Rédigé et vérifié par un professeur diplômé de l’École Polytechnique. Découvrir le professeur
Les résultats de PISA 2025 ont été publiés le 8 septembre 2026, et toute la presse a retenu le même chiffre : la France n’a jamais fait aussi mal depuis 2000. C’est exact, et c’est pourtant la partie la moins instructive du rapport. En lisant la note de la DEPP et la note pays de l’OCDE plutôt que les dépêches, on tombe sur une donnée bien plus dérangeante : la France ne compte plus que 5 % d’élèves très performants en mathématiques, contre 15 % en 2003 et 8 % en moyenne dans l’OCDE. Le pays ne décroche pas seulement par le bas. Il décroche aussi, et depuis vingt ans, par le haut.
L’essentiel en 30 secondes
- L’info : la France obtient 458 points en culture mathématique à PISA 2025, soit 16 points de moins qu’en 2022 et 53 de moins qu’en 2003.
- Le chiffre que personne ne cite : la part d’élèves très performants est passée de 15 % en 2003 à 5 % en 2025, contre 8 % en moyenne dans l’OCDE.
- L’autre bout de la distribution : les élèves en difficulté passent de 29 % à 36 % en trois ans, quand la moyenne de l’OCDE est à 35 %.
- L’avis Excellence Maths : le socle s’effrite et le sommet s’érode. Les deux se soignent au même endroit, sur les fondamentaux et sur le raisonnement, pas sur le bachotage.
☰ Sommaire
Les faits : ce que dit vraiment PISA 2025
L’enquête PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) est pilotée par l’OCDE. Tous les trois ans depuis 2000, elle évalue les élèves de 15 ans en compréhension de l’écrit, en culture mathématique et en culture scientifique. L’édition 2025 rassemble 91 pays et économies. Chaque cycle met un domaine au centre : c’était les mathématiques en 2022, c’est la culture scientifique en 2025, ce qui n’empêche pas les élèves d’être évalués dans les trois domaines.
Le chiffre central pour nous : 458 points en culture mathématique. La moyenne de l’OCDE s’établit à 463 points, et la note de la DEPP précise que l’écart n’est pas statistiquement significatif — la France reste « dans la moyenne », au coude à coude avec l’Allemagne, l’Espagne, les États-Unis, la Norvège, le Portugal ou la Suède. Dix-neuf pays de l’OCDE font mieux ; le Japon et la Corée du Sud dominent, et en Europe ce sont l’Estonie et la Suisse qui tiennent le haut du tableau.
La trajectoire, elle, ne souffre aucune nuance.
| Édition PISA | Score maths France |
|---|---|
| 2003 | 511 |
| 2006 | 496 |
| 2012 | 495 |
| 2015 | 493 |
| 2018 | 495 |
| 2022 | 474 |
| 2025 | 458 |
Le score avait déjà perdu 21 points entre 2018 et 2022. Il en perd 16 de plus entre 2022 et 2025. Sur vingt-deux ans, la perte totale est sans appel :
\(511- 458 = 53 \text{ points}\)En compréhension de l’écrit, le constat est le même : 456 points pour la France, 461 pour la moyenne de l’OCDE. Les sciences, domaine majeur de ce cycle, résistent mieux et se situent à peu près au niveau de 2022.
Pourquoi les classements cités dans la presse ne concordent pas
Selon les articles parus cette semaine, la France est 27e, 34e, ou « en chute de 18 places ». Ces chiffres ne se contredisent pas vraiment : ils ne comptent pas la même chose. Le rang change selon qu’on retient les 91 pays et économies participants, les seuls pays membres de l’OCDE, ou l’Union européenne, et selon le domaine évalué. La note de la DEPP et la note pays de l’OCDE, elles, donnent la seule comparaison robuste : dix-neuf pays de l’OCDE devant la France en mathématiques, onze à égalité statistique, sept derrière.
Le décrochage par le haut, angle mort du débat
Voici la donnée qui mériterait les titres et qui n’y figure pas. PISA classe les élèves en niveaux de compétence. Les élèves dits très performants sont ceux qui atteignent les niveaux 5 ou 6 : capables de modéliser une situation complexe, de comparer plusieurs stratégies de résolution et d’évaluer laquelle tient. C’est, très exactement, le vivier des futurs scientifiques, ingénieurs et enseignants de mathématiques.
En France, ils représentaient 15 % des élèves de 15 ans en 2003. Ils sont 5 % en 2025. La moyenne de l’OCDE est à 8 %. Autrement dit : nous formons trois fois moins de très bons élèves en maths qu’il y a vingt ans, et nous sommes désormais sous la moyenne des pays comparables sur ce terrain-là. Pour situer l’ordre de grandeur, sept systèmes asiatiques dépassent les 20 % — jusqu’à 54 % pour les provinces chinoises évaluées et 37 % pour Singapour.
Ce point est passé inaperçu parce qu’il contredit deux récits confortables. Celui qui veut que la France ait un problème de « queue de distribution » uniquement, et celui qui veut que l’élite française soit préservée quoi qu’il arrive. Les deux sont faux : le bas se dégrade — les élèves en difficulté passent de 29 % à 36 % entre 2022 et 2025, quand la moyenne de l’OCDE est à 35 % — et le haut s’érode depuis 2003, lentement, sans provoquer de titre de une.
Un troisième chiffre relie les deux : l’écart de score entre élèves très favorisés et très défavorisés atteint 95 points en mathématiques, contre 83 en moyenne dans l’OCDE. La France est l’un des pays où l’origine sociale pèse le plus lourd sur les résultats. Le talent est partout ; l’accompagnement, non. Un élève doué qui n’est pas repéré et poussé à temps ne rejoint jamais les 5 %.
La DEPP note enfin que cette baisse converge avec une autre mesure, franco-française celle-là : le test de positionnement de début de seconde, en recul depuis 2021. Les deux évaluations ne mesurent pas les mêmes compétences, et la note le dit ; mais deux instruments indépendants qui pointent dans la même direction, cela cesse d’être un artefact de mesure.
Ce que le chiffre ne dit pas
Un rapport de cette ampleur mérite mieux que la panique. Quatre précisions changent la lecture.
PISA ne teste pas le programme scolaire
L’enquête n’évalue pas la restitution d’un cours de troisième ou de seconde. Elle mesure la capacité à mobiliser un raisonnement mathématique dans une situation concrète : comparer deux itinéraires, convertir un prix, lire un graphique, estimer une proportion. Un élève qui applique correctement une procédure quand on lui indique laquelle utiliser peut très bien échouer à PISA. C’est une mesure de compétences en situation, pas de connaissances récitées — et c’est précisément ce qui manque le plus à la sortie du collège.
La baisse n’est pas une exception française
La moyenne de l’OCDE recule elle aussi, de 9 points en mathématiques entre 2022 et 2025. À l’exception de la Turquie, aucun pays de l’OCDE ne progresse sur cette période. Écrire que la France s’effondre seule est faux ; écrire qu’elle décroche plus vite que ses voisins est exact, puisque son recul de 16 points est près du double du recul moyen.
L’engagement des élèves pendant le test, une piste à manier avec prudence
PISA demande aux élèves l’effort qu’ils estiment avoir fourni pendant l’épreuve. Les élèves français déclarent 6,4 sur 10, contre 7,2 dans l’OCDE, et cet indicateur baisse depuis 2018. La tentation est grande d’y voir l’explication du décrochage. La DEPP coupe court : l’effort déclaré n’est que faiblement corrélé à la performance — en compréhension de l’écrit, les élèves déclarant un effort moyen obtiennent 450 points, ceux déclarant un effort maximal, 447. Le désengagement est un vrai sujet ; ce n’est pas l’explication du score.
Et une bonne nouvelle, qu’aucun titre n’a reprise
Les élèves français sont parmi les moins fatalistes de l’OCDE sur leurs propres capacités. Seuls 19 % d’entre eux pensent que leur intelligence est figée et qu’ils n’y peuvent rien, contre 31 % en moyenne dans l’OCDE. C’est une ressource considérable, et elle dit exactement ce que nous constatons en cours particuliers : l’élève français moyen ne se croit pas incapable de progresser en maths. Il ne sait simplement pas comment s’y prendre.
Dernier repère, pour les familles qui s’interrogent sur les écarts entre filles et garçons : les garçons obtiennent 464 points, les filles 451, soit 13 points d’écart, stable depuis 2022 et conforme à la moyenne de l’OCDE.
Conséquences concrètes par profil
Si tu es élève au collège ou au lycée
Ce chiffre ne te condamne à rien, mais il désigne précisément ce qui te fera gagner des points : la capacité à comprendre ce qu’un énoncé demande avant de chercher une formule. Entraîne-toi à reformuler chaque problème avec tes mots, à identifier les données utiles, puis à vérifier si ton résultat a du sens. Un raisonnement juste vaut mieux que dix formules mémorisées et mal comprises.
Si tu sens que des bases manquent — proportionnalité, calcul littéral, lecture de graphiques — ne les contourne pas : elles réapparaîtront à chaque chapitre. Notre méthode pour se remettre à niveau en maths détaille comment reprendre ces fondations sans tout reprendre.
Si vous êtes parent
Le message des données est clair : le décrochage en maths est silencieux et précoce. Il ne se manifeste pas par un effondrement des notes en terminale, mais par des lacunes de sixième et de cinquième que personne ne reprend. Deux rendez-vous vous donnent une mesure objective bien avant PISA : l’évaluation nationale de 4e et le test de positionnement de seconde. Lisez-les comme un diagnostic, pas comme un verdict.
Vous n’avez pas besoin d’être vous-même à l’aise en maths pour agir. Ce qui compte est de ne pas laisser une lacune s’installer un trimestre de plus, et de ne jamais valider devant l’enfant l’idée qu’on serait « fait ou pas fait pour les maths ». Les données de PISA sont formelles sur ce point : les élèves qui croient pouvoir progresser progressent.
Si vous êtes enseignant
Le double mouvement mesuré par cette édition — plus d’élèves sous le niveau 2, moins d’élèves aux niveaux 5 et 6 — pose une question de différenciation. Les situations ouvertes, les énoncés sans consigne de méthode et la verbalisation du raisonnement servent les deux extrémités de la classe à la fois : elles remettent les fragiles en mouvement et elles donnent enfin de quoi mordre aux plus rapides, que la répétition d’exercices d’application n’a jamais fait progresser. Le travail sur la logique et le raisonnement est ici le levier le plus rentable.
Nos recommandations
Chez Excellence Maths, nous écartons les deux réflexes symétriques : le déni (« PISA ne mesure rien ») et la panique (« le niveau s’effondre »). Voici ce que ces résultats changent concrètement dans notre façon d’accompagner un élève.
- Diagnostiquer avant d’accélérer. Avant d’attaquer le chapitre en cours, on vérifie les fondations : proportionnalité, calcul littéral, fonctions. Une heure de diagnostic évite un trimestre de rattrapage inefficace.
- Faire raisonner plutôt qu’appliquer. C’est ce que PISA mesure, et c’est ce qui décide de la réussite dans le supérieur. Un élève qui sait redémontrer une formule ne l’oublie plus.
- Installer la régularité. Trente minutes quatre fois par semaine battent trois heures paniquées la veille du contrôle. La consolidation est un phénomène de durée.
- Ne pas laisser les bons élèves en pilotage automatique. C’est la leçon la plus neuve de cette édition. Un élève à 16 de moyenne qui n’a jamais rencontré un problème difficile n’est pas un élève très performant au sens de PISA — il est un élève à qui on n’a pas encore proposé l’exercice qui le ferait progresser. Nos ressources sur la stratégie en DS de maths et sur les erreurs de rédaction à éviter partent de ce constat.
- Voir loin. Les fondamentaux d’aujourd’hui décident des choix de Parcoursup et de l’accès aux notions structurantes du supérieur. Le tri se fait des années avant le dossier.
458 points, c’est un signal, pas une fatalité. Il se redresse élève par élève, et il commence à se redresser le jour où l’on cesse de confondre « savoir appliquer » et « savoir raisonner ».
Questions fréquentes
Quel est le score de la France en maths à PISA 2025 ?
La France obtient 458 points en culture mathématique, contre 474 en 2022 et 511 en 2003. La moyenne de l’OCDE s’établit à 463 points en 2025 : l’écart avec la France n’est pas statistiquement significatif, mais dix-neuf pays de l’OCDE font mieux.
Que mesure vraiment l’enquête PISA en mathématiques ?
PISA évalue la capacité des élèves de 15 ans à mobiliser un raisonnement mathématique dans des situations concrètes : lire un graphique, estimer une proportion, modéliser un problème du quotidien. L’enquête ne teste pas la restitution du programme scolaire français.
La France est-elle le seul pays à baisser ?
Non. La moyenne de l’OCDE recule de 9 points en mathématiques entre 2022 et 2025, et aucun pays de l’OCDE ne progresse sur la période, à l’exception de la Turquie. La France recule toutefois de 16 points, soit près du double du recul moyen.
Pourquoi parle-t-on d’un décrochage des meilleurs élèves ?
Parce que la part d’élèves très performants, ceux qui atteignent les niveaux 5 ou 6 de compétence, est passée de 15 % en 2003 à 5 % en 2025, alors que la moyenne de l’OCDE est de 8 %. La France forme trois fois moins de très bons élèves en maths qu’il y a vingt ans.
Comment aider concrètement mon enfant à progresser en maths ?
Repérez les lacunes tôt, en vous appuyant sur des mesures objectives comme l’évaluation nationale de 4e ou le test de positionnement de seconde. Consolidez les fondamentaux avant d’accélérer, privilégiez la compréhension à la mémorisation et installez une régularité de travail. Évitez surtout de valider l’idée qu’un enfant serait ou non fait pour les maths.