La formule des probabilités totales (aussi appelée loi ou théorème des probabilités totales) est l’outil à connaître dès que l’on doit calculer une probabilité “en plusieurs cas”. Typiquement : plusieurs fournisseurs, plusieurs machines, plusieurs populations, plusieurs scénarios possibles…

Cette page te donne une méthode robuste (niveau Première/Terminale, avec un peu de rigueur “prépa”), des exemples contextualisés, puis un entraînement corrigé. Pour les bases générales sur les probabilités (événements, univers, etc.), tu peux aussi consulter la page pilier : Probabilités : cours, formules et exercices.


Probabilité totale : le réflexe quand il y a “plusieurs cas”

L’idée est simple : si un phénomène peut se produire selon plusieurs cas possibles, on calcule la probabilité finale en additionnant les contributions de chaque cas.

Problème-type. On cherche une probabilité globale \(P(A)\), alors que l’expérience se décompose en cas \(B_1,\dots,B_n\) (ex. “machine 1”, “machine 2”, “machine 3”).

Dans ce contexte, la formule des probabilités totales donne un calcul propre et systématique.

Côté vocabulaire, tu rencontreras (selon les manuels et selon ce que tu tapes sur Google) : formule, loi ou théorème des probabilités totales. On parle aussi de système exhaustif ou de système complet d’événements : ce sont des synonymes pratiques pour dire “on a bien listé tous les cas possibles”.

Attention : cette formule sert à calculer \(P(A)\). Si l’on cherche une probabilité “à l’envers” du type \(P(B_i\mid A)\), on bascule généralement vers Bayes (voir la section dédiée plus bas).


Étape 1 : définir une partition (système complet d’événements)

Le point clé (et la source n°1 d’erreurs) est la partition. Une partition est une liste d’événements \(B_1,\dots,B_n\) qui “découpe” l’univers en cas distincts.

Définition (partition / système exhaustif). Les événements \(B_1,\dots,B_n\) forment une partition de l’univers \(\Omega\) si :

  • Ils sont deux à deux disjoints : pour \(i \neq j\), \(B_i \cap B_j = \varnothing\).
  • Ils sont exhaustifs : \(\bigcup_{i=1}^n B_i = \Omega\).

En pratique, la partition vient très souvent du premier choix ou de la première cause décrite dans l’énoncé :

  • “Le produit vient de l’usine 1, 2 ou 3” → \((B_1,B_2,B_3)\).
  • “On choisit une urne A ou B” → \((U_A,U_B)\).
  • “La personne est malade ou non” → \((M,\overline{M})\).
Vérifier une partition : ce qu’il faut contrôler
Condition Question à se poser Test rapide
Disjoints Deux cas peuvent-ils arriver en même temps ? Si oui → pas une partition
Exhaustifs Ai-je oublié un cas possible ? “Et sinon, il se passe quoi ?”
Probabilités des cas Ai-je \(P(B_i)\) pour chaque cas ? La somme \(\sum P(B_i)\) doit valoir \(1\)
Conditionnelles Ai-je \(P(A\mid B_i)\) (ou \(P(A\cap B_i)\)) ? Sans ça, impossible d’appliquer la formule

Remarque de rigueur : si pour un certain \(i\), on a \(P(B_i)=0\), l’écriture avec \(P(A\mid B_i)\) n’a pas de sens (conditionnelle non définie). En revanche, l’écriture avec les intersections \(P(A\cap B_i)\) reste toujours valable (voir la preuve).


Étape 2 : écrire la formule (les 2 écritures indispensables)

La loi des probabilités totales se retient très bien si tu connais ses deux écritures. Elles sont équivalentes, mais selon l’énoncé, l’une est parfois plus naturelle que l’autre.

Formule des probabilités totales (2 écritures).

Si \(B_1,\dots,B_n\) est une partition de \(\Omega\), alors pour tout événement \(A\) :

(1) Somme des intersections : \(P(A)=\sum_{i=1}^n P(A\cap B_i)\)

(2) Somme des conditionnelles × a priori (si \(P(B_i)\neq 0\)) : \(P(A)=\sum_{i=1}^n P(A\mid B_i)\,P(B_i)\)

L’écriture (2) vient de l’identité (si \(P(B_i)\neq 0\)) : \(P(A\cap B_i)=P(A\mid B_i)\,P(B_i)\).

Ce que tu dois savoir faire “sans réfléchir”.

  • Identifier \(A\) (l’événement final demandé).
  • Choisir une partition \((B_i)\) qui représente les “cas”.
  • Écrire \(P(A)=\sum P(A\mid B_i)P(B_i)\) (ou \(\sum P(A\cap B_i)\)).

Pour les autres formules classiques (union, intersection, complément), consulte plutôt : Formules de probabilités. Ici, on se concentre uniquement sur la probabilité totale pour éviter les doublons.


Étape 3 : lien direct arbre pondéré → formule (lecture des “chemins”)

On associe très souvent la probabilité totale à l’arbre pondéré, car en pratique l’arbre est une représentation visuelle parfaite d’une partition.

Sur un arbre, la règle est :

  • sur un chemin : on multiplie les probabilités,
  • pour obtenir un événement : on additionne les chemins compatibles.

Si le premier niveau de l’arbre correspond aux cas \((B_1,\dots,B_n)\), alors les chemins “qui mènent à \(A\)” donnent exactement :

\(P(A)=P(B_1)P(A\mid B_1)+\cdots+P(B_n)P(A\mid B_n)\)

Pour apprendre à construire et lire un arbre proprement (avec des exercices dédiés), voir : Arbre de probabilité.