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Le théorème spectral est l’aboutissement du chapitre « espaces euclidiens » en classes préparatoires. Il garantit que tout endomorphisme auto-adjoint d’un espace euclidien se diagonalise en base orthonormée — un résultat dont les conséquences traversent l’algèbre bilinéaire, l’analyse numérique et les sciences des données. Tu trouveras ici l’énoncé complet, deux démonstrations comparées (récurrence et quotient de Rayleigh), la méthode de diagonalisation orthogonale en 4 étapes, et trois exercices type concours corrigés pas à pas.

I. Rappels : espace euclidien et endomorphismes auto-adjoints

A. Espace euclidien et produit scalaire

Un espace euclidien est un espace vectoriel réel \(E\) de dimension finie, muni d’un produit scalaire \(\langle \cdot, \cdot \rangle\) — c’est-à-dire d’une forme bilinéaire symétrique définie positive.

Ce produit scalaire induit une norme \(\|x\| = \sqrt{\langle x, x \rangle}\) et une notion d’orthogonalité : \(x \perp y \iff \langle x, y \rangle = 0\). On dit qu’une base \(\mathcal{B} = (e_1, \ldots, e_n)\) est orthonormée (abrégé BON) si \(\langle e_i, e_j \rangle = \delta_{ij}\).

Tout espace euclidien admet une BON, constructible par le procédé de Gram-Schmidt.

B. Endomorphismes auto-adjoints

Définition — Endomorphisme auto-adjoint (symétrique)

Soit \((E, \langle \cdot, \cdot \rangle)\) un espace euclidien. Un endomorphisme \(u \in \mathcal{L}(E)\) est dit auto-adjoint (ou symétrique) si :

\(\forall (x, y) \in E^2, \quad \langle u(x), y \rangle = \langle x, u(y) \rangle\)

Traduction matricielle. Si \(\mathcal{B}\) est une BON de \(E\) et \(A = \mathrm{Mat}_{\mathcal{B}}(u)\), alors :

\(u \text{ auto-adjoint} \iff A = A^T \iff A \in S_n(\mathbb{R})\)

Autrement dit, les endomorphismes auto-adjoints correspondent exactement aux matrices symétriques réelles en base orthonormée. Cette équivalence est le pont entre le formalisme abstrait et le calcul matriciel concret.

Les deux propriétés clés dont nous aurons besoin sont démontrées en section III (lemmes fondamentaux) :

  1. Toutes les valeurs propres d’un endomorphisme auto-adjoint sont réelles.
  2. Les sous-espaces propres associés à des valeurs propres distinctes sont orthogonaux.

II. Énoncé du théorème spectral

A. Théorème spectral en dimension finie

Théorème spectral (endomorphismes auto-adjoints)

Soit \((E, \langle \cdot, \cdot \rangle)\) un espace euclidien de dimension \(n\) et \(u \in \mathcal{L}(E)\) un endomorphisme auto-adjoint. Alors :

  1. \(u\) est diagonalisable.
  2. Il existe une base orthonormée \((e_1, \ldots, e_n)\) de \(E\) formée de vecteurs propres de \(u\).
  3. \(E\) est la somme directe orthogonale de ses sous-espaces propres :

\(E = \bigoplus_{\lambda \in \mathrm{Sp}(u)} E_\lambda(u)\)

où \(E_\lambda(u) = \ker(u – \lambda \, \mathrm{Id}_E)\) et la somme est orthogonale.

Autrement dit, dans la BON de vecteurs propres, la matrice de \(u\) est diagonale :

\(\mathrm{Mat}_{\mathcal{B}}(u) = \mathrm{diag}(\lambda_1, \ldots, \lambda_n)\)

avec \(\lambda_1, \ldots, \lambda_n \in \mathbb{R}\) (les valeurs propres, comptées avec multiplicité).

B. Version matricielle : matrices symétriques réelles

Théorème spectral (version matricielle)

Pour toute matrice \(A \in S_n(\mathbb{R})\), il existe \(P \in O_n(\mathbb{R})\) telle que :

\(P^T A P = \mathrm{diag}(\lambda_1, \ldots, \lambda_n)\)

où \(\lambda_1, \ldots, \lambda_n\) sont les valeurs propres de \(A\) (réelles), et \(P\) est une matrice orthogonale dont les colonnes forment une BON de vecteurs propres de \(A\).

La matrice \(P\) est la matrice de passage de la base canonique vers la BON de vecteurs propres. Puisque \(P \in O_n(\mathbb{R})\), on a \(P^{-1} = P^T\), ce qui simplifie considérablement les calculs.

Diagonalisation orthogonale visualisée — matrice symétrique 2×2 A = ((2,1),(1,2)). Figure en deux parties reliées par un

C. Caractérisation : quand un endomorphisme est-il diagonalisable en BON ?

Le théorème spectral admet une réciproque (en dimension finie réelle) :

Caractérisation

Soit \(u \in \mathcal{L}(E)\). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(u\) est diagonalisable dans une base orthonormée de \(E\).
  2. \(u\) est auto-adjoint.

Sens (1) ⟹ (2). Si \(u\) se diagonalise dans une BON \((e_1, \ldots, e_n)\), alors \(\mathrm{Mat}_{\mathcal{B}}(u) = \mathrm{diag}(\lambda_1, \ldots, \lambda_n)\) avec \(\lambda_i \in \mathbb{R}\). Cette matrice est symétrique, donc \(u\) est auto-adjoint.

Sens (2) ⟹ (1). C’est précisément le théorème spectral.

Attention : ne confonds pas « diagonalisable » et « diagonalisable en BON ». Un endomorphisme peut être diagonalisable sans être auto-adjoint. Par exemple, la matrice \(A = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}\) est diagonalisable (valeurs propres distinctes), mais n’est pas symétrique : elle n’est pas diagonalisable en BON.

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Le théorème spectral résumé en une fiche PDF

Énoncé, démonstration par récurrence, méthode en 4 étapes et pièges à éviter — tout sur une page recto-verso prête à glisser dans ton classeur.

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III. Démonstrations du théorème spectral

Nous présentons d’abord les deux lemmes fondamentaux (utilisés dans les deux preuves), puis la démonstration par récurrence (⋆ exigible) et la démonstration par le quotient de Rayleigh.

A. Lemmes fondamentaux

Lemme 1 — Les valeurs propres d’un endomorphisme auto-adjoint sont réelles

Soit \(u \in \mathcal{L}(E)\) auto-adjoint. Alors \(\mathrm{Sp}(u) \subset \mathbb{R}\).

Démonstration. Soit \(A \in S_n(\mathbb{R})\) la matrice de \(u\) dans une BON. Soit \(\lambda \in \mathbb{C}\) une racine de \(\chi_A\) et \(v \in \mathbb{C}^n \setminus \{0\}\) tel que \(Av = \lambda v\).

Considérons le produit hermitien canonique sur \(\mathbb{C}^n\) : \(\langle x, y \rangle_{\mathbb{C}} = \overline{x}^{\,T} y\). On calcule :

\(\langle Av, v \rangle_{\mathbb{C}} = \langle \lambda v, v \rangle_{\mathbb{C}} = \overline{\lambda} \, \|v\|^2\)

D’autre part, puisque \(A\) est réelle et \(A = A^T\) :

\(\langle v, Av \rangle_{\mathbb{C}} = \overline{v}^{\,T}(Av) = \overline{v}^{\,T} \lambda v = \lambda \, \|v\|^2\)

Or \(\langle Av, v \rangle_{\mathbb{C}} = \overline{v}^{\,T} A^T v = \overline{v}^{\,T} A v = \langle v, Av \rangle_{\mathbb{C}}\) (car \(A = A^T\) à coefficients réels). On obtient \(\overline{\lambda} = \lambda\), donc \(\lambda \in \mathbb{R}\). ∎

Lemme 2 — Orthogonalité des sous-espaces propres

Soit \(u \in \mathcal{L}(E)\) auto-adjoint. Si \(\lambda \neq \mu\) sont deux valeurs propres distinctes de \(u\), alors \(E_\lambda(u) \perp E_\mu(u)\).

Démonstration. Soient \(x \in E_\lambda(u)\) et \(y \in E_\mu(u)\). On a :

\(\lambda \langle x, y \rangle = \langle u(x), y \rangle = \langle x, u(y) \rangle = \mu \langle x, y \rangle\)

D’où \((\lambda – \mu) \langle x, y \rangle = 0\). Puisque \(\lambda \neq \mu\), on conclut \(\langle x, y \rangle = 0\). ∎

Conséquence immédiate : pour diagonaliser en BON, il suffit d’orthonormaliser à l’intérieur de chaque sous-espace propre. L’orthogonalité entre sous-espaces propres distincts est automatique.

B. Démonstration par récurrence sur la dimension ⋆

Cette démonstration est exigible aux concours (marquée ⋆ dans les programmes MP, PSI, PC).

Démonstration. On raisonne par récurrence sur \(n = \dim E\).

Initialisation (\(n = 1\)). L’endomorphisme \(u\) est une homothétie \(u = \lambda \, \mathrm{Id}_E\) avec \(\lambda \in \mathbb{R}\). Tout vecteur unitaire \(e_1\) constitue une BON de vecteurs propres.

Hérédité. Supposons le résultat vrai pour tout espace euclidien de dimension \(\leq n – 1\). Soit \((E, \langle \cdot, \cdot \rangle)\) de dimension \(n\) et \(u \in \mathcal{L}(E)\) auto-adjoint.

Étape 1 — Existence d’une valeur propre réelle. Le polynôme caractéristique \(\chi_u \in \mathbb{R}[X]\) est de degré \(n \geq 1\) : par le théorème de d’Alembert-Gauss, il admet une racine \(\lambda_1 \in \mathbb{C}\). Par le lemme 1, \(\lambda_1 \in \mathbb{R}\).

Étape 2 — Vecteur propre unitaire. Soit \(x_1 \in E_{\lambda_1}(u) \setminus \{0\}\). On pose \(e_1 = \displaystyle\frac{x_1}{\|x_1\|}\). On a \(u(e_1) = \lambda_1 e_1\) et \(\|e_1\| = 1\).

Étape 3 — Stabilité du supplémentaire orthogonal. Posons \(F = (\mathbb{R} e_1)^\perp = \{y \in E : \langle y, e_1 \rangle = 0\}\). C’est un sous-espace vectoriel de dimension \(n – 1\). Montrons que \(F\) est stable par \(u\) : pour tout \(y \in F\),

\(\langle u(y), e_1 \rangle = \langle y, u(e_1) \rangle = \langle y, \lambda_1 e_1 \rangle = \lambda_1 \langle y, e_1 \rangle = 0\)

Donc \(u(y) \in F\). L’endomorphisme \(u|_F \in \mathcal{L}(F)\) est bien défini.

Étape 4 — Auto-adjonction de la restriction. Pour tous \(y, z \in F\) :

\(\langle u|_F(y), z \rangle = \langle u(y), z \rangle = \langle y, u(z) \rangle = \langle y, u|_F(z) \rangle\)

Donc \(u|_F\) est auto-adjoint sur l’espace euclidien \((F, \langle \cdot, \cdot \rangle|_F)\) de dimension \(n – 1\).

Étape 5 — Application de l’hypothèse de récurrence. Par hypothèse de récurrence, il existe une BON \((e_2, \ldots, e_n)\) de \(F\) formée de vecteurs propres de \(u|_F\).

Conclusion. La famille \((e_1, e_2, \ldots, e_n)\) est une BON de \(E\) (car \(e_1 \perp F\) et \((e_2, \ldots, e_n)\) est une BON de \(F\)) formée de vecteurs propres de \(u\). ∎

C. Démonstration par le quotient de Rayleigh

Cette seconde démonstration construit directement un vecteur propre par optimisation, sans invoquer le lemme 1 séparément.

Démonstration. On raisonne à nouveau par récurrence sur \(n = \dim E\). L’initialisation est identique. Pour l’hérédité :

Étape 1 — Optimisation sur la sphère unité. La sphère unité \(S = \{x \in E : \|x\| = 1\}\) est un compact de \(E\) (fermé borné en dimension finie). La fonction \(\varphi : x \mapsto \langle u(x), x \rangle\) est continue sur \(S\). Par le théorème des bornes atteintes, \(\varphi\) atteint son maximum en un point \(e_1 \in S\). Notons \(M = \varphi(e_1)\).

Étape 2 — \(e_1\) est un vecteur propre. Pour tout \(y \in E\) et \(t \in \mathbb{R}\) assez petit, posons :

\(g(t) = \displaystyle\frac{\langle u(e_1 + ty), e_1 + ty \rangle}{\|e_1 + ty\|^2}\)

La fonction \(g\) atteint son maximum en \(t = 0\) (car \(g(0) = M = \max_S \varphi\) et \(g(t) = \varphi\!\left(\displaystyle\frac{e_1 + ty}{\|e_1 + ty\|}\right) \leq M\)). Donc \(g^\prime(0) = 0\).

Or, en développant le numérateur et le dénominateur au voisinage de \(t = 0\) :

\(g^\prime(0) = 2\langle u(e_1), y \rangle – 2M \langle e_1, y \rangle = 2\langle u(e_1) – M e_1, y \rangle\)

Comme ceci vaut \(0\) pour tout \(y \in E\), on conclut \(u(e_1) = M e_1\). Le vecteur \(e_1\) est un vecteur propre de valeur propre \(M \in \mathbb{R}\).

Étape 3. On conclut exactement comme dans la démonstration par récurrence : on pose \(F = (\mathbb{R} e_1)^\perp\), on vérifie que \(F\) est stable par \(u\) et que \(u|_F\) est auto-adjoint, puis on applique l’hypothèse de récurrence. ∎

Remarque (quotient de Rayleigh). La quantité \(R(x) = \displaystyle\frac{\langle u(x), x \rangle}{\|x\|^2}\) est appelée quotient de Rayleigh de \(u\). On a \(M = \max_{x \neq 0} R(x) = \lambda_{\max}\). De même, \(\min_{x \neq 0} R(x) = \lambda_{\min}\). Cette caractérisation variationnelle des valeurs propres extrêmes est fondamentale en analyse numérique.

D. Quelle démonstration retenir en kholle ?

Tu maîtrises maintenant deux preuves du théorème spectral. Voici un comparatif pour choisir la bonne selon le contexte :

Comparaison des deux démonstrations
Critère Récurrence sur dim ⋆ Quotient de Rayleigh
Prérequis Lemme 1 (valeurs propres réelles) — souvent demandé séparément Compacité de la sphère unité, théorème des bornes atteintes
Longueur ~12 lignes (+ ~5 lignes pour le lemme) ~15 lignes (tout inclus)
Point délicat Justifier l’existence d’une valeur propre réelle Calcul de \(g^\prime(0)\)
Statut programme ⋆ Exigible (MP, PSI, PC) Non exigible, mais acceptée et appréciée
Verdict ✅ À maîtriser en priorité 🟡 Excellent complément, apprécié aux oraux X/ENS

Conseil de kholleur : commence par la récurrence (c’est celle qu’on attend). Si le kholleur te demande « une autre preuve ? » ou « comment construire la plus grande valeur propre ? », dégaine le quotient de Rayleigh. C’est un signal de maîtrise fort.

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IV. Méthode : diagonaliser une matrice symétrique en BON

Le théorème spectral garantit l’existence de la diagonalisation orthogonale. Voici comment la calculer explicitement.

A. Méthode en 4 étapes

Méthode — Diagonalisation orthogonale d’une matrice \(A \in S_n(\mathbb{R})\)

  1. Vérifier que \(A\) est symétrique (\(A = A^T\)). Sinon, le théorème spectral ne s’applique pas.
  2. Calculer le polynôme caractéristique \(\chi_A(\lambda) = \det(A – \lambda I_n)\) et en trouver les racines \(\lambda_1, \ldots, \lambda_p\).
  3. Déterminer les sous-espaces propres \(E_{\lambda_i} = \ker(A – \lambda_i I_n)\) pour chaque valeur propre.
  4. Orthonormaliser chaque sous-espace propre (par Gram-Schmidt si \(\dim E_{\lambda_i} \geq 2\)). La réunion des BON obtenues forme la BON de vecteurs propres cherchée.

Piège classique : l’étape 4 est souvent oubliée. Quand une valeur propre est de multiplicité \(\geq 2\), les vecteurs propres issus de la résolution du système ne sont pas nécessairement orthogonaux entre eux. Il faut appliquer le procédé de Gram-Schmidt dans le sous-espace propre correspondant. L’orthogonalité entre sous-espaces propres distincts est, elle, automatique (lemme 2).

B. Exemple résolu — matrice symétrique 2×2

Exemple. Diagonaliser orthogonalement \(A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 2 \end{pmatrix}\).

Étape 1. \(A = A^T\) ✓ (matrice symétrique).

Étape 2. \(\chi_A(\lambda) = (2 – \lambda)^2 – 1 = \lambda^2 – 4\lambda + 3 = (\lambda – 1)(\lambda – 3)\).

Valeurs propres : \(\lambda_1 = 1\), \(\lambda_2 = 3\).

Étape 3.

  • \(E_1 = \ker(A – I_2) = \ker \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 1 & 1 \end{pmatrix} = \mathrm{Vect}\begin{pmatrix} 1 \\ -1 \end{pmatrix}\)
  • \(E_3 = \ker(A – 3I_2) = \ker \begin{pmatrix} -1 & 1 \\ 1 & -1 \end{pmatrix} = \mathrm{Vect}\begin{pmatrix} 1 \\ 1 \end{pmatrix}\)

Étape 4. Chaque sous-espace propre est de dimension 1 : il suffit de normaliser.

\(e_1 = \displaystyle\frac{1}{\sqrt{2}} \begin{pmatrix} 1 \\ -1 \end{pmatrix}, \quad e_2 = \displaystyle\frac{1}{\sqrt{2}} \begin{pmatrix} 1 \\ 1 \end{pmatrix}\)

Résultat. \(P = \displaystyle\frac{1}{\sqrt{2}} \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ -1 & 1 \end{pmatrix} \in O_2(\mathbb{R})\), \(\quad P^T A P = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 3 \end{pmatrix}\).

C. Exemple résolu — matrice symétrique 3×3 avec Gram-Schmidt

Exemple. Diagonaliser orthogonalement \(A = \begin{pmatrix} 2 & 1 & 1 \\ 1 & 2 & 1 \\ 1 & 1 & 2 \end{pmatrix}\).

Étape 1. \(A = A^T\) ✓.

Étape 2. On calcule \(\chi_A(\lambda) = \det(A – \lambda I_3)\). Après développement :

\(\chi_A(\lambda) = -(\lambda – 1)^2(\lambda – 4)\)

Valeurs propres : \(\lambda_1 = 1\) (multiplicité 2), \(\lambda_2 = 4\) (multiplicité 1).

Étape 3.

  • \(E_1 = \ker(A – I_3) = \ker \begin{pmatrix} 1 & 1 & 1 \\ 1 & 1 & 1 \\ 1 & 1 & 1 \end{pmatrix} = \{(x, y, z) \in \mathbb{R}^3 : x + y + z = 0\}\)

C’est un plan, de dimension 2. Une base : \(v_1 = \begin{pmatrix} 1 \\ -1 \\ 0 \end{pmatrix}\), \(v_2 = \begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ -1 \end{pmatrix}\).

  • \(E_4 = \ker(A – 4I_3) = \mathrm{Vect}\begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix}\) (dimension 1).

Étape 4. La valeur propre \(\lambda_1 = 1\) a multiplicité 2 : il faut orthonormaliser \((v_1, v_2)\) dans \(E_1\) par Gram-Schmidt.

\(e_1 = \displaystyle\frac{v_1}{\|v_1\|} = \displaystyle\frac{1}{\sqrt{2}} \begin{pmatrix} 1 \\ -1 \\ 0 \end{pmatrix}\)
\(w_2 = v_2 – \langle v_2, e_1 \rangle \, e_1 = \begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ -1 \end{pmatrix} – \displaystyle\frac{1}{2} \begin{pmatrix} 1 \\ -1 \\ 0 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1/2 \\ 1/2 \\ -1 \end{pmatrix}\)
\(e_2 = \displaystyle\frac{w_2}{\|w_2\|} = \displaystyle\frac{1}{\sqrt{6}} \begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ -2 \end{pmatrix}\)

Pour \(E_4\), on normalise directement :

\(e_3 = \displaystyle\frac{1}{\sqrt{3}} \begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix}\)

Vérification : \(\langle e_1, e_2 \rangle = 0\), \(\langle e_1, e_3 \rangle = 0\), \(\langle e_2, e_3 \rangle = 0\) ✓

Résultat. \(P = \begin{pmatrix} \displaystyle\frac{1}{\sqrt{2}} & \displaystyle\frac{1}{\sqrt{6}} & \displaystyle\frac{1}{\sqrt{3}} \\[6pt] -\displaystyle\frac{1}{\sqrt{2}} & \displaystyle\frac{1}{\sqrt{6}} & \displaystyle\frac{1}{\sqrt{3}} \\[6pt] 0 & -\displaystyle\frac{2}{\sqrt{6}} & \displaystyle\frac{1}{\sqrt{3}} \end{pmatrix} \in O_3(\mathbb{R})\), \(\quad P^T A P = \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\ 0 & 1 & 0 \\ 0 & 0 & 4 \end{pmatrix}\).


V. Exercices corrigés

Trois exercices progressifs : entraînement première année, kholle de deuxième année, et exercice de concours.

Exercice 1 (★ — Entraînement MPSI/PCSI)Durée estimée : 15 min

Diagonaliser en base orthonormée la matrice \(A = \begin{pmatrix} 5 & -2 \\ -2 & 2 \end{pmatrix}\).

Voir la correction

Étape 1. \(A = A^T\) ✓ : le théorème spectral s’applique.

Étape 2. \(\chi_A(\lambda) = (5 – \lambda)(2 – \lambda) – 4 = \lambda^2 – 7\lambda + 6 = (\lambda – 1)(\lambda – 6)\)

Valeurs propres : \(\lambda_1 = 1\) et \(\lambda_2 = 6\).

Étape 3.

  • \(E_1 = \ker \begin{pmatrix} 4 & -2 \\ -2 & 1 \end{pmatrix} = \mathrm{Vect}\begin{pmatrix} 1 \\ 2 \end{pmatrix}\)
  • \(E_6 = \ker \begin{pmatrix} -1 & -2 \\ -2 & -4 \end{pmatrix} = \mathrm{Vect}\begin{pmatrix} 2 \\ -1 \end{pmatrix}\)

Vérification d’orthogonalité : \(\langle (1, 2), (2, -1) \rangle = 2 – 2 = 0\) ✓ (automatique par le lemme 2).

Étape 4. Normalisation :

\(e_1 = \displaystyle\frac{1}{\sqrt{5}} \begin{pmatrix} 1 \\ 2 \end{pmatrix}, \quad e_2 = \displaystyle\frac{1}{\sqrt{5}} \begin{pmatrix} 2 \\ -1 \end{pmatrix}\)

Conclusion :

\(P = \displaystyle\frac{1}{\sqrt{5}} \begin{pmatrix} 1 & 2 \\ 2 & -1 \end{pmatrix} \in O_2(\mathbb{R}), \quad P^T A P = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 6 \end{pmatrix}\)

Exercice 2 (★★★ — Kholle MP/PSI)Durée estimée : 25 min

Soient \(A, B \in S_n(\mathbb{R})\) telles que \(AB = BA\). Montrer que \(A\) et \(B\) sont simultanément diagonalisables dans une même BON : il existe \(P \in O_n(\mathbb{R})\) telle que \(P^TAP\) et \(P^TBP\) sont toutes deux diagonales.

Voir la correction

Étape 1 — Diagonalisation orthogonale de \(A\). Par le théorème spectral, il existe \(Q \in O_n(\mathbb{R})\) telle que \(Q^TAQ = D_A = \mathrm{diag}(\mu_1, \ldots, \mu_n)\) avec \(\mu_i \in \mathbb{R}\).

Posons \(B^\prime = Q^TBQ\). Comme \(Q\) est orthogonale et \(B\) est symétrique, \(B^\prime\) est symétrique : \((B^\prime)^T = Q^TB^TQ = Q^TBQ = B^\prime\).

Étape 2 — Commutation dans la nouvelle base. La condition \(AB = BA\) donne, après conjugaison par \(Q\) :

\(D_A B^\prime = Q^T A Q \cdot Q^T B Q = Q^T A B Q = Q^T B A Q = B^\prime D_A\)

Étape 3 — Structure de \(B^\prime\). La relation \(D_A B^\prime = B^\prime D_A\) donne, coefficient par coefficient :

\(\mu_i \, b^\prime_{ij} = \mu_j \, b^\prime_{ij} \quad \text{pour tout } (i, j)\)

Si \(\mu_i \neq \mu_j\), alors \(b^\prime_{ij} = 0\). Donc \(B^\prime\) est bloc-diagonale, les blocs correspondant aux sous-espaces propres de \(A\).

Étape 4 — Diagonalisation par blocs. Notons \(\alpha_1, \ldots, \alpha_p\) les valeurs propres distinctes de \(A\) et \(d_k = \dim E_{\alpha_k}\). Le bloc de \(B^\prime\) associé à \(\alpha_k\) est une matrice \(B_k \in S_{d_k}(\mathbb{R})\). Par le théorème spectral, chaque \(B_k\) se diagonalise en BON : il existe \(R_k \in O_{d_k}(\mathbb{R})\) telle que \(R_k^T B_k R_k\) est diagonale.

La matrice \(R = \mathrm{diag}(R_1, \ldots, R_p) \in O_n(\mathbb{R})\) satisfait :

  • \(R^T D_A R = D_A\) (car \(R\) agit à l’intérieur de chaque espace propre de \(A\))
  • \(R^T B^\prime R\) est diagonale.

Conclusion. La matrice \(P = QR \in O_n(\mathbb{R})\) vérifie \(P^TAP = D_A\) et \(P^TBP = R^TB^\prime R\) diagonal. ∎


Exercice 3 (★★★★★ — D’après oral X-ENS MP)Durée estimée : 40 min

Soit \((E, \langle \cdot, \cdot \rangle)\) un espace euclidien de dimension \(n\) et \(u \in \mathcal{L}(E)\) un endomorphisme auto-adjoint positif, c’est-à-dire tel que \(\forall x \in E, \; \langle u(x), x \rangle \geq 0\).

  1. Montrer que toutes les valeurs propres de \(u\) sont positives ou nulles.
  2. Montrer qu’il existe un unique endomorphisme auto-adjoint positif \(v \in \mathcal{L}(E)\) tel que \(v^2 = u\). On l’appelle racine carrée positive de \(u\) et on le note \(\sqrt{u}\).
  3. Montrer que \(v\) commute avec tout endomorphisme qui commute avec \(u\).
Voir la correction

(a) Positivité des valeurs propres.

Par le théorème spectral, \(u\) se diagonalise dans une BON \((e_1, \ldots, e_n)\) avec \(u(e_i) = \lambda_i e_i\). Pour chaque \(i\) :

\(\lambda_i = \lambda_i \|e_i\|^2 = \langle u(e_i), e_i \rangle \geq 0\)

Donc \(\lambda_i \geq 0\) pour tout \(i\). ∎

(b) Existence et unicité de la racine carrée positive.

Existence. Par le théorème spectral, fixons une BON \((e_1, \ldots, e_n)\) de vecteurs propres de \(u\), avec \(u(e_i) = \lambda_i e_i\) et \(\lambda_i \geq 0\) (d’après (a)). Définissons \(v \in \mathcal{L}(E)\) par \(v(e_i) = \sqrt{\lambda_i} \, e_i\).

  • \(v\) est auto-adjoint : sa matrice dans la BON \((e_i)\) est \(\mathrm{diag}(\sqrt{\lambda_1}, \ldots, \sqrt{\lambda_n})\), qui est symétrique.
  • \(v\) est positif : ses valeurs propres \(\sqrt{\lambda_i} \geq 0\).
  • \(v^2 = u\) : pour tout \(i\), \(v^2(e_i) = v(\sqrt{\lambda_i} \, e_i) = \sqrt{\lambda_i} \cdot \sqrt{\lambda_i} \, e_i = \lambda_i \, e_i = u(e_i)\).

Unicité. Soit \(w \in \mathcal{L}(E)\) auto-adjoint positif avec \(w^2 = u\). Comme \(w\) commute avec \(w^2 = u\), il commute avec \(u\). Donc \(w\) stabilise chaque sous-espace propre \(E_{\lambda_i}(u)\) (argument classique : si \(u(x) = \lambda x\), alors \(u(w(x)) = w(u(x)) = \lambda w(x)\), donc \(w(x) \in E_\lambda\)).

Sur \(E_{\lambda_i}(u)\), l’endomorphisme \(w|_{E_{\lambda_i}}\) est auto-adjoint positif et vérifie \((w|_{E_{\lambda_i}})^2 = \lambda_i \, \mathrm{Id}_{E_{\lambda_i}}\). Ses valeurs propres \(\mu\) satisfont \(\mu^2 = \lambda_i\) et \(\mu \geq 0\), donc \(\mu = \sqrt{\lambda_i}\) (unique). Ainsi \(w|_{E_{\lambda_i}} = \sqrt{\lambda_i} \, \mathrm{Id}_{E_{\lambda_i}} = v|_{E_{\lambda_i}}\).

Puisque \(E = \bigoplus E_{\lambda_i}(u)\), on conclut \(w = v\). ∎

(c) Commutation.

Soit \(f \in \mathcal{L}(E)\) tel que \(f \circ u = u \circ f\). Alors \(f\) stabilise chaque \(E_{\lambda_i}(u)\) (même argument que dans (b)).

Or \(v|_{E_{\lambda_i}} = \sqrt{\lambda_i} \, \mathrm{Id}_{E_{\lambda_i}}\), donc pour tout \(x \in E_{\lambda_i}\) :

\(v(f(x)) = \sqrt{\lambda_i} \, f(x) = f(\sqrt{\lambda_i} \, x) = f(v(x))\)

Ceci valant sur chaque \(E_{\lambda_i}\) et \(E = \bigoplus E_{\lambda_i}\), on obtient \(v \circ f = f \circ v\). ∎


VI. Erreurs fréquentes et rédaction concours

A. Pièges classiques en colle et à l’écrit

Erreur n°1 — Oublier de vérifier la symétrie.

Copie fautive : « A est diagonalisable, donc elle admet une BON de vecteurs propres. »

Diagnostic : « diagonalisable » n’implique PAS « diagonalisable en BON ». Seule la symétrie \(A = A^T\) (ou l’auto-adjonction de \(u\)) permet d’invoquer le théorème spectral.

Correction : « \(A \in S_n(\mathbb{R})\), donc par le théorème spectral, \(A\) est diagonalisable en base orthonormée. »

Erreur n°2 — Ne pas orthonormaliser le sous-espace propre de multiplicité \(\geq 2\).

Copie fautive : trouver une base quelconque de \(E_\lambda\) et conclure en assemblant les vecteurs propres sans Gram-Schmidt.

Diagnostic : les vecteurs propres choisis dans un même sous-espace propre ne sont pas nécessairement orthogonaux.

Correction : appliquer Gram-Schmidt dans \(E_\lambda\) si \(\dim E_\lambda \geq 2\).

Erreur n°3 — Confondre \(P^{-1}AP\) et \(P^TAP\).

Copie fautive : écrire \(P^{-1}AP = D\) avec \(P\) non orthogonale et annoncer une « diagonalisation orthogonale ».

Diagnostic : \(P^TAP = D\) n’est licite que si \(P \in O_n(\mathbb{R})\), c’est-à-dire \(P^{-1} = P^T\).

Correction : vérifier que \(P^TP = I_n\) (les colonnes de \(P\) forment une BON).

B. Rédiger le théorème spectral en 6 lignes propres

Voici un modèle de rédaction optimisé pour la kholle ou l’écrit. Apprends-le par cœur :

Modèle de rédaction — Théorème spectral (récurrence)

  1. Structure. « On montre par récurrence sur \(n = \dim E\) que tout endomorphisme auto-adjoint de \(E\) admet une BON de vecteurs propres. »
  2. Initialisation. « Si \(n = 1\), \(u\) est une homothétie et tout vecteur unitaire convient. »
  3. Valeur propre réelle. « Par le lemme [VP réelles], \(u\) admet une valeur propre réelle \(\lambda_1\). Soit \(e_1\) un vecteur propre unitaire. »
  4. Stabilité. « Le sous-espace \(F = (\mathbb{R} e_1)^\perp\) est stable par \(u\) car pour \(y \in F\) : \(\langle u(y), e_1 \rangle = \langle y, u(e_1) \rangle = \lambda_1 \langle y, e_1 \rangle = 0\). »
  5. Hypothèse de récurrence. « \(u|_F\) est auto-adjoint sur \((F, \langle \cdot, \cdot \rangle|_F)\) de dimension \(n – 1\). Par HR, il existe une BON \((e_2, \ldots, e_n)\) de \(F\) de vecteurs propres. »
  6. Conclusion. « Alors \((e_1, \ldots, e_n)\) est une BON de \(E\) de vecteurs propres de \(u\). »

Ce que le correcteur attend :

  • La justification de la stabilité de \(F\) (ligne 4) — c’est le point non trivial. L’omettre coûte 1 à 2 points.
  • La mention « \(u|_F\) est auto-adjoint » (ligne 5) — sans quoi l’application de l’HR est injustifiée.
  • Le lemme « valeurs propres réelles » doit être énoncé. Il peut être admis si le kholleur ne le demande pas, mais il doit être explicitement nommé.

VII. Applications et prolongements

A. Analyse en composantes principales (ACP)

L’application la plus directe du théorème spectral en sciences des données est l’analyse en composantes principales (ACP). Le principe :

  1. On dispose de \(N\) observations dans \(\mathbb{R}^n\), centrées (de moyenne nulle).
  2. On forme la matrice de covariance \(C = \displaystyle\frac{1}{N} X^T X \in S_n(\mathbb{R})\), qui est symétrique positive (semi-définie).
  3. Par le théorème spectral, \(C\) se diagonalise en BON : \(C = P \, \mathrm{diag}(\lambda_1, \ldots, \lambda_n) \, P^T\) avec \(\lambda_1 \geq \cdots \geq \lambda_n \geq 0\).
  4. Les vecteurs propres (colonnes de \(P\)) sont les composantes principales : les directions de variance maximale.
  5. Les valeurs propres \(\lambda_i\) mesurent la variance expliquée par chaque composante.

En ne conservant que les \(k\) premières composantes (celles associées aux plus grandes valeurs propres), on obtient la meilleure approximation de rang \(k\) des données au sens de la norme de Frobenius — c’est le théorème d’Eckart-Young, qui repose directement sur le théorème spectral.

B. Prolongements : dimension infinie et opérateurs compacts

🔴 Prolongement (hors programme CPGE)

En dimension infinie, le théorème spectral se généralise de plusieurs façons :

  • Opérateurs compacts auto-adjoints (théorème spectral de Hilbert-Schmidt) : si \(T\) est un opérateur compact auto-adjoint sur un espace de Hilbert séparable \(H\), alors \(H\) admet une base hilbertienne de vecteurs propres de \(T\). Les valeurs propres forment une suite réelle tendant vers 0.
  • Opérateurs normaux : dans le cas complexe, le théorème spectral s’étend aux endomorphismes normaux (\(u \circ u^* = u^* \circ u\)), qui incluent les auto-adjoints, les unitaires et les anti-auto-adjoints.
  • Cas hermitien : sur un espace hermitien (espace vectoriel complexe muni d’un produit hermitien), le théorème spectral s’applique aux endomorphismes auto-adjoints (ou hermitiens) : \(\langle u(x), y \rangle = \langle x, u(y) \rangle\). La démonstration est analogue, les valeurs propres étant automatiquement réelles par le même argument que le lemme 1.

VIII. Questions fréquentes

Qu'est-ce que le théorème spectral ?

Le théorème spectral affirme que tout endomorphisme auto-adjoint d’un espace euclidien (espace vectoriel réel de dimension finie muni d’un produit scalaire) est diagonalisable dans une base orthonormée. En version matricielle : toute matrice symétrique réelle \(A \in S_n(\mathbb{R})\) vérifie \(P^TAP = D\) pour une certaine matrice orthogonale \(P \in O_n(\mathbb{R})\) et une matrice diagonale \(D\) à coefficients réels.

Quelle est la différence entre diagonalisation et diagonalisation orthogonale ?

La diagonalisation d’un endomorphisme \(u\) garantit l’existence d’une base (quelconque) de vecteurs propres : \(P^{-1}AP = D\). La diagonalisation orthogonale exige que cette base soit orthonormée : \(P^TAP = D\) avec \(P \in O_n(\mathbb{R})\). La diagonalisation orthogonale est une propriété strictement plus forte : un endomorphisme peut être diagonalisable sans être diagonalisable en BON. Le théorème spectral montre que les endomorphismes diagonalisables en BON sont exactement les endomorphismes auto-adjoints.

Le théorème spectral s'applique-t-il en dimension infinie ?

Pas sous sa forme élémentaire. En dimension infinie, on utilise le théorème spectral de Hilbert-Schmidt : tout opérateur compact auto-adjoint sur un espace de Hilbert séparable admet une base hilbertienne de vecteurs propres. Les valeurs propres forment une suite réelle tendant vers 0. Pour les opérateurs non compacts, la théorie spectrale fait appel à la décomposition spectrale (mesures spectrales), qui dépasse le cadre des CPGE.

Comment savoir si un endomorphisme est auto-adjoint ?

En pratique, il y a deux critères :

  • Critère matriciel : écrire la matrice de \(u\) dans une base orthonormée. Si cette matrice est symétrique (\(A = A^T\)), alors \(u\) est auto-adjoint.
  • Critère intrinsèque : vérifier que \(\langle u(x), y \rangle = \langle x, u(y) \rangle\) pour tous \(x, y \in E\) (en pratique, il suffit de le vérifier sur une base).

Attention : si la base n’est pas orthonormée, une matrice symétrique ne garantit pas l’auto-adjonction.

Le théorème spectral est-il exigible aux concours ?

Oui, la démonstration par récurrence du théorème spectral (pour les endomorphismes auto-adjoints en dimension finie) est exigible (⋆) aux programmes de MP, PSI et PC. Elle fait partie des démonstrations classiques demandées aux oraux de concours (CCP/CCINP, Mines-Telecom, Centrale, X-ENS). Le lemme « les valeurs propres d’un endomorphisme auto-adjoint sont réelles » peut aussi être demandé séparément.

Qu'est-ce que le théorème spectral hermitien ?

Le théorème spectral hermitien est la version complexe du théorème spectral. Il s’applique aux endomorphismes hermitiens (ou auto-adjoints) d’un espace hermitien (espace vectoriel complexe muni d’un produit hermitien). L’énoncé est le même : tout endomorphisme hermitien est diagonalisable dans une base orthonormée, avec des valeurs propres réelles. En version matricielle : toute matrice hermitienne \(A = \overline{A}^{\,T}\) vérifie \(U^* A U = D\) avec \(U\) unitaire.


IX. Pour aller plus loin

Tu maîtrises maintenant le théorème spectral : énoncé, deux démonstrations, méthode de calcul et exercices de concours. Pour approfondir le chapitre « espaces euclidiens » :

Conforme au programme officiel CPGE 2025-2026 — filières MP, PSI, PC, PT.

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