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Calculer une primitive de \(\displaystyle\frac{2X+3}{X^2-1}\), sommer une série télescopique, inverser une transformée de Laplace : derrière ces calculs se cache une seule technique reine, la décomposition en éléments simples d’une fraction rationnelle. C’est l’un des outils les plus rentables du programme de prépa. Voici la méthode complète, étape par étape, avec les astuces de calcul que les correcteurs attendent.

I. Fraction rationnelle : définitions et théorème de décomposition

Avant de décomposer, il faut savoir exactement ce qu’on manipule. Une fraction rationnelle est, au sens algébrique, un quotient de deux polynômes — exactement comme un nombre rationnel est un quotient de deux entiers.

Définition — Fraction rationnelle

Soit \(\mathbb{K}\) un corps (en pratique \(\mathbb{R}\) ou \(\mathbb{C}\)). Une fraction rationnelle est un quotient \(F = \displaystyle\frac{P}{Q}\) de deux polynômes \(P, Q \in \mathbb{K}[X]\) avec \(Q \neq 0\). L’ensemble de toutes ces fractions, noté \(\mathbb{K}(X)\), est le corps des fractions rationnelles : c’est le plus petit corps contenant \(\mathbb{K}[X]\).

Une fraction rationnelle est le quotient de deux polynômes, l’ensemble formant le corps K(X).

Deux fractions \(\displaystyle\frac{P}{Q}\) et \(\displaystyle\frac{P_1}{Q_1}\) sont égales lorsque \(PQ_1 = P_1 Q\). On dit que \(F = \displaystyle\frac{P}{Q}\) est sous forme irréductible quand \(P\) et \(Q\) sont premiers entre eux, c’est-à-dire \(\mathrm{pgcd}(P,Q) = 1\). Cette forme est unique à une constante multiplicative près, et c’est toujours sur elle qu’on travaille.

A. Degré, pôles et partie entière

Pour une fraction irréductible \(F = \displaystyle\frac{P}{Q}\), on définit :

  • le degré : \(\deg F = \deg P – \deg Q\) (qui peut être négatif) ;
  • les pôles : les racines du dénominateur \(Q\). Un pôle a un ordre de multiplicité égal à sa multiplicité comme racine de \(Q\) ;
  • les zéros : les racines de \(P\).

Définition — Partie entière

Soit \(F = \displaystyle\frac{P}{Q}\) une fraction rationnelle. La division euclidienne de \(P\) par \(Q\) s’écrit \(P = EQ + R\) avec \(\deg R\) < \(\deg Q\). Le polynôme \(E\) est la partie entière de \(F\) :

\(\displaystyle\frac{P}{Q} = E + \displaystyle\frac{R}{Q}\), avec \(\displaystyle\deg\!\left(\displaystyle\frac{R}{Q}\right)\) < \(0\).

La partie entière n’est non nulle que lorsque \(\deg P \geq \deg Q\). C’est la toute première chose à isoler : on ne décompose jamais une fraction dont le numérateur est de degré supérieur ou égal au dénominateur.

B. Le théorème de décomposition en éléments simples

Voici le résultat central, l’analogue pour les fractions rationnelles de la factorisation d’un polynôme en facteurs irréductibles.

Théorème — Décomposition en éléments simples sur \(\mathbb{C}\)

Soit \(F = \displaystyle\frac{P}{Q}\) une fraction rationnelle de \(\mathbb{C}(X)\), sous forme irréductible, dont le dénominateur se factorise en \(Q = \lambda \prod_{i=1}^{r} (X – a_i)^{m_i}\) (les \(a_i\) distincts). Alors il existe un unique polynôme \(E\) et d’uniques scalaires \(\alpha_{i,k} \in \mathbb{C}\) tels que :

\(\displaystyle F = E \;+\; \sum_{i=1}^{r} \sum_{k=1}^{m_i} \displaystyle\frac{\alpha_{i,k}}{(X – a_i)^{k}}.\)

Toute fraction rationnelle complexe se décompose de façon unique en sa partie entière et une somme de termes de la forme alpha sur (X moins pôle) à la puissance k.

Sur \(\mathbb{R}\), le dénominateur ne se factorise pas forcément en facteurs de degré 1 : il reste des trinômes \(X^2 + pX + q\) de discriminant strictement négatif (les facteurs irréductibles de \(\mathbb{R}[X]\) sont de degré 1 ou 2). La décomposition fait donc apparaître deux types de termes.

Théorème — Décomposition sur \(\mathbb{R}\)

Avec \(Q = \lambda \prod_i (X-a_i)^{m_i} \prod_j (X^2 + p_j X + q_j)^{n_j}\) (trinômes à discriminant négatif), \(F\) s’écrit de manière unique :

\(\displaystyle F = E + \underbrace{\sum_{i,k} \displaystyle\frac{\alpha_{i,k}}{(X-a_i)^k}}_{\text{1}^{\text{re}}\text{ espèce}} + \underbrace{\sum_{j,\ell} \displaystyle\frac{\beta_{j,\ell}\,X + \gamma_{j,\ell}}{(X^2+p_jX+q_j)^{\ell}}}_{\text{2}^{\text{de}}\text{ espèce}}.\)

Les termes \(\displaystyle\frac{\alpha}{(X-a)^k}\) sont les éléments simples de première espèce, les termes \(\displaystyle\frac{\beta X + \gamma}{(X^2+pX+q)^{\ell}}\) sont ceux de seconde espèce.

Le réflexe de comptage. Le nombre total de coefficients inconnus est toujours égal à \(\deg Q\). Un pôle réel d’ordre \(m\) apporte \(m\) inconnues ; un trinôme irréductible d’ordre \(n\) en apporte \(2n\). Si ton compte ne tombe pas juste, ta forme a priori est fausse.

Maintenant que la structure est posée, place à l’essentiel : la méthode pour obtenir ces coefficients sans s’épuiser.


II. Méthode pas à pas en 5 étapes

La décomposition obéit toujours au même schéma. La difficulté n’est pas la forme finale (le théorème la garantit) mais le calcul efficace des coefficients. Voici l’enchaînement à dérouler systématiquement.

  1. Rendre la fraction irréductible et vérifier qu’on travaille bien sur la forme réduite (simplifier les facteurs communs à \(P\) et \(Q\)).
  2. Extraire la partie entière par division euclidienne si \(\deg P \geq \deg Q\). Sinon, \(E = 0\).
  3. Factoriser le dénominateur \(Q\) sur le corps choisi (\(\mathbb{R}\) ou \(\mathbb{C}\)), en repérant pôles simples, multiples et trinômes irréductibles.
  4. Écrire la forme a priori de la décomposition, avec une inconnue par coefficient (\(\deg Q\) inconnues au total).
  5. Calculer les coefficients avec la technique la plus rapide (voir le tableau ci-dessous), puis vérifier par une valeur particulière ou un comportement à l’infini.
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La méthode de décomposition en éléments simples, en 1 page

Les 5 étapes, le tableau des techniques et les pièges classiques réunis sur une fiche recto-verso à garder sous la main pour les colles.

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Gagne du temps en concours avec la bonne technique au bon moment.

A. Les techniques de calcul des coefficients

L’erreur du débutant est de tout réduire au même dénominateur et de résoudre un gros système linéaire. C’est long et source d’erreurs. Les techniques rapides ci-dessous ciblent chaque coefficient individuellement.

Coefficient sur un pôle simple — la « multiplication-évaluation ». Si \(a\) est un pôle simple, on multiplie \(F\) par \((X-a)\) puis on évalue en \(a\) :

\(\displaystyle \alpha = \Big[(X-a)F(X)\Big]_{X=a}.\)

De façon équivalente, si \(F = \displaystyle\frac{P}{Q}\) avec \(a\) racine simple de \(Q\), alors \(\alpha = \displaystyle\frac{P(a)}{Q^\prime(a)}\). Cette dernière formule, issue de \(Q(X)\sim Q^\prime(a)(X-a)\) près de \(a\), est redoutablement efficace.

Pour un pôle multiple d’ordre \(m\), on récupère d’abord le coefficient du terme de plus haut degré \(\displaystyle\frac{\alpha_{m}}{(X-a)^m}\) de la même façon : on multiplie par \((X-a)^m\) et on évalue en \(a\). Les coefficients de rangs inférieurs s’obtiennent ensuite par dérivations successives, ou — bien plus rapide en pratique — par un développement limité (formule de Taylor) de \((X-a)^m F(X)\) au voisinage de \(a\).

Pour finir le calcul, trois leviers globaux complètent l’arsenal :

  • Limite à l’infini : multiplier par \(X\) et faire tendre \(X \to +\infty\) donne une relation entre les coefficients (souvent la somme des résidus).
  • Valeurs particulières : évaluer l’identité en \(X = 0\) ou \(X = 1\) fournit une équation supplémentaire bon marché.
  • Parité : si \(F(-X) = F(X)\) (ou \(-F(X)\)), des coefficients sont égaux ou opposés, ce qui divise le travail par deux.

B. Quand utiliser quelle technique ?

Voici le tableau de décision qui n’existe nulle part ailleurs : selon la nature du coefficient cherché, une technique domine nettement les autres.

Choisir la bonne technique selon le coefficient à calculer
Situation Technique recommandée À éviter / alternative
Coefficient d’un pôle simple \(a\) Multiplier par \((X-a)\) et évaluer, ou \(\displaystyle\frac{P(a)}{Q^\prime(a)}\) Système global (trop lourd)
Terme de plus haut degré d’un pôle multiple Multiplier par \((X-a)^m\) et évaluer
Termes intermédiaires d’un pôle multiple DL (Taylor) de \((X-a)^m F\) en \(a\) Dérivations successives (correct mais lent)
Coefficients de seconde espèce \((\beta X+\gamma)\) Pôle complexe : décomposer sur \(\mathbb{C}\) puis regrouper les conjugués Identification directe (lourde)
Dernière relation manquante Limite \(X\to\infty\) ou valeur particulière
Dénominateur à symétrie \(X \leftrightarrow -X\) Exploiter la parité avant tout calcul Calculer tous les coefficients un par un

Ne pas confondre avec d’autres « fractions ». La fraction rationnelle (objet algébrique de \(\mathbb{K}(X)\)) n’a rien à voir avec le nombre rationnel (quotient d’entiers, écrit sous forme de fraction). De même, l’étude du signe ou du domaine d’une fonction rationnelle relève de l’analyse, pas de cette page. Ici, \(X\) est une indéterminée formelle, pas une variable réelle.

La théorie est en place. Le meilleur moyen d’ancrer la méthode reste de la voir tourner sur des exemples de difficulté croissante.


III. Exemples résolus, du simple au concours

Quatre exemples, quatre situations types : pôles simples, pôle multiple, seconde espèce, et un cas à parité de niveau concours. Chaque résolution applique strictement les 5 étapes.

🟠 Exemple 1 — Pôles simples. Décomposer \(\displaystyle F = \displaystyle\frac{3X+1}{(X-1)(X+2)}\) sur \(\mathbb{R}\).

Le degré du numérateur (1) est strictement inférieur à celui du dénominateur (2) : pas de partie entière. Les deux pôles \(1\) et \(-2\) sont simples. Forme a priori :

\(\displaystyle F = \displaystyle\frac{a}{X-1} + \displaystyle\frac{b}{X+2}.\)

Multiplication par \((X-1)\) puis \(X=1\) : \(a = \displaystyle\frac{3(1)+1}{1+2} = \displaystyle\frac{4}{3}\).

Multiplication par \((X+2)\) puis \(X=-2\) : \(b = \displaystyle\frac{3(-2)+1}{-2-1} = \displaystyle\frac{-5}{-3} = \displaystyle\frac{5}{3}\).

D’où \(\displaystyle F = \displaystyle\frac{4}{3}\cdot\displaystyle\frac{1}{X-1} + \displaystyle\frac{5}{3}\cdot\displaystyle\frac{1}{X+2}\). Vérification en \(X=0\) : à gauche \(\displaystyle\frac{1}{-2}=-\displaystyle\frac12\) ; à droite \(\displaystyle-\displaystyle\frac43 + \displaystyle\frac56 = -\displaystyle\frac12\) ✓.


🟠 Exemple 2 — Pôle multiple. Décomposer \(\displaystyle F = \displaystyle\frac{X^2 + 1}{(X-1)^2 (X+1)}\) sur \(\mathbb{R}\).

Pas de partie entière (degré 2 < degré 3). Forme a priori :

\(\displaystyle F = \displaystyle\frac{a}{X-1} + \displaystyle\frac{b}{(X-1)^2} + \displaystyle\frac{c}{X+1}.\)

Coefficient \(b\) (terme de plus haut degré en \(X=1\)) : on multiplie par \((X-1)^2\) et on évalue en \(1\) : \(b = \displaystyle\frac{1^2+1}{1+1} = 1\).

Coefficient \(c\) (pôle simple \(-1\)) : on multiplie par \((X+1)\) et on évalue en \(-1\) : \(c = \displaystyle\frac{(-1)^2+1}{(-1-1)^2} = \displaystyle\frac{2}{4} = \displaystyle\frac12\).

Coefficient \(a\) : on utilise la limite \(X\to\infty\) de \(XF(X)\). À gauche, \(XF(X) \to 0\) (degré \(-1\)) ; à droite, \(a + c = 0\), donc \(a = -\displaystyle\frac12\).

Conclusion : \(\displaystyle F = -\displaystyle\frac{1}{2(X-1)} + \displaystyle\frac{1}{(X-1)^2} + \displaystyle\frac{1}{2(X+1)}\).

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