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Les séries entières \(\displaystyle\sum a_n x^n\) constituent l’un des outils les plus puissants de l’analyse en CPGE. En associant à une suite de scalaires \((a_n)\) la série de fonctions \(\displaystyle\sum a_n x^n\), elles fournissent un cadre algébrique et analytique d’une richesse considérable : représenter les fonctions usuelles — exponentielle, logarithme, fonctions trigonométriques — comme des « polynômes de degré infini », résoudre des équations différentielles, et démontrer des résultats profonds d’analyse. Ce chapitre, au programme de MP, PC et PSI, est incontournable dans les épreuves de concours (CCINP, Centrale, Mines-Ponts, X-ENS), tant pour les exercices techniques sur le rayon de convergence que pour les problèmes liant séries entières et fonctions spéciales.

Tu trouveras ici : la définition rigoureuse, le lemme d’Abel, le théorème de Cauchy-Hadamard avec sa démonstration complète (⋆ exigible), les propriétés de la somme (dérivation et intégration terme à terme), les opérations algébriques, le lien avec les séries de Taylor, 8 exercices corrigés de difficulté croissante (★ à ★★★★), et les erreurs classiques en DS et concours.

I. Définition et premiers exemples

A. Définition formelle

Définition — Série entière

Soit \((a_n)_{n \in \mathbb{N}}\) une suite d’éléments de \(\mathbb{K}\) (\(\mathbb{K} = \mathbb{R}\) ou \(\mathbb{C}\)). On appelle série entière de coefficients \((a_n)\) la série de fonctions :

\(\displaystyle\sum_{n=0}^{+\infty} a_n x^n\)

où \(x \in \mathbb{K}\) est la variable. Le scalaire \(a_n\) est le coefficient d’indice \(n\), et \(a_n x^n\) le terme général de la série.

Pour chaque valeur de \(x\), on étudie la convergence de la série numérique \(\displaystyle\sum a_n x^n\). La somme, quand elle existe, définit une fonction \(S\) :

\(\displaystyle S(x) = \sum_{n=0}^{+\infty} a_n x^n\)

On remarque immédiatement que la série converge toujours en \(x = 0\) (la somme vaut \(a_0\)). La question fondamentale est : pour quels autres \(x\) la série converge-t-elle ?

Vocabulaire : en terminologie anglaise, les séries entières sont appelées power series. Le terme « entière » n’a ici aucun lien avec les nombres entiers ni avec les fonctions entières (fonctions holomorphes sur \(\mathbb{C}\) tout entier).

B. Exemples fondamentaux

Avant de développer la théorie, examinons trois exemples classiques qui illustrent la diversité des comportements possibles.

Exemple 1 — Série géométrique. Avec \(a_n = 1\) pour tout \(n\), on obtient \(\displaystyle\sum_{n=0}^{+\infty} x^n\). Cette série converge si et seulement si \(|x|\) < \(1\), et sa somme vaut :

\(\displaystyle S(x) = \displaystyle\frac{1}{1-x}\)

Elle diverge grossièrement pour \(|x| \geq 1\).

Exemple 2 — Série exponentielle. Avec \(a_n = \displaystyle\frac{1}{n!}\), la série \(\displaystyle\sum_{n=0}^{+\infty} \displaystyle\frac{x^n}{n!}\) converge pour tout \(x \in \mathbb{R}\) (et même pour tout \(x \in \mathbb{C}\)), et sa somme est \(\mathrm{e}^x\).

Exemple 3 — Série logarithmique. La série \(\displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{(-1)^{n+1}}{n} x^n\) converge pour \(x \in \,]-1, 1]\) et sa somme est \(\ln(1+x)\). Elle diverge en \(x = -1\) (série harmonique) mais converge en \(x = 1\) (série harmonique alternée).

C. Convergence — premières observations

Ces trois exemples illustrent un phénomène général : il existe un « seuil » \(R\) tel que la série converge pour \(|x|\) < \(R\) et diverge pour \(|x|\) > \(R\). Pour la série géométrique, \(R = 1\) ; pour l’exponentielle, \(R = +\infty\) ; pour la série \(\displaystyle\sum n! \, x^n\), on vérifierait que \(R = 0\) (convergence uniquement en \(x = 0\)). Ce seuil est le rayon de convergence, notion que nous formalisons maintenant.

On observe aussi que le comportement aux bornes \(x = \pm R\) varie d’un exemple à l’autre : la série logarithmique converge en \(x = 1\) mais pas en \(x = -1\). L’étude aux bornes est toujours un cas par cas.

Droite réelle horizontale avec trois zones colorées. Zone centrale ]-R, R[ en bleu clair (#1f4acc, opacité 20%) avec l'a

II. Rayon de convergence

Le lemme d’Abel est le résultat fondateur qui structure toute la théorie : il montre que le domaine de convergence d’une série entière est nécessairement un intervalle (ou un disque) centré en \(0\).

A. Lemme d’Abel ⋆

Lemme d’Abel ⋆

Si la suite \((a_n x_0^n)_{n \in \mathbb{N}}\) est bornée pour un certain \(x_0 \in \mathbb{K}\), alors pour tout \(x \in \mathbb{K}\) tel que \(|x|\) < \(|x_0|\), la série \(\displaystyle\sum a_n x^n\) converge absolument.

En particulier, si la série numérique \(\displaystyle\sum a_n x_0^n\) converge, alors pour tout \(x\) tel que \(|x|\) < \(|x_0|\), \(\displaystyle\sum a_n x^n\) converge absolument.

Démonstration ⋆. Supposons \(|a_n x_0^n| \leq M\) pour tout \(n \in \mathbb{N}\), avec \(M \geq 0\). Soit \(x \in \mathbb{K}\) tel que \(|x|\) < \(|x_0|\). Posons \(r = \displaystyle\frac{|x|}{|x_0|}\), de sorte que \(0 \leq r\) < \(1\). Pour tout \(n \in \mathbb{N}\) :

\(\displaystyle |a_n x^n| = |a_n x_0^n| \cdot \left|\displaystyle\frac{x}{x_0}\right|^n \leq M \, r^n\)

La série géométrique \(\displaystyle\sum M r^n\) converge car \(r\) < \(1\). Par comparaison à une série à termes positifs, \(\displaystyle\sum |a_n x^n|\) converge : la série \(\displaystyle\sum a_n x^n\) converge absolument. ∎

Contraposée utile : si \(\displaystyle\sum a_n x_1^n\) diverge, alors \(\displaystyle\sum a_n x^n\) diverge pour tout \(|x|\) > \(|x_1|\). En effet, si \(\displaystyle\sum a_n x^n\) convergeait pour un tel \(x\), le lemme d’Abel donnerait la convergence absolue en \(x_1\) (car \(|x_1|\) < \(|x|\)), d’où contradiction.

B. Définition du rayon de convergence

Le lemme d’Abel montre que l’ensemble des \(|x|\) pour lesquels la série converge est un intervalle de \(\mathbb{R}_+\) (il contient \(0\) et est « stable vers le bas »). Cela justifie la définition suivante.

Définition — Rayon de convergence

On appelle rayon de convergence de la série entière \(\displaystyle\sum a_n x^n\) le réel \(R \in [0, +\infty]\) défini par :

\(\displaystyle R = \sup \big\{ |x| \in \mathbb{R}_+ : \sum a_n x^n \text{ converge} \big\}\)

avec la convention \(\sup \emptyset = 0\).

L’intervalle ouvert \(]-R, R[\) (respectivement le disque ouvert \(D(0, R)\) dans \(\mathbb{C}\)) est l’intervalle (disque) ouvert de convergence.

D’après le lemme d’Abel :

  • Pour tout \(x\) tel que \(|x|\) < \(R\) : la série converge absolument.
  • Pour tout \(x\) tel que \(|x|\) > \(R\) : la série diverge grossièrement (le terme général ne tend pas vers \(0\)).
  • Pour \(|x| = R\) : aucune conclusion générale.

C. Théorème de Cauchy-Hadamard ⋆

Le théorème de Cauchy-Hadamard fournit une formule explicite pour le rayon de convergence en termes des coefficients \((a_n)\). C’est un résultat exigible aux concours.

Théorème de Cauchy-Hadamard ⋆

Le rayon de convergence de la série entière \(\displaystyle\sum a_n x^n\) est :

\(\displaystyle \displaystyle\frac{1}{R} = \limsup_{n \to +\infty} |a_n|^{1/n}\)

avec les conventions \(\displaystyle\frac{1}{0} = +\infty\) et \(\displaystyle\frac{1}{+\infty} = 0\).

Démonstration ⋆. Posons \(\ell = \limsup_{n \to +\infty} |a_n|^{1/n} \in [0, +\infty]\). On montre que \(R = 1/\ell\) en établissant la convergence absolue pour \(|x|\) < \(1/\ell\) et la divergence pour \(|x|\) > \(1/\ell\).

Étape 1 — Convergence absolue pour \(\ell \, |x|\) < \(1\).

Supposons \(\ell \, |x|\) < \(1\) (avec la convention \(0 \cdot |x| = 0\) < \(1\)). Choisissons \(\varepsilon\) > \(0\) tel que \(q = (\ell + \varepsilon)|x|\) < \(1\). Par définition de la limite supérieure, il existe \(N \in \mathbb{N}\) tel que pour tout \(n \geq N\) :

\(\displaystyle |a_n|^{1/n} \leq \ell + \varepsilon\)

Donc pour tout \(n \geq N\) :

\(\displaystyle |a_n x^n| = \big(|a_n|^{1/n} \cdot |x|\big)^n \leq \big((\ell + \varepsilon)|x|\big)^n = q^n\)

Comme \(q\) < \(1\), la série géométrique \(\displaystyle\sum q^n\) converge, donc \(\displaystyle\sum |a_n x^n|\) converge par comparaison.

Étape 2 — Divergence grossière pour \(\ell \, |x|\) > \(1\).

Supposons \(\ell \, |x|\) > \(1\). Alors \(\limsup_{n \to +\infty} |a_n x^n|^{1/n} = \ell \cdot |x|\) > \(1\). Par définition du lim sup, il existe une infinité d’indices \(n\) tels que \(|a_n x^n|^{1/n}\) > \(1\), soit \(|a_n x^n|\) > \(1\). Le terme général ne tend pas vers \(0\) : la série diverge grossièrement.

Conclusion : \(R = 1/\ell\). Les cas limites se traitent par les conventions : si \(\ell = 0\), alors \(R = +\infty\) (convergence pour tout \(x\)) ; si \(\ell = +\infty\), alors \(R = 0\) (convergence uniquement en \(x = 0\)). ∎

D. Règle de d’Alembert (critère du quotient)

En pratique, le calcul du rayon passe souvent par le critère de d’Alembert, plus maniable que la formule de Cauchy-Hadamard lorsque la limite du quotient existe.

Propriété — Règle de d’Alembert

Si \(a_n \neq 0\) à partir d’un certain rang et si la limite \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} \left|\displaystyle\frac{a_{n+1}}{a_n}\right| = L\) existe (finie ou infinie), alors :

\(\displaystyle R = \displaystyle\frac{1}{L}\)

Ce résultat repose sur le fait que l’existence de \(\displaystyle\lim \left|\displaystyle\frac{a_{n+1}}{a_n}\right| = L\) entraîne \(\lim |a_n|^{1/n} = L\), et donc \(\limsup |a_n|^{1/n} = L\).

Attention : la règle de d’Alembert nécessite l’existence de la limite du quotient. Si des \(a_n\) sont nuls, ou si le quotient oscille, il faut revenir à Cauchy-Hadamard. Pour une présentation détaillée des cinq méthodes de calcul du rayon (d’Alembert, Cauchy-Hadamard, comparaison, séries lacunaires, substitution), consulte la page rayon de convergence d’une série entière.

Exemple : Rayon de convergence de \(\displaystyle\sum_{n=0}^{+\infty} \displaystyle\frac{n^2}{3^n} \, x^n\).

On pose \(a_n = \displaystyle\frac{n^2}{3^n}\). Alors :

\(\displaystyle \left|\displaystyle\frac{a_{n+1}}{a_n}\right| = \displaystyle\frac{(n+1)^2}{3^{n+1}} \cdot \displaystyle\frac{3^n}{n^2} = \displaystyle\frac{1}{3} \cdot \left(\displaystyle\frac{n+1}{n}\right)^{\!2} \underset{n \to +\infty}{\longrightarrow} \displaystyle\frac{1}{3}\)

Donc \(R = 3\).

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Définitions, théorèmes clés (Abel, Cauchy-Hadamard, dérivation/intégration terme à terme) et DSE usuels condensés en une fiche recto-verso prête à réviser.

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E. Comportement aux bornes et théorème d’Abel

Le rayon \(R\) détermine l’intervalle ouvert de convergence \(]-R, R[\). Le comportement aux bornes \(x = \pm R\) est un cas par cas qui mobilise les critères de convergence des séries numériques (Leibniz, Riemann, Abel, etc.).

Trois comportements aux bornes pour un même rayon \(R = 1\) :

  • \(\displaystyle\sum x^n\) : diverge en \(x = 1\) et en \(x = -1\).
  • \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{x^n}{n}\) : diverge en \(x = 1\) (harmonique), converge en \(x = -1\) (Leibniz).
  • \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{x^n}{n^2}\) : converge en \(x = 1\) et en \(x = -1\) (Riemann avec \(\alpha = 2\)).

Un résultat classique garantit la continuité de la somme au bord, lorsque la série y converge.

Théorème d’Abel (continuité radiale au bord)

Si la série numérique \(\displaystyle\sum a_n R^n\) converge, alors :

\(\displaystyle \lim_{x \to R^-} \sum_{n=0}^{+\infty} a_n x^n = \sum_{n=0}^{+\infty} a_n R^n\)

Autrement dit, la somme \(S\) est continue à gauche en \(x = R\). Résultat analogue en \(x = -R\) (continuité à droite) si la série y converge.

Ce théorème est crucial pour « passer à la limite au bord » et calculer des sommes de séries numériques à partir de séries entières connues. Nous l’utiliserons dans les exercices corrigés.


III. Propriétés de la somme d’une série entière

La somme d’une série entière de rayon \(R\) > \(0\) jouit de propriétés remarquablement fortes. La clé est la convergence normale sur tout compact inclus dans l’intervalle ouvert de convergence, qui permet de permuter somme et opérations d’analyse.

A. Convergence normale sur les compacts

Propriété fondamentale

Soit \(\displaystyle\sum a_n x^n\) de rayon \(R\) > \(0\). Pour tout \(r \in [0, R[\), la série converge normalement (et donc uniformément) sur \([-r, r]\).

Démonstration. Pour \(x \in [-r, r]\) : \(|a_n x^n| \leq |a_n| \, r^n\). Comme \(r\) < \(R\), la série \(\displaystyle\sum |a_n| \, r^n\) converge (convergence absolue dans le disque ouvert). Donc \(\displaystyle\sup_{x \in [-r, r]} |a_n x^n| = |a_n| \, r^n\) est le terme général d’une série convergente : c’est la convergence normale. ∎

Attention : la convergence est normale sur tout segment \([-r, r] \subset \,]-R, R[\), mais en général pas sur \(]-R, R[\) tout entier. Écrire « la série converge normalement sur \(]-R, R[\) » est faux et sera sanctionné en copie.

La convergence normale entraîne la convergence uniforme, qui permet d’invoquer les théorèmes d’interversion somme-limite du chapitre sur les séries de fonctions.

B. Continuité de la somme

Théorème — Continuité

La somme \(S(x) = \displaystyle\sum_{n=0}^{+\infty} a_n x^n\) est continue sur \(]-R, R[\).

Chaque fonction \(x \mapsto a_n x^n\) est continue, et la série converge uniformément sur tout segment \([-r, r]\). Le théorème de continuité de la limite uniforme d’une série de fonctions continues s’applique : \(S\) est continue sur chaque \([-r, r]\), donc sur \(]-R, R[\).

C. Dérivation terme à terme ⋆

C’est le résultat central de ce chapitre. Il distingue les séries entières des séries de fonctions générales, pour lesquelles la dérivation terme à terme exige des hypothèses plus lourdes.

Théorème — Dérivation terme à terme ⋆

Soit \(\displaystyle\sum a_n x^n\) une série entière de rayon \(R\) > \(0\), de somme \(S\). Alors :

  1. La série dérivée \(\displaystyle\sum n \, a_n \, x^{n-1}\) a le même rayon de convergence \(R\).
  2. \(S\) est dérivable sur \(]-R, R[\) et :

\(\displaystyle S^\prime(x) = \sum_{n=1}^{+\infty} n \, a_n \, x^{n-1} \quad \forall \, x \in \,]-R, R[\)

Démonstration ⋆ — Conservation du rayon. Le rayon de \(\displaystyle\sum n \, a_n \, x^{n-1}\) est celui de \(\displaystyle\sum n \, a_n \, x^n\) (le facteur \(x^{-1}\) ne change pas le rayon). Notons-le \(R^\prime\). Par Cauchy-Hadamard :

\(\displaystyle \displaystyle\frac{1}{R^\prime} = \limsup_{n \to +\infty} |n \, a_n|^{1/n} = \limsup_{n \to +\infty} \big( n^{1/n} \cdot |a_n|^{1/n} \big)\)

Or \(n^{1/n} \to 1\) quand \(n \to +\infty\). Comme le produit d’une suite tendant vers \(1\) et d’une suite quelconque ne change pas le lim sup :

\(\displaystyle \limsup_{n \to +\infty} |n \, a_n|^{1/n} = \limsup_{n \to +\infty} |a_n|^{1/n} = \displaystyle\frac{1}{R}\)

Donc \(R^\prime = R\). ∎

Démonstration — Dérivabilité de la somme. Fixons \(r\) tel que \(0\) < \(r\) < \(R\). La série \(\displaystyle\sum n \, a_n \, x^{n-1}\) converge normalement sur \([-r, r]\) (son rayon \(R\) > \(r\)). Chaque \(x \mapsto a_n x^n\) est de classe \(\mathcal{C}^1\) avec dérivée \(x \mapsto n \, a_n \, x^{n-1}\). Par le théorème de dérivation terme à terme des séries de fonctions, \(S\) est dérivable sur \(]-r, r[\) et \(S^\prime(x) = \displaystyle\sum n \, a_n \, x^{n-1}\). Ceci étant vrai pour tout \(r\) < \(R\), le résultat vaut sur \(]-R, R[\) tout entier. ∎

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D. Intégration terme à terme

Théorème — Intégration terme à terme

Soit \(\displaystyle\sum a_n x^n\) de rayon \(R\) > \(0\), de somme \(S\). Pour tout \(x \in \,]-R, R[\) :

\(\displaystyle \int_0^x S(t) \, \mathrm{d}t = \sum_{n=0}^{+\infty} \displaystyle\frac{a_n}{n+1} \, x^{n+1}\)

La série \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{a_n}{n+1} x^{n+1}\) a le même rayon \(R\).

La démonstration est analogue : la convergence uniforme sur \([-r, r]\) autorise la permutation \(\int\) et \(\displaystyle\sum\). La conservation du rayon se vérifie par Cauchy-Hadamard avec \((n+1)^{-1/n} \to 1\).

Exemple : En intégrant la série géométrique \(\displaystyle\frac{1}{1-t} = \displaystyle\sum_{n=0}^{+\infty} t^n\) entre \(0\) et \(x\) avec \(|x|\) < \(1\) :

\(\displaystyle -\ln(1-x) = \sum_{n=0}^{+\infty} \displaystyle\frac{x^{n+1}}{n+1} = \sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{x^n}{n}\)

On retrouve le DSE usuel de \(\ln(1+x)\) en substituant \(x \leftarrow -x\).

E. Régularité \(\mathcal{C}^\infty\) et unicité des coefficients

En itérant le théorème de dérivation terme à terme (la série dérivée est elle-même une série entière de même rayon, que l’on peut dériver à nouveau, etc.), on obtient le résultat suivant.

Corollaire — Classe \(\mathcal{C}^\infty\) ⋆

La somme \(S\) d’une série entière de rayon \(R\) > \(0\) est de classe \(\mathcal{C}^\infty\) sur \(]-R, R[\), et pour tout \(k \in \mathbb{N}\) :

\(\displaystyle S^{(k)}(x) = \sum_{n=k}^{+\infty} \displaystyle\frac{n!}{(n-k)!} \, a_n \, x^{n-k}\)

En évaluant en \(x = 0\), on obtient la formule des coefficients :

\(\displaystyle a_n = \displaystyle\frac{S^{(n)}(0)}{n!}\)

Cette formule est fondamentale : les coefficients d’une série entière sont entièrement déterminés par sa somme. Il en découle immédiatement :

Corollaire — Unicité des coefficients

Si \(\displaystyle\sum_{n=0}^{+\infty} a_n x^n = \displaystyle\sum_{n=0}^{+\infty} b_n x^n\) sur un voisinage de \(0\), alors \(a_n = b_n\) pour tout \(n \in \mathbb{N}\).

Démonstration. Notons \(S\) la somme commune sur un voisinage de \(0\). Pour tout \(n\) : \(a_n = \displaystyle\frac{S^{(n)}(0)}{n!} = b_n\). ∎

Conséquence pratique : pour identifier les coefficients d’une série entière, on peut utiliser n’importe quelle méthode (identification, récurrence sur les coefficients, équation différentielle…). Une fois trouvés, ils sont les seuls possibles.

Voici un récapitulatif des propriétés essentielles :

»Propriétés
Propriété Résultat
Convergence absolue Sur \(]-R, R[\)
Divergence grossière Pour \(|x|\) > \(R\)
Convergence normale Sur tout segment \([-r, r]\) avec \(r\) < \(R\)
Continuité \(S\) continue sur \(]-R, R[\)
Dérivation terme à terme \(S^\prime(x) = \displaystyle\sum n \, a_n \, x^{n-1}\), même rayon \(R\)
Intégration terme à terme \(\int_0^x S = \displaystyle\sum \displaystyle\frac{a_n}{n+1} x^{n+1}\), même rayon \(R\)
Régularité \(S \in \mathcal{C}^\infty(]-R, R[)\)
Coefficients \(a_n = \displaystyle\frac{S^{(n)}(0)}{n!}\) (unicité)

IV. Opérations sur les séries entières

Les séries entières se combinent algébriquement comme des polynômes : on peut les additionner, les multiplier (produit de Cauchy) et les composer. Ces opérations respectent la structure de série entière.

A. Combinaison linéaire

Propriété

Soient \(\displaystyle\sum a_n x^n\) et \(\displaystyle\sum b_n x^n\) de rayons \(R_1\) et \(R_2\). Pour tous \(\lambda, \mu \in \mathbb{K}\), la série \(\displaystyle\sum (\lambda a_n + \mu b_n) x^n\) a un rayon \(R \geq \min(R_1, R_2)\), et pour tout \(x \in \,]-\min(R_1, R_2),\, \min(R_1, R_2)[\) :

\(\displaystyle \sum_{n=0}^{+\infty} (\lambda a_n + \mu b_n) x^n = \lambda \sum_{n=0}^{+\infty} a_n x^n + \mu \sum_{n=0}^{+\infty} b_n x^n\)

Piège : le rayon de la combinaison linéaire peut être strictement supérieur à \(\min(R_1, R_2)\). Exemple : \(\displaystyle\sum x^n\) et \(\displaystyle\sum -x^n\) ont rayon \(1\), mais leur somme est \(0\), de rayon \(+\infty\).

B. Produit de Cauchy

Propriété — Produit de Cauchy

Soient \(f(x) = \displaystyle\sum a_n x^n\) et \(g(x) = \displaystyle\sum b_n x^n\) de rayons \(R_1\) et \(R_2\). Pour tout \(x \in \,]-\min(R_1, R_2),\, \min(R_1, R_2)[\) :

\(\displaystyle f(x) \cdot g(x) = \sum_{n=0}^{+\infty} c_n x^n \quad \text{où} \quad c_n = \sum_{k=0}^{n} a_k \, b_{n-k}\)

La série produit a un rayon \(R \geq \min(R_1, R_2)\).

Le produit de Cauchy est licite ici car les deux séries convergent absolument sur l’intervalle ouvert commun. La formule de \(c_n\) est la même que pour le produit de polynômes : on « multiplie les séries comme des polynômes ».

Exemple : Le produit de Cauchy de \(\displaystyle\sum x^n = \displaystyle\frac{1}{1-x}\) par elle-même donne \(c_n = \displaystyle\sum_{k=0}^{n} 1 = n + 1\), donc :

\(\displaystyle \displaystyle\frac{1}{(1-x)^2} = \sum_{n=0}^{+\infty} (n+1) \, x^n \quad \text{pour } |x|\) < \(1\)

On retrouve ce résultat en dérivant \(\displaystyle\frac{1}{1-x} = \displaystyle\sum x^n\) terme à terme.

C. Composition et substitution

Si \(f(x) = \displaystyle\sum a_n x^n\) a un rayon \(R\) > \(0\) et si \(u(x)\) est une fonction vérifiant \(|u(x)|\) < \(R\) sur un certain domaine, alors on peut substituer \(u(x)\) à \(x\) :

\(\displaystyle f(u(x)) = \sum_{n=0}^{+\infty} a_n \, \big(u(x)\big)^n\)

La convergence est assurée pour tout \(x\) tel que \(|u(x)|\) < \(R\).

Exemple : De \(\displaystyle\frac{1}{1-t} = \displaystyle\sum_{n=0}^{+\infty} t^n\) pour \(|t|\) < \(1\), on déduit par substitution \(t = -x^2\) :

\(\displaystyle \displaystyle\frac{1}{1+x^2} = \sum_{n=0}^{+\infty} (-1)^n x^{2n} \quad \text{pour } |x|\) < \(1\)

En intégrant terme à terme de \(0\) à \(x\), on obtient le DSE de \(\arctan\) :

\(\displaystyle \arctan(x) = \sum_{n=0}^{+\infty} \displaystyle\frac{(-1)^n}{2n+1} \, x^{2n+1} \quad \text{pour } |x| \leq 1\)


V. Séries entières, séries de Taylor et séries de fonctions

Cette section clarifie les liens entre trois notions proches mais distinctes, sources de confusions fréquentes en DS.

A. Rappel sur les séries de Taylor

Soit \(f\) de classe \(\mathcal{C}^\infty\) sur un intervalle contenant \(0\). La série de Taylor de \(f\) en \(0\) est la série entière :

\(\displaystyle \sum_{n=0}^{+\infty} \displaystyle\frac{f^{(n)}(0)}{n!} \, x^n\)

Les coefficients \(\displaystyle\frac{f^{(n)}(0)}{n!}\) sont uniquement déterminés par \(f\) et ses dérivées successives en \(0\). On dit que \(f\) est développable en série entière (DSE) au voisinage de \(0\) si cette série converge vers \(f(x)\) sur un voisinage de \(0\). Pour les techniques de calcul, consulte la page développement en série entière et le formulaire des DSE usuels.

B. Fonctions développables en série entière

Piège classique en copie : une fonction \(\mathcal{C}^\infty\) n’est pas nécessairement égale à sa série de Taylor. L’exemple canonique est :

\(\displaystyle f(x) = \begin{cases} \mathrm{e}^{-1/x^2} & \text{si } x \neq 0 \\ 0 & \text{si } x = 0 \end{cases}\)

Cette fonction est \(\mathcal{C}^\infty\) sur \(\mathbb{R}\), avec \(f^{(n)}(0) = 0\) pour tout \(n\). Sa série de Taylor est identiquement nulle, mais \(f \not\equiv 0\). Conclusion : \(f\) n’est pas développable en série entière.

En revanche, toute série entière de rayon \(R\) > \(0\) est la série de Taylor de sa somme. C’est une conséquence immédiate de la formule \(a_n = S^{(n)}(0)/n!\). On dit que la somme d’une série entière est analytique.

Synthèse

Toute série entière de rayon \(R\) > \(0\) est la série de Taylor de sa somme. Mais toute fonction \(\mathcal{C}^\infty\) n’est pas somme de sa série de Taylor. Les fonctions développables en série entière (= analytiques) forment une classe strictement plus petite que \(\mathcal{C}^\infty\).

C. Les séries entières comme cas particulier de séries de fonctions

Une série entière \(\displaystyle\sum a_n x^n\) est un cas particulier de série de fonctions \(\displaystyle\sum f_n\), où \(f_n : x \mapsto a_n x^n\). Les théorèmes de continuité, dérivation et intégration terme à terme des séries entières sont des cas particuliers des théorèmes généraux, avec un avantage décisif : la structure polynomiale de \(a_n x^n\) garantit automatiquement la convergence normale sur tout compact de \(]-R, R[\), sans avoir à la vérifier.

Les séries de Fourier \(\displaystyle\sum (a_n \cos(nx) + b_n \sin(nx))\) sont un autre cas particulier important de séries de fonctions, où les fonctions de base sont trigonométriques au lieu de polynomiales. Le théorème de dérivation terme à terme des séries de Fourier nécessite des hypothèses plus restrictives que celui des séries entières.

Vue d’ensemble : les trois grandes familles de séries de fonctions en CPGE — séries de fonctions générales, séries entières, et séries de Fourier — partagent le même socle (convergence simple, uniforme, normale), mais chacune a ses théorèmes spécifiques. Les séries entières sont les plus « agréables » : convergence normale automatique sur les compacts, \(\mathcal{C}^\infty\), unicité des coefficients.


VI. Exercices corrigés

Voici 8 exercices classés par difficulté croissante (★ à ★★★★). Chaque correction est détaillée pas à pas. Pour un entraînement intensif avec des exercices de concours étiquetés (CCINP, Centrale, Mines-Ponts, X-ENS), consulte la banque d’exercices corrigés sur les séries entières.

Exercice 1 ★★ — Rayon par d’Alembert (cas factoriel)

Déterminer le rayon de convergence de \(\displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{n!}{n^n} \, x^n\).

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On pose \(a_n = \displaystyle\frac{n!}{n^n}\). Pour \(n \geq 1\) :

\(\displaystyle \left|\displaystyle\frac{a_{n+1}}{a_n}\right| = \displaystyle\frac{(n+1)!}{(n+1)^{n+1}} \cdot \displaystyle\frac{n^n}{n!} = \displaystyle\frac{n^n}{(n+1)^n} = \displaystyle\frac{1}{(1 + 1/n)^n}\)

Or \(\displaystyle (1 + 1/n)^n \underset{n \to +\infty}{\longrightarrow} \mathrm{e}\) (limite usuelle). Donc \(|a_{n+1}/a_n| \to 1/\mathrm{e}\) et par d’Alembert : \(R = \mathrm{e}\).

Remarque. Ce résultat est cohérent avec la formule de Stirling \(n! \sim \sqrt{2\pi n} \cdot (n/\mathrm{e})^n\) : on trouve alors \(a_n \sim \sqrt{2\pi n}/\mathrm{e}^n\), ce qui donne directement \(R = \mathrm{e}\) par Cauchy-Hadamard.


Exercice 2 ★★ — Cauchy-Hadamard (coefficients oscillants)

Déterminer le rayon de convergence de \(\displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} n^{(-1)^n} \, x^n\).

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Posons \(a_n = n^{(-1)^n}\) : \(a_n = n\) si \(n\) pair, \(a_n = 1/n\) si \(n\) impair.

La règle de d’Alembert est inapplicable : \(a_{n+1}/a_n\) oscille entre \((n+1) \cdot n\) (n impair, \(\to +\infty\)) et \(1/((n+1) \cdot n)\) (n pair, \(\to 0\)).

Utilisons Cauchy-Hadamard : \(|a_n|^{1/n} = n^{(-1)^n/n}\). Quel que soit le signe de \((-1)^n\), \((-1)^n/n \to 0\), donc \(n^{(-1)^n/n} = \mathrm{e}^{(-1)^n \ln n / n} \to \mathrm{e}^0 = 1\).

\(\displaystyle \limsup_{n \to +\infty} |a_n|^{1/n} = 1 \quad \Longrightarrow \quad R = 1\)

Vérification. Aux bornes \(x = \pm 1\) : la suite \((a_n)\) n’est pas bornée (sous-suite paire \(\to +\infty\)), donc le terme général ne tend pas vers 0 : divergence grossière en \(x = \pm 1\).


Exercice 3 ★★★ — Étude aux bornes (Riemann + Leibniz)

Déterminer le rayon de convergence de \(\displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{x^n}{\sqrt{n} \cdot 3^n}\) et étudier la convergence aux bornes \(x = \pm 3\).

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On pose \(a_n = \displaystyle\frac{1}{\sqrt{n} \cdot 3^n}\). Par d’Alembert :

\(\displaystyle \left|\displaystyle\frac{a_{n+1}}{a_n}\right| = \displaystyle\frac{\sqrt{n}}{\sqrt{n+1}} \cdot \displaystyle\frac{1}{3} \underset{n \to +\infty}{\longrightarrow} \displaystyle\frac{1}{3}\)

Donc \(R = 3\).

En \(x = 3\) : \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{3^n}{\sqrt{n} \cdot 3^n} = \displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{\sqrt{n}} = \displaystyle\sum \displaystyle\frac{1}{n^{1/2}}\) : série de Riemann avec \(\alpha = 1/2 \leq 1\), diverge.

En \(x = -3\) : \(\displaystyle\sum \displaystyle\frac{(-3)^n}{\sqrt{n} \cdot 3^n} = \displaystyle\sum \displaystyle\frac{(-1)^n}{\sqrt{n}}\). La suite \((1/\sqrt{n})\) est décroissante et tend vers \(0\) : par le critère de Leibniz, convergence (semi-convergence : \(\sum 1/\sqrt{n}\) diverge).

Domaine de convergence : \([-3, 3[\) (semi-convergence en \(x = -3\)).


Exercice 4 ★★★ — Somme par combinaison de dérivations

Calculer \(\displaystyle S(x) = \sum_{n=0}^{+\infty} (n^2 + n + 1) \, x^n\) pour \(|x|\) < \(1\).

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On part de la série géométrique \(\displaystyle\frac{1}{1-x} = \sum_{n=0}^{+\infty} x^n\) (pour \(|x|\) < \(1\)). En dérivant terme à terme deux fois :

\(\displaystyle \displaystyle\frac{1}{(1-x)^2} = \sum_{n=1}^{+\infty} n \, x^{n-1} \quad ; \quad \displaystyle\frac{2}{(1-x)^3} = \sum_{n=2}^{+\infty} n(n-1) \, x^{n-2}\)

D’où, en multipliant par \(x\) et \(x^2\) respectivement :

\(\displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} n x^n = \displaystyle\frac{x}{(1-x)^2} \quad ; \quad \displaystyle\sum_{n=2}^{+\infty} n(n-1) x^n = \displaystyle\frac{2x^2}{(1-x)^3}\)

On écrit alors \(n^2 + n + 1 = n(n-1) + 2n + 1\). Par linéarité :

\(\displaystyle S(x) = \sum_{n=2}^{+\infty} n(n-1) x^n + 2 \sum_{n=1}^{+\infty} n x^n + \sum_{n=0}^{+\infty} x^n\)

(les premiers termes manquants pour \(n(n-1)\) sont nuls pour \(n = 0, 1\), et pour \(n\) le terme manquant est nul). D’où :

\(\displaystyle S(x) = \displaystyle\frac{2x^2}{(1-x)^3} + \displaystyle\frac{2x}{(1-x)^2} + \displaystyle\frac{1}{1-x}\)

Mise au même dénominateur \((1-x)^3\) :

\(\displaystyle S(x) = \displaystyle\frac{2x^2 + 2x(1-x) + (1-x)^2}{(1-x)^3} = \displaystyle\frac{x^2 + 1}{(1-x)^3}\)

Vérification en \(x = 0\) : \(S(0) = 1\) (terme \(n = 0\) de la série), et \((0^2 + 1)/(1-0)^3 = 1\). Cohérent.


Exercice 5 ★★★ — Somme par intégration

Calculer \(\displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{x^n}{n}\) pour \(|x|\) < \(1\), puis en déduire la valeur de \(\displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{1}{n \cdot 2^n}\).

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On part de la série géométrique : \(\displaystyle\frac{1}{1-t} = \displaystyle\sum_{n=0}^{+\infty} t^n\) pour \(|t|\) < \(1\).

En intégrant terme à terme de \(0\) à \(x\) (avec \(|x|\) < \(1\)) :

\(\displaystyle \int_0^x \displaystyle\frac{\mathrm{d}t}{1-t} = \sum_{n=0}^{+\infty} \displaystyle\frac{x^{n+1}}{n+1}\)

Le membre de gauche vaut \(-\ln(1-x)\). En renumérotant :

\(\displaystyle \sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{x^n}{n} = -\ln(1-x) \quad \text{pour } |x| \lt 1\)

Application : en \(x = 1/2\) : \(\displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{1}{n \cdot 2^n} = -\ln(1 – 1/2) = -\ln(1/2) = \ln 2\).


Exercice 6 ★★★★ — Théorème d’Abel et formules sommatoires

  1. En utilisant le DSE de \(x \mapsto \ln(1+x)\), montrer que \(\displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{(-1)^{n-1}}{n} = \ln 2\).
  2. En utilisant le DSE de \(\arctan\), montrer que \(\displaystyle\sum_{n=0}^{+\infty} \displaystyle\frac{(-1)^n}{2n+1} = \displaystyle\frac{\pi}{4}\) (formule de Leibniz-Gregory).
  3. Calculer \(\displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{(-1)^{n-1}}{n(2n+1)}\) en exprimant le terme général comme combinaison de \(\frac{1}{n}\) et \(\frac{1}{2n+1}\) (décomposition en éléments simples), puis en utilisant 1) et 2).
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1. Le DSE \(\ln(1+x) = \displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{(-1)^{n-1}}{n} x^n\) est valable pour \(|x|\) < \(1\). La série numérique \(\sum (-1)^{n-1}/n\) converge (Leibniz : \(1/n \searrow 0\)). Par le théorème d’Abel, on peut passer à la limite \(x \to 1^-\) dans le DSE :

\(\displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{(-1)^{n-1}}{n} = \lim_{x \to 1^-} \ln(1+x) = \ln 2\)

2. Même méthode : \(\arctan(x) = \displaystyle\sum_{n=0}^{+\infty} \displaystyle\frac{(-1)^n}{2n+1} x^{2n+1}\) pour \(|x|\) < \(1\). La série \(\sum (-1)^n/(2n+1)\) converge (Leibniz). Par Abel :

\(\displaystyle\sum_{n=0}^{+\infty} \displaystyle\frac{(-1)^n}{2n+1} = \lim_{x \to 1^-} \arctan(x) = \arctan(1) = \displaystyle\frac{\pi}{4}\)

3. Décomposons \(\displaystyle\frac{1}{n(2n+1)}\) en éléments simples :

\(\displaystyle\frac{1}{n(2n+1)} = \displaystyle\frac{1}{n} – \displaystyle\frac{2}{2n+1}\)

(Vérification : \(\frac{2n+1}{n(2n+1)} – \frac{2n}{n(2n+1)} = \frac{1}{n(2n+1)}\) ✓.) D’où :

\(\displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{(-1)^{n-1}}{n(2n+1)} = \sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{(-1)^{n-1}}{n} – 2 \sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{(-1)^{n-1}}{2n+1}\)

La séparation est licite car les deux séries de droite convergent (Leibniz). La première vaut \(\ln 2\) (question 1). Pour la seconde :

\(\displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{(-1)^{n-1}}{2n+1} = -\sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{(-1)^n}{2n+1} = -\left(\displaystyle\frac{\pi}{4} – 1\right) = 1 – \displaystyle\frac{\pi}{4}\)

(on a retiré le terme \(n = 0\) qui vaut \(1\) dans la somme de la question 2). D’où :

\(\displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{(-1)^{n-1}}{n(2n+1)} = \ln 2 – 2\!\left(1 – \displaystyle\frac{\pi}{4}\right) = \ln 2 + \displaystyle\frac{\pi}{2} – 2\)

Commentaire méthode. Cet exercice illustre la puissance du théorème d’Abel pour calculer des sommes de séries numériques en passant à la limite au bord du disque de convergence. La technique de décomposition en éléments simples puis combinaison linéaire de DSE connus est un classique aux écrits Centrale et X.


Exercice 7 ★★★★ — Résolution d’EDL par série entière

Résoudre \(y^\prime – 2xy = 0\) en cherchant les solutions sous forme de série entière.

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Posons \(y(x) = \displaystyle\sum_{n=0}^{+\infty} a_n x^n\) de rayon \(R\) > \(0\). Alors :

\(\displaystyle y^\prime(x) = \sum_{n=1}^{+\infty} n \, a_n \, x^{n-1} = \sum_{n=0}^{+\infty} (n+1) \, a_{n+1} \, x^n\)

\(\displaystyle 2x \, y(x) = 2 \sum_{n=0}^{+\infty} a_n \, x^{n+1} = 2 \sum_{n=1}^{+\infty} a_{n-1} \, x^n\)

L’équation \(y^\prime = 2xy\) donne, par unicité des coefficients :

  • Pour \(n = 0\) : \(a_1 = 0\).
  • Pour \(n \geq 1\) : \((n+1) \, a_{n+1} = 2 \, a_{n-1}\).

Récurrence sur la parité. Comme \(a_1 = 0\), par récurrence \(a_{2k+1} = 0\) pour tout \(k\) (les coefficients impairs sont tous nuls). Pour les coefficients pairs :

\(\displaystyle a_{2k+2} = \displaystyle\frac{2 \, a_{2k}}{2k+2} = \displaystyle\frac{a_{2k}}{k+1}\)

Donc \(a_{2k} = \displaystyle\frac{a_0}{k!}\) (par récurrence immédiate).

Conclusion :

\(\displaystyle y(x) = a_0 \sum_{k=0}^{+\infty} \displaystyle\frac{x^{2k}}{k!} = a_0 \sum_{k=0}^{+\infty} \displaystyle\frac{(x^2)^k}{k!} = a_0 \, \mathrm{e}^{x^2}\)

Le rayon de convergence est \(+\infty\). La solution générale est \(y(x) = C \, \mathrm{e}^{x^2}\), \(C \in \mathbb{R}\). On vérifie : \((C \, \mathrm{e}^{x^2})^\prime = 2Cx \, \mathrm{e}^{x^2} = 2x \cdot C \, \mathrm{e}^{x^2}\). ✓


Exercice 8 ★★★★ — Somme de \(\displaystyle\sum H_n x^n\) (type concours)

On pose \(H_n = \displaystyle\sum_{k=1}^{n} \displaystyle\frac{1}{k}\) (nombres harmoniques), avec \(H_0 = 0\). Déterminer le rayon de convergence et calculer la somme de \(\displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} H_n \, x^n\).

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Rayon de convergence. On a \(H_n \sim \ln(n)\) quand \(n \to +\infty\), donc :

\(\displaystyle |H_n|^{1/n} = \mathrm{e}^{\ln(H_n)/n} \longrightarrow \mathrm{e}^0 = 1\)

Par Cauchy-Hadamard, \(R = 1\).

Calcul de la somme. Pour \(|x|\) < \(1\), écrivons \(H_n = \displaystyle\sum_{k=1}^{n} \displaystyle\frac{1}{k}\) et intervertissons les sommations (licite car convergence absolue) :

\(\displaystyle \sum_{n=1}^{+\infty} H_n \, x^n = \sum_{n=1}^{+\infty} \left(\sum_{k=1}^{n} \displaystyle\frac{1}{k}\right) x^n = \sum_{k=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{1}{k} \sum_{n=k}^{+\infty} x^n\)

Or \(\displaystyle\sum_{n=k}^{+\infty} x^n = \displaystyle\frac{x^k}{1-x}\) (somme géométrique). Donc :

\(\displaystyle \sum_{n=1}^{+\infty} H_n \, x^n = \displaystyle\frac{1}{1-x} \sum_{k=1}^{+\infty} \displaystyle\frac{x^k}{k} = \displaystyle\frac{-\ln(1-x)}{1-x}\)

On a utilisé l’exercice 5 pour la dernière égalité.

Résultat : \(\displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} H_n \, x^n = \displaystyle\frac{-\ln(1-x)}{1-x}\) pour \(|x|\) < \(1\).


VII. Erreurs fréquentes et pièges classiques

Voici les erreurs les plus sanctionnées en DS et concours sur les séries entières. Chaque erreur est illustrée par une copie fautive commentée.

Erreur n°1 — Confondre rayon et domaine de convergence

Copie fautive : « Le rayon de convergence est \(R = 1\), donc la série converge sur \([-1, 1]\). »

Diagnostic : \(R = 1\) garantit uniquement la convergence sur l’intervalle ouvert \(]-1, 1[\). La convergence aux bornes \(x = \pm 1\) nécessite une étude séparée.

Correction : « Le rayon est \(R = 1\), donc la série converge absolument sur \(]-1, 1[\). Étude aux bornes : en \(x = 1\), \(\displaystyle\sum 1/n^2\) converge (Riemann, \(\alpha = 2\)) ; en \(x = -1\), \(\displaystyle\sum (-1)^n/n^2\) converge (absolument). Domaine de convergence : \([-1, 1]\). »

Erreur n°2 — Appliquer d’Alembert quand la limite n’existe pas

Copie fautive : « \(|a_{n+1}/a_n|\) n’a pas de limite, donc la série diverge. »

Diagnostic : l’absence de limite pour le quotient de d’Alembert ne permet aucune conclusion. Il faut utiliser Cauchy-Hadamard.

Correction : « La règle de d’Alembert est inapplicable. On utilise le théorème de Cauchy-Hadamard : \(\limsup |a_n|^{1/n} = \ldots\), d’où \(R = \ldots\) »

Erreur n°3 — Écrire « convergence normale sur \(]-R, R[\) »

Copie fautive : « La série converge normalement sur \(]-R, R[\), donc la somme est continue. »

Diagnostic : la convergence normale n’est garantie que sur les segments \([-r, r]\) avec \(r\) < \(R\), pas sur l’intervalle ouvert tout entier. Sur \(]-R, R[\), on a seulement la convergence simple et absolue.

Correction : « Pour tout \(r \in [0, R[\), la série converge normalement sur \([-r, r]\). Par continuité des sommes partielles et convergence uniforme sur chaque segment, \(S\) est continue sur \(]-R, R[\). »

Erreur n°4 — Confondre série entière et série de Taylor

Copie fautive : « \(f\) est \(\mathcal{C}^\infty\), donc \(f(x) = \displaystyle\sum f^{(n)}(0)/n! \cdot x^n\). »

Diagnostic : être \(\mathcal{C}^\infty\) ne suffit pas pour affirmer l’égalité avec la série de Taylor. Il faut montrer que le reste de Taylor tend vers \(0\), ou utiliser une autre méthode (équation différentielle, unicité…).

Correction : « \(f\) est \(\mathcal{C}^\infty\), donc on peut former sa série de Taylor \(\displaystyle\sum f^{(n)}(0)/n! \cdot x^n\). Il reste à montrer que cette série converge vers \(f\) (par exemple en montrant que \(R_n(x) \to 0\)). »

Erreur n°5 — Oublier de vérifier que le rayon ne change pas après dérivation

Copie fautive : « On dérive terme à terme : \(S^\prime(x) = \displaystyle\sum n a_n x^{n-1}\). » (sans justification du rayon)

Diagnostic : en copie de concours, il faut explicitement mentionner que la série dérivée a le même rayon \(R\) (en invoquant \(n^{1/n} \to 1\)) et que la dérivation terme à terme est licite sur \(]-R, R[\).

Correction : « La série \(\displaystyle\sum n a_n x^{n-1}\) a le même rayon \(R\) (car \(\limsup |n a_n|^{1/n} = \limsup |a_n|^{1/n}\) puisque \(n^{1/n} \to 1\)). Par le théorème de dérivation terme à terme, \(S\) est dérivable sur \(]-R, R[\) et \(S^\prime(x) = \displaystyle\sum n a_n x^{n-1}\). »

Erreur n°6 — Intervertir sommes sans justification

Copie fautive : « On intervertit les deux sommes » (sans argument).

Diagnostic : l’interversion de deux sommations est licite sous condition de convergence absolue (théorème de Fubini pour les séries doubles). Il faut toujours justifier l’interversion.

Correction : « La série double \(\displaystyle\sum_{n,k} |a_{n,k}|\) converge car \(\ldots\) Par le théorème de Fubini (ou par sommation par paquets d’une série à termes positifs), on peut intervertir les sommations. »


VIII. Questions fréquentes

C'est quoi une série entière ?

Une série entière est une série de la forme \(\displaystyle\sum_{n=0}^{+\infty} a_n x^n\), où \((a_n)\) est une suite de scalaires (réels ou complexes) et \(x\) est une variable. C’est un « polynôme de degré infini ». Elle converge toujours en \(x = 0\) et possède un rayon de convergence \(R\) tel que la série converge absolument pour \(|x|\) < \(R\) et diverge pour \(|x|\) > \(R\).

Quelle est la différence entre série entière et série de Taylor ?

Une série entière \(\displaystyle\sum a_n x^n\) est définie par ses coefficients \((a_n)\), indépendamment de toute fonction. Une série de Taylor \(\displaystyle\sum f^{(n)}(0)/n! \cdot x^n\) est la série entière construite à partir des dérivées d’une fonction \(f\) de classe \(\mathcal{C}^\infty\). Toute série entière de rayon \(R\) > \(0\) est la série de Taylor de sa somme. Mais une fonction \(\mathcal{C}^\infty\) n’est pas toujours égale à sa série de Taylor (contre-exemple classique : \(\mathrm{e}^{-1/x^2}\)).

Comment déterminer le rayon de convergence d'une série entière ?

Deux outils principaux : la règle de d’Alembert (calculer \(\lim |a_{n+1}/a_n|\) quand cette limite existe) et la formule de Cauchy-Hadamard (\(1/R = \limsup |a_n|^{1/n}\), toujours applicable). D’Alembert est plus simple en pratique mais nécessite l’existence de la limite. Pour les cas complexes (coefficients lacunaires, récurrences), consulte notre page rayon de convergence d’une série entière.

Comment calculer la somme d'une série entière ?

Les techniques principales sont : (1) reconnaître une série usuelle (géométrique, exponentielle, etc.) ; (2) dériver ou intégrer terme à terme pour se ramener à une série connue ; (3) utiliser une équation différentielle vérifiée par la somme ; (4) combiner produit de Cauchy et substitution. La page développement en série entière détaille ces méthodes.

Série entière et série de fonctions : quel lien ?

Une série entière \(\displaystyle\sum a_n x^n\) est un cas particulier de série de fonctions \(\displaystyle\sum f_n\) avec \(f_n(x) = a_n x^n\). Son avantage : la convergence normale sur tout compact \([-r, r] \subset \,]-R, R[\) est automatique, ce qui rend les théorèmes de continuité, dérivation et intégration terme à terme plus simples à appliquer que dans le cas général. Les séries de Fourier sont un autre cas particulier, avec des fonctions de base trigonométriques au lieu de polynomiales.

Qu'est-ce que le produit de Cauchy de deux séries entières ?

Le produit de Cauchy de \(f(x) = \displaystyle\sum a_n x^n\) et \(g(x) = \displaystyle\sum b_n x^n\) est la série entière \(\displaystyle\sum c_n x^n\) avec \(c_n = \displaystyle\sum_{k=0}^n a_k b_{n-k}\). C’est exactement la formule du produit de deux polynômes, étendue aux séries. La série produit converge sur l’intervalle commun de convergence absolue et sa somme est \(f(x) \cdot g(x)\).


IX. Pour aller plus loin

Tu maîtrises maintenant les fondements des séries entières : définition, rayon de convergence (Cauchy-Hadamard), propriétés de la somme et opérations. Pour approfondir chaque aspect :

Bibliographie recommandée : X. Gourdon, Les maths en tête — Analyse (chap. Séries entières) · Ramis, Deschamps, Odoux, Cours de mathématiques spéciales (tome 4) · Francinou, Gianella, Nicolas, Oraux X-ENS — Analyse (exercices de séries entières). Conforme au programme CPGE 2025-2026.

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