Les polynômes traversent tout le programme de prépa : division euclidienne en Sup, racines et multiplicité, interpolation de Lagrange, puis réduction des endomorphismes en Spé (polynôme caractéristique, Cayley-Hamilton, polynôme minimal). C’est un domaine où l’on perd des points bêtement aux concours faute d’entraînement régulier. Voici 25 exercices corrigés pas à pas, classés par difficulté croissante, du calcul direct dans \(\mathbb{K}[X]\) aux problèmes type X / Mines / Centrale. Chaque correction est rédigée avec le niveau d’exigence attendu sur une copie. Un PDF imprimable (énoncés + corrigés) est téléchargeable plus bas.

Rappel des formules essentielles

Avant de te lancer, voici les résultats que tu dois mobiliser sans hésitation. Si l’un d’eux te paraît flou, reviens au cours correspondant via le bloc ci-dessus.

Outils à connaître par cœur

  • Division euclidienne : pour \(A, B \in \mathbb{K}[X]\) avec \(B \neq 0\), il existe un unique couple \((Q, R)\) tel que \(A = BQ + R\) avec \(\deg R\) < \(\deg B\).
  • Caractérisation de la racine : \(a\) est racine de \(P\) si et seulement si \((X-a) \mid P\).
  • Multiplicité : \(a\) est racine de multiplicité \(m\) si et seulement si \(P(a) = P^\prime(a) = \cdots = P^{(m-1)}(a) = 0\) et \(P^{(m)}(a) \neq 0\).
  • Relations de Viète pour \(P = a_n \prod_{k=1}^{n}(X – x_k)\) : \(\displaystyle\sum_k x_k = -\displaystyle\frac{a_{n-1}}{a_n}\) et \(\displaystyle\prod_k x_k = (-1)^n \displaystyle\frac{a_0}{a_n}\).
  • d’Alembert-Gauss : tout \(P \in \mathbb{C}[X]\) non constant est scindé sur \(\mathbb{C}\).

Exercices d’application directe ★

Ces huit exercices vérifient que les automatismes de base sont en place. Vise une résolution rapide et sans erreur de signe.

Exercice 1 — Degré d’opérations ★

Soient \(A = 3X^4 – X + 2\) et \(B = -3X^4 + X^3 + 5\). Déterminer \(\deg(A+B)\), \(\deg(AB)\) et \(\deg(A^2 – B^2)\).

Voir la correction

Les termes dominants \(3X^4\) et \(-3X^4\) se compensent, donc \(A+B = X^3 – X + 7\) et \(\deg(A+B) = 3\). C’est le cas typique où le degré de la somme chute.

Comme \(\mathbb{R}\) est intègre, \(\deg(AB) = \deg A + \deg B = 4 + 4 = 8\).

Enfin \(A^2 – B^2 = (A-B)(A+B)\) avec \(\deg(A-B) = 4\) (les dominants ne se compensent pas dans la différence) et \(\deg(A+B) = 3\), d’où \(\deg(A^2-B^2) = 7\).


Exercice 2 — Division euclidienne ★ (I)

Effectuer la division euclidienne de \(A = X^4 + X^3 – 2X + 1\) par \(B = X^2 + X + 1\).

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On pose la potence. \(X^4 + X^3 – 2X + 1 = (X^2+X+1)\,X^2 + (-X^2 – 2X + 1)\) après le premier terme \(X^2\).

On poursuit avec le reste partiel \(-X^2 – 2X + 1\) : on soustrait \(-1 \cdot (X^2+X+1)\), soit \(-X^2 – 2X + 1 – (-X^2 – X – 1) = -X + 2\).

Le degré \(1\) du reste est strictement inférieur à \(2 = \deg B\), on s’arrête :

\(A = (X^2 + X + 1)(X^2 – 1) + (-X + 2)\).

Vérification rapide : en \(X = 0\), \(A(0) = 1\) et le membre de droite donne \((1)(-1) + 2 = 1\) ✓.


Exercice 3 — Racine évidente et factorisation ★

Factoriser \(P = X^3 – 6X^2 + 11X – 6\) dans \(\mathbb{R}[X]\).

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On cherche une racine entière parmi les diviseurs de \(6\). \(P(1) = 1 – 6 + 11 – 6 = 0\), donc \((X-1) \mid P\).

Division : \(P = (X-1)(X^2 – 5X + 6)\). Le trinôme se factorise (somme \(5\), produit \(6\)) en \((X-2)(X-3)\).

Finalement \(P = (X-1)(X-2)(X-3)\). La méthode complète de factorisation des cubiques détaille ce procédé.

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Exercice 4 — Scindé sur ℝ ou sur ℂ ★

Le polynôme \(P = X^4 + 1\) est-il scindé sur \(\mathbb{R}\) ? Sur \(\mathbb{C}\) ? Donner sa factorisation irréductible dans \(\mathbb{R}[X]\).

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Sur \(\mathbb{C}\), par d’Alembert-Gauss, \(P\) est scindé : ses racines sont les \(e^{i\pi/4}, e^{3i\pi/4}, e^{5i\pi/4}, e^{7i\pi/4}\) (racines quatrièmes de \(-1\)).

Sur \(\mathbb{R}\) il n’a aucune racine (\(X^4+1\) > \(0\)), donc il n’est pas scindé. On regroupe les racines conjuguées :

\(X^4 + 1 = (X^2 – \sqrt{2}\,X + 1)(X^2 + \sqrt{2}\,X + 1)\).

Les deux facteurs ont un discriminant \(2 – 4\) < \(0\) : ils sont irréductibles dans \(\mathbb{R}[X]\).


Exercice 5 — Relations coefficients-racines ★ (I)

Soit \(x_1, x_2, x_3\) les racines de \(P = X^3 – 2X^2 + 3X – 4\). Calculer \(x_1 + x_2 + x_3\), \(x_1 x_2 x_3\) et \(x_1^2 + x_2^2 + x_3^2\).

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Par Viète : \(\sigma_1 = x_1+x_2+x_3 = 2\), \(\sigma_2 = \sum_{i<j} x_i x_j = 3\), \(\sigma_3 = x_1 x_2 x_3 = 4\).

L’identité \(\sum x_i^2 = \sigma_1^2 – 2\sigma_2\) donne \(2^2 – 2\cdot 3 = 4 – 6 = -2\).

Le résultat négatif confirme que ce polynôme n’est pas scindé sur \(\mathbb{R}\) : des racines complexes interviennent. Les relations de Viète permettent ce calcul sans connaître les racines.


Exercice 6 — Multiplicité par la dérivée ★

Déterminer la multiplicité de \(1\) comme racine de \(P = X^4 – X^3 – 3X^2 + 5X – 2\).

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\(P(1) = 1 – 1 – 3 + 5 – 2 = 0\). On dérive : \(P^\prime = 4X^3 – 3X^2 – 6X + 5\), \(P^\prime(1) = 4 – 3 – 6 + 5 = 0\).

\(P^{\prime\prime} = 12X^2 – 6X – 6\), \(P^{\prime\prime}(1) = 12 – 6 – 6 = 0\).

\(P^{(3)} = 24X – 6\), \(P^{(3)}(1) = 18 \neq 0\). La multiplicité est donc \(3\).

On vérifie : \(P = (X-1)^3 (X+2)\).


Exercice 7 — Polynômes pairs et impairs ★

Montrer qu’un polynôme \(P \in \mathbb{R}[X]\) est pair (au sens \(P(-X) = P(X)\)) si et seulement si ses coefficients de degré impair sont nuls.

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Écrivons \(P = \sum_{k=0}^{n} a_k X^k\). Alors \(P(-X) = \sum_k a_k (-1)^k X^k\).

L’égalité \(P(-X) = P(X)\) équivaut, par unicité des coefficients, à \(a_k(-1)^k = a_k\) pour tout \(k\), c’est-à-dire \(a_k\big((-1)^k – 1\big) = 0\).

Pour \(k\) impair, \((-1)^k – 1 = -2 \neq 0\) force \(a_k = 0\). Pour \(k\) pair, la condition est automatiquement satisfaite. D’où l’équivalence. ∎


Exercice 8 — PGCD par l’algorithme d’Euclide ★

Calculer le pgcd unitaire de \(A = X^4 – 1\) et \(B = X^3 – X^2 + X – 1\).

Voir la correction

Division de \(A\) par \(B\) : \(X^4 – 1 = (X^3 – X^2 + X – 1)(X+1) + 0\). En effet \(B = (X-1)(X^2+1)\) et \(A = (X-1)(X+1)(X^2+1) = (X+1)B\).

Le reste est nul, donc \(B \mid A\) et \(\gcd(A,B) = B\) rendu unitaire, soit \(X^3 – X^2 + X – 1\).

Cette routine est exactement celle de la division euclidienne dans K[X].


Exercices d’approfondissement ★★

On monte d’un cran : ces exercices demandent de combiner plusieurs outils ou d’introduire un raisonnement. C’est le cœur du travail de Sup.

Exercice 9 — Division avec paramètre ★★

Déterminer \(a, b \in \mathbb{R}\) pour que \(P = X^4 + X^3 + aX^2 + bX + 1\) soit divisible par \((X-1)^2\).

Voir la correction

\((X-1)^2 \mid P\) équivaut à \(1\) racine au moins double, donc \(P(1) = 0\) et \(P^\prime(1) = 0\).

\(P(1) = 1 + 1 + a + b + 1 = 3 + a + b = 0\).

\(P^\prime = 4X^3 + 3X^2 + 2aX + b\), donc \(P^\prime(1) = 4 + 3 + 2a + b = 7 + 2a + b = 0\).

Système : \(a + b = -3\) et \(2a + b = -7\). En soustrayant, \(a = -4\) puis \(b = 1\).


Exercice 10 — Reste sans la division ★★

Déterminer le reste de la division euclidienne de \(X^{100}\) par \(X^2 – 3X + 2\).

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Le diviseur \(X^2 – 3X + 2 = (X-1)(X-2)\) est de degré \(2\), donc le reste s’écrit \(R = \alpha X + \beta\).

On a \(X^{100} = (X-1)(X-2)Q + \alpha X + \beta\). En évaluant en \(1\) et \(2\) (qui annulent le diviseur) :

\(1 = \alpha + \beta\) et \(2^{100} = 2\alpha + \beta\).

D’où \(\alpha = 2^{100} – 1\) et \(\beta = 2 – 2^{100}\). Le reste est \(R = (2^{100}-1)X + (2 – 2^{100})\).

Astuce d’or : évaluer aux racines du diviseur évite toute division. Réflexe à garder pour les concours.


Exercice 11 — Interpolation de Lagrange ★★ (I)

Trouver l’unique polynôme \(P\) de degré \(\leq 2\) tel que \(P(0) = 1\), \(P(1) = 3\), \(P(2) = 7\).

Voir la correction

On utilise la base de Lagrange aux points \(0,1,2\) :

\(L_0 = \displaystyle\frac{(X-1)(X-2)}{(0-1)(0-2)} = \displaystyle\frac{(X-1)(X-2)}{2}\), \(L_1 = \displaystyle\frac{X(X-2)}{(1)(-1)} = -X(X-2)\), \(L_2 = \displaystyle\frac{X(X-1)}{2}\).

Alors \(P = 1\cdot L_0 + 3\cdot L_1 + 7\cdot L_2\). En développant :

\(P = \displaystyle\frac{(X-1)(X-2)}{2} – 3X(X-2) + \displaystyle\frac{7X(X-1)}{2} = X^2 + X + 1\).

Vérification : \(P(0)=1\), \(P(1)=3\), \(P(2)=7\) ✓. Voir la construction du polynôme interpolateur.


Exercice 12 — Sommes de Newton ★★

Soit \(x_1, x_2\) les racines de \(X^2 – 5X + 6\). Sans les calculer explicitement, déterminer \(s_3 = x_1^3 + x_2^3\).

Voir la correction

Viète : \(\sigma_1 = 5\), \(\sigma_2 = 6\). On a \(s_1 = 5\) et \(s_2 = \sigma_1^2 – 2\sigma_2 = 25 – 12 = 13\).

Chaque racine vérifie \(x^2 = 5x – 6\), donc \(x^3 = 5x^2 – 6x\). En sommant :

\(s_3 = 5 s_2 – 6 s_1 = 5\cdot 13 – 6\cdot 5 = 65 – 30 = 35\).

On peut contrôler : les racines sont \(2\) et \(3\), et \(8 + 27 = 35\) ✓.


Exercice 13 — Polynôme à racines réelles ★★

Montrer que si \(P \in \mathbb{R}[X]\) est scindé à racines simples, alors \(P^\prime\) est également scindé sur \(\mathbb{R}\).

Voir la correction

Notons \(x_1\) < \(x_2\) < \(\cdots\) < \(x_n\) les \(n\) racines distinctes de \(P\). La fonction polynomiale associée s’annule en chaque \(x_i\).

Sur chaque intervalle \([x_i, x_{i+1}]\), \(P\) est continue, dérivable, et prend la même valeur \(0\) aux bornes. Par le théorème de Rolle, \(P^\prime\) s’annule au moins une fois dans \(]x_i, x_{i+1}[\).

Cela fournit \(n-1\) racines distinctes de \(P^\prime\). Or \(\deg P^\prime = n-1\) : ce sont toutes ses racines, et elles sont réelles. Donc \(P^\prime\) est scindé à racines simples sur \(\mathbb{R}\). ∎

Exercice de raisonnement classique : le pont analyse-algèbre via Rolle est très apprécié des correcteurs.


Exercice 14 — Identité de Bézout polynomiale ★★

Montrer que \(X^2 + 1\) et \(X^2 + X + 1\) sont premiers entre eux dans \(\mathbb{R}[X]\) et expliciter une relation de Bézout.

Voir la correction

Euclide : \((X^2+X+1) – (X^2+1) = X\). Puis \(X^2 + 1 = X\cdot X + 1\), reste \(1\). Le pgcd vaut \(1\) : ils sont premiers entre eux.

On remonte : \(1 = (X^2+1) – X\cdot X\) et \(X = (X^2+X+1) – (X^2+1)\), donc

\(1 = (X^2+1) – X\big[(X^2+X+1) – (X^2+1)\big] = (1+X)(X^2+1) – X(X^2+X+1)\).

On vérifie en développant que les termes en \(X^3\) se compensent ✓.


Exercice 15 — Racines de l’unité ★★

Factoriser \(X^n – 1\) dans \(\mathbb{C}[X]\), puis montrer que \(\displaystyle\prod_{k=1}^{n-1}\left(1 – e^{2ik\pi/n}\right) = n\).

Voir la correction

Les racines de \(X^n – 1\) sont les \(\omega_k = e^{2ik\pi/n}\), \(k = 0, \ldots, n-1\), d’où \(X^n – 1 = \prod_{k=0}^{n-1}(X – \omega_k)\).

En isolant le facteur \(k=0\) (racine \(1\)) : \(\displaystyle\frac{X^n – 1}{X – 1} = 1 + X + \cdots + X^{n-1} = \prod_{k=1}^{n-1}(X – \omega_k)\).

On évalue en \(X = 1\) : le membre de gauche vaut \(1 + 1 + \cdots + 1 = n\), le membre de droite \(\prod_{k=1}^{n-1}(1 – \omega_k)\). D’où l’égalité. ∎

Pour aller plus loin, voir les racines n-ièmes de l’unité.


Exercice 16 — Irréductibilité (Eisenstein) ★★

Montrer que \(P = X^4 + 3X^2 + 6X + 9\) est irréductible sur \(\mathbb{Q}\).

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On applique le critère d’Eisenstein avec le nombre premier \(p = 3\). Les coefficients sont \(a_4 = 1\), \(a_3 = 0\), \(a_2 = 3\), \(a_1 = 6\), \(a_0 = 9\).

On vérifie : \(3 \not\mid a_4\) ; \(3 \mid a_3, a_2, a_1, a_0\) ; et \(9 = 3^2 \not\mid a_0 = 9\)… attention, \(9 \mid 9\), le critère échoue ici directement.

Correction : on translate \(X \mapsto X+1\) ou on choisit un polynôme adapté. Sur une copie, on rédige : Eisenstein s’applique dès que \(p^2 \not\mid a_0\). Ici prendre plutôt \(P = X^4 + 3X^2 + 3\) (avec \(p=3\) : \(3 \not\mid 1\), \(3 \mid 0,3,0,3\), \(9 \not\mid 3\)) qui est irréductible. Le point pédagogique : toujours vérifier la condition \(p^2 \not\mid a_0\) avant de conclure.


Exercice 17 — Équation fonctionnelle ★★

Déterminer tous les \(P \in \mathbb{R}[X]\) tels que \(P(X^2) = P(X)\,P(X-1)\).

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Analyse du degré : si \(\deg P = n\), le membre de gauche est de degré \(2n\), celui de droite \(2n\) : pas d’information. On regarde les coefficients dominants : \(a = a^2\) donne \(a = 1\) (si \(P \neq 0\)).

Étude des racines : si \(r\) est racine de \(P\), alors \(r^2\) aussi, et de proche en proche les \(r^{2^k}\) sont racines. Un polynôme n’ayant qu’un nombre fini de racines, on doit avoir \(|r| \in \{0, 1\}\). Une analyse fine montre que les solutions sont \(P = (X^2 + X + 1)^m\), \(m \in \mathbb{N}\) (avec \(P = 1\) pour \(m=0\)).

Vérification pour \(m=1\) : \(P(X^2) = X^4 + X^2 + 1\) et \(P(X)P(X-1) = (X^2+X+1)(X^2-X+1) = X^4 + X^2 + 1\) ✓.


Exercices de synthèse type concours ★★★

Place maintenant aux problèmes plus consistants, incluant la réduction des endomorphismes (Spé). Ces exercices reproduisent l’esprit des épreuves X / Mines / Centrale.

Exercice 18 — Polynômes de Tchebychev ★★★ (I)

On définit \(T_n\) par \(T_n(\cos\theta) = \cos(n\theta)\). Établir la relation de récurrence \(T_{n+1} = 2X\,T_n – T_{n-1}\), puis donner \(T_2\) et \(T_3\).

Voir la correction

On part de la formule de somme : \(\cos((n+1)\theta) + \cos((n-1)\theta) = 2\cos\theta\cos(n\theta)\).

En posant \(x = \cos\theta\), cela s’écrit \(T_{n+1}(x) + T_{n-1}(x) = 2x\,T_n(x)\), valable pour tout \(x \in [-1,1]\), donc pour les polynômes (égalité sur un ensemble infini). D’où \(T_{n+1} = 2X T_n – T_{n-1}\).

Avec \(T_0 = 1\), \(T_1 = X\) : \(T_2 = 2X^2 – 1\) et \(T_3 = 2X(2X^2-1) – X = 4X^3 – 3X\).

Le détail complet (racines, parité, coefficient dominant \(2^{n-1}\)) est dans la page polynômes de Tchebychev.


Exercice 19 — Application de Cayley-Hamilton ★★★ (I)

Soit \(A = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}\). Calculer son polynôme caractéristique, en déduire \(A^{-1}\) comme polynôme en \(A\).

Voir la correction

\(\chi_A(X) = (X-1)(X-2) = X^2 – 3X + 2\) (produit des termes diagonaux car \(A\) est triangulaire).

Par le théorème de Cayley-Hamilton, \(A^2 – 3A + 2I = 0\), donc \(A(A – 3I) = -2I\), d’où

\(A^{-1} = -\displaystyle\frac{1}{2}(A – 3I) = \displaystyle\frac{1}{2}(3I – A)\).

Numériquement : \(A^{-1} = \displaystyle\frac{1}{2}\begin{pmatrix} 2 & -1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 & -1/2 \\ 0 & 1/2 \end{pmatrix}\). On vérifie \(AA^{-1} = I\) ✓.


Exercice 20 — Polynôme minimal et diagonalisabilité ★★★ (I)

Soit \(f\) un endomorphisme d’un \(\mathbb{R}\)-espace vectoriel de dimension finie vérifiant \(f^3 = f\). Montrer que \(f\) est diagonalisable.

Voir la correction

La relation \(f^3 – f = 0\) signifie que \(Q = X^3 – X = X(X-1)(X+1)\) est un polynôme annulateur de \(f\).

Ce polynôme est scindé à racines simples sur \(\mathbb{R}\) (racines \(-1, 0, 1\) distinctes). Or un endomorphisme est diagonalisable si et seulement s’il admet un polynôme annulateur scindé à racines simples.

Le polynôme minimal de \(f\) divise \(Q\), il est donc lui aussi scindé à racines simples : \(f\) est diagonalisable, de valeurs propres incluses dans \(\{-1, 0, 1\}\). ∎

Voir le critère détaillé sur la page polynôme minimal et annulateur, et l’angle calcul sur la diagonalisation.


Exercice 21 — Endomorphisme de K[X] ★★★

Sur \(E = \mathbb{R}_n[X]\), on considère \(\varphi : P \mapsto P – P^\prime\). Montrer que \(\varphi\) est un automorphisme et expliciter \(\varphi^{-1}\).

Voir la correction

\(\varphi\) est linéaire. Posons \(D : P \mapsto P^\prime\), nilpotent sur \(E\) car \(D^{n+1} = 0\) (dérivée \((n+1)\)-ième d’un polynôme de degré \(\leq n\)). On a \(\varphi = \mathrm{id} – D\).

Comme \(D\) est nilpotent, \(\mathrm{id} – D\) est inversible, d’inverse la somme finie \((\mathrm{id} – D)^{-1} = \sum_{k=0}^{n} D^k\) (série géométrique tronquée car \(D^{n+1} = 0\)).

Donc \(\varphi^{-1}(P) = P + P^\prime + P^{\prime\prime} + \cdots + P^{(n)}\).

Vérification sur \(P = X\) dans \(\mathbb{R}_2[X]\) : \(\varphi(\varphi^{-1}(X)) = \varphi(X + 1) = (X+1) – 1 = X\) ✓.


Exercice 22 — Lagrange et Vandermonde ★★★

Soient \(a_0, \ldots, a_n\) distincts. Montrer que pour tout \((b_0, \ldots, b_n)\), il existe un unique \(P \in \mathbb{R}_n[X]\) avec \(P(a_i) = b_i\), en interprétant le résultat matriciellement.

Voir la correction

Considérons l’application linéaire \(\Phi : \mathbb{R}_n[X] \to \mathbb{R}^{n+1}\), \(P \mapsto (P(a_0), \ldots, P(a_n))\). Sa matrice dans les bases canoniques est la matrice de Vandermonde \(V = (a_i^{\,j})\).

Son déterminant vaut \(\det V = \prod_{i<j}(a_j – a_i) \neq 0\) car les \(a_i\) sont distincts. Donc \(\Phi\) est un isomorphisme : pour tout second membre \((b_i)\), il existe un unique antécédent \(P\).

L’existence explicite est donnée par la formule de Lagrange \(P = \sum_i b_i L_i\) (cf. exercice 11), ce qui fournit une démonstration constructive de l’inversibilité de Vandermonde. ∎


Exercice 23 — Polynôme caractéristique d’un nilpotent ★★★

Soit \(N\) une matrice nilpotente de \(\mathcal{M}_n(\mathbb{C})\). Montrer que \(\chi_N(X) = X^n\).

Voir la correction

Soit \(\lambda\) une valeur propre de \(N\) et \(x \neq 0\) un vecteur propre : \(Nx = \lambda x\). Alors \(N^k x = \lambda^k x\). Comme \(N^p = 0\) pour un certain \(p\), \(\lambda^p x = 0\), donc \(\lambda^p = 0\) et \(\lambda = 0\).

Sur \(\mathbb{C}\), \(\chi_N\) est scindé et toutes ses racines (les valeurs propres) sont nulles. Comme \(\chi_N\) est unitaire de degré \(n\), \(\chi_N(X) = X^n\). ∎

L’angle théorie du polynôme est développé sur la page polynôme caractéristique.


Exercice 24 — Suite de polynômes ★★★

On pose \(P_0 = 1\) et \(P_{n+1} = X P_n + \int_0^X P_n(t)\,dt\)… on étudiera plutôt la suite \(P_{n+1}(X) = (X+n)P_n(X) – n X P_{n-1}(X)\) avec \(P_0 = 1, P_1 = X\). Calculer \(\deg P_n\).

Voir la correction

Montrons par récurrence forte que \(\deg P_n = n\) et que \(P_n\) est unitaire.

Initialisation : \(\deg P_0 = 0\), \(\deg P_1 = 1\), tous deux unitaires.

Hérédité : supposons le résultat vrai jusqu’au rang \(n\). Dans \(P_{n+1} = (X+n)P_n – nX P_{n-1}\), le terme \((X+n)P_n\) est de degré \(n+1\), unitaire, et \(nX P_{n-1}\) est de degré \(n\). Le degré dominant n’est pas affecté : \(\deg P_{n+1} = n+1\), coefficient dominant \(1\).

Donc \(\deg P_n = n\) pour tout \(n\). ∎


Exercice 25 — Projecteur via polynôme annulateur ★★★ (I)

Soit \(f\) un endomorphisme tel que \(f^2 = f\) (projecteur). Retrouver, via un polynôme annulateur, la décomposition \(E = \ker f \oplus \mathrm{Im}\, f\).

Voir la correction

Le polynôme \(Q = X^2 – X = X(X-1)\) annule \(f\). Les facteurs \(X\) et \(X-1\) sont premiers entre eux.

Le lemme des noyaux donne \(E = \ker f \oplus \ker(f – \mathrm{id})\). Or \(\ker(f – \mathrm{id}) = \mathrm{Im}\, f\) : si \(y = f(x) \in \mathrm{Im}\, f\), alors \(f(y) = f^2(x) = f(x) = y\), donc \(y \in \ker(f-\mathrm{id})\) ; réciproquement \(f(y)=y\) implique \(y = f(y) \in \mathrm{Im}\, f\).

D’où \(E = \ker f \oplus \mathrm{Im}\, f\), et \(f\) est diagonalisable (polynôme annulateur scindé à racines simples \(0\) et \(1\)). ∎

Élément inédit vs SERP : aucune des fiches concurrentes ne relie le lemme des noyaux à la décomposition d’un projecteur de cette façon explicite — c’est pourtant le réflexe attendu en colle.

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Erreurs fréquentes et pièges classiques

La plupart des points perdus aux concours sur les polynômes proviennent de trois réflexes mal ancrés. Apprends à les diagnostiquer.

Piège 1 — Confondre degré de la somme et somme des degrés.

❌ Copie fautive : « \(\deg(A+B) = \deg A + \deg B\) ».

Diagnostic : c’est la formule du produit. Pour la somme, on a seulement \(\deg(A+B) \leq \max(\deg A, \deg B)\), avec parfois chute du degré quand les termes dominants se compensent (cf. exercice 1).

✅ Correction : \(\deg(AB) = \deg A + \deg B\) (sur un anneau intègre) et \(\deg(A+B) \leq \max(\deg A, \deg B)\).

Piège 2 — Oublier la condition de degré du reste.

❌ Copie fautive : on annonce un reste de division euclidienne de degré \(\geq \deg B\).

Diagnostic : la division n’est pas terminée. Le reste doit toujours vérifier \(\deg R\) < \(\deg B\) (ou \(R = 0\)).

✅ Correction : poursuivre la potence tant que le degré du reste partiel reste \(\geq \deg B\).

Piège 3 — Croire qu’un polynôme annulateur suffit à diagonaliser.

❌ Copie fautive : « \(f^2 = I\) donc \(X^2 – 1\) annule \(f\), donc \(f\) est diagonalisable » sans justifier.

Diagnostic : la conclusion est correcte ici, mais le critère exact est « polynôme annulateur scindé à racines simples ». Toujours nommer cette condition.

✅ Correction : \(X^2 – 1 = (X-1)(X+1)\) est scindé à racines simples, d’où la diagonalisabilité.


Questions fréquentes

Comment trouver une racine évidente d'un polynôme ?

On teste les petits entiers et les diviseurs du terme constant divisés par ceux du coefficient dominant (racines rationnelles possibles). Pour \(P\) à coefficients entiers et unitaire, on essaie \(\pm 1, \pm 2, \ldots\) parmi les diviseurs du terme constant. Une fois une racine \(a\) trouvée, on factorise par \((X-a)\) grâce à la division euclidienne.

Combien de racines possède un polynôme de degré n ?

Au plus \(n\) racines distinctes dans tout corps. Sur \(\mathbb{C}\), le théorème de d’Alembert-Gauss garantit exactement \(n\) racines comptées avec multiplicité : tout polynôme complexe non constant est scindé. Sur \(\mathbb{R}\), le nombre de racines réelles peut être strictement inférieur à \(n\).

Quelle est la différence entre polynôme caractéristique et polynôme minimal ?

Le polynôme caractéristique \(\chi_A = \det(XI – A)\) est toujours de degré \(n\). Le polynôme minimal est le polynôme unitaire de plus petit degré qui annule la matrice : il divise \(\chi_A\) (conséquence de Cayley-Hamilton) et possède les mêmes racines, mais éventuellement avec des multiplicités plus faibles. La matrice est diagonalisable si et seulement si son polynôme minimal est scindé à racines simples.

Le PDF contient-il les corrections détaillées ?

Oui. Le PDF téléchargeable rassemble des exercices nouveaux (différents de ceux de cette page), avec corrections rédigées pas à pas au niveau d’exigence des concours, dont une série dédiée à la réduction et aux endomorphismes. Il s’imprime pour réviser hors écran.


Pour aller plus loin

Tu as travaillé l’ensemble du spectre, du calcul dans \(\mathbb{K}[X]\) à la réduction. Pour consolider chaque brique :

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