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L’adjoint d’un endomorphisme est l’un des outils centraux de la théorie des espaces euclidiens. Il permet de définir les endomorphismes auto-adjoints — dont les propriétés spectrales remarquables fondent le théorème spectral — et intervient dans la classification des isométries vectorielles. Ce cours couvre la construction de l’adjoint, ses propriétés algébriques, les endomorphismes auto-adjoints et trois exercices corrigés de niveau MPSI à concours.

I. Adjoint d’un endomorphisme : définition et existence

Dans tout ce qui suit, \((E, \langle \cdot, \cdot \rangle)\) désigne un espace euclidien : un espace vectoriel réel de dimension finie \(n\) muni d’un produit scalaire.

A. Définition et théorème d’existence

Théorème-Définition — Adjoint d’un endomorphisme

Soit \(u \in \mathcal{L}(E)\). Il existe un unique endomorphisme \(u^* \in \mathcal{L}(E)\) tel que :

\(\forall (x, y) \in E^2, \quad \langle u(x), y \rangle = \langle x, u^*(y) \rangle\)

On l’appelle l’adjoint de \(u\).

Autrement dit, \(u^*\) est l’endomorphisme qui « passe de l’autre côté » du produit scalaire.

Démonstration ⋆

Unicité. Si \(v_1\) et \(v_2\) vérifient la propriété, alors pour tout \((x, y) \in E^2\) :

\(\langle x, v_1(y) – v_2(y) \rangle = 0\)

En prenant \(x = v_1(y) – v_2(y)\), on obtient \(\|v_1(y) – v_2(y)\|^2 = 0\), donc \(v_1(y) = v_2(y)\) pour tout \(y\).

Existence. Fixons \(y \in E\). L’application \(\varphi_y : x \longmapsto \langle u(x), y \rangle\) est une forme linéaire sur \(E\). Par le théorème de représentation de Riesz (qui s’obtient directement en dimension finie par non-dégénérescence du produit scalaire), il existe un unique \(z_y \in E\) tel que :

\(\forall x \in E, \quad \varphi_y(x) = \langle x, z_y \rangle\)

On pose \(u^*(y) = z_y\). Vérifions la linéarité de \(u^*\) : pour \(y_1, y_2 \in E\) et \(\lambda \in \mathbb{R}\), l’unicité dans Riesz et la bilinéarité du produit scalaire donnent :

\(\forall x \in E, \quad \langle x, u^*(y_1 + \lambda y_2) \rangle = \langle u(x), y_1 + \lambda y_2 \rangle = \langle u(x), y_1 \rangle + \lambda \langle u(x), y_2 \rangle = \langle x, u^*(y_1) + \lambda u^*(y_2) \rangle\)

D’où \(u^*(y_1 + \lambda y_2) = u^*(y_1) + \lambda u^*(y_2)\) par non-dégénérescence. ∎

B. Matrice de l’adjoint en base orthonormée

Propriété — Matrice de l’adjoint en BON

Soit \(\mathcal{B}\) une base orthonormée de \(E\). Si \([u]_{\mathcal{B}} = A\), alors :

\([u^*]_{\mathcal{B}} = {}^t\!A\)

Démonstration. Notons \(\mathcal{B} = (e_1, \ldots, e_n)\). Le coefficient d’indices \((i, j)\) de \([u^*]_{\mathcal{B}}\) est \(\langle u^*(e_j), e_i \rangle\) (car \(\mathcal{B}\) est orthonormée). Or :

\(\langle u^*(e_j), e_i \rangle = \langle e_j, u(e_i) \rangle = \langle u(e_i), e_j \rangle = a_{ji}\)

C’est le coefficient \((j, i)\) de \(A\), soit le coefficient \((i, j)\) de \({}^t\!A\). ∎

Formule en base quelconque (classique en kholle)

Si \(\mathcal{B}\) n’est pas orthonormée et \(G = (\langle e_i, e_j \rangle)_{i,j}\) est la matrice de Gram du produit scalaire dans \(\mathcal{B}\), alors :

\([u^*]_{\mathcal{B}} = G^{-1} \, {}^t\!A \, G \quad \text{où } A = [u]_{\mathcal{B}}\)

En effet, la relation \(\langle u(x), y \rangle = \langle x, u^*(y) \rangle\) se traduit matriciellement par \({}^t\!A \, G = G \, [u^*]_{\mathcal{B}}\).


II. Propriétés de l’application \(u \longmapsto u^*\)

L’application qui à un endomorphisme associe son adjoint est elle-même un objet algébrique riche. Ses propriétés sont au cœur des raisonnements sur les endomorphismes d’espaces euclidiens.

A. Propriétés algébriques

Propriétés fondamentales de l’adjoint

Pour tout \(u, v \in \mathcal{L}(E)\) et tout \(\lambda \in \mathbb{R}\) :

  • Linéarité : \((u + v)^* = u^* + v^*\) et \((\lambda u)^* = \lambda u^*\)
  • Involution : \((u^*)^* = u\)
  • Anti-morphisme pour la composition : \((u \circ v)^* = v^* \circ u^*\)
  • Identité : \((\mathrm{Id}_E)^* = \mathrm{Id}_E\)
  • Inversibilité : si \(u\) est inversible, alors \(u^*\) l’est aussi et \((u^{-1})^* = (u^*)^{-1}\)

Chacune se vérifie directement à partir de la définition, en jouant sur la bilinéarité du produit scalaire. Détaillons l’involution et l’anti-morphisme, qui sont les plus sollicités en colle.

Involution. Pour tout \((x, y)\) : \(\langle (u^*)^*(x), y \rangle = \langle x, u^*(y) \rangle\) par définition de l’adjoint de \(u^*\). Mais \(\langle x, u^*(y) \rangle = \langle u(x), y \rangle\) par définition de \(u^*\). Donc \((u^*)^* = u\). ∎

Anti-morphisme. \(\langle (u \circ v)(x), y \rangle = \langle u(v(x)), y \rangle = \langle v(x), u^*(y) \rangle = \langle x, v^*(u^*(y)) \rangle = \langle x, (v^* \circ u^*)(y) \rangle\). ∎

B. Noyau, image et rang

Théorème — Relations fondamentales noyau-image

Pour tout \(u \in \mathcal{L}(E)\) :

  • \(\ker u^* = (\mathrm{Im}\, u)^{\perp}\)
  • \(\mathrm{Im}\, u^* = (\ker u)^{\perp}\)
  • \(\mathrm{rg}(u^*) = \mathrm{rg}(u)\)

Démonstration ⋆ (première égalité — la seconde s’en déduit par involution)

\(y \in \ker u^* \Leftrightarrow u^*(y) = 0 \Leftrightarrow \forall x \in E,\, \langle x, u^*(y) \rangle = 0 \Leftrightarrow \forall x \in E,\, \langle u(x), y \rangle = 0 \Leftrightarrow y \in (\mathrm{Im}\, u)^{\perp}\)

Pour la seconde : \(\mathrm{Im}\, u^* = (\ker(u^*)^*)^{\perp} = (\ker u)^{\perp}\) par la première relation appliquée à \(u^*\) et par l’involution \((u^*)^* = u\).

L’égalité des rangs en découle : \(\mathrm{rg}(u^*) = \dim(\mathrm{Im}\, u^*) = \dim((\ker u)^{\perp}) = n – \dim(\ker u) = \mathrm{rg}(u)\). ∎

Application directe en kholle

La relation \(\ker u^* = (\mathrm{Im}\, u)^{\perp}\) permet de montrer que \(\ker(u^* \circ u) = \ker u\). En effet, si \(u^*(u(x)) = 0\), alors \(\|u(x)\|^2 = \langle u(x), u(x) \rangle = \langle x, u^*(u(x)) \rangle = 0\), donc \(u(x) = 0\).

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Fiche de synthèse — Endomorphismes adjoints et auto-adjoints

Définitions, propriétés algébriques, formule en base quelconque et théorèmes spectraux : tout le cours résumé en une page recto-verso, prête pour la kholle.

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Idéal pour réviser la veille d’une colle ou relire avant un DS.


III. Endomorphismes auto-adjoints

Le cas le plus riche est celui où un endomorphisme coïncide avec son adjoint. Ces endomorphismes possèdent des propriétés spectrales remarquables qui culminent dans le théorème spectral.

A. Définition et caractérisations

Définition — Endomorphisme auto-adjoint (ou symétrique)

Un endomorphisme \(u \in \mathcal{L}(E)\) est dit auto-adjoint (ou symétrique) si \(u^* = u\), c’est-à-dire :

\(\forall (x, y) \in E^2, \quad \langle u(x), y \rangle = \langle x, u(y) \rangle\)

Caractérisations équivalentes. Pour \(u \in \mathcal{L}(E)\), les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(u = u^*\)
  2. \(\forall (x, y) \in E^2, \; \langle u(x), y \rangle = \langle x, u(y) \rangle\)
  3. La matrice de \(u\) dans toute base orthonormée est symétrique
  4. Il existe une base orthonormée dans laquelle la matrice de \(u\) est symétrique

L’équivalence entre (1), (2) et (3) est immédiate par la relation \([u^*]_{\mathcal{B}} = {}^t\![u]_{\mathcal{B}}\) en BON. L’implication (3) \(\Rightarrow\) (4) est triviale ; la réciproque résulte du fait que le changement de BON conserve la symétrie.

B. Valeurs propres réelles

Théorème — Spectre réel

Si \(u\) est auto-adjoint, toutes les racines (éventuellement complexes) de son polynôme caractéristique \(\chi_u\) sont réelles.

Démonstration ⋆

Soit \(A = [u]_{\mathcal{B}}\) dans une BON, de sorte que \(A = {}^t\!A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R})\). Soit \(\lambda \in \mathbb{C}\) racine de \(\chi_A\) et \(Z \in \mathbb{C}^n \setminus \{0\}\) tel que \(AZ = \lambda Z\).

Posons le scalaire \(s = {}^t\!\bar{Z} \, A \, Z \in \mathbb{C}\).

D’une part, \(s = {}^t\!\bar{Z}(\lambda Z) = \lambda \, {}^t\!\bar{Z} Z = \lambda \|Z\|^2\).

D’autre part, montrons que \(s \in \mathbb{R}\). En conjuguant : \(\bar{s} = {}^t Z \, \bar{A} \, \bar{Z} = {}^t Z \, A \, \bar{Z}\) (car \(A\) est réelle). Or \(s\) est un scalaire, donc \(s = {}^t s\). En transposant le produit :

\(s = {}^t({}^t\!\bar{Z} \, A \, Z) = {}^t Z \, {}^t\!A \, \bar{Z} = {}^t Z \, A \, \bar{Z} = \bar{s}\)

Donc \(s \in \mathbb{R}\), et comme \(\|Z\|^2\) > \(0\), on obtient \(\lambda = \displaystyle\frac{s}{\|Z\|^2} \in \mathbb{R}\). ∎

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C. Sous-espaces propres orthogonaux

Théorème — Orthogonalité des sous-espaces propres

Si \(u\) est auto-adjoint et \(\lambda \neq \mu\) sont deux valeurs propres distinctes, alors \(E_\lambda \perp E_\mu\).

Démonstration ⋆

Soient \(x \in E_\lambda\) et \(y \in E_\mu\). Alors :

\(\lambda \langle x, y \rangle = \langle \lambda x, y \rangle = \langle u(x), y \rangle = \langle x, u(y) \rangle = \langle x, \mu y \rangle = \mu \langle x, y \rangle\)

D’où \((\lambda – \mu) \langle x, y \rangle = 0\). Comme \(\lambda \neq \mu\), on conclut \(\langle x, y \rangle = 0\). ∎

D. Vers le théorème spectral

Les deux résultats précédents convergent vers le théorème fondamental des espaces euclidiens :

Théorème spectral (admis ici — voir le cours dédié)

Tout endomorphisme auto-adjoint d’un espace euclidien est diagonalisable dans une base orthonormée.

Autrement dit : si \(u = u^*\), il existe une BON \((e_1, \ldots, e_n)\) de \(E\) formée de vecteurs propres de \(u\). L’espace se décompose en somme directe orthogonale :

\(E = E_{\lambda_1} \overset{\perp}{\oplus} E_{\lambda_2} \overset{\perp}{\oplus} \cdots \overset{\perp}{\oplus} E_{\lambda_r}\)

La démonstration complète (par récurrence sur la dimension) et ses applications (ACP, diagonalisation de matrices symétriques) sont traitées dans le théorème spectral.

Voici un récapitulatif comparant les propriétés de l’adjoint et de l’auto-adjoint :

Comparaison : adjoint vs auto-adjoint
Adjoint \(u^*\) (de tout \(u\)) Auto-adjoint (\(u = u^*\))
Définition \(\langle u(x), y \rangle = \langle x, u^*(y) \rangle\) \(\langle u(x), y \rangle = \langle x, u(y) \rangle\)
Matrice en BON \({}^t\!A\) \(A = {}^t\!A\) (symétrique)
Valeurs propres Quelconques (complexes possibles) Toujours réelles
Diagonalisable en BON Non en général Oui (théorème spectral)
Existence Toujours Propriété spéciale

IV. Exemples fondamentaux

Illustrons ces notions sur les trois familles d’exemples les plus fréquentes en CPGE.

A. Matrices symétriques dans \(\mathbb{R}^n\)

Muni du produit scalaire canonique, \(\mathbb{R}^n\) est un espace euclidien dont toute base canonique est orthonormée. L’adjoint d’un endomorphisme de matrice \(A\) a pour matrice \({}^t\!A\). Ainsi :

un endomorphisme de \(\mathbb{R}^n\) est auto-adjoint si et seulement si sa matrice dans la base canonique est symétrique.

Exemple. Soit \(u\) l’endomorphisme de \(\mathbb{R}^2\) de matrice \(A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 2 \end{pmatrix}\).

Comme \(A = {}^t\!A\), \(u\) est auto-adjoint. Le polynôme caractéristique est \(\chi_A(\lambda) = (\lambda – 1)(\lambda – 3)\). Les valeurs propres sont \(\lambda_1 = 1\) et \(\lambda_2 = 3\), bien réelles, et les sous-espaces propres \(E_1 = \mathrm{Vect}(1, -1)\) et \(E_3 = \mathrm{Vect}(1, 1)\) sont orthogonaux.

Transformation du cercle unite par l endomorphisme auto-adjoint u de matrice A = [[2,1],[1,2]] dans R2 : le cercle est envoye sur une ellipse dont les axes coincident avec les directions propres de u.

B. Projection orthogonale

Propriété

Soit \(F\) un sous-espace vectoriel de \(E\) et \(p_F\) la projection orthogonale sur \(F\). Alors \(p_F\) est auto-adjoint.

Démonstration. Pour tout \((x, y) \in E^2\), décomposons \(x = x_F + x_{F^{\perp}}\) et \(y = y_F + y_{F^{\perp}}\) :

\(\langle p_F(x), y \rangle = \langle x_F, y_F + y_{F^{\perp}} \rangle = \langle x_F, y_F \rangle\) \(\langle x, p_F(y) \rangle = \langle x_F + x_{F^{\perp}}, y_F \rangle = \langle x_F, y_F \rangle\)

D’où \(\langle p_F(x), y \rangle = \langle x, p_F(y) \rangle\). ∎

La réciproque est également vraie : tout projecteur auto-adjoint est une projection orthogonale (cf. exercice 3 ci-dessous).

C. Endomorphisme associé à une forme bilinéaire symétrique

Si \(\varphi : E \times E \to \mathbb{R}\) est une forme bilinéaire quelconque, le théorème de Riesz garantit l’existence d’un unique \(u \in \mathcal{L}(E)\) tel que \(\varphi(x, y) = \langle u(x), y \rangle\) pour tout \((x, y)\). Alors :

\(\varphi \text{ est symétrique} \Leftrightarrow u \text{ est auto-adjoint}\)

En effet, \(\varphi(x, y) = \varphi(y, x)\) se traduit par \(\langle u(x), y \rangle = \langle u(y), x \rangle = \langle x, u(y) \rangle\). Ce lien entre formes bilinéaires symétriques et endomorphismes auto-adjoints est fondamental pour l’étude des formes quadratiques.


V. Exercices corrigés

Trois exercices classés par difficulté croissante, couvrant les situations types de colle et de concours.

Exercice 1 — Vérification et diagonalisation en BON (★ entraînement MPSI)

Soit \(E = \mathbb{R}^3\) muni du produit scalaire canonique et \(u\) l’endomorphisme de matrice :

\(A = \begin{pmatrix} 3 & 1 & 0 \\ 1 & 2 & 1 \\ 0 & 1 & 3 \end{pmatrix}\)
  1. Vérifier que \(u\) est auto-adjoint.
  2. Déterminer les valeurs propres de \(u\).
  3. Trouver une base orthonormée de vecteurs propres de \(u\).
Voir la correction

1. La base canonique est orthonormée, donc \(u\) est auto-adjoint si et seulement si \(A = {}^t\!A\). On vérifie immédiatement que \(A\) est symétrique. ✓

2. Polynôme caractéristique : \(\chi_A(\lambda) = \det(A – \lambda I_3)\).

\(\chi_A(\lambda) = (3 – \lambda)[(2 – \lambda)(3 – \lambda) – 1] – 1[(3 – \lambda) – 0] + 0\) \(= (3 – \lambda)(\lambda^2 – 5\lambda + 5) – (3 – \lambda)\) \(= (3 – \lambda)(\lambda^2 – 5\lambda + 4)\) \(= (3 – \lambda)(\lambda – 1)(\lambda – 4)\) \(= -(\lambda – 1)(\lambda – 3)(\lambda – 4)\)

Valeurs propres : \(\lambda_1 = 1\), \(\lambda_2 = 3\), \(\lambda_3 = 4\) (toutes réelles, comme prévu).

3. Sous-espaces propres :

  • \(E_1 : (A – I_3)X = 0\) donne \(v_1 = (1, -2, 1)\), normalisé : \(e_1 = \displaystyle\frac{1}{\sqrt{6}}(1, -2, 1)\)
  • \(E_3 : (A – 3I_3)X = 0\) donne \(v_2 = (-1, 0, 1)\), normalisé : \(e_2 = \displaystyle\frac{1}{\sqrt{2}}(-1, 0, 1)\)
  • \(E_4 : (A – 4I_3)X = 0\) donne \(v_3 = (1, 1, 1)\), normalisé : \(e_3 = \displaystyle\frac{1}{\sqrt{3}}(1, 1, 1)\)

On vérifie que \(\langle e_i, e_j \rangle = 0\) pour \(i \neq j\) : c’est garanti par le théorème d’orthogonalité des sous-espaces propres. La famille \((e_1, e_2, e_3)\) est une BON de vecteurs propres. ∎


Exercice 2 — Adjoint avec matrice de Gram (★★ kholle MP)

On munit \(\mathbb{R}^2\) du produit scalaire dont la matrice de Gram dans la base canonique \(\mathcal{B} = (e_1, e_2)\) est :

\(G = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 2 \end{pmatrix}\)

Soit \(u\) l’endomorphisme de matrice \(A = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}\) dans \(\mathcal{B}\).

  1. Justifier que \(G\) définit bien un produit scalaire.
  2. Déterminer la matrice de \(u^*\) dans \(\mathcal{B}\).
  3. L’endomorphisme \(u\) est-il auto-adjoint ?
Voir la correction

1. \(G\) est symétrique (\(G = {}^t\!G\)). On vérifie qu’elle est définie positive : \(\det(G) = 4 – 1 = 3\) > \(0\) et le coefficient \((1,1)\) est \(2\) > \(0\). Par le critère de Sylvester, \(G\) définit bien un produit scalaire.

2. La base \(\mathcal{B}\) n’est pas orthonormée pour ce produit scalaire (car \(G \neq I_2\)). On utilise la formule générale : \([u^*]_{\mathcal{B}} = G^{-1} \, {}^t\!A \, G\).

Calcul de \(G^{-1}\) : \(G^{-1} = \displaystyle\frac{1}{3}\begin{pmatrix} 2 & -1 \\ -1 & 2 \end{pmatrix}\).

Calcul de \({}^t\!A \, G\) :

\({}^t\!A \, G = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 1 & 2 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 2 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 4 & 5 \end{pmatrix}\)

Calcul de \(G^{-1}({}^t\!A \, G)\) :

\([u^*]_{\mathcal{B}} = \displaystyle\frac{1}{3}\begin{pmatrix} 2 & -1 \\ -1 & 2 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 4 & 5 \end{pmatrix} = \displaystyle\frac{1}{3}\begin{pmatrix} 0 & -3 \\ 6 & 9 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & -1 \\ 2 & 3 \end{pmatrix}\)

Vérification : \({}^t\!A \, G = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 4 & 5 \end{pmatrix}\) et \(G \, [u^*]_{\mathcal{B}} = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 2 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 0 & -1 \\ 2 & 3 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 4 & 5 \end{pmatrix}\). ✓

3. \(A = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix} \neq \begin{pmatrix} 0 & -1 \\ 2 & 3 \end{pmatrix} = [u^*]_{\mathcal{B}}\). Donc \(u \neq u^*\) : \(u\) n’est pas auto-adjoint.

Remarquons que \(A \neq {}^t\!A\) non plus, mais la symétrie de \(A\) ne suffirait pas ici à conclure, puisque la base n’est pas orthonormée. ∎


Exercice 3 — Projecteur auto-adjoint (★★★ d’après CCINP MP 2019)

Soit \((E, \langle \cdot, \cdot \rangle)\) un espace euclidien de dimension \(n \geq 1\) et \(u \in \mathcal{L}(E)\).

  1. Montrer que \(\ker(u^* \circ u) = \ker u\).
  2. En déduire que \(\mathrm{rg}(u^* \circ u) = \mathrm{rg}(u)\).

On suppose désormais \(u\) auto-adjoint.

  1. Montrer que \(u^2 + \mathrm{Id}_E\) est inversible.
  2. On suppose de plus \(u^2 = u\). Montrer que \(u\) est une projection orthogonale.
Voir la correction

1. L’inclusion \(\ker u \subset \ker(u^* \circ u)\) est immédiate. Pour la réciproque, soit \(x \in \ker(u^* \circ u)\) :

\(\|u(x)\|^2 = \langle u(x), u(x) \rangle = \langle x, u^*(u(x)) \rangle = \langle x, 0 \rangle = 0\)

Donc \(u(x) = 0\), c’est-à-dire \(x \in \ker u\). ∎

2. Par le théorème du rang : \(\mathrm{rg}(u^* \circ u) = n – \dim\ker(u^* \circ u) = n – \dim\ker u = \mathrm{rg}(u)\). ∎

3. Raisonnons par l’absurde. Soit \(x \neq 0\) tel que \((u^2 + \mathrm{Id}_E)(x) = 0\), i.e. \(u^2(x) = -x\). Alors :

\(\langle u^2(x), x \rangle = \langle -x, x \rangle = -\|x\|^2\) < \(0\)

Mais, comme \(u = u^*\) :

\(\langle u^2(x), x \rangle = \langle u(u(x)), x \rangle = \langle u(x), u^*(x) \rangle = \langle u(x), u(x) \rangle = \|u(x)\|^2 \geq 0\)

Contradiction. Donc \(\ker(u^2 + \mathrm{Id}_E) = \{0\}\), et en dimension finie, \(u^2 + \mathrm{Id}_E\) est inversible. ∎

4. Puisque \(u^2 = u\), les valeurs propres \(\lambda\) de \(u\) vérifient \(\lambda^2 = \lambda\), donc \(\lambda \in \{0, 1\}\). Par le théorème spectral (puisque \(u\) est auto-adjoint), \(u\) est diagonalisable dans une BON \((e_1, \ldots, e_n)\), avec :

\(E = \ker u \overset{\perp}{\oplus} \ker(u – \mathrm{Id}_E) = \ker u \overset{\perp}{\oplus} \mathrm{Im}\, u\)

Pour tout \(x = x_0 + x_1\) avec \(x_0 \in \ker u\) et \(x_1 \in \mathrm{Im}\, u\), on a \(u(x) = x_1 = p_{\mathrm{Im}\, u}(x)\). Donc \(u\) est la projection orthogonale sur \(\mathrm{Im}\, u\). ∎

Ce que le correcteur attend : La clé de la question 3 est d’utiliser \(u = u^*\) pour écrire \(\langle u^2(x), x \rangle = \|u(x)\|^2\). C’est un argument de positivité classique. Pour la question 4, le théorème spectral doit être cité explicitement.


VI. Pièges classiques et rédaction concours

A. Erreurs fréquentes en colle

Piège n°1 — Écrire \([u^*]_{\mathcal{B}} = {}^t\![u]_{\mathcal{B}}\) en base quelconque

Copie fautive : « La base \(\mathcal{B}\) étant une base de \(E\), on a \([u^*]_{\mathcal{B}} = {}^t\!A\). »

Diagnostic : la formule \([u^*] = {}^t\!A\) n’est valable qu’en base orthonormée. En base quelconque, il faut utiliser \([u^*]_{\mathcal{B}} = G^{-1} \, {}^t\!A \, G\).

Correction : « La base \(\mathcal{B}\) étant une BON, \([u^*]_{\mathcal{B}} = {}^t\!A\). » (ou utiliser la formule avec \(G\) si la base n’est pas orthonormée)

Piège n°2 — Confondre « adjoint » et « auto-adjoint »

Copie fautive : « \(u\) est adjoint donc \(u = u^*\). »

Diagnostic : tout endomorphisme possède un adjoint \(u^*\). Dire que « \(u\) est adjoint » ne veut rien dire. La propriété spéciale est d’être auto-adjoint : \(u = u^*\).

Piège n°3 — Conclure « matrice symétrique ⟹ auto-adjoint » sans vérifier la base

L’équivalence « \(u\) auto-adjoint \(\Leftrightarrow\) matrice symétrique » n’est vraie que dans une BON. Si la base n’est pas orthonormée, une matrice symétrique peut représenter un endomorphisme qui n’est pas auto-adjoint.

B. Rédiger « \(u\) est auto-adjoint » en concours

Modèle de rédaction

Deux stratégies selon le contexte :

Stratégie 1 — Par le produit scalaire (méthode intrinsèque, toujours valable) :

« Soient \(x, y \in E\). On a \(\langle u(x), y \rangle = \cdots = \langle x, u(y) \rangle\). Donc \(u = u^*\). »

Stratégie 2 — Par la matrice (plus rapide si on a une BON) :

« La base \(\mathcal{B}\) est orthonormée et \([u]_{\mathcal{B}} = A\) vérifie \(A = {}^t\!A\). Donc \(u\) est auto-adjoint. »

En colle, l’examinateur appréciera que tu précises « la base est orthonormée » avant de conclure par la symétrie de la matrice.


VII. Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un endomorphisme adjoint ?

L’adjoint d’un endomorphisme \(u\) d’un espace euclidien \((E, \langle \cdot, \cdot \rangle)\) est l’unique endomorphisme \(u^*\) tel que \(\langle u(x), y \rangle = \langle x, u^*(y) \rangle\) pour tout \((x, y) \in E^2\). Son existence est garantie par le théorème de représentation de Riesz. En base orthonormée, la matrice de \(u^*\) est la transposée de celle de \(u\).

Quelle est la différence entre adjoint et auto-adjoint ?

Tout endomorphisme \(u\) d’un espace euclidien possède un adjoint \(u^*\) : c’est un objet qui existe toujours. Un endomorphisme est dit auto-adjoint lorsqu’il est égal à son propre adjoint : \(u = u^*\). C’est une propriété spéciale, équivalente (en BON) au fait que la matrice de \(u\) soit symétrique. Les endomorphismes auto-adjoints ont des propriétés spectrales remarquables (valeurs propres réelles, diagonalisabilité en BON).

Comment calculer la matrice de l'adjoint ?

En base orthonormée \(\mathcal{B}\), c’est immédiat : \([u^*]_{\mathcal{B}} = {}^t\![u]_{\mathcal{B}}\) (on transpose). En base quelconque, il faut utiliser la matrice de Gram \(G\) du produit scalaire : \([u^*]_{\mathcal{B}} = G^{-1} \, {}^t\![u]_{\mathcal{B}} \, G\).

Un endomorphisme auto-adjoint est-il toujours diagonalisable ?

Oui, c’est le théorème spectral : tout endomorphisme auto-adjoint d’un espace euclidien est diagonalisable dans une base orthonormée. C’est une propriété beaucoup plus forte que la simple diagonalisabilité. La démonstration (par récurrence sur la dimension) est détaillée dans notre cours sur le théorème spectral.

Pourquoi les valeurs propres d'un auto-adjoint sont-elles réelles ?

La démonstration utilise la complexification : si \(AZ = \lambda Z\) avec \(A\) symétrique réelle et \(Z \in \mathbb{C}^n\), le scalaire \(s = {}^t\!\bar{Z} A Z\) vérifie à la fois \(s = \lambda \|Z\|^2\) et \(s = \bar{s}\) (car \(A = {}^t\!A\) et \(A\) est réelle). Donc \(\lambda \in \mathbb{R}\).

Quel est le lien entre matrice symétrique et endomorphisme auto-adjoint ?

L’équivalence « matrice symétrique \(\Leftrightarrow\) endomorphisme auto-adjoint » n’est valable qu’en base orthonormée. En base quelconque, un endomorphisme auto-adjoint peut avoir une matrice non symétrique. Concrètement : un endomorphisme de \(\mathbb{R}^n\) (produit scalaire canonique) est auto-adjoint si et seulement si sa matrice dans la base canonique est symétrique, car la base canonique est orthonormée.


VIII. Pour aller plus loin

Tu maîtrises maintenant l’adjoint d’un endomorphisme et les propriétés des endomorphismes auto-adjoints. Voici les prolongements naturels dans le cocon « espace euclidien » :

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