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Les séries numériques de Riemann \(\displaystyle\sum_{n \geq 1} \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\) constituent la famille de référence en théorie des séries. Paramétrées par un seul exposant \(\alpha\), elles fournissent le critère de comparaison le plus utilisé en CPGE et aux concours. Tu trouveras ici le théorème de convergence avec trois démonstrations distinctes, les séries de Bertrand, et six exercices corrigés de difficulté croissante. Conforme au programme CPGE 2025-2026.

I. Définition et cas particuliers

A. Définition formelle de la série de Riemann

Définition — Série de Riemann

Soit \(\alpha \in \mathbb{R}\). On appelle série de Riemann d’exposant \(\alpha\) la série \(\displaystyle\sum_{n \geq 1} \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\).

Son terme général est \(u_n = \displaystyle\frac{1}{n^\alpha} = n^{-\alpha}\) pour \(n \geq 1\), et sa somme partielle d’ordre \(N\) est :

\(S_N(\alpha) = \displaystyle\sum_{n=1}^{N} \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\)

Le terme général \(u_n = \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\) est strictement positif pour tout \(n \geq 1\). La suite des sommes partielles \((S_N)_{N \geq 1}\) est donc croissante. Par conséquent, la série converge si et seulement si la suite \((S_N)\) est majorée.

Toute la question est de savoir à quelle vitesse \(\displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\) tend vers zéro : suffisamment vite pour que la somme reste finie, ou trop lentement pour que la somme explose.

B. Cas particuliers classiques

Plusieurs valeurs de \(\alpha\) donnent des séries célèbres :

Séries de Riemann remarquables
Exposant \(\alpha\) Série Nature Remarque
\(\alpha = 0\) \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{n^0} = \sum 1\) Diverge (grossièrement) \(u_n \not\to 0\)
\(\alpha = \displaystyle\frac{1}{2}\) \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{\sqrt{n}}\) Diverge Décroissance trop lente
\(\alpha = 1\) \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{n}\) (série harmonique) Diverge Cas critique, frontière
\(\alpha = 2\) \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{n^2}\) Converge Somme \(= \displaystyle\frac{\pi^2}{6}\) (problème de Bâle, Euler 1735)
\(\alpha = 4\) \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{n^4}\) Converge Somme \(= \displaystyle\frac{\pi^4}{90}\)

Le problème de Bâle. Leonhard Euler résolut en 1735 le célèbre problème posé depuis un demi-siècle : calculer \(\displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{1}{n^2} = \displaystyle\frac{\pi^2}{6}\). Ce résultat spectaculaire — l’irruption de \(\pi\) dans une somme a priori arithmétique — assurera sa célébrité immédiate dans l’Europe mathématique.

C. La série harmonique : le cas critique \(\alpha = 1\)

La série harmonique \(\displaystyle\sum_{n \geq 1} \displaystyle\frac{1}{n}\) est le cas frontière de la famille de Riemann. Bien que son terme général tende vers zéro, elle diverge. Ce résultat, prouvé par Nicole Oresme vers 1350, est l’un des plus anciens résultats non triviaux sur les séries.

La divergence de la série harmonique est souvent le premier résultat contre-intuitif que tu rencontreras en CPGE : \(\displaystyle\frac{1}{n} \to 0\) et pourtant \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{n} = +\infty\). Cela illustre que la condition \(u_n \to 0\) est nécessaire mais pas suffisante pour la convergence d’une série.

D. Lien avec la fonction zêta de Riemann

Pour \(\alpha\) > \(1\), la somme de la série de Riemann définit la fonction zêta de Riemann :

\(\zeta(\alpha) = \displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\)

Cette fonction, prolongée au plan complexe par Riemann en 1859, est au cœur de l’un des plus célèbres problèmes ouverts des mathématiques : l’hypothèse de Riemann sur la localisation de ses zéros. En CPGE, tu n’utiliseras que la restriction \(\zeta : \,]\,1, +\infty\,[ \to \mathbb{R}\), mais il est utile de savoir que les valeurs \(\zeta(2) = \displaystyle\frac{\pi^2}{6}\), \(\zeta(4) = \displaystyle\frac{\pi^4}{90}\), etc. se retrouvent naturellement dans les calculs de séries de Fourier (formule de Parseval).

Sommes partielles S_N(α) = ∑_{n=1}^N 1/n^α pour N de 1 à 50. Quatre courbes : α = 0.5 (rouge #e15a4f, diverge rapidement

II. Convergence : le théorème fondamental et ses trois démonstrations

Le résultat central de cette page est le suivant. Sa démonstration étant un classique des interrogations orales et des écrits, nous en proposons trois preuves — chacune éclairant le résultat sous un angle différent.

A. Énoncé du théorème

Théorème — Convergence de la série de Riemann ⋆

La série \(\displaystyle\sum_{n \geq 1} \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\) converge si et seulement si \(\alpha\) > \(1\).

L’exposant \(\alpha = 1\) est le seuil critique : la série harmonique \(\sum \displaystyle\frac{1}{n}\) diverge, tandis que \(\sum \displaystyle\frac{1}{n^{1{,}01}}\) converge déjà (très lentement). Plus \(\alpha\) est grand, plus la convergence est rapide.

Attention — Le seuil est strict. La série de Riemann d’exposant \(\alpha = 1\) diverge. En concours, l’erreur « \(\alpha \geq 1 \Rightarrow\) convergence » est sanctionnée lourdement. Retiens : la convergence nécessite \(\alpha\) strictement supérieur à \(1\).

B. Démonstration par comparaison série-intégrale ⋆

C’est la démonstration la plus fréquemment attendue en concours. Elle repose sur la comparaison entre la somme partielle et une intégrale impropre.

Cas \(\alpha\) > \(0\), \(\alpha \neq 1\). La fonction \(f : t \mapsto \displaystyle\frac{1}{t^\alpha}\) est continue, positive et strictement décroissante sur \([1, +\infty[\).

Pour tout \(n \geq 1\), la décroissance de \(f\) sur \([n, n+1]\) donne :

\(f(n+1) \leq \displaystyle\int_n^{n+1} f(t)\,dt \leq f(n)\)

soit :

\(\displaystyle\frac{1}{(n+1)^\alpha} \leq \displaystyle\int_n^{n+1} \displaystyle\frac{dt}{t^\alpha} \leq \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\)

Majoration de \(S_N\). En sommant l’inégalité de gauche \(\displaystyle\int_n^{n+1} \displaystyle\frac{dt}{t^\alpha} \leq \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\) pour \(n\) de \(1\) à \(N-1\), puis en ajoutant le terme \(n=N\) :

\(\displaystyle\int_1^{N} \displaystyle\frac{dt}{t^\alpha} \leq S_{N-1}\)

En sommant l’inégalité \(\displaystyle\frac{1}{(n+1)^\alpha} \leq \displaystyle\int_n^{n+1} \displaystyle\frac{dt}{t^\alpha}\) pour \(n\) de \(1\) à \(N\) :

\(S_{N+1} – 1 = \displaystyle\sum_{n=2}^{N+1} \displaystyle\frac{1}{n^\alpha} \leq \displaystyle\int_1^{N+1} \displaystyle\frac{dt}{t^\alpha}\)

On obtient l’encadrement fondamental :

Encadrement série-intégrale

\(\displaystyle\int_1^{N+1} \displaystyle\frac{dt}{t^\alpha} \leq S_N \leq 1 + \displaystyle\int_1^{N} \displaystyle\frac{dt}{t^\alpha}\)

Comparaison série-intégrale pour α = 1.5 (f(t) = 1/t^{1.5}). Courbe continue de f en bleu #1f4acc. Rectangles d'aire 1/n

Calcul de l’intégrale. Pour \(\alpha \neq 1\) :

\(\displaystyle\int_1^{A} \displaystyle\frac{dt}{t^\alpha} = \left[\displaystyle\frac{t^{1-\alpha}}{1-\alpha}\right]_1^{A} = \displaystyle\frac{A^{1-\alpha} – 1}{1-\alpha}\)

Si \(\alpha\) > \(1\) : alors \(1 – \alpha\) < \(0\), donc \(A^{1-\alpha} \longrightarrow[A \to +\infty]{} 0\). L’intégrale converge vers \(\displaystyle\frac{1}{\alpha – 1}\). L’encadrement donne :

\(S_N \leq 1 + \displaystyle\frac{1}{\alpha – 1} = \displaystyle\frac{\alpha}{\alpha – 1}\)

La suite \((S_N)\) est croissante et majorée : la série converge. ∎

Si \(0\) < \(\alpha\) < \(1\) : alors \(1 – \alpha\) > \(0\), donc \(A^{1-\alpha} \to +\infty\). Par l’inégalité de gauche de l’encadrement, \(S_N \to +\infty\) : la série diverge. ∎

Si \(\alpha = 1\) : \(\displaystyle\int_1^{N+1} \displaystyle\frac{dt}{t} = \ln(N+1) \to +\infty\). Par l’encadrement, \(S_N \to +\infty\) : la série harmonique diverge. ∎

Si \(\alpha \leq 0\) : \(\displaystyle\frac{1}{n^\alpha} = n^{|\alpha|} \geq 1\) pour tout \(n \geq 1\), donc \(u_n \not\to 0\) : divergence grossière. ∎

🎁 EN BONUS

Fiche de synthèse — Séries de Riemann & Bertrand

Théorème, 3 démonstrations résumées, séries de Bertrand, pièges concours : tout l’essentiel en une page recto-verso à garder sous la main.

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Idéal pour réviser avant une colle ou un DS sur les séries numériques.

C. Démonstration par condensation de Cauchy

Cette preuve, due à Augustin-Louis Cauchy, fait appel à un résultat plus général qui est un outil puissant pour les séries à termes positifs décroissants.

Théorème — Condensation de Cauchy

Soit \((a_n)_{n \geq 1}\) une suite décroissante de réels positifs. Alors les séries \(\displaystyle\sum_{n \geq 1} a_n\) et \(\displaystyle\sum_{k \geq 0} 2^k \, a_{2^k}\) ont même nature.

Application aux séries de Riemann. La suite \(a_n = \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\) est décroissante et positive (pour \(\alpha\) > \(0\)). On forme la série condensée :

\(\displaystyle\sum_{k \geq 0} 2^k \cdot \displaystyle\frac{1}{(2^k)^\alpha} = \displaystyle\sum_{k \geq 0} 2^k \cdot 2^{-k\alpha} = \displaystyle\sum_{k \geq 0} 2^{k(1-\alpha)} = \displaystyle\sum_{k \geq 0} \left(2^{1-\alpha}\right)^k\)

C’est une série géométrique de raison \(q = 2^{1-\alpha}\).

Elle converge si et seulement si \(|q|\) < \(1\), soit \(2^{1-\alpha}\) < \(1\), c’est-à-dire \(1 – \alpha\) < \(0\), d’où \(\alpha\) > \(1\).

Par le théorème de condensation de Cauchy, la série de Riemann \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\) a même nature, d’où la conclusion. ∎

Intérêt de cette preuve. La condensation de Cauchy ramène l’étude d’une série de Riemann à celle d’une série géométrique — l’une des rares séries dont on sait calculer la somme et déterminer la nature en un clin d’œil. C’est un outil réutilisable sur d’autres séries (notamment les séries de Bertrand).

D. Démonstration par regroupement dyadique (Oresme)

Cette preuve élémentaire, qui ne requiert aucune intégrale, est historiquement la première. Nicole Oresme la proposa vers 1350 pour la série harmonique. Elle se généralise à tout exposant \(\alpha\).

Principe. On regroupe les termes de la série par paquets de taille \(2^{k-1}\) :

\(S = \underbrace{\displaystyle\frac{1}{1^\alpha}}_{G_0} + \underbrace{\displaystyle\frac{1}{2^\alpha}}_{G_1} + \underbrace{\displaystyle\frac{1}{3^\alpha} + \displaystyle\frac{1}{4^\alpha}}_{G_2} + \underbrace{\displaystyle\frac{1}{5^\alpha} + \displaystyle\frac{1}{6^\alpha} + \displaystyle\frac{1}{7^\alpha} + \displaystyle\frac{1}{8^\alpha}}_{G_3} + \cdots\)

Le groupe \(G_k\) (pour \(k \geq 1\)) contient les termes d’indices \(n = 2^{k-1}+1\) à \(n = 2^k\), soit \(2^{k-1}\) termes.

Preuve de la convergence pour \(\alpha\) > \(1\). Chaque terme du groupe \(G_k\) vérifie \(\displaystyle\frac{1}{n^\alpha} \leq \displaystyle\frac{1}{(2^{k-1})^\alpha}\) (car \(n \geq 2^{k-1}+1\) > \(2^{k-1}\) … en fait, pour être précis, \(n \geq 2^{k-1}+1\) donne \(1/n^\alpha \leq 1/(2^{k-1}+1)^\alpha \leq 1/(2^{k-1})^\alpha\)). Donc :

\(G_k \leq 2^{k-1} \cdot \displaystyle\frac{1}{(2^{k-1})^\alpha} = (2^{k-1})^{1-\alpha}\)

On obtient :

\(S_N \leq G_0 + \displaystyle\sum_{k=1}^{+\infty} (2^{k-1})^{1-\alpha} = 1 + \displaystyle\sum_{k=0}^{+\infty} (2^{1-\alpha})^k\)

Pour \(\alpha\) > \(1\), on a \(2^{1-\alpha}\) < \(1\), et cette série géométrique converge. La suite \((S_N)\) est croissante et majorée : convergence. ∎

Preuve de la divergence pour \(\alpha \leq 1\) (et \(\alpha\) > \(0\)). Chaque terme du groupe \(G_k\) vérifie \(\displaystyle\frac{1}{n^\alpha} \geq \displaystyle\frac{1}{(2^k)^\alpha}\) (car \(n \leq 2^k\)). Donc :

\(G_k \geq 2^{k-1} \cdot \displaystyle\frac{1}{(2^k)^\alpha} = 2^{k-1-k\alpha} = 2^{k(1-\alpha) – 1}\)

Pour \(\alpha \leq 1\) : \(k(1-\alpha) – 1 \geq -1\), donc \(G_k \geq \displaystyle\frac{1}{2}\) pour tout \(k \geq 1\). La somme d’une infinité de termes supérieurs ou égaux à \(\displaystyle\frac{1}{2}\) diverge : divergence. ∎

Cas classique : divergence de la série harmonique (Oresme, ~1350).

Pour \(\alpha = 1\) :

\(\displaystyle\frac{1}{1} + \displaystyle\frac{1}{2} + \left(\displaystyle\frac{1}{3} + \displaystyle\frac{1}{4}\right) + \left(\displaystyle\frac{1}{5} + \displaystyle\frac{1}{6} + \displaystyle\frac{1}{7} + \displaystyle\frac{1}{8}\right) + \cdots\)

Le groupe \(G_2 = \displaystyle\frac{1}{3} + \displaystyle\frac{1}{4} \geq \displaystyle\frac{1}{4} + \displaystyle\frac{1}{4} = \displaystyle\frac{1}{2}\). Le groupe \(G_3 = \displaystyle\frac{1}{5} + \displaystyle\frac{1}{6} + \displaystyle\frac{1}{7} + \displaystyle\frac{1}{8} \geq 4 \times \displaystyle\frac{1}{8} = \displaystyle\frac{1}{2}\). Chaque groupe apporte au moins \(\displaystyle\frac{1}{2}\) : la somme diverge.

E. Remarque : série de Riemann alternée

La série de Riemann alternée \(\displaystyle\sum_{n \geq 1} \displaystyle\frac{(-1)^{n+1}}{n^\alpha}\) a un comportement différent. Pour tout \(\alpha\) > \(0\), la suite \(\left(\displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\right)\) est décroissante et tend vers \(0\) : par le critère spécial des séries alternées (Leibniz), la série converge.

En particulier, \(\displaystyle\sum_{n \geq 1} \displaystyle\frac{(-1)^{n+1}}{n} = \ln 2\) converge, alors que la série harmonique \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{n}\) diverge. La convergence est conditionnelle (pas absolue) pour \(0\) < \(\alpha \leq 1\), et absolue pour \(\alpha\) > \(1\).


III. La série de Riemann comme série de référence

La puissance des séries de Riemann ne réside pas seulement dans leur convergence ou divergence : elles servent de série de comparaison universelle pour déterminer la nature de la plupart des séries à termes positifs que tu rencontreras en CPGE. C’est ici que la série de Riemann devient un outil de travail quotidien.

A. Comparaison et équivalents avec \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\)

Propriété — Critère de Riemann (par équivalent)

Soit \((u_n)_{n \geq 1}\) une suite de réels positifs. Si \(u_n \underset{n \to +\infty}{\sim} \displaystyle\frac{\lambda}{n^\alpha}\) avec \(\lambda\) > \(0\) et \(\alpha \in \mathbb{R}\), alors \(\displaystyle\sum u_n\) a même nature que \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\).

En particulier : convergence si \(\alpha\) > \(1\), divergence si \(\alpha \leq 1\).

Ce critère est la conséquence directe du théorème de comparaison par équivalent pour les séries à termes positifs : si \(u_n \sim v_n\) avec \(v_n \geq 0\), alors \(\sum u_n\) et \(\sum v_n\) ont même nature.

Exemple. Nature de \(\displaystyle\sum_{n \geq 1} \displaystyle\frac{n^2 + 3n + 1}{n^4 + n^2 + 1}\).

Quand \(n \to +\infty\) : \(\displaystyle\frac{n^2 + 3n + 1}{n^4 + n^2 + 1} \sim \displaystyle\frac{n^2}{n^4} = \displaystyle\frac{1}{n^2}\).

C’est un équivalent de \(\displaystyle\frac{1}{n^2}\) avec \(\alpha = 2\) > \(1\) : la série converge.

B. Le critère de Riemann en pratique

En pratique, pour déterminer la nature d’une série \(\sum u_n\) à termes positifs, la démarche standard est :

  1. Chercher un équivalent de \(u_n\) de la forme \(\displaystyle\frac{\lambda}{n^\alpha}\) (par extraction du terme dominant au numérateur et au dénominateur).
  2. Conclure par comparaison avec la série de Riemann d’exposant \(\alpha\).

Propriété — Critère de Riemann (forme « \(n^\alpha u_n\) »)

Soit \((u_n)\) une suite de réels positifs.

  • S’il existe \(\alpha\) > \(1\) tel que \(n^\alpha u_n \to \ell\) avec \(0 \leq \ell\) < \(+\infty\), alors \(\sum u_n\) converge.
  • S’il existe \(\alpha \leq 1\) tel que \(n^\alpha u_n \to \ell\) avec \(0\) < \(\ell \leq +\infty\), alors \(\sum u_n\) diverge.

Piège classique — Cas limite \(\ell = 0\) ou \(\ell = +\infty\). Si \(n^\alpha u_n \to 0\) avec \(\alpha\) > \(1\), on ne peut rien conclure directement : il faut chercher un \(\alpha\) plus grand. De même, si \(n^\alpha u_n \to +\infty\) avec \(\alpha \leq 1\), il faut un \(\alpha\) plus petit. Le critère ne fonctionne que si la limite est un réel strictement positif et fini (sauf les cas extrêmes précisés ci-dessus).

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C. Comportement asymptotique des sommes partielles

L’encadrement série-intégrale de la section II fournit des équivalents précieux :

Comportement asymptotique de S_N(α)
Condition sur \(\alpha\) Comportement de \(S_N(\alpha)\) Détail
\(\alpha\) > \(1\) \(S_N = \zeta(\alpha) – \displaystyle\frac{1}{(\alpha-1)N^{\alpha-1}} + o\!\left(\displaystyle\frac{1}{N^{\alpha-1}}\right)\) Convergence vers \(\zeta(\alpha)\), vitesse \(1/N^{\alpha-1}\)
\(\alpha = 1\) \(S_N = \ln N + \gamma + o(1)\) \(\gamma \approx 0{,}5772\) (constante d’Euler-Mascheroni)
\(0\) < \(\alpha\) < \(1\) \(S_N \sim \displaystyle\frac{N^{1-\alpha}}{1-\alpha}\) Divergence polynomiale

L’équivalent \(S_N \sim \ln N\) pour la série harmonique est l’un des résultats les plus fréquemment utilisés en concours. La constante d’Euler-Mascheroni \(\gamma = \lim_{N \to +\infty}\left(\displaystyle\sum_{k=1}^{N} \displaystyle\frac{1}{k} – \ln N\right)\) apparaît dans de nombreux problèmes (on ne sait toujours pas si \(\gamma\) est rationnel ou irrationnel).

Pour un traitement approfondi des techniques de comparaison et les autres critères de convergence (d’Alembert, Cauchy, intégral, Abel), consulte la page dédiée du cocon.


IV. Séries de Bertrand : extension naturelle des séries de Riemann

Les séries de Riemann ne permettent pas de trancher la nature de séries dont le terme général décroît « à la même vitesse » que \(\displaystyle\frac{1}{n}\), modulo un facteur logarithmique. C’est exactement le rôle des séries de Bertrand, qui affinent l’analyse au voisinage du seuil critique \(\alpha = 1\).

A. Définition et théorème de convergence

Définition — Série de Bertrand

Soient \(\alpha, \beta \in \mathbb{R}\). On appelle série de Bertrand de paramètres \((\alpha, \beta)\) la série :

\(\displaystyle\sum_{n \geq 2} \displaystyle\frac{1}{n^\alpha (\ln n)^\beta}\)

(Le terme est défini pour \(n \geq 2\) car \(\ln 1 = 0\).)

Pour \(\beta = 0\), on retrouve la série de Riemann (à partir du rang \(2\), ce qui ne change pas la nature).

Théorème — Convergence des séries de Bertrand ⋆

La série \(\displaystyle\sum_{n \geq 2} \displaystyle\frac{1}{n^\alpha (\ln n)^\beta}\) converge si et seulement si :

  • \(\alpha\) > \(1\) (quel que soit \(\beta\)), ou
  • \(\alpha = 1\) et \(\beta\) > \(1\).

Dans tous les autres cas, la série diverge.

B. Démonstration

Cas \(\alpha \neq 1\). C’est une simple comparaison avec la série de Riemann. Pour tout \(\beta \in \mathbb{R}\) et tout \(\varepsilon\) > \(0\), on a \((\ln n)^\beta = o(n^\varepsilon)\) quand \(n \to +\infty\) (la croissance logarithmique est négligeable devant toute puissance).

  • Si \(\alpha\) > \(1\) : on choisit \(\varepsilon\) tel que \(\alpha – \varepsilon\) > \(1\). Alors \(\displaystyle\frac{1}{n^\alpha (\ln n)^\beta} = o\!\left(\displaystyle\frac{1}{n^{\alpha – \varepsilon}}\right)\) avec \(\alpha – \varepsilon\) > \(1\). Par comparaison, la série converge.
  • Si \(\alpha\) < \(1\) : de même, \(\displaystyle\frac{1}{n^\alpha (\ln n)^\beta} \geq \displaystyle\frac{C}{n^{\alpha + \varepsilon}}\) pour \(n\) assez grand, avec \(\alpha + \varepsilon\) < \(1\). Par minoration, la série diverge.

Cas critique \(\alpha = 1\). La série devient \(\displaystyle\sum_{n \geq 2} \displaystyle\frac{1}{n (\ln n)^\beta}\). On utilise la comparaison série-intégrale. La fonction \(f(t) = \displaystyle\frac{1}{t(\ln t)^\beta}\) est continue, positive et décroissante sur \([2, +\infty[\) (pour \(\beta\) > \(0\) ; le cas \(\beta \leq 0\) donne une divergence immédiate par minoration par la série harmonique).

On calcule :

\(\displaystyle\int_2^{A} \displaystyle\frac{dt}{t(\ln t)^\beta}\)

Par le changement de variable \(u = \ln t\) (donc \(du = \displaystyle\frac{dt}{t}\)) :

\(= \displaystyle\int_{\ln 2}^{\ln A} \displaystyle\frac{du}{u^\beta}\)

On reconnaît une intégrale de Riemann en \(u\) : elle converge si et seulement si \(\beta\) > \(1\).

Par la comparaison série-intégrale, la série de Bertrand avec \(\alpha = 1\) converge si et seulement si \(\beta\) > \(1\). ∎

Moyen mnémotechnique. Pour les séries de Bertrand avec \(\alpha = 1\), le seuil de convergence est exactement le même que pour les séries de Riemann, mais un cran plus bas : on remplace \(n^\alpha\) par \((\ln n)^\beta\). C’est un phénomène « d’échelle logarithmique » : quand la puissance de \(n\) est au seuil critique, c’est la puissance de \(\ln n\) qui prend le relais.

C. Applications et exemples

Séries de Bertrand : exemples de référence
Série Paramètres \((\alpha, \beta)\) Nature
\(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{n \ln n}\) \((1, 1)\) Diverge (seuil critique)
\(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{n (\ln n)^2}\) \((1, 2)\) Converge
\(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{n (\ln n)(\ln \ln n)^2}\) Extension itérée Converge (itération du critère)
\(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{n^2 \ln n}\) \((2, 1)\) Converge (\(\alpha\) > \(1\) suffit)
\(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{\ln n}{n}\) \((1, -1)\) Diverge (\(\beta\) < \(0\))

Les séries de Bertrand avec \(\alpha = 1, \beta = 1\) et \(\alpha = 1, \beta = 2\) sont des classiques absolus de colle et de DS. Tu dois connaître leur nature par cœur.


V. Exercices corrigés

Voici six exercices classés par difficulté croissante, du niveau MPSI au niveau concours. Chaque correction est rédigée au format copie.

Exercice 1 — Nature de séries de Riemann ★ (I)

🟢 MPSI/PCSI

Déterminer la nature des séries suivantes :

  1. \(\displaystyle\sum_{n \geq 1} \displaystyle\frac{1}{n^{3/2}}\)
  2. \(\displaystyle\sum_{n \geq 1} \displaystyle\frac{1}{\sqrt{n}}\)
  3. \(\displaystyle\sum_{n \geq 1} \displaystyle\frac{1}{n^\pi}\)
Voir la correction

Ce sont trois séries de Riemann \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\). On applique directement le théorème : convergence si et seulement si \(\alpha\) > \(1\).

  1. \(\alpha = \displaystyle\frac{3}{2}\) > \(1\) : la série converge.
  2. \(\alpha = \displaystyle\frac{1}{2}\) < \(1\) : la série diverge.
  3. \(\alpha = \pi \approx 3{,}14\) > \(1\) : la série converge.

Commentaire méthode. Cet exercice est un test de connaissance du cours. En DS ou en colle, la réponse doit être immédiate — une seule ligne par question suffit.


Exercice 2 — Comparaison avec Riemann ★★

🟢 MPSI/PCSI

Démontrer que la série \(\displaystyle\sum_{n \geq 1} \displaystyle\frac{\ln n}{n^2}\) converge.

Voir la correction

Méthode : comparaison asymptotique avec une série de Riemann.

Pour tout \(\varepsilon\) > \(0\), on a \(\ln n = o(n^\varepsilon)\) quand \(n \to +\infty\). Choisissons \(\varepsilon = \displaystyle\frac{1}{4}\) :

\(\displaystyle\frac{\ln n}{n^2} = o\!\left(\displaystyle\frac{n^{1/4}}{n^2}\right) = o\!\left(\displaystyle\frac{1}{n^{7/4}}\right)\)

Or \(\displaystyle\frac{7}{4}\) > \(1\), donc la série \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{n^{7/4}}\) converge (Riemann). Par comparaison des séries à termes positifs, la série \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{\ln n}{n^2}\) converge.

Variante. On peut aussi écrire \(n^{3/2} \cdot \displaystyle\frac{\ln n}{n^2} = \displaystyle\frac{\ln n}{\sqrt{n}} \to 0\), puis appliquer le critère de Riemann avec \(\alpha = \displaystyle\frac{3}{2}\) > \(1\).


Exercice 3 — Équivalent et nature ★★

🟢 MPSI/PCSI

Déterminer la nature de \(\displaystyle\sum_{n \geq 1} \displaystyle\frac{n^2 + 3n + 1}{n^4 + n^2 + 1}\).

Voir la correction

On cherche un équivalent du terme général quand \(n \to +\infty\) :

\(\displaystyle\frac{n^2 + 3n + 1}{n^4 + n^2 + 1} = \displaystyle\frac{n^2\!\left(1 + \displaystyle\frac{3}{n} + \displaystyle\frac{1}{n^2}\right)}{n^4\!\left(1 + \displaystyle\frac{1}{n^2} + \displaystyle\frac{1}{n^4}\right)} \underset{n \to +\infty}{\sim} \displaystyle\frac{n^2}{n^4} = \displaystyle\frac{1}{n^2}\)

Le terme général est équivalent à \(\displaystyle\frac{1}{n^2}\) (série de Riemann, \(\alpha = 2\) > \(1\)). Les deux termes sont positifs. Par le théorème de comparaison par équivalent, la série converge.


Exercice 4 — Séries de Bertrand ★★★

🟡 MP/PC/PSI

Déterminer la nature des séries suivantes :

  1. \(\displaystyle\sum_{n \geq 2} \displaystyle\frac{1}{n(\ln n)^2}\)
  2. \(\displaystyle\sum_{n \geq 2} \displaystyle\frac{1}{n \ln n}\)
Voir la correction

Ce sont des séries de Bertrand \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{n^\alpha (\ln n)^\beta}\) avec \(\alpha = 1\).

  1. \((\alpha, \beta) = (1, 2)\). On a \(\alpha = 1\) et \(\beta = 2\) > \(1\) : la série converge (critère de Bertrand).

Vérification par comparaison série-intégrale. La fonction \(f(t) = \displaystyle\frac{1}{t(\ln t)^2}\) est décroissante sur \([2, +\infty[\). Or :

\(\displaystyle\int_2^{A} \displaystyle\frac{dt}{t(\ln t)^2} = \left[-\displaystyle\frac{1}{\ln t}\right]_2^A = \displaystyle\frac{1}{\ln 2} – \displaystyle\frac{1}{\ln A} \longrightarrow[A \to +\infty]{} \displaystyle\frac{1}{\ln 2}\)

L’intégrale converge, donc la série converge par comparaison série-intégrale.

  1. \((\alpha, \beta) = (1, 1)\). On a \(\alpha = 1\) et \(\beta = 1 \leq 1\) : la série diverge.

Vérification. \(\displaystyle\int_2^{A} \displaystyle\frac{dt}{t \ln t} = [\ln(\ln t)]_2^A = \ln(\ln A) – \ln(\ln 2) \to +\infty\). L’intégrale diverge, donc la série diverge.

Commentaire méthode. Ces deux séries forment le « couple de Bertrand » le plus classique en concours. Le cas \(\beta = 1\) (divergence) est le piège : beaucoup d’étudiants croient que le facteur \(\ln n\) « suffit » à faire converger. Il faut \(\beta\) strictement supérieur à \(1\).


Exercice 5 — Développement limité et nature ★★★ (CCP / Mines-Ponts)

🟡 MP/PC/PSI

Soit \(\alpha\) > \(0\). On pose \(u_n = \displaystyle\frac{1}{n^\alpha} – \ln\!\left(1 + \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\right)\). Déterminer la nature de \(\displaystyle\sum u_n\) en fonction de \(\alpha\).

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Étape 1 — Développement limité. Posons \(x_n = \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\). Quand \(n \to +\infty\), \(x_n \to 0^+\). Or :

\(\ln(1 + x) = x – \displaystyle\frac{x^2}{2} + o(x^2) \quad (x \to 0)\)

Donc :

\(u_n = x_n – \left(x_n – \displaystyle\frac{x_n^2}{2} + o(x_n^2)\right) = \displaystyle\frac{x_n^2}{2} + o(x_n^2)\)

soit :

\(u_n \sim \displaystyle\frac{1}{2n^{2\alpha}} \quad (n \to +\infty)\)

Étape 2 — Comparaison. Le terme \(u_n\) est positif (car \(\ln(1+x) \leq x\) pour \(x \geq 0\)) et équivalent à \(\displaystyle\frac{1}{2n^{2\alpha}}\).

La série \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{n^{2\alpha}}\) est une série de Riemann d’exposant \(2\alpha\). Elle converge si et seulement si \(2\alpha\) > \(1\), soit \(\alpha\) > \(\displaystyle\frac{1}{2}\).

Conclusion.

  • Si \(\alpha\) > \(\displaystyle\frac{1}{2}\) : la série \(\sum u_n\) converge.
  • Si \(0\) < \(\alpha \leq \displaystyle\frac{1}{2}\) : la série \(\sum u_n\) diverge.

Commentaire méthode. Ce type de problème (DL du terme général puis comparaison avec Riemann) est un grand classique des épreuves CCP et Mines-Ponts. La difficulté est de penser à faire un DL pour trouver l’ordre de grandeur du terme général, plutôt que d’essayer d’appliquer directement un critère (d’Alembert serait ici non concluant).


Exercice 6 — Développement asymptotique de la série harmonique ★★★★★ (X / ENS)

🔴 Concours

Pour \(n \geq 1\), on pose \(H_n = \displaystyle\sum_{k=1}^{n} \displaystyle\frac{1}{k}\).

  1. Montrer en utilisant la comparaison série-intégrale que la suite \(\gamma_n = H_n – \ln n\) converge. On note \(\gamma\) sa limite (constante d’Euler-Mascheroni).
  2. Étudier la série \(\displaystyle\sum_{n \geq 1} \left(\displaystyle\frac{1}{n} – \ln(n+1) + \ln n\right)\) : montrer qu’elle converge et exprimer sa somme en fonction de \(\gamma\).
  3. On pose \(a_n = H_n – \ln n – \gamma\). Montrer que \(a_n \sim \displaystyle\frac{1}{2n}\) quand \(n \to +\infty\). (Indication : étudier \(a_n – a_{n+1}\) à l’aide d’un développement limité de \(\ln(1+1/n)\) à l’ordre 3.)
  4. En déduire la nature de la série \(\displaystyle\sum_{n \geq 1} \left(H_n – \ln n – \gamma – \displaystyle\frac{1}{2n}\right)\).
Voir la correction

1. Convergence de \(\gamma_n\). Par décroissance de \(t \mapsto 1/t\) sur \([k, k+1]\) :

\(\displaystyle\frac{1}{k+1} \leq \displaystyle\int_k^{k+1} \displaystyle\frac{\mathrm{d}t}{t} \leq \displaystyle\frac{1}{k}\)

En sommant pour \(k = 1\) à \(n-1\) : \(H_n – 1 \leq \ln n \leq H_{n-1} = H_n – \frac{1}{n}\), soit \(\frac{1}{n} \leq \gamma_n \leq 1\). La suite \((\gamma_n)\) est donc bornée. De plus, \(\gamma_{n+1} – \gamma_n = \frac{1}{n+1} – \ln(1 + 1/n)\) \(\lt 0\) car \(\ln(1+x) \geq \frac{x}{1+x}\) pour \(x \geq 0\) (concavité du logarithme). Donc \((\gamma_n)\) est décroissante et minorée : elle converge vers une limite \(\gamma\).

2. Série de la question 2. Notons \(v_n = \frac{1}{n} – \ln(n+1) + \ln n\). Sa somme partielle vaut :

\(\displaystyle T_N = \displaystyle\sum_{n=1}^{N} \left(\displaystyle\frac{1}{n} – \ln(n+1) + \ln n\right) = H_N – \ln(N+1)\) (télescopage du logarithme)

Or \(H_N – \ln(N+1) = (H_N – \ln N) + (\ln N – \ln(N+1)) = \gamma_N – \ln(1 + 1/N) \to \gamma – 0 = \gamma\). La série converge et sa somme vaut \(\gamma\).

3. Équivalent de \(a_n\). On calcule :

\(a_n – a_{n+1} = (H_n – H_{n+1}) – \ln n + \ln(n+1) = -\displaystyle\frac{1}{n+1} + \ln\!\left(1 + \displaystyle\frac{1}{n}\right)\)

Avec le développement \(\ln(1+u) = u – \frac{u^2}{2} + \frac{u^3}{3} + o(u^3)\) et \(u = 1/n\) :

\(\ln(1 + 1/n) = \displaystyle\frac{1}{n} – \displaystyle\frac{1}{2n^2} + \displaystyle\frac{1}{3n^3} + o(1/n^3)\)

Et \(\displaystyle\frac{1}{n+1} = \displaystyle\frac{1}{n} \cdot \displaystyle\frac{1}{1+1/n} = \displaystyle\frac{1}{n} – \displaystyle\frac{1}{n^2} + \displaystyle\frac{1}{n^3} + o(1/n^3)\). D’où :

\(a_n – a_{n+1} = \displaystyle\frac{1}{2n^2} – \displaystyle\frac{2}{3n^3} + o(1/n^3)\)

Ainsi \(a_n – a_{n+1} \sim \displaystyle\frac{1}{2n^2}\). Comme \(a_n \to 0\) (par définition de \(\gamma\)) et que \(\sum 1/n^2\) converge, on a par sommation des équivalents (théorème classique pour séries à termes positifs convergentes) :

\(a_n = \displaystyle\sum_{k=n}^{+\infty} (a_k – a_{k+1}) \sim \displaystyle\sum_{k=n}^{+\infty} \displaystyle\frac{1}{2k^2} \sim \displaystyle\int_n^{+\infty} \displaystyle\frac{\mathrm{d}t}{2t^2} = \displaystyle\frac{1}{2n}\)

Donc \(a_n \sim \displaystyle\frac{1}{2n}\), soit \(H_n = \ln n + \gamma + \displaystyle\frac{1}{2n} + o(1/n)\).

4. Nature de la série. Posons \(w_n = a_n – \frac{1}{2n} = H_n – \ln n – \gamma – \frac{1}{2n}\). En poussant le développement à l’ordre suivant : \(a_n = \displaystyle\frac{1}{2n} – \displaystyle\frac{1}{12n^2} + o(1/n^2)\) (calcul analogue à la question 3 en gardant un ordre de plus dans \(a_n – a_{n+1}\) et en sommant). Donc \(w_n \sim -\displaystyle\frac{1}{12n^2}\). Comme \(\sum 1/n^2\) converge (Riemann \(\alpha = 2\)) et que \(w_n\) est de signe constant à partir d’un certain rang, la série \(\sum w_n\) converge absolument.

Commentaire méthode. Cet exercice est un classique d’oraux X-ENS. Le mécanisme central — décomposer \(a_n\) en télescopage \(a_n = \sum_{k \geq n}(a_k – a_{k+1})\) puis utiliser la sommation des équivalents — est à connaître. Il fournit en bonus le développement asymptotique célèbre \(H_n = \ln n + \gamma + \displaystyle\frac{1}{2n} – \displaystyle\frac{1}{12n^2} + o(1/n^2)\), cas particulier de la formule d’Euler-Maclaurin.


VI. Erreurs fréquentes et pièges concours

Les séries de Riemann sont une source d’erreurs récurrentes en DS et en concours. Voici les plus fréquentes, présentées sous la forme « ce que l’élève écrit / ce qu’il faut écrire ».

Erreurs classiques sur les séries de Riemann
❌ Ce que l’élève écrit ✅ Ce qu’il faut écrire Pourquoi
« \(\displaystyle\frac{1}{n} \to 0\) donc \(\sum \displaystyle\frac{1}{n}\) converge » « \(u_n \to 0\) est une CN, pas une CS. La série harmonique diverge. » C’est l’erreur n°1 en CPGE. La condition \(u_n \to 0\) ne garantit jamais la convergence.
« \(\sum \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\) converge pour \(\alpha \geq 1\) » « Converge pour \(\alpha\) strictement supérieur à \(1\). Le cas \(\alpha = 1\) diverge. » La borne \(\alpha = 1\) est du côté divergent. Erreur très pénalisée.
« Par d’Alembert, \(\displaystyle\frac{u_{n+1}}{u_n} = \left(\displaystyle\frac{n}{n+1}\right)^\alpha \to 1\) donc… » « La règle de d’Alembert est non concluante (limite = 1). On utilise le critère de Riemann. » La règle de d’Alembert ne discrimine pas les séries de Riemann. C’est un piège récurrent en colle.
« \(\sum \displaystyle\frac{1}{n \ln n}\) converge (le \(\ln n\) aide) » « C’est une série de Bertrand \((\alpha, \beta) = (1,1)\). Or \(\beta = 1 \leq 1\) : elle diverge. » Le facteur \(\ln n\) au dénominateur ne suffit pas. Il faut \((\ln n)^\beta\) avec \(\beta\) > \(1\).
« \(u_n \sim \displaystyle\frac{1}{n^2}\) donc \(\sum u_n = \displaystyle\frac{\pi^2}{6}\) » « L’équivalent donne la nature (convergence), pas la somme. On a \(\sum u_n\) < \(+\infty\), mais pas nécessairement \(\displaystyle\frac{\pi^2}{6}\). » Confusion entre nature et valeur. L’équivalent ne se propage pas aux sommes.
Appliquer la comparaison avec Riemann à une série de signe variable « Le terme général n’est pas de signe constant : la comparaison avec Riemann ne s’applique pas directement. Étudier la convergence absolue. » La comparaison \(\sum u_n\) vs \(\sum \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\) nécessite \(u_n \geq 0\).

Piège concours (Centrale, Mines-Ponts). Un exercice donne \(u_n = \displaystyle\frac{1}{n^\alpha} + \displaystyle\frac{(-1)^n}{n^\beta}\) et demande la nature de \(\sum u_n\). L’étudiant qui conclut « \(u_n \sim \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\) donc convergence pour \(\alpha\) > \(1\) » oublie que l’équivalent ne vaut que si le terme principal est de signe constant. Il faut traiter séparément les deux composantes : convergence absolue de \(\sum \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\) (Riemann) et convergence de \(\sum \displaystyle\frac{(-1)^n}{n^\beta}\) (Leibniz).


VII. Questions fréquentes

C'est quoi une série de Riemann ?

Une série de Riemann est une série de la forme \(\displaystyle\sum_{n \geq 1} \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\) où \(\alpha\) est un paramètre réel. Elle converge si et seulement si \(\alpha\) est strictement supérieur à \(1\). C’est la série de référence la plus utilisée en classes préparatoires pour déterminer la nature d’une série à termes positifs par comparaison.

Quelle est la différence entre série de Riemann et sommes de Riemann ?

Ce sont deux concepts totalement distincts, souvent confondus à tort. Les sommes de Riemann sont des approximations discrètes d’une intégrale : \(\displaystyle\frac{1}{n}\displaystyle\sum_{k=1}^n f\!\left(\displaystyle\frac{k}{n}\right) \to \displaystyle\int_0^1 f(t)\,dt\). La série de Riemann \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\) est une série numérique dont on étudie la convergence. Le seul lien est le nom de Bernhard Riemann, qui a contribué aux deux théories.

Comment calculer la somme d'une série de Riemann ?

En général, la somme exacte \(\zeta(\alpha) = \displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{1}{n^\alpha}\) n’a pas d’expression simple. Quelques valeurs sont connues : \(\zeta(2) = \displaystyle\frac{\pi^2}{6}\), \(\zeta(4) = \displaystyle\frac{\pi^4}{90}\), et plus généralement \(\zeta(2k)\) s’exprime à l’aide des nombres de Bernoulli. En revanche, pour les exposants impairs (\(\zeta(3)\), \(\zeta(5)\)…), aucune formule close n’est connue. En CPGE, on te demande la nature, rarement la somme exacte (sauf \(\zeta(2)\) via Fourier).

La série harmonique est-elle une série de Riemann ?

Oui. La série harmonique \(\displaystyle\sum_{n \geq 1} \displaystyle\frac{1}{n}\) est exactement la série de Riemann d’exposant \(\alpha = 1\). C’est le cas critique de la famille : elle diverge, mais « de justesse » (ses sommes partielles croissent comme \(\ln n\), donc très lentement). Pour tout \(\alpha\) même légèrement supérieur à \(1\), la série converge.

Série de Riemann et série de Bertrand : quelle relation ?

Les séries de Bertrand \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{n^\alpha (\ln n)^\beta}\) sont une généralisation des séries de Riemann (cas \(\beta = 0\)). Elles permettent d’affiner l’étude au seuil critique \(\alpha = 1\) : avec \(\alpha = 1\), la convergence dépend alors de \(\beta\) (convergence si et seulement si \(\beta\) > \(1\)). La série de Riemann est donc le « premier niveau » de l’échelle de comparaison, et Bertrand le « deuxième niveau ».

Pourquoi la série harmonique diverge-t-elle alors que 1/n tend vers 0 ?

La condition \(u_n \to 0\) est nécessaire mais pas suffisante pour la convergence d’une série. Intuitivement, les termes \(\displaystyle\frac{1}{n}\) décroissent vers zéro, mais trop lentement : leur accumulation reste infinie. La preuve d’Oresme le montre de façon frappante — chaque « paquet dyadique » de termes contribue au moins \(\displaystyle\frac{1}{2}\) à la somme, et il y a une infinité de tels paquets.


VIII. Pour aller plus loin

Tu maîtrises maintenant les séries de Riemann et les séries de Bertrand. Pour poursuivre ta progression sur les séries :

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