — avec les démonstrations exigibles (⋆) et 8 exercices corrigés.

Programme CPGE : La construction de l’intégrale de Riemann par sommes de Darboux est au programme de toutes les filières scientifiques (MPSI, PCSI, MP, PC, PSI). Les démonstrations marquées ⋆ sont exigibles en MPSI/MP ; en PCSI/PC, l’accent est davantage mis sur les propriétés et applications. Ce cours couvre l’intégralité du programme.

I. Subdivisions et sommes de Darboux

La construction de l’intégrale de Riemann repose sur une idée géométrique simple : encadrer l’aire sous la courbe de \(f\) par des sommes de rectangles. Les sommes de Darboux formalisent cette intuition.

A. Subdivision d’un segment

Définition — Subdivision

Soit \([a;b]\) un segment de \(\mathbb{R}\) avec \(a\) < \(b\). Une subdivision de \([a;b]\) est une famille finie \(\sigma = (x_0, x_1, \ldots, x_n)\) de points de \([a;b]\) vérifiant :

\(a = x_0\) < \(x_1\) < \(\cdots\) < \(x_n = b\)

L’entier \(n \geq 1\) est le nombre de sous-intervalles. Le pas de \(\sigma\) est \(\displaystyle\delta(\sigma) = \max_{0 \leq i \leq n-1} (x_{i+1} – x_i)\).

Deux subdivisions particulières méritent d’être retenues :

  • Subdivision régulière à \(n\) sous-intervalles : \(x_i = a + i \cdot \displaystyle\frac{b – a}{n}\) pour \(i \in \{0, 1, \ldots, n\}\). Son pas vaut \(\displaystyle\frac{b-a}{n}\).
  • Raffinement : une subdivision \(\sigma^\prime\) est un raffinement de \(\sigma\) si \(\sigma \subset \sigma^\prime\) (on ajoute des points sans en retirer).

B. Sommes de Darboux inférieures et supérieures

On se place dans le cadre suivant : \(f : [a;b] \to \mathbb{R}\) est une fonction bornée. La borne est indispensable : sans elle, les sommes de Darboux n’ont pas de sens.

Définition — Sommes de Darboux

Soit \(f : [a;b] \to \mathbb{R}\) bornée et \(\sigma = (x_0, \ldots, x_n)\) une subdivision de \([a;b]\). Pour chaque \(i \in \{0, \ldots, n-1\}\), on pose :

\(\displaystyle m_i = \inf_{t \in [x_i ; x_{i+1}]} f(t) \qquad \text{et} \qquad M_i = \sup_{t \in [x_i ; x_{i+1}]} f(t)\)

La somme de Darboux inférieure est :

\(\displaystyle s(f, \sigma) = \sum_{i=0}^{n-1} m_i \, (x_{i+1} – x_i)\)

La somme de Darboux supérieure est :

\(\displaystyle S(f, \sigma) = \sum_{i=0}^{n-1} M_i \, (x_{i+1} – x_i)\)

Géométriquement, \(s(f, \sigma)\) est l’aire totale des rectangles inscrits sous la courbe, et \(S(f, \sigma)\) celle des rectangles circonscrits au-dessus. L’aire réelle — si elle existe — est coincée entre les deux.

Sommes de Darboux pour f(x) = x² sur [0, 1] avec subdivision régulière en 5 sous-intervalles. Rectangles inférieurs (ins

C. Comportement par raffinement

Les trois propriétés suivantes sont le socle de toute la construction. Elles disent essentiellement que raffiner une subdivision resserre l’encadrement.

Proposition (Encadrement et raffinement)

Soit \(f : [a;b] \to \mathbb{R}\) bornée.

  1. \(\forall \sigma, \quad s(f, \sigma) \leq S(f, \sigma)\)
  2. Si \(\sigma^\prime\) est un raffinement de \(\sigma\) : \(s(f, \sigma) \leq s(f, \sigma^\prime) \leq S(f, \sigma^\prime) \leq S(f, \sigma)\)
  3. \(\forall \sigma_1, \sigma_2, \quad s(f, \sigma_1) \leq S(f, \sigma_2)\)

Démonstration (point 2, idée clé). Il suffit de traiter le cas où \(\sigma^\prime\) est obtenue en ajoutant un seul point \(c\) dans un sous-intervalle \([x_k ; x_{k+1}]\). Pour la somme inférieure :

\(\displaystyle \inf_{[x_k ; c]} f \cdot (c – x_k) + \inf_{[c ; x_{k+1}]} f \cdot (x_{k+1} – c) \geq m_k \cdot (c – x_k) + m_k \cdot (x_{k+1} – c) = m_k(x_{k+1} – x_k)\)

car \(\displaystyle\inf_{[x_k ; c]} f \geq m_k\) et \(\displaystyle\inf_{[c ; x_{k+1}]} f \geq m_k\). Tous les autres termes sont inchangés, donc \(s(f, \sigma^\prime) \geq s(f, \sigma)\). Le raisonnement est analogue pour la somme supérieure (dans l’autre sens). On itère pour un nombre fini de points ajoutés.

Démonstration (point 3). Posons \(\sigma = \sigma_1 \cup \sigma_2\) (réunion des points). Alors \(\sigma\) est un raffinement de \(\sigma_1\) et de \(\sigma_2\), donc par le point 2 :

\(s(f, \sigma_1) \leq s(f, \sigma) \leq S(f, \sigma) \leq S(f, \sigma_2)\) \(\quad \blacksquare\)

Ce résultat est fondamental : toute somme inférieure est majorée par toute somme supérieure, quelle que soit la subdivision choisie. C’est ce qui permet de passer à la borne supérieure et inférieure dans la section suivante.

II. Définition de l’intégrale de Riemann

Les sommes de Darboux encadrent l’aire par en dessous et par au-dessus. Il reste à préciser quand ces encadrements convergent vers une valeur unique : c’est exactement la condition d’intégrabilité.

A. Intégrales inférieure et supérieure

Définition — Intégrales de Darboux

Soit \(f : [a;b] \to \mathbb{R}\) bornée. On appelle :

  • Intégrale inférieure : \(\displaystyle\underline{I}(f) = \sup_{\sigma} s(f, \sigma)\)
  • Intégrale supérieure : \(\displaystyle\overline{I}(f) = \inf_{\sigma} S(f, \sigma)\)

où la borne est prise sur l’ensemble de toutes les subdivisions de \([a;b]\).

La proposition précédente (point 3) garantit que l’ensemble \(\{s(f, \sigma)\}_\sigma\) est majoré (par tout \(S(f, \sigma_2)\)) et que \(\{S(f, \sigma)\}_\sigma\) est minoré. Donc \(\underline{I}(f)\) et \(\overline{I}(f)\) existent, et on a toujours :

\(\underline{I}(f) \leq \overline{I}(f)\)

B. Fonction intégrable au sens de Riemann

Définition — Intégrabilité au sens de Riemann

Soit \(f : [a;b] \to \mathbb{R}\) bornée. On dit que \(f\) est Riemann-intégrable sur \([a;b]\) si :

\(\underline{I}(f) = \overline{I}(f)\)

La valeur commune est alors notée \(\displaystyle\int_a^b f(x)\,dx\) et appelée intégrale de Riemann de \(f\) sur \([a;b]\).

On note \(\mathcal{R}([a;b])\) l’ensemble des fonctions Riemann-intégrables sur \([a;b]\).

Contre-exemple fondamental — Fonction de Dirichlet

Soit \(\mathbf{1}_\mathbb{Q}\) la fonction indicatrice des rationnels sur \([0;1]\) : \(\mathbf{1}_\mathbb{Q}(x) = 1\) si \(x \in \mathbb{Q}\), et \(0\) sinon.

Pour toute subdivision \(\sigma\), chaque sous-intervalle \([x_i ; x_{i+1}]\) contient des rationnels et des irrationnels (densité de \(\mathbb{Q}\) et \(\mathbb{R} \setminus \mathbb{Q}\)). Donc \(m_i = 0\) et \(M_i = 1\) pour tout \(i\).

Ainsi \(s(\mathbf{1}_\mathbb{Q}, \sigma) = 0\) et \(S(\mathbf{1}_\mathbb{Q}, \sigma) = 1\) pour toute \(\sigma\). On en déduit \(\underline{I} = 0 \neq 1 = \overline{I}\) : la fonction de Dirichlet n’est pas Riemann-intégrable.

C. Critère d’intégrabilité de Riemann ⋆

La définition via \(\underline{I} = \overline{I}\) est conceptuelle mais difficile à vérifier en pratique. Le critère suivant fournit une caractérisation opérationnelle.

Théorème (Critère de Riemann) ⋆

Soit \(f : [a;b] \to \mathbb{R}\) bornée. Alors \(f \in \mathcal{R}([a;b])\) si et seulement si :

\(\forall \varepsilon\) > \(0, \; \exists \, \sigma \text{ subdivision de } [a;b], \quad S(f, \sigma) – s(f, \sigma)\) < \(\varepsilon\)

Démonstration ⋆.

\((\Leftarrow)\) Supposons le critère vérifié. Soit \(\varepsilon\) > \(0\). Il existe \(\sigma\) telle que \(S(f,\sigma) – s(f,\sigma)\) < \(\varepsilon\). Or :

\(0 \leq \overline{I}(f) – \underline{I}(f) \leq S(f, \sigma) – s(f, \sigma)\) < \(\varepsilon\)

Ceci étant vrai pour tout \(\varepsilon\) > \(0\), on conclut \(\overline{I}(f) = \underline{I}(f)\).

\((\Rightarrow)\) Supposons \(f\) intégrable : \(\underline{I}(f) = \overline{I}(f) = I\). Soit \(\varepsilon\) > \(0\).

  • Par définition du \(\sup\), \(\exists \, \sigma_1\) telle que \(s(f, \sigma_1)\) > \(I – \displaystyle\frac{\varepsilon}{2}\).
  • Par définition de l’\(\inf\), \(\exists \, \sigma_2\) telle que \(S(f, \sigma_2)\) < \(I + \displaystyle\frac{\varepsilon}{2}\).

Posons \(\sigma = \sigma_1 \cup \sigma_2\). Par raffinement : \(s(f, \sigma) \geq s(f, \sigma_1)\) et \(S(f, \sigma) \leq S(f, \sigma_2)\). Donc :

\(\displaystyle S(f, \sigma) – s(f, \sigma) \leq S(f, \sigma_2) – s(f, \sigma_1)\) < \(\left(I + \displaystyle\frac{\varepsilon}{2}\right) – \left(I – \displaystyle\frac{\varepsilon}{2}\right) = \varepsilon \quad \blacksquare\)

En pratique. Pour démontrer qu’une fonction \(f\) est intégrable, on exhibe une famille de subdivisions \((\sigma_n)\) telle que \(S(f, \sigma_n) – s(f, \sigma_n) \to 0\). C’est la stratégie systématique en concours.

III. Classes de fonctions intégrables

Le critère de Riemann est puissant mais se vérifie au cas par cas. En pratique, les fonctions que tu rencontres en CPGE appartiennent à des classes pour lesquelles l’intégrabilité est automatique.

A. Fonctions en escalier

Une fonction en escalier sur \([a;b]\) est constante sur chaque sous-intervalle ouvert d’une certaine subdivision. Si \(\varphi\) prend la valeur \(c_i\) sur \(]x_i ; x_{i+1}[\), alors \(\varphi \in \mathcal{R}([a;b])\) et :

\(\displaystyle\int_a^b \varphi(x)\,dx = \sum_{i=0}^{n-1} c_i(x_{i+1} – x_i)\)

Ce résultat est immédiat car \(m_i = M_i = c_i\) sur chaque sous-intervalle, d’où \(S = s\).

B. Fonctions continues sur un segment ⋆

Théorème (Intégrabilité des fonctions continues) ⋆

Toute fonction continue sur un segment \([a;b]\) est Riemann-intégrable sur \([a;b]\).

Démonstration ⋆. Soit \(f \in \mathcal{C}([a;b], \mathbb{R})\). Par le théorème de Heine, \(f\) est uniformément continue sur le compact \([a;b]\).

Soit \(\varepsilon\) > \(0\). Il existe \(\delta\) > \(0\) tel que :

\(\forall (x,y) \in [a;b]^2, \quad |x – y|\) < \(\delta \Rightarrow |f(x) – f(y)|\) < \(\displaystyle\frac{\varepsilon}{b-a}\)

Prenons une subdivision \(\sigma\) de pas \(\delta(\sigma)\) < \(\delta\). Sur chaque \([x_i ; x_{i+1}]\) de longueur inférieure à \(\delta\), l’oscillation de \(f\) est contrôlée :

\(M_i – m_i\) < \(\displaystyle\frac{\varepsilon}{b – a}\)

D’où :

\(\displaystyle S(f,\sigma) – s(f,\sigma) = \sum_{i=0}^{n-1} (M_i – m_i)(x_{i+1} – x_i)\) < \(\displaystyle\frac{\varepsilon}{b-a} \sum_{i=0}^{n-1}(x_{i+1} – x_i) = \displaystyle\frac{\varepsilon}{b-a} \cdot (b-a) = \varepsilon\)

Le critère de Riemann est vérifié. \(\blacksquare\)

Piège classique : La réciproque est fausse. Une fonction Riemann-intégrable n’est pas nécessairement continue. Par exemple, toute fonction en escalier (avec des sauts) est intégrable mais discontinue aux points de saut.

C. Fonctions monotones sur un segment

Théorème (Intégrabilité des fonctions monotones)

Toute fonction monotone sur un segment \([a;b]\) est Riemann-intégrable sur \([a;b]\).

Démonstration (cas \(f\) croissante). Prenons la subdivision régulière \(\sigma_n\) de pas \(\displaystyle\frac{b-a}{n}\). Comme \(f\) est croissante : \(m_i = f(x_i)\) et \(M_i = f(x_{i+1})\).

\(\displaystyle S(f,\sigma_n) – s(f,\sigma_n) = \sum_{i=0}^{n-1} \bigl(f(x_{i+1}) – f(x_i)\bigr) \cdot \displaystyle\frac{b-a}{n} = \displaystyle\frac{b-a}{n}\bigl(f(b) – f(a)\bigr)\)

Cette quantité tend vers \(0\) quand \(n \to +\infty\), d’où l’intégrabilité. \(\blacksquare\)

D. Fonctions continues par morceaux

Théorème (admis)

Toute fonction continue par morceaux sur un segment \([a;b]\) (c’est-à-dire continue sauf en un nombre fini de points, avec des limites à gauche et à droite finies en chaque point de discontinuité) est Riemann-intégrable.

C’est le cadre le plus courant en pratique. La quasi-totalité des fonctions que tu intègres en CPGE — fonctions de référence, valeurs absolues, parties entières — entrent dans cette classe.

Récapitulatif — Classes de fonctions Riemann-intégrables
Classe de fonctions Intégrable ? Démonstration Exemple type
En escalier ✅ Oui Immédiat (\(s = S\)) \(\lfloor x \rfloor\) sur \([0;3]\)
Continue sur \([a;b]\) ✅ Oui Heine + critère ⋆ \(e^x, \sin x, x^n\)
Monotone sur \([a;b]\) ✅ Oui Somme télescopique \(x \mapsto \displaystyle\frac{1}{1+x}\)
Continue par morceaux ✅ Oui Admis (Chasles + continu) \(|x|, \lfloor x \rfloor\)
Bornée quelconque ❌ Pas toujours Contre-exemple : Dirichlet \(\mathbf{1}_\mathbb{Q}\)

Tu sais maintenant quelles fonctions sont intégrables. Passons aux propriétés que satisfait l’intégrale ainsi construite.

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IV. Propriétés de l’intégrale de Riemann

Les propriétés suivantes sont les outils que tu utiliseras quotidiennement en calcul intégral. Elles découlent toutes de la construction par sommes de Darboux.

A. Linéarité et positivité

Propriété (Linéarité)

Soient \(f, g \in \mathcal{R}([a;b])\) et \(\alpha, \beta \in \mathbb{R}\). Alors \(\alpha f + \beta g \in \mathcal{R}([a;b])\) et :

\(\displaystyle\int_a^b \bigl(\alpha f(x) + \beta g(x)\bigr)\,dx = \alpha \int_a^b f(x)\,dx + \beta \int_a^b g(x)\,dx\)

Propriété (Positivité et croissance)

  • Positivité : si \(f \geq 0\) sur \([a;b]\), alors \(\displaystyle\int_a^b f(x)\,dx \geq 0\).
  • Croissance : si \(f \leq g\) sur \([a;b]\), alors \(\displaystyle\int_a^b f(x)\,dx \leq \int_a^b g(x)\,dx\).

Preuve de la croissance : \(g – f \geq 0\), donc \(\int (g-f) \geq 0\) par positivité, puis \(\int g – \int f \geq 0\) par linéarité.

B. Relation de Chasles

Propriété (Relation de Chasles)

Si \(f \in \mathcal{R}([a;b])\) et \(c \in [a;b]\), alors \(f \in \mathcal{R}([a;c]) \cap \mathcal{R}([c;b])\) et :

\(\displaystyle\int_a^b f(x)\,dx = \int_a^c f(x)\,dx + \int_c^b f(x)\,dx\)

On étend la notation par convention : pour \(a\) > \(b\), on pose \(\displaystyle\int_a^b f = -\int_b^a f\), et \(\displaystyle\int_a^a f = 0\). La relation de Chasles est alors valable pour tout triplet \((a, b, c)\).

C. Inégalité triangulaire et majoration

Propriété (Inégalité triangulaire intégrale)

Soit \(f \in \mathcal{R}([a;b])\). Alors \(|f| \in \mathcal{R}([a;b])\) et :

\(\displaystyle\left|\int_a^b f(x)\,dx\right| \leq \int_a^b |f(x)|\,dx\)

Démonstration. On a \(-|f| \leq f \leq |f|\) sur \([a;b]\). En intégrant (croissance + linéarité) :

\(\displaystyle -\int_a^b |f(x)|\,dx \leq \int_a^b f(x)\,dx \leq \int_a^b |f(x)|\,dx\)

ce qui est exactement \(\displaystyle\left|\int_a^b f(x)\,dx\right| \leq \int_a^b |f(x)|\,dx\). \(\blacksquare\)

Corollaire utile (majoration brute) :

\(\displaystyle\left|\int_a^b f(x)\,dx\right| \leq (b-a) \cdot \sup_{[a;b]} |f|\)

Cette majoration est omniprésente dans les estimations de restes (séries, formule de Taylor avec reste intégral, etc.).

Les propriétés algébriques sont en place. Le résultat le plus profond reste à venir : le théorème fondamental de l’analyse, qui relie intégrale et dérivation.

V. Théorème fondamental de l’analyse

Ce théorème est le pont entre la construction de Riemann (géométrique, par aires) et le calcul effectif des intégrales par primitives. Il affirme que l’intégration est, en un sens précis, l’opération inverse de la dérivation.

A. Énoncé et démonstration ⋆

Théorème fondamental de l’analyse ⋆

Soit \(f \in \mathcal{C}([a;b], \mathbb{R})\). La fonction \(F\) définie par :

\(\displaystyle F(x) = \int_a^x f(t)\,dt, \quad x \in [a;b]\)

est de classe \(\mathcal{C}^1\) sur \([a;b]\) et vérifie \(F^\prime = f\).

Démonstration ⋆. Soit \(x \in [a;b]\) et \(h \neq 0\) assez petit pour que \(x + h \in [a;b]\). Par la relation de Chasles :

\(\displaystyle F(x+h) – F(x) = \int_a^{x+h} f(t)\,dt – \int_a^x f(t)\,dt = \int_x^{x+h} f(t)\,dt\)

Estimons le taux d’accroissement :

\(\displaystyle\left|\displaystyle\frac{F(x+h) – F(x)}{h} – f(x)\right| = \left|\displaystyle\frac{1}{h}\int_x^{x+h}\bigl(f(t) – f(x)\bigr)\,dt\right| \leq \displaystyle\frac{1}{|h|}\int_x^{x+h} |f(t) – f(x)|\,dt\)

(en supposant \(h\) > \(0\) ; le cas \(h\) < \(0\) se traite de manière analogue). Par la majoration brute :

\(\displaystyle\leq \sup_{t \in [x, x+h]} |f(t) – f(x)|\)

Par continuité de \(f\) en \(x\), ce supremum tend vers \(0\) quand \(h \to 0\). Donc \(F\) est dérivable en \(x\) et \(F^\prime(x) = f(x)\).

Comme \(f\) est continue, \(F^\prime = f\) est continue : \(F \in \mathcal{C}^1([a;b])\). \(\blacksquare\)

Ce qu’il faut retenir : \(F : x \mapsto \displaystyle\int_a^x f(t)\,dt\) est la primitive de \(f\) qui s’annule en \(a\). C’est le lien central entre l’approche de Riemann (aire) et l’approche par les primitives (antidérivée).

B. Formule de Newton-Leibniz

Corollaire (Formule de Newton-Leibniz)

Si \(f \in \mathcal{C}([a;b])\) et \(G\) est une primitive quelconque de \(f\) sur \([a;b]\), alors :

\(\displaystyle\int_a^b f(x)\,dx = G(b) – G(a) = \bigl[G(x)\bigr]_a^b\)

Preuve rapide : on a \(G = F + C\) avec \(C \in \mathbb{R}\) (deux primitives diffèrent d’une constante), donc \(G(b) – G(a) = F(b) – F(a) = \displaystyle\int_a^b f(x)\,dx – 0 = \int_a^b f(x)\,dx\).

C’est cette formule que tu utilises chaque fois que tu calcules une intégrale via le tableau des primitives ou les techniques d’intégration par parties et de changement de variable.

Le théorème fondamental permet le calcul exact. Mais les sommes de Riemann offrent un outil complémentaire puissant : le calcul de limites de sommes.

VI. Sommes de Riemann et calcul de limites

Les sommes de Riemann constituent l’outil privilégié en CPGE pour transformer une limite de somme en une intégrale — et la calculer. Ce passage est fondé sur le théorème de convergence suivant.

A. Convergence des sommes de Riemann

Définition — Somme de Riemann

Soit \(f : [a;b] \to \mathbb{R}\) bornée, \(\sigma = (x_0, \ldots, x_n)\) une subdivision et \(\xi_i \in [x_i ; x_{i+1}]\) un point intermédiaire dans chaque sous-intervalle. La somme de Riemann associée est :

\(\displaystyle R(f, \sigma, \xi) = \sum_{i=0}^{n-1} f(\xi_i)(x_{i+1} – x_i)\)

À la différence des sommes de Darboux, le choix des \(\xi_i\) est libre dans chaque sous-intervalle. On a toujours \(s(f,\sigma) \leq R(f,\sigma,\xi) \leq S(f,\sigma)\).

Théorème (Convergence des sommes de Riemann)

Si \(f\) est continue par morceaux sur \([a;b]\), alors pour toute suite de subdivisions \((\sigma_n)\) avec \(\delta(\sigma_n) \to 0\) et tout choix de points intermédiaires \((\xi_i^{(n)})\) :

\(\displaystyle R(f, \sigma_n, \xi^{(n)}) \underset{n \to +\infty}{\longrightarrow} \int_a^b f(x)\,dx\)

Convergence des sommes de Riemann pour f(x) = sin(x) sur [0, π]. Trois sous-graphes superposés ou côte à côte : n=4 (rec

B. Calcul de limites par reconnaissance de sommes de Riemann

L’application la plus courante est la suivante. On considère la subdivision régulière de \([0;1]\) à \(n\) sous-intervalles et le choix \(\xi_i = \displaystyle\frac{i}{n}\) (borne droite). Alors :

\(\displaystyle\frac{1}{n}\sum_{k=1}^{n} f\!\left(\displaystyle\frac{k}{n}\right) \underset{n \to +\infty}{\longrightarrow} \int_0^1 f(x)\,dx\)

Méthode en 3 étapes pour reconnaître une somme de Riemann :

  1. Factoriser \(\displaystyle\frac{1}{n}\) devant la somme.
  2. Identifier \(f\!\left(\displaystyle\frac{k}{n}\right)\) dans chaque terme. En déduire \(f\).
  3. Conclure par le théorème : la limite est \(\displaystyle\int_0^1 f(x)\,dx\).

Exemple 1. Calculer \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} \sum_{k=1}^{n} \displaystyle\frac{n}{n^2 + k^2}\).

Solution. On factorise : \(\displaystyle\sum_{k=1}^{n} \displaystyle\frac{n}{n^2 + k^2} = \sum_{k=1}^{n} \displaystyle\frac{1}{n} \cdot \displaystyle\frac{1}{1 + \left(\displaystyle\frac{k}{n}\right)^2}\).

C’est une somme de Riemann pour \(f(x) = \displaystyle\frac{1}{1+x^2}\) sur \([0;1]\).

Donc la limite vaut \(\displaystyle\int_0^1 \displaystyle\frac{dx}{1 + x^2} = \bigl[\arctan(x)\bigr]_0^1 = \displaystyle\frac{\pi}{4}\).

Exemple 2. Calculer \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} \left(\prod_{k=1}^{n}\left(1 + \displaystyle\frac{k}{n}\right)\right)^{1/n}\).

Solution. On passe au logarithme : \(\displaystyle\frac{1}{n}\sum_{k=1}^{n} \ln\!\left(1 + \displaystyle\frac{k}{n}\right)\) est une somme de Riemann pour \(f(x) = \ln(1+x)\) sur \([0;1]\).

\(\displaystyle\int_0^1 \ln(1+x)\,dx = \bigl[(1+x)\ln(1+x) – (1+x)\bigr]_0^1 = 2\ln 2 – 1\)

Donc la limite vaut \(e^{2\ln 2 – 1} = \displaystyle\frac{4}{e}\).

🎁 EN BONUS

L’essentiel de l’intégrale de Riemann en une fiche

Définitions, critère d’intégrabilité, classes de fonctions intégrables, théorème fondamental et méthode des sommes de Riemann — tout le cours condensé pour tes révisions.

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Idéal pour réviser avant un DS ou un oral de concours.

Place maintenant à la pratique. Les 8 exercices suivants couvrent les techniques essentielles, du calcul direct par sommes de Darboux aux problèmes de concours.

VII. Exercices corrigés

Chaque exercice est suivi de sa correction détaillée. Essaie de résoudre l’exercice avant de consulter la solution. Pour un entraînement plus complet, consulte nos exercices corrigés sur les primitives et intégrales.

Exercice 1 ★ I — Calcul direct par sommes de Darboux

Calculer \(\displaystyle\int_0^1 x^2\,dx\) directement par les sommes de Darboux, en utilisant la subdivision régulière à \(n\) sous-intervalles.

Voir la correction

La subdivision régulière donne \(x_i = \displaystyle\frac{i}{n}\). La fonction \(f(x) = x^2\) est croissante sur \([0;1]\), donc \(m_i = f(x_i) = \displaystyle\frac{i^2}{n^2}\) et \(M_i = f(x_{i+1}) = \displaystyle\frac{(i+1)^2}{n^2}\).

\(\displaystyle s(f, \sigma_n) = \sum_{i=0}^{n-1} \displaystyle\frac{i^2}{n^2} \cdot \displaystyle\frac{1}{n} = \displaystyle\frac{1}{n^3}\sum_{i=0}^{n-1} i^2 = \displaystyle\frac{1}{n^3} \cdot \displaystyle\frac{(n-1)n(2n-1)}{6}\) \(\displaystyle S(f, \sigma_n) = \displaystyle\frac{1}{n^3}\sum_{i=1}^{n} i^2 = \displaystyle\frac{1}{n^3} \cdot \displaystyle\frac{n(n+1)(2n+1)}{6}\)

Les deux tendent vers \(\displaystyle\frac{1}{3}\) quand \(n \to +\infty\). De plus, \(S – s = \displaystyle\frac{1}{n^3}\bigl(n^2\bigr) \cdot \displaystyle\frac{1}{n} \to 0\) (vérifiable directement). Donc \(\displaystyle\int_0^1 x^2\,dx = \displaystyle\frac{1}{3}\).

Exercice 2 ★★ — Intégrabilité par le critère de Riemann

Montrer que \(f : x \mapsto \sqrt{x}\) est Riemann-intégrable sur \([0;1]\) en utilisant le critère de Riemann avec la subdivision régulière.

Voir la correction

Subdivision régulière : \(x_i = \displaystyle\frac{i}{n}\). La fonction \(\sqrt{x}\) est croissante, donc \(m_i = \sqrt{x_i}\) et \(M_i = \sqrt{x_{i+1}}\).

\(\displaystyle S(f, \sigma_n) – s(f, \sigma_n) = \displaystyle\frac{1}{n}\sum_{i=0}^{n-1}\left(\sqrt{\displaystyle\frac{i+1}{n}} – \sqrt{\displaystyle\frac{i}{n}}\right) = \displaystyle\frac{1}{n}\left(\sqrt{\displaystyle\frac{n}{n}} – \sqrt{\displaystyle\frac{0}{n}}\right) = \displaystyle\frac{1}{n}\)

C’est une somme télescopique. Puisque \(\displaystyle\frac{1}{n} \to 0\), le critère de Riemann est vérifié : \(f \in \mathcal{R}([0;1])\). \(\blacksquare\)

Exercice 3 ★★ I — Somme de Riemann classique

Calculer \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} \sum_{k=1}^{n} \displaystyle\frac{1}{n + k}\).

Voir la correction

On factorise \(n\) au dénominateur :

\(\displaystyle\sum_{k=1}^{n} \displaystyle\frac{1}{n+k} = \sum_{k=1}^{n} \displaystyle\frac{1}{n} \cdot \displaystyle\frac{1}{1 + \displaystyle\frac{k}{n}}\)

C’est une somme de Riemann pour \(f(x) = \displaystyle\frac{1}{1+x}\) sur \([0;1]\).

\(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} = \int_0^1 \displaystyle\frac{dx}{1+x} = \bigl[\ln(1+x)\bigr]_0^1 = \ln 2\)

Exercice 4 ★★ — Positivité stricte de l’intégrale

Soit \(f \in \mathcal{C}([a;b], \mathbb{R})\) telle que \(f \geq 0\) sur \([a;b]\) et \(\displaystyle\int_a^b f(x)\,dx = 0\). Montrer que \(f = 0\) sur \([a;b]\).

Voir la correction

Par l’absurde : supposons \(\exists \, c \in [a;b]\) tel que \(f(c)\) > \(0\). Par continuité, \(\exists \, \delta\) > \(0\) tel que pour tout \(x \in [c – \delta ; c + \delta] \cap [a;b]\) :

\(\displaystyle f(x) \geq \displaystyle\frac{f(c)}{2}\) > \(0\)

Par positivité et croissance de l’intégrale :

\(\displaystyle\int_a^b f(x)\,dx \geq \int_{c-\delta}^{c+\delta} f(x)\,dx \geq \displaystyle\frac{f(c)}{2} \cdot 2\delta\) > \(0\)

Contradiction avec \(\int_a^b f = 0\). Donc \(f = 0\) partout. \(\blacksquare\)

Exercice 5 ★★★ I — Somme de Riemann avec produit

Calculer \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} \left(\prod_{k=1}^{n}\left(1 + \displaystyle\frac{k}{n}\right)\right)^{1/n}\).

Voir la correction

Posons \(\displaystyle P_n = \left(\prod_{k=1}^{n}\left(1 + \displaystyle\frac{k}{n}\right)\right)^{1/n}\). On passe au logarithme :

\(\displaystyle\ln(P_n) = \displaystyle\frac{1}{n}\sum_{k=1}^{n}\ln\!\left(1 + \displaystyle\frac{k}{n}\right)\)

C’est une somme de Riemann pour \(f(x) = \ln(1+x)\) sur \([0;1]\). Donc :

\(\displaystyle\ln(P_n) \to \int_0^1 \ln(1+x)\,dx\)

Calcul de l’intégrale par intégration par parties (ou primitive directe) :

\(\displaystyle\int_0^1 \ln(1+x)\,dx = \bigl[(1+x)\ln(1+x) – (1+x)\bigr]_0^1 = (2\ln 2 – 2) – (0 – 1) = 2\ln 2 – 1\)

Par continuité de l’exponentielle : \(P_n \to e^{2\ln 2 – 1} = \displaystyle\frac{4}{e}\).

Exercice 6 ★★★ — Intégrabilité de la valeur absolue

Soit \(f \in \mathcal{R}([a;b])\). Montrer que \(|f| \in \mathcal{R}([a;b])\).

Voir la correction

La clé est l’inégalité : pour toute subdivision \(\sigma\) et tout \(i\) :

\(\displaystyle\sup_{[x_i ; x_{i+1}]} |f| – \inf_{[x_i ; x_{i+1}]} |f| \leq \sup_{[x_i ; x_{i+1}]} f – \inf_{[x_i ; x_{i+1}]} f = M_i – m_i\)

En effet, pour tous \(s, t \in [x_i ; x_{i+1}]\) : \(\bigl||f(s)| – |f(t)|\bigr| \leq |f(s) – f(t)| \leq M_i – m_i\) (inégalité triangulaire inverse).

On note \(M_i^\prime, m_i^\prime\) les sup et inf de \(|f|\). Alors \(M_i^\prime – m_i^\prime \leq M_i – m_i\), et donc :

\(\displaystyle S(|f|, \sigma) – s(|f|, \sigma) = \sum (M_i^\prime – m_i^\prime)(x_{i+1} – x_i) \leq \sum (M_i – m_i)(x_{i+1} – x_i) = S(f,\sigma) – s(f,\sigma)\)

Comme \(f\) est intégrable, le membre de droite peut être rendu arbitrairement petit. Le critère de Riemann donne \(|f| \in \mathcal{R}([a;b])\). \(\blacksquare\)

Exercice 7 ★★★ — Encadrement de la somme harmonique

À l’aide de sommes de Riemann de \(f(x) = \displaystyle\frac{1}{x}\) sur \([1; n]\), montrer que :

\(\displaystyle\ln(n) \leq H_n = \sum_{k=1}^{n}\displaystyle\frac{1}{k} \leq 1 + \ln(n)\)

En déduire un équivalent de \(H_n\).

Voir la correction

La fonction \(f(x) = \displaystyle\frac{1}{x}\) est décroissante sur \([1;+\infty[\). Sur chaque \([k ; k+1]\) :

\(\displaystyle\frac{1}{k+1} \leq \int_k^{k+1} \displaystyle\frac{dx}{x} \leq \displaystyle\frac{1}{k}\)

En sommant pour \(k\) de \(1\) à \(n-1\) :

\(\displaystyle\sum_{k=2}^{n} \displaystyle\frac{1}{k} \leq \int_1^n \displaystyle\frac{dx}{x} = \ln(n) \leq \sum_{k=1}^{n-1}\displaystyle\frac{1}{k}\)

La première inégalité donne \(H_n – 1 \leq \ln(n)\), soit \(H_n \leq 1 + \ln(n)\).

La seconde donne \(\ln(n) \leq H_{n-1} \leq H_n\), soit \(\ln(n) \leq H_n\).

Équivalent : des deux encadrements, \(\displaystyle\frac{H_n}{\ln n} \to 1\), donc \(H_n \sim \ln(n)\) quand \(n \to +\infty\).

Exercice 8 ★★★★ — Concentration de la mesure

Soit \(f \in \mathcal{C}([0;1], \mathbb{R})\). Montrer que \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} (n+1)\int_0^1 f(t)\,t^n\,dt = f(1)\).

Voir la correction

Étape 1. On note \(\displaystyle I_n = (n+1)\int_0^1 f(t)\,t^n\,dt\). On a \(\displaystyle(n+1)\int_0^1 t^n\,dt = (n+1) \cdot \displaystyle\frac{1}{n+1} = 1\), donc :

\(\displaystyle I_n – f(1) = (n+1)\int_0^1 \bigl(f(t) – f(1)\bigr) t^n\,dt\)

Étape 2. Soit \(\varepsilon\) > \(0\). Par continuité de \(f\) en \(1\), \(\exists \, \delta \in \,]0;1[\) tel que \(|f(t) – f(1)|\) < \(\varepsilon\) pour tout \(t \in [1-\delta ; 1]\).

Étape 3. On coupe l’intégrale sur \([0; 1-\delta]\) et \([1-\delta; 1]\).

Sur \([1-\delta ; 1]\) : \(\displaystyle(n+1)\left|\int_{1-\delta}^1 (f(t)-f(1))t^n\,dt\right| \leq \varepsilon \cdot (n+1)\int_{1-\delta}^1 t^n\,dt \leq \varepsilon\).

Sur \([0; 1-\delta]\) : posons \(M = 2\sup_{[0;1]}|f|\). Alors :

\(\displaystyle(n+1)\left|\int_0^{1-\delta}(f(t)-f(1))t^n\,dt\right| \leq M(n+1)\int_0^{1-\delta}t^n\,dt = M(n+1)\cdot\displaystyle\frac{(1-\delta)^{n+1}}{n+1} = M(1-\delta)^{n+1}\)

Comme \(0\) < \(1-\delta\) < \(1\), on a \((1-\delta)^{n+1} \to 0\). Donc pour \(n\) assez grand, ce terme est inférieur à \(\varepsilon\).

Conclusion : \(|I_n – f(1)| \leq 2\varepsilon\) pour \(n\) assez grand. Donc \(I_n \to f(1)\). \(\blacksquare\)

VIII. Erreurs fréquentes et pièges classiques

Erreur n°1 — Confondre « bornée » et « intégrable »

Copie fautive : « \(f\) est bornée sur \([0;1]\), donc elle est Riemann-intégrable. »

Diagnostic : Une fonction bornée n’est pas nécessairement intégrable. La fonction de Dirichlet est bornée (entre 0 et 1) mais pas intégrable au sens de Riemann. La condition « bornée » est nécessaire mais pas suffisante.

Correction : « \(f\) est continue sur le segment \([0;1]\). Par le théorème de Heine, \(f\) est uniformément continue, et par le critère de Riemann, \(f\) est intégrable sur \([0;1]\). »

Erreur n°2 — Oublier de vérifier l’hypothèse de continuité dans le théorème fondamental

Copie fautive : « Par le théorème fondamental, \(F(x) = \displaystyle\int_0^x f(t)\,dt\) est dérivable et \(F^\prime = f\). » (sans mentionner que \(f\) est continue.)

Diagnostic : Le théorème fondamental exige que \(f\) soit continue. Si \(f\) est seulement intégrable (par exemple, en escalier avec un saut), \(F\) est encore continue mais pas nécessairement dérivable en tout point.

Correction : « La fonction \(f\) est continue sur \([0;1]\). Par le théorème fondamental de l’analyse, \(F : x \mapsto \displaystyle\int_0^x f(t)\,dt\) est de classe \(\mathcal{C}^1\) et \(F^\prime = f\). »

Erreur n°3 — Se tromper dans la factorisation d’une somme de Riemann

Copie fautive : « \(\displaystyle\sum_{k=1}^{n} \displaystyle\frac{1}{n+k} \to \int_0^1 \displaystyle\frac{1}{x}\,dx\). » (Le \(\displaystyle\frac{1}{n}\) n’a pas été factorisé.)

Diagnostic : La factorisation en \(\displaystyle\frac{1}{n} \cdot f\!\left(\displaystyle\frac{k}{n}\right)\) est indispensable. Ici, \(\displaystyle\frac{1}{n+k} = \displaystyle\frac{1}{n} \cdot \displaystyle\frac{1}{1 + k/n}\), donc \(f(x) = \displaystyle\frac{1}{1+x}\) (pas \(\displaystyle\frac{1}{x}\)).

Correction : « La somme \(\displaystyle\sum_{k=1}^{n}\displaystyle\frac{1}{n+k} = \displaystyle\frac{1}{n}\sum_{k=1}^{n}\displaystyle\frac{1}{1+k/n}\) est une somme de Riemann pour \(f(x) = \displaystyle\frac{1}{1+x}\) sur \([0;1]\). Donc la limite vaut \(\displaystyle\int_0^1 \displaystyle\frac{dx}{1+x} = \ln 2\). »

Erreur n°4 — Utiliser « Riemann-intégrable » pour une fonction sur un intervalle non borné

Diagnostic : L’intégrale de Riemann est définie sur un segment \([a;b]\) (intervalle fermé borné). Pour des intégrales sur \([a;+\infty[\) ou au voisinage d’une singularité, on sort du cadre de Riemann : ce sont des intégrales généralisées (ou impropres), qui font l’objet d’une théorie spécifique.

IX. Questions fréquentes

Quelle est la formule de l'intégrale de Riemann ?

L’intégrale de Riemann de \(f\) sur \([a;b]\) est la valeur commune \(\displaystyle\int_a^b f(x)\,dx = \underline{I}(f) = \overline{I}(f)\), où \(\underline{I}(f) = \sup_\sigma s(f,\sigma)\) et \(\overline{I}(f) = \inf_\sigma S(f,\sigma)\) sont les intégrales de Darboux inférieure et supérieure. En pratique, on la calcule par la formule de Newton-Leibniz : \(\displaystyle\int_a^b f(x)\,dx = F(b) – F(a)\) où \(F\) est une primitive de \(f\).

Quelle est la différence entre l'intégrale de Riemann et l'intégrale de Lebesgue ?

L’intégrale de Riemann découpe le domaine \([a;b]\) en sous-intervalles et approxime l’aire par des rectangles (sommes de Darboux). L’intégrale de Lebesgue, plus générale, découpe l’image de \(f\) en tranches horizontales et mesure les ensembles de pré-images. Toute fonction Riemann-intégrable est Lebesgue-intégrable (avec la même valeur), mais pas réciproquement : la fonction de Dirichlet \(\mathbf{1}_\mathbb{Q}\) est Lebesgue-intégrable (d’intégrale 0) mais pas Riemann-intégrable. En CPGE, seule l’intégrale de Riemann est au programme.

Toute fonction bornée est-elle Riemann-intégrable ?

Non. La condition « bornée » est nécessaire pour que les sommes de Darboux soient définies, mais elle n’est pas suffisante. Le contre-exemple classique est la fonction de Dirichlet \(\mathbf{1}_\mathbb{Q}\) : bornée entre 0 et 1, mais non intégrable car \(\underline{I} = 0 \neq 1 = \overline{I}\). En revanche, toute fonction bornée et continue (ou monotone, ou continue par morceaux) sur un segment est intégrable.

Comment reconnaître une somme de Riemann dans un exercice ?

Cherche une somme de la forme \(\displaystyle\frac{1}{n}\sum_{k} g\!\left(\displaystyle\frac{k}{n}\right)\) ou \(\displaystyle\sum_{k} \displaystyle\frac{1}{n} \cdot f\!\left(\displaystyle\frac{k}{n}\right)\). La méthode : (1) factoriser \(\displaystyle\frac{1}{n}\) dans chaque terme, (2) identifier la fonction \(f\) évaluée en \(\displaystyle\frac{k}{n}\), (3) conclure que la limite vaut \(\displaystyle\int_0^1 f(x)\,dx\). Pour les produits, passer au logarithme transforme le produit en somme.

L'intégrale de Riemann est-elle au programme de CPGE ?

Oui. La construction de l’intégrale de Riemann et ses propriétés fondamentales (linéarité, positivité, Chasles, théorème fondamental) sont au programme de toutes les filières scientifiques (MPSI, PCSI, MP, PC, PSI, PT). Le niveau de détail attendu varie : la démonstration du critère d’intégrabilité et du théorème fondamental est typiquement exigible en MPSI/MP. Les sommes de Riemann et le calcul de limites sont régulièrement posés en DS et aux concours.

X. Pour aller plus loin

Tu maîtrises la construction et les propriétés de l’intégrale de Riemann. Voici les suites naturelles :

Conforme au programme officiel des CPGE scientifiques (MPSI, PCSI, MP, PC, PSI). Dernière mise à jour : 2025.

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