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Pourquoi \(12\) s’écrit \(2^2 \times 3\) et pas autrement ? Le théorème fondamental de l’arithmétique répond à cette question : tout entier supérieur ou égal à 2 admet une unique décomposition en produit de nombres premiers. Ce résultat, simple à énoncer, est la clé de voûte de toute l’arithmétique en Maths Expertes. Tu trouveras ici son énoncé précis, sa démonstration commentée pas à pas, ses applications concrètes et des exercices corrigés.
I. Énoncé du théorème fondamental de l’arithmétique
A. Énoncé formel
Théorème fondamental de l’arithmétique (TFA)
Tout entier naturel \(n \geq 2\) se décompose de manière unique (à l’ordre des facteurs près) en un produit de nombres premiers :
\(n = p_1^{\alpha_1} \times p_2^{\alpha_2} \times \cdots \times p_r^{\alpha_r}\)
où \(p_1\) < \(p_2\) < \(\cdots\) < \(p_r\) sont des nombres premiers et \(\alpha_1, \alpha_2, \ldots, \alpha_r \geq 1\) sont des entiers naturels non nuls.
Ce théorème affirme deux choses distinctes, et les deux sont indispensables :
- L’existence : toute décomposition en produit de premiers est possible (on peut toujours factoriser).
- L’unicité : cette décomposition est la seule possible (à l’ordre près). Il n’y a pas deux façons différentes de factoriser un même entier.
B. Ce que dit le théorème en pratique
Le TFA signifie que les nombres premiers jouent le rôle de « briques élémentaires » pour construire tous les entiers. Tout entier \(n \geq 2\) est soit premier (une seule brique), soit un assemblage unique de briques premières.
Analogie utile : les nombres premiers sont aux entiers ce que les atomes sont aux molécules. Chaque molécule (entier) admet une formule chimique unique (décomposition en facteurs premiers). Le TFA est le « tableau périodique » de l’arithmétique.
La précision « à l’ordre près » est essentielle : les décompositions \(12 = 2^2 \times 3\) et \(12 = 3 \times 2^2\) sont considérées comme identiques. Pour lever toute ambiguïté, on range les facteurs premiers dans l’ordre croissant.
C. Premiers exemples de décomposition
| Entier \(n\) | Décomposition | Commentaire |
|---|---|---|
| \(2\) | \(2\) | Premier (un seul facteur) |
| \(12\) | \(2^2 \times 3\) | Deux facteurs premiers distincts |
| \(60\) | \(2^2 \times 3 \times 5\) | Trois facteurs premiers distincts |
| \(100\) | \(2^2 \times 5^2\) | Deux facteurs premiers avec exposants |
| \(97\) | \(97\) | Premier (un seul facteur) |
| \(2520\) | \(2^3 \times 3^2 \times 5 \times 7\) | Quatre facteurs premiers distincts |
Pour obtenir ces décompositions, on utilise les critères de divisibilité et la méthode de décomposition en facteurs premiers. Le TFA garantit que le résultat obtenu est le seul possible.
II. Prérequis et programme officiel
A. À quel niveau étudie-t-on ce théorème ?
| Niveau | Contenu | Statut |
|---|---|---|
| 3ème (Brevet) | Décomposition en facteurs premiers (utilisation pratique) | Résultat admis |
| Tle Maths Expertes | Énoncé du TFA, démonstration de l’existence et de l’unicité | 📋 Au programme (démonstration exigible) |
| CPGE (MPSI / PCSI) | TFA dans l’anneau \(\mathbb{Z}\), valuation \(p\)-adique, applications | Fondement du cours d’arithmétique |
En 3ème, tu utilises la décomposition en facteurs premiers sans la justifier. En Terminale Maths Expertes, tu dois comprendre pourquoi cette décomposition existe et pourquoi elle est unique. C’est exactement ce que fait la démonstration du TFA. Conforme au programme officiel 2025-2026.
B. Les prérequis indispensables
Avant d’aborder le TFA, assure-toi de maîtriser ces notions :
- Nombres premiers : un entier \(p \geq 2\) est premier si ses seuls diviseurs positifs sont \(1\) et \(p\) → nombres premiers
- Divisibilité : « \(a\) divise \(b\) » signifie qu’il existe \(k \in \mathbb{Z}\) tel que \(b = ka\) → critères de divisibilité
- Division euclidienne : pour \(a \in \mathbb{Z}\) et \(b \in \mathbb{N}^*\), il existe un unique couple \((q, r)\) tel que \(a = bq + r\) avec \(0 \leq r\) < \(b\) → division euclidienne
- PGCD et théorème de Bézout : il existe \(u, v \in \mathbb{Z}\) tels que \(au + bv = \mathrm{pgcd}(a, b)\) → PGCD et PPCM
Le théorème fondamental de l’arithmétique en une fiche
Énoncé, démonstration complète (existence + unicité), lemme d’Euclide et formules du PGCD/PPCM — tout sur une seule page recto-verso.
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III. Démonstration commentée pas à pas
La démonstration du TFA se fait en deux temps : on montre d’abord que la décomposition existe, puis qu’elle est unique. L’unicité est la partie la plus délicate — c’est là que la plupart des preuves disponibles en ligne font l’impasse. Ici, chaque étape est commentée et justifiée.
📋 Démonstration au programme (Terminale Maths Expertes)
A. Preuve de l’existence (récurrence forte)
Récurrence forte vs récurrence simple : dans une récurrence simple, on suppose la propriété vraie au rang \(n\) pour la montrer au rang \(n+1\). Dans une récurrence forte (ou complète), on suppose la propriété vraie pour tous les rangs de 2 à \(n-1\) pour la montrer au rang \(n\). C’est un outil plus puissant, parfaitement adapté ici.
On montre par récurrence forte que tout entier \(n \geq 2\) se décompose en produit de nombres premiers.
Initialisation (\(n = 2\)) : \(2\) est un nombre premier, donc \(2 = 2^1\) est bien un produit de nombres premiers (un seul facteur). ✓
Hérédité : soit \(n \geq 3\). On suppose que tout entier \(k\) vérifiant \(2 \leq k\) < \(n\) se décompose en produit de nombres premiers (hypothèse de récurrence forte).
Distinguons deux cas :
Cas 1 : \(n\) est premier. Alors \(n = n^1\) est un produit de nombres premiers. ✓
Cas 2 : \(n\) n’est pas premier. Par définition, il existe des entiers \(a\) et \(b\) tels que \(n = a \times b\) avec \(2 \leq a \leq b\) et \(a\) < \(n\), \(b\) < \(n\).
Par hypothèse de récurrence forte, \(a\) et \(b\) se décomposent chacun en produit de nombres premiers. En juxtaposant ces deux décompositions, on obtient une décomposition de \(n = a \times b\) en produit de nombres premiers. ✓
Conclusion : par récurrence forte, tout entier \(n \geq 2\) admet au moins une décomposition en produit de nombres premiers. C’est l’existence.
B. Le lemme d’Euclide : l’outil clé pour l’unicité
Pour démontrer l’unicité, on a besoin d’un résultat intermédiaire essentiel. C’est ici que la plupart des preuves disponibles en ligne font l’impasse, en admettant ce lemme sans le justifier. Pas nous.
Lemme d’Euclide
Si \(p\) est un nombre premier et \(p \mid ab\), alors \(p \mid a\) ou \(p \mid b\).
Démonstration du lemme d’Euclide :
Supposons que \(p \not\mid a\). On veut montrer que \(p \mid b\).
Stratégie : puisque \(p\) est premier et ne divise pas \(a\), on va utiliser Bézout pour « extraire » \(b\).
Étape 1 : \(p\) est premier et \(p \not\mid a\). Les seuls diviseurs positifs de \(p\) sont \(1\) et \(p\). Comme \(p \not\mid a\), on a \(\mathrm{pgcd}(p, a) = 1\).
Étape 2 : par le théorème de Bézout, il existe \(u, v \in \mathbb{Z}\) tels que \(pu + av = 1\).
Étape 3 : multiplions cette égalité par \(b\) :
\(pub + abv = b\)Étape 4 : \(p \mid pub\) (car \(p\) est un facteur) et \(p \mid abv\) (car \(p \mid ab\) par hypothèse). Donc \(p\) divise la somme \(pub + abv = b\).
Conclusion : \(p \mid b\). ∎
Pourquoi ce lemme est-il si important ? Il dit qu’un nombre premier ne peut diviser un produit que s’il divise l’un des facteurs. Cette propriété est fausse pour les nombres non premiers : par exemple, \(6 \mid 4 \times 9 = 36\) mais \(6 \not\mid 4\) et \(6 \not\mid 9\). C’est précisément la primalité qui confère cette propriété « indécomposable ».
C. Preuve de l’unicité
On montre par récurrence forte que la décomposition en facteurs premiers est unique (à l’ordre près).
Initialisation (\(n = 2\)) : si \(2 = p_1 \times p_2 \times \cdots \times p_r\) avec les \(p_i\) premiers, alors chaque \(p_i \geq 2\) et le produit est au moins \(2^r\). Pour que ce produit vaille \(2\), on doit avoir \(r = 1\) et \(p_1 = 2\). L’unicité est vérifiée. ✓
Hérédité : soit \(n \geq 3\). On suppose l’unicité pour tout entier \(k\) vérifiant \(2 \leq k\) < \(n\).
Supposons que \(n\) admette deux décompositions :
\(n = p_1 \times p_2 \times \cdots \times p_r = q_1 \times q_2 \times \cdots \times q_s\)avec \(p_1 \leq p_2 \leq \cdots \leq p_r\) et \(q_1 \leq q_2 \leq \cdots \leq q_s\) premiers.
Étape 1 — On montre que \(p_1 = q_1\) :
\(p_1\) divise \(n = q_1 \times q_2 \times \cdots \times q_s\). Par le lemme d’Euclide (appliqué de proche en proche), \(p_1\) divise l’un des \(q_j\). Comme \(q_j\) est premier et \(p_1 \geq 2\), on a nécessairement \(p_1 = q_j\). En particulier, \(p_1 = q_j \geq q_1\).
Par symétrie du raisonnement (en partant de \(q_1\) qui divise le produit des \(p_i\)), on obtient \(q_1 \geq p_1\).
Donc \(p_1 = q_1\).
Étape 2 — On simplifie et on conclut par récurrence :
On simplifie les deux membres par \(p_1 = q_1\) :
\(\displaystyle\frac{n}{p_1} = p_2 \times \cdots \times p_r = q_2 \times \cdots \times q_s\)Si \(r = 1\) (un seul facteur premier), alors \(n = p_1\) est premier et \(s = 1\) également. L’unicité est vérifiée.
Si \(r \geq 2\), alors \(\displaystyle\frac{n}{p_1} \geq 2\) et \(\displaystyle\frac{n}{p_1}\) < \(n\). Par hypothèse de récurrence forte, la décomposition de \(\displaystyle\frac{n}{p_1}\) est unique : \(r – 1 = s – 1\) et \(p_i = q_i\) pour tout \(i \geq 2\).
Conclusion : \(r = s\) et \(p_i = q_i\) pour tout \(i\). La décomposition est unique. ∎
Piège classique : beaucoup d’élèves pensent que l’existence de la décomposition suffit et négligent l’unicité. Or, c’est l’unicité qui donne toute sa force au TFA : elle garantit que les exposants \(\alpha_i\) sont bien déterminés, ce qui permet d’en déduire des formules pour le PGCD, le PPCM, le nombre de diviseurs, etc.
IV. Conséquences et applications du TFA
Le TFA ne sert pas qu’à factoriser des entiers : il fonde une grande partie des outils de l’arithmétique. Voici les trois applications les plus importantes, suivies d’une extension pour la prépa.
A. Calcul du PGCD et du PPCM par la décomposition
Si deux entiers \(a\) et \(b\) ont pour décompositions :
\(a = p_1^{\alpha_1} \times p_2^{\alpha_2} \times \cdots \times p_k^{\alpha_k}\) et \(b = p_1^{\beta_1} \times p_2^{\beta_2} \times \cdots \times p_k^{\beta_k}\)
(en autorisant les exposants nuls pour utiliser les mêmes \(p_i\)), alors :
Formules du PGCD et du PPCM
\(\mathrm{pgcd}(a, b) = p_1^{\min(\alpha_1, \beta_1)} \times p_2^{\min(\alpha_2, \beta_2)} \times \cdots \times p_k^{\min(\alpha_k, \beta_k)}\)
\(\mathrm{ppcm}(a, b) = p_1^{\max(\alpha_1, \beta_1)} \times p_2^{\max(\alpha_2, \beta_2)} \times \cdots \times p_k^{\max(\alpha_k, \beta_k)}\)
Ces formules sont des conséquences directes de l’unicité de la décomposition. Pour en savoir plus et t’entraîner sur des exemples, consulte la page PGCD et PPCM.
B. Nombre de diviseurs d’un entier
Si \(n = p_1^{\alpha_1} \times p_2^{\alpha_2} \times \cdots \times p_r^{\alpha_r}\), alors le nombre total de diviseurs positifs de \(n\) est :
Formule du nombre de diviseurs
\(d(n) = (\alpha_1 + 1) \times (\alpha_2 + 1) \times \cdots \times (\alpha_r + 1)\)
Exemple : \(360 = 2^3 \times 3^2 \times 5^1\).
Nombre de diviseurs : \(d(360) = (3+1)(2+1)(1+1) = 4 \times 3 \times 2 = 24\).
L’entier \(360\) possède exactement 24 diviseurs positifs.
Pourquoi ça marche ? Chaque diviseur de \(n\) s’écrit \(p_1^{a_1} \times \cdots \times p_r^{a_r}\) avec \(0 \leq a_i \leq \alpha_i\). Pour chaque \(p_i\), il y a \(\alpha_i + 1\) choix possibles pour l’exposant (de \(0\) à \(\alpha_i\)). Le TFA garantit que chaque choix produit un diviseur distinct.
C. L’infinité des nombres premiers (preuve d’Euclide)
Le TFA donne aussi l’une des plus belles preuves de l’histoire des mathématiques, attribuée à Euclide (vers 300 av. J.-C.).
Théorème (Euclide)
Il existe une infinité de nombres premiers.
Démonstration : raisonnons par l’absurde. Supposons qu’il n’existe qu’un nombre fini de nombres premiers : \(p_1, p_2, \ldots, p_k\).
Considérons l’entier \(N = p_1 \times p_2 \times \cdots \times p_k + 1\).
On a \(N \geq 2\). Par le TFA (existence), \(N\) admet au moins un diviseur premier \(p\).
Or, pour chaque \(i\), \(N = p_i \times \left(\displaystyle\frac{p_1 \cdots p_k}{p_i}\right) + 1\), donc la division euclidienne de \(N\) par \(p_i\) donne un reste de \(1\). Ainsi \(p_i \not\mid N\) pour tout \(i\).
Mais \(p\) divise \(N\) et \(p\) devrait être l’un des \(p_i\) (puisqu’on a supposé que la liste \(p_1, \ldots, p_k\) est exhaustive). Contradiction.
Il existe donc une infinité de nombres premiers. ∎
D. 🔴 Extension CPGE : la valuation \(p\)-adique
En prépa (MPSI/PCSI), le TFA se reformule élégamment à l’aide de la valuation \(p\)-adique.
Définition — Valuation \(p\)-adique
Soit \(p\) un nombre premier et \(n \geq 1\) un entier. On note \(v_p(n)\) le plus grand entier \(\alpha \geq 0\) tel que \(p^{\alpha} \mid n\).
Autrement dit, \(v_p(n)\) est l’exposant de \(p\) dans la décomposition en facteurs premiers de \(n\).
La valuation vérifie les propriétés fondamentales suivantes (conséquences directes du TFA) :
- \(v_p(ab) = v_p(a) + v_p(b)\)
- \(v_p(\mathrm{pgcd}(a,b)) = \min(v_p(a), v_p(b))\)
- \(v_p(\mathrm{ppcm}(a,b)) = \max(v_p(a), v_p(b))\)
- \(a \mid b \iff \forall p \text{ premier},\ v_p(a) \leq v_p(b)\)
Formule de Legendre : la plus grande puissance de \(p\) divisant \(n!\) vaut :
\(v_p(n!) = \sum_{k=1}^{+\infty} \left\lfloor \displaystyle\frac{n}{p^k} \right\rfloor\)(somme finie car \(\lfloor n / p^k \rfloor = 0\) dès que \(p^k\) > \(n\)).
Cette formule est l’un des outils les plus puissants de l’arithmétique en prépa. Tu la retrouveras dans de nombreux problèmes de concours (X, Mines, Centrale).
V. Quand et comment utiliser le TFA ?
Le TFA est un outil parmi d’autres en arithmétique. Savoir quand l’utiliser — et quand préférer une autre technique — est essentiel pour ne pas perdre de temps.
| Objectif | Outil recommandé | Pourquoi |
|---|---|---|
| PGCD de deux nombres | Algorithme d’Euclide | Plus rapide que la décomposition |
| PGCD et PPCM, ou nombre de diviseurs | Décomposition (TFA) | Donne toute l’information d’un coup |
| Tester la divisibilité par 2, 3, 5, 9, 11 | Critères de divisibilité | Test immédiat, sans calcul |
| Trouver \(u, v\) tels que \(au + bv = \mathrm{pgcd}(a,b)\) | Algorithme d’Euclide étendu (Bézout) | Seule méthode constructive |
| Prouver \(a \mid c\) sachant \(a \mid bc\) et \(\mathrm{pgcd}(a,b)=1\) | Théorème de Gauss | Application directe |
| Prouver l’irrationalité de \(\sqrt{n}\) | TFA (unicité) | Argument de parité des exposants |
Voici trois exemples courts illustrant le choix de méthode :
Exemple 1 🟢 — Calculer pgcd(180, 504)
Deux méthodes possibles :
- Par Euclide : \(504 = 2 \times 180 + 144\), \(180 = 1 \times 144 + 36\), \(144 = 4 \times 36 + 0\). Donc \(\mathrm{pgcd}(180, 504) = 36\).
- Par le TFA : \(180 = 2^2 \times 3^2 \times 5\) et \(504 = 2^3 \times 3^2 \times 7\). Donc \(\mathrm{pgcd} = 2^2 \times 3^2 = 36\).
Si tu veux seulement le PGCD, l’algorithme d’Euclide est plus rapide. Si tu veux aussi le PPCM ou d’autres informations, le TFA est préférable.
Exemple 2 🟢 — Montrer que \(\sqrt{6}\) est irrationnel
Supposons par l’absurde que \(\sqrt{6} = \displaystyle\frac{a}{b}\) avec \(a, b \in \mathbb{N}^*\) et \(\mathrm{pgcd}(a, b) = 1\).
Alors \(a^2 = 6b^2 = 2 \times 3 \times b^2\).
Puisque \(2 \mid a^2\) et que \(2\) est premier, le lemme d’Euclide donne \(2 \mid a\). Écrivons \(a = 2k\).
Alors \(4k^2 = 6b^2\), soit \(2k^2 = 3b^2\). Le membre de gauche est pair, donc \(3b^2\) est pair. Comme \(3\) est impair, \(b^2\) est pair, donc \(2 \mid b\) (encore par le lemme d’Euclide).
Mais \(2 \mid a\) et \(2 \mid b\) contredit \(\mathrm{pgcd}(a, b) = 1\). Donc \(\sqrt{6} \notin \mathbb{Q}\). ∎
Retiens la méthode : c’est l’unicité du TFA (via le lemme d’Euclide) qui permet de « transférer » la divisibilité du carré à l’entier lui-même.
Exemple 3 🟢 — « Je sais que \(a \mid 12b\) et \(\mathrm{pgcd}(a, 12) = 1\), puis-je conclure que \(a \mid b\) ? »
Oui, mais ici l’outil n’est pas le TFA : c’est le théorème de Gauss. Puisque \(a \mid 12b\) et \(\mathrm{pgcd}(a, 12) = 1\), Gauss donne directement \(a \mid b\).
Le TFA n’est pas utile ici : on ne cherche pas à décomposer, on cherche à conclure sur la divisibilité à partir de la coprimarité.
VI. Erreurs fréquentes et pièges classiques
Le TFA semble simple, mais il cache plusieurs pièges récurrents en devoirs et examens. Voici les erreurs que je vois le plus souvent en tant que correcteur.
Erreur n°1 — Énoncer seulement l’existence, oublier l’unicité
❌ Copie fautive : « Le TFA dit que tout entier se décompose en produit de premiers. »
Diagnostic : l’énoncé est incomplet. L’existence seule n’a rien de remarquable (c’est presque évident). C’est l’unicité qui fait toute la force du théorème.
✅ Correction : « Le TFA affirme que tout entier \(n \geq 2\) se décompose en produit de facteurs premiers, et que cette décomposition est unique à l’ordre des facteurs près. »
Erreur n°2 — Confondre le lemme d’Euclide et le théorème de Gauss
❌ Copie fautive : « Par le théorème de Gauss, \(3\) est premier et \(3 \mid 15 \times 4\), donc \(3 \mid 15\) ou \(3 \mid 4\). »
Diagnostic : le raisonnement est correct, mais le théorème invoqué est le mauvais ! C’est le lemme d’Euclide (hypothèse : \(p\) premier), pas le théorème de Gauss (hypothèse : \(\mathrm{pgcd}(a,b) = 1\)).
✅ Correction : « Par le lemme d’Euclide, \(3\) est premier et \(3 \mid 15 \times 4\), donc \(3 \mid 15\) ou \(3 \mid 4\). » Le lemme d’Euclide est un cas particulier du théorème de Gauss, mais ce n’est pas la même hypothèse.
Erreur n°3 — Appliquer le lemme d’Euclide à un nombre non premier
❌ Copie fautive : « On a \(6 \mid 12 \times 15 = 180\). Par le lemme d’Euclide, \(6 \mid 12\) ou \(6 \mid 15\). »
Diagnostic : le lemme d’Euclide ne s’applique qu’aux nombres premiers. Or \(6 = 2 \times 3\) n’est pas premier. La conclusion \(6 \mid 12\) se trouve être vraie ici, mais la justification est fausse.
Contre-exemple : \(6 \mid 4 \times 9 = 36\), mais \(6 \not\mid 4\) et \(6 \not\mid 9\). Le lemme est donc bien faux pour les non-premiers.
✅ Correction : vérifier directement que \(180 = 6 \times 30\) donc \(6 \mid 180\), puis \(12 = 6 \times 2\) donc \(6 \mid 12\).
Erreur n°4 — Croire que 1 est un nombre premier
❌ Copie fautive : « \(6 = 1 \times 2 \times 3 = 2 \times 3\), donc la décomposition n’est pas unique. »
Diagnostic : \(1\) n’est pas un nombre premier (par convention). Si on l’incluait, on pourrait toujours ajouter des facteurs \(1\) et l’unicité serait perdue. C’est précisément pour préserver l’unicité du TFA que \(1\) est exclu des nombres premiers.
✅ Correction : \(6 = 2 \times 3\) est la seule décomposition en facteurs premiers (les facteurs \(1\) ne comptent pas).
VII. Exercices corrigés
Voici 5 exercices pour t’entraîner, classés par difficulté croissante. Chaque correction est détaillée pas à pas. Essaie de résoudre l’exercice avant de consulter la solution !
Exercice 1 ★ — Décomposition en facteurs premiers
Décomposer \(2520\) en produit de facteurs premiers.
Voir la correction
On divise successivement par les nombres premiers :
\(2520 = 2 \times 1260 = 2 \times 2 \times 630 = 2 \times 2 \times 2 \times 315\) \(315 = 3 \times 105 = 3 \times 3 \times 35 = 3 \times 3 \times 5 \times 7\)Donc :
\(2520 = 2^3 \times 3^2 \times 5 \times 7\)Par le TFA, cette décomposition est la seule possible.
Exercice 2 ★ — PGCD et PPCM par la décomposition
Déterminer \(\mathrm{pgcd}(360, 756)\) et \(\mathrm{ppcm}(360, 756)\) en utilisant les décompositions en facteurs premiers.
Voir la correction
Étape 1 — Décompositions :
\(360 = 2^3 \times 3^2 \times 5\) \(756 = 2^2 \times 3^3 \times 7\)Étape 2 — PGCD (minimum des exposants) :
\(\mathrm{pgcd}(360, 756) = 2^{\min(3,2)} \times 3^{\min(2,3)} \times 5^{\min(1,0)} \times 7^{\min(0,1)}\) \(= 2^2 \times 3^2 \times 5^0 \times 7^0 = 4 \times 9 = 36\)Étape 3 — PPCM (maximum des exposants) :
\(\mathrm{ppcm}(360, 756) = 2^{\max(3,2)} \times 3^{\max(2,3)} \times 5^{\max(1,0)} \times 7^{\max(0,1)}\) \(= 2^3 \times 3^3 \times 5 \times 7 = 8 \times 27 \times 5 \times 7 = 7560\)Vérification : \(\mathrm{pgcd} \times \mathrm{ppcm} = 36 \times 7560 = 272\,160 = 360 \times 756\). ✓
Exercice 3 ★★ — Nombre de diviseurs
Combien l’entier \(1800\) possède-t-il de diviseurs positifs ?
Voir la correction
Étape 1 — Décomposition :
\(1800 = 18 \times 100 = (2 \times 3^2) \times (2^2 \times 5^2) = 2^3 \times 3^2 \times 5^2\)Étape 2 — Formule du nombre de diviseurs :
\(d(1800) = (3+1)(2+1)(2+1) = 4 \times 3 \times 3 = 36\)L’entier \(1800\) possède exactement 36 diviseurs positifs.
Pour vérifier, on peut lister les premiers : \(1, 2, 3, 4, 5, 6, 8, 9, 10, 12, 15, 18, 20, \ldots\) jusqu’à \(1800\).
Exercice 4 ★★ — Irrationalité
Soit \(p\) un nombre premier. Démontrer que \(\sqrt{p}\) est irrationnel.
Voir la correction
Raisonnons par l’absurde. Supposons que \(\sqrt{p} \in \mathbb{Q}\). Alors il existe \(a, b \in \mathbb{N}^*\) tels que \(\sqrt{p} = \displaystyle\frac{a}{b}\) avec \(\mathrm{pgcd}(a, b) = 1\).
Étape 1 : on élève au carré : \(a^2 = p \times b^2\).
Étape 2 : \(p \mid a^2\). Puisque \(p\) est premier, le lemme d’Euclide donne \(p \mid a\).
Étape 3 : écrivons \(a = pk\) avec \(k \in \mathbb{N}^*\). Alors \(p^2 k^2 = p b^2\), soit \(pk^2 = b^2\).
Étape 4 : \(p \mid b^2\). Par le lemme d’Euclide, \(p \mid b\).
Conclusion : \(p \mid a\) et \(p \mid b\), ce qui contredit \(\mathrm{pgcd}(a, b) = 1\). Donc \(\sqrt{p} \notin \mathbb{Q}\). ∎
Remarque : ce raisonnement repose entièrement sur le lemme d’Euclide, qui est lui-même une conséquence du TFA (via Bézout). Sans l’unicité de la décomposition, on ne pourrait pas conclure.
Exercice 5 ★★★ 🟠 Prépa — Formule de Legendre
Déterminer la plus grande puissance de \(3\) qui divise \(200!\), c’est-à-dire calculer \(v_3(200!)\).
Voir la correction
On applique la formule de Legendre :
\(v_3(200!) = \left\lfloor \displaystyle\frac{200}{3} \right\rfloor + \left\lfloor \displaystyle\frac{200}{9} \right\rfloor + \left\lfloor \displaystyle\frac{200}{27} \right\rfloor + \left\lfloor \displaystyle\frac{200}{81} \right\rfloor + \left\lfloor \displaystyle\frac{200}{243} \right\rfloor + \cdots\)Calcul terme à terme :
- \(\lfloor 200 / 3 \rfloor = \lfloor 66{,}67 \rfloor = 66\)
- \(\lfloor 200 / 9 \rfloor = \lfloor 22{,}22 \rfloor = 22\)
- \(\lfloor 200 / 27 \rfloor = \lfloor 7{,}41 \rfloor = 7\)
- \(\lfloor 200 / 81 \rfloor = \lfloor 2{,}47 \rfloor = 2\)
- \(\lfloor 200 / 243 \rfloor = \lfloor 0{,}82 \rfloor = 0\) (on s’arrête car \(243\) > \(200\))
Résultat : \(v_3(200!) = 66 + 22 + 7 + 2 = 97\).
Ainsi, \(3^{97}\) divise \(200!\) mais \(3^{98}\) ne divise pas \(200!\).
VIII. Questions fréquentes
Qu'est-ce que le théorème fondamental de l'arithmétique ?
Le théorème fondamental de l’arithmétique (TFA) affirme que tout entier naturel \(n \geq 2\) se décompose de manière unique en un produit de nombres premiers (à l’ordre des facteurs près). Par exemple, \(60 = 2^2 \times 3 \times 5\) est la seule façon de factoriser \(60\) en nombres premiers. Ce théorème est le fondement de l’arithmétique : il garantit que les nombres premiers sont les « briques élémentaires » des entiers.
Comment démontrer l'unicité de la décomposition en facteurs premiers ?
La preuve de l’unicité repose sur le lemme d’Euclide : si un nombre premier \(p\) divise un produit \(ab\), alors \(p\) divise \(a\) ou \(b\). On procède par récurrence forte : si \(n = p_1 \cdots p_r = q_1 \cdots q_s\), le lemme d’Euclide montre que \(p_1\) est égal à l’un des \(q_j\), puis on simplifie et on applique l’hypothèse de récurrence. La démonstration complète est détaillée dans la section III.C de cet article.
Quelle est la différence entre le théorème fondamental de l'arithmétique et le théorème de Gauss ?
Ce sont deux résultats distincts :
- Le TFA porte sur la structure des entiers : tout entier se décompose de façon unique en produit de premiers.
- Le théorème de Gauss porte sur la divisibilité : si \(a \mid bc\) et \(\mathrm{pgcd}(a,b) = 1\), alors \(a \mid c\).
Le lemme d’Euclide (utilisé dans la preuve du TFA) est un cas particulier du théorème de Gauss, appliqué quand \(a\) est premier.
Pourquoi 1 n'est-il pas un nombre premier ?
Si \(1\) était considéré comme premier, le TFA serait faux : on pourrait écrire \(6 = 2 \times 3 = 1 \times 2 \times 3 = 1^2 \times 2 \times 3 = \ldots\) et l’unicité de la décomposition serait perdue. Exclure \(1\) des nombres premiers est une convention essentielle qui préserve l’unicité du TFA. C’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle les mathématiciens ont adopté cette convention.
À quoi sert la décomposition en facteurs premiers ?
La décomposition en facteurs premiers a de nombreuses applications :
- Calculer le PGCD et PPCM de deux entiers
- Déterminer le nombre de diviseurs d’un entier
- Démontrer l’irrationalité de certains nombres (comme \(\sqrt{2}\), \(\sqrt{6}\))
- Simplifier des fractions et résoudre des équations diophantiennes
- En prépa : calculer des valuations \(p\)-adiques, étudier \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\), et fonder la cryptographie (RSA)
IX. Pour aller plus loin
Tu maîtrises maintenant le théorème fondamental de l’arithmétique, sa démonstration et ses applications. Pour approfondir, voici les ressources complémentaires du cours d’arithmétique :
- Arithmétique : cours complet du collège à la prépa — le cours qui rassemble tous les théorèmes structurants
- Théorème de Gauss : énoncé, démonstration et exercices — le théorème frère du TFA, indispensable en arithmétique
- Congruences et arithmétique modulaire — l’étape suivante en Maths Expertes et en prépa
- Décomposition en facteurs premiers — la méthode pratique pour factoriser
- Nombres premiers — propriétés, crible d’Ératosthène et applications
- Exercices d’arithmétique 3ème corrigés — pour réviser les bases avant le brevet