Le chapitre « Structures algébriques usuelles » est l’un des premiers vrais tests de rigueur en MPSI, MP2I et PCSI : on ne calcule plus, on démontre. Voici 25 exercices corrigés de structures algébriques classés par thème et par difficulté croissante, du simple exercice sur une loi de composition interne aux problèmes type concours (Mines, Centrale, X). Chaque énoncé est corrigé pas à pas, avec la rédaction attendue en copie. Les exercices les plus avancés se terminent par un encadré « ce que le correcteur attend » : le détail qui fait gagner — ou perdre — des points le jour du concours.

Rappel des notions essentielles

Avant de te lancer, garde en tête les définitions qui reviennent dans chaque démonstration. Ce sont elles que le correcteur cherche dans ta copie.

Les objets du chapitre

  • Loi de composition interne sur \(E\) : application \(\star : E \times E \to E\). La condition clé est la stabilité : pour tout \((x,y) \in E^2\), \(x \star y \in E\).
  • Groupe \((G,\star)\) : loi associative, avec élément neutre \(e\), et tout élément possède un symétrique. Abélien si la loi est commutative.
  • Morphisme \(f:(G,\star)\to(H,\cdot)\) : \(f(x\star y)=f(x)\cdot f(y)\). Isomorphisme = morphisme bijectif.
  • Anneau \((A,+,\times)\) : \((A,+)\) groupe abélien, \(\times\) associative avec neutre \(1_A\) et distributive sur \(+\). Corps : anneau où tout élément non nul est inversible.

Pour le cours complet, reporte-toi à la page pilier structures algébriques ; pour la théorie détaillée d’une notion, chaque section renvoie vers la fiche dédiée. Passons maintenant à la pratique.

Les quatre réflexes de rédaction du chapitre
On te demande de montrer que…Réflexe attendu
⋆ est une loi de composition interneVérifier la stabilité : \(x\star y \in E\)
\(H\) est un sous-groupe\(e \in H\), puis \(\forall (x,y)\in H^2,\; x\star y^{-1}\in H\)
\(f\) est injectif (morphisme)Montrer \(\ker f = \{e\}\)
\(B\) est un sous-anneau\(1_A \in B\), stable par différence et par produit
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Lois de composition interne (exercices 1 à 4)

On commence par le cœur de la requête : reconnaître, et manipuler une loi de composition interne. Le mot d’ordre de ces exercices est unique : toujours vérifier la stabilité avant tout le reste.

Exercice 1 — Loi affine sur ℝ ★ · Incontournable

On munit \(\mathbb{R}\) de la loi définie par \(x \star y = x + y + xy\). Montrer que \(\star\) est une loi de composition interne commutative et associative, puis déterminer son élément neutre.

Voir la correction de l’exercice 1

Stabilité. Pour tout \((x,y)\in\mathbb{R}^2\), \(x+y+xy\) est un réel, donc \(x\star y \in \mathbb{R}\) : \(\star\) est bien une loi de composition interne.

Commutativité. \(y\star x = y+x+yx = x+y+xy = x\star y\).

Associativité. D’une part \((x\star y)\star z = (x+y+xy)+z+(x+y+xy)z = x+y+z+xy+xz+yz+xyz\). D’autre part \(x\star(y\star z)\) donne la même expression symétrique. Donc \((x\star y)\star z = x\star(y\star z)\).

Élément neutre. On cherche \(e\) tel que \(x\star e = x\), soit \(x+e+xe = x\), donc \(e(1+x)=0\) pour tout \(x\) : \(e=0\).

Astuce : \(x\star y = (1+x)(1+y)-1\), ce qui « transporte » la loi vers la multiplication et rend tout immédiat.


Exercice 2 — Lecture d’une table de Cayley ★

On considère l’ensemble \(E=\{a,b,c\}\) muni de la loi \(\star\) donnée par la table ci-dessous. La loi est-elle commutative ? Possède-t-elle un élément neutre ? Chaque élément est-il symétrisable ?

Table de Cayley d une loi interne sur un ensemble à trois éléments a, b et c
Une table de Cayley se lit ligne puis colonne : la case (ligne x, colonne y) donne x étoile y
Table de la loi étoile sur l’ensemble à trois éléments
\(\star\)\(a\)\(b\)\(c\)
\(a\)\(a\)\(b\)\(c\)
\(b\)\(b\)\(c\)\(a\)
\(c\)\(c\)\(a\)\(b\)
Voir la correction de l’exercice 2

Commutativité. La table est symétrique par rapport à sa diagonale principale (par exemple \(b\star c = a = c\star b\)). La loi est commutative.

Élément neutre. La ligne et la colonne de \(a\) reproduisent exactement les en-têtes : \(a\star x = x\) et \(x\star a = x\). Donc \(a\) est neutre.

Symétriques. Un élément \(x\) est symétrisable si \(a\) apparaît dans sa ligne. \(a\star a=a\) (\(a\) est son propre symétrique), \(b\star c=a\) (\(b\) et \(c\) symétriques), donc tout élément est symétrisable.

Cette structure est en réalité celle de \(\mathbb{Z}/3\mathbb{Z}\) : on reconnaît un groupe cyclique.


Exercice 3 — Une loi non commutative ★★

Sur \(E = \mathbb{R}^* \times \mathbb{R}\), on définit \((a,b)\star(c,d) = (ac,\; ad+b)\). Montrer que \(\star\) est une loi de composition interne associative, non commutative, admettant un élément neutre, et que tout élément est inversible.

Voir la correction de l’exercice 3

Stabilité. Comme \(a\neq 0\) et \(c\neq 0\), on a \(ac\neq 0\), donc \((ac,ad+b)\in \mathbb{R}^*\times\mathbb{R}\) : la loi est interne.

Associativité. \(\big((a,b)\star(c,d)\big)\star(e,f) = (ac,ad+b)\star(e,f) = (ace,\; acf+ad+b)\). Et \((a,b)\star\big((c,d)\star(e,f)\big) = (a,b)\star(ce,cf+d) = (ace,\; a(cf+d)+b) = (ace, acf+ad+b)\). Égalité : la loi est associative.

Non-commutativité. \((1,1)\star(2,0) = (2,1)\) alors que \((2,0)\star(1,1) = (2,2)\). Un contre-exemple suffit.

Neutre. \((a,b)\star(1,0) = (a,b)\) et \((1,0)\star(a,b)=(a,b)\) : le neutre est \((1,0)\).

Inverse. On résout \((a,b)\star(c,d)=(1,0)\) : \(ac=1\) donne \(c=\displaystyle\frac{1}{a}\), puis \(ad+b=0\) donne \(d=-\displaystyle\frac{b}{a}\). Donc \((a,b)^{-1} = \left(\displaystyle\frac{1}{a},\,-\displaystyle\frac{b}{a}\right)\). On reconnaît le groupe des transformations affines \(x\mapsto ax+b\).


Exercice 4 — Élément régulier dans un ensemble fini ★★ · Incontournable

Soit \(G\) un ensemble fini non vide muni d’une loi de composition interne \(\star\) associative. On dit que \(a\in G\) est régulier si \(a\star x = a\star y \Longrightarrow x=y\) et \(x\star a = y\star a \Longrightarrow x=y\). Montrer que si tous les éléments de \(G\) sont réguliers, alors \((G,\star)\) est un groupe.

Voir la correction de l’exercice 4

Idée directrice. Dans un ensemble fini, une application injective est bijective. C’est le levier de tout l’exercice.

Fixons \(a\in G\) et considérons \(\varphi : x \mapsto a\star x\) de \(G\) dans \(G\). Comme \(a\) est régulier, \(\varphi\) est injective ; \(G\) étant fini, \(\varphi\) est surjective. Il existe donc \(e\) tel que \(a\star e = a\).

e est neutre à droite. Pour tout \(y\in G\), la surjectivité de \(z\mapsto z\star a\) fournit \(z\) avec \(z\star a = y\). Alors \(y\star e = (z\star a)\star e = z\star(a\star e) = z\star a = y\). Donc \(e\) est neutre à droite. Un raisonnement symétrique fournit un neutre à gauche \(e'\) ; alors \(e' = e' \star e = e\), donc \(e\) est neutre.

Existence des symétriques. \(\varphi\) étant surjective, il existe \(b\) tel que \(a\star b = e\) ; de même \(b'\star a = e\). L’associativité donne \(b' = b'\star e = b'\star(a\star b) = (b'\star a)\star b = e\star b = b\). Donc \(a\) admet un symétrique.

Tous les axiomes sont vérifiés : \((G,\star)\) est un groupe.


Groupes et sous-groupes (exercices 5 à 10)

Ces exercices entraînent le réflexe n°1 des concours : la caractérisation d’un sous-groupe. Retiens la version compacte : \(H\) non vide et \(\forall(x,y)\in H^2,\ x\star y^{-1}\in H\).

Exercice 5 — Un sous-groupe de (ℝ*, ×) ★ · Incontournable

Montrer que \(H = \{2^n \mid n\in\mathbb{Z}\}\) est un sous-groupe de \((\mathbb{R}^*,\times)\).

Voir la correction de l’exercice 5

Non-vide. \(1 = 2^0 \in H\).

Critère. Soit \(x = 2^n\) et \(y = 2^m\) dans \(H\). Alors \(x\times y^{-1} = 2^n \times 2^{-m} = 2^{n-m}\). Comme \(n-m\in\mathbb{Z}\), on a \(x y^{-1}\in H\).

La caractérisation est vérifiée : \(H\) est un sous-groupe de \((\mathbb{R}^*,\times)\).


Exercice 6 — Le centre d’un groupe ★★

Soit \((G,\star)\) un groupe. On pose \(Z(G) = \{a\in G \mid \forall x\in G,\ a\star x = x\star a\}\). Montrer que \(Z(G)\) est un sous-groupe de \(G\).

Voir la correction de l’exercice 6

Non-vide. \(e\star x = x = x\star e\) pour tout \(x\), donc \(e\in Z(G)\).

Critère. Soit \(a,b\in Z(G)\). Montrons \(a\star b^{-1}\in Z(G)\). D’abord, \(b\in Z(G)\) entraîne \(b^{-1}\in Z(G)\) : de \(b\star x = x\star b\) on tire, en composant à gauche et à droite par \(b^{-1}\), \(x\star b^{-1} = b^{-1}\star x\).

Alors pour tout \(x\in G\) : \((a\star b^{-1})\star x = a\star(b^{-1}\star x) = a\star(x\star b^{-1}) = (a\star x)\star b^{-1} = (x\star a)\star b^{-1} = x\star(a\star b^{-1})\). Donc \(a\star b^{-1}\in Z(G)\).

\(Z(G)\) est un sous-groupe de \(G\) (et \(G\) est abélien si et seulement si \(Z(G)=G\)).


Exercice 7 — Intersection et réunion de sous-groupes ★★

Soit \(H\) et \(K\) deux sous-groupes d’un groupe \(G\). Montrer que \(H\cap K\) est un sous-groupe de \(G\). Montrer ensuite que \(H\cup K\) est un sous-groupe si et seulement si \(H\subset K\) ou \(K\subset H\).

Voir la correction de l’exercice 7

Intersection. \(e\in H\) et \(e\in K\) donc \(e\in H\cap K\). Si \(x,y\in H\cap K\), alors \(x y^{-1}\in H\) (car \(H\) sous-groupe) et \(x y^{-1}\in K\), donc \(x y^{-1}\in H\cap K\). C’est un sous-groupe.

Réunion — sens facile. Si \(H\subset K\), alors \(H\cup K = K\) est un sous-groupe (idem si \(K\subset H\)).

Réunion — sens réciproque (par contraposée). Supposons \(H\not\subset K\) et \(K\not\subset H\). Il existe \(h\in H\setminus K\) et \(k\in K\setminus H\). Si \(H\cup K\) était un sous-groupe, \(h\star k\in H\cup K\). Si \(h\star k\in H\), alors \(k = h^{-1}\star(h\star k)\in H\) : contradiction. Si \(h\star k\in K\), alors \(h = (h\star k)\star k^{-1}\in K\) : contradiction. Donc \(H\cup K\) n’est pas un sous-groupe.


Exercice 8 — Les sous-groupes de (ℤ, +) ★★ · Incontournable

Montrer que les sous-groupes de \((\mathbb{Z},+)\) sont exactement les \(n\mathbb{Z}\), \(n\in\mathbb{N}\).

Voir la correction de l’exercice 8

Sens direct. Chaque \(n\mathbb{Z}\) est un sous-groupe : contient \(0\) et \(na- nb = n(a-b)\in n\mathbb{Z}\).

Sens réciproque. Soit \(H\) un sous-groupe de \(\mathbb{Z}\). Si \(H=\{0\}\), alors \(H = 0\mathbb{Z}\). Sinon, \(H\) contient un entier non nul, donc un entier strictement positif (car \(H\) est stable par passage à l’opposé). Posons \(n = \min(H\cap\mathbb{N}^*)\), qui existe car toute partie non vide de \(\mathbb{N}\) admet un plus petit élément.

Comme \(n\in H\), \(n\mathbb{Z}\subset H\). Réciproquement, soit \(x\in H\). La division euclidienne donne \(x = qn + r\) avec \(0\leq r\) et \(r\) < \(n\). Alors \(r = x- qn\in H\). Par minimalité de \(n\), \(r=0\), donc \(x = qn\in n\mathbb{Z}\).

Conclusion : \(H = n\mathbb{Z}\). Ce résultat est la clé de l’étude de l’anneau Z/nZ.


Exercice 9 — Un groupe d’exposant 2 est abélien ★★

Soit \(G\) un groupe tel que \(x\star x = e\) pour tout \(x\in G\). Montrer que \(G\) est abélien.

Voir la correction de l’exercice 9

Observation. \(x\star x = e\) signifie que chaque élément est son propre symétrique : \(x^{-1} = x\).

Soit \(x,y\in G\). Alors \(x\star y = (x\star y)^{-1}\) (chaque élément est involutif), et \((x\star y)^{-1} = y^{-1}\star x^{-1} = y\star x\). Donc \(x\star y = y\star x\) : \(G\) est abélien.


Exercice 10 — Groupe sans sous-groupe propre ★★★

Soit \(G\) un groupe fini d’ordre \(|G|\) > \(1\) n’admettant que \(\{e\}\) et \(G\) comme sous-groupes. Montrer que \(G\) est cyclique et que \(|G|\) est un nombre premier.

Voir la correction de l’exercice 10

Comme \(|G|\) > \(1\), choisissons \(a\neq e\). Le sous-groupe engendré \(\langle a\rangle\) n’est pas \(\{e\}\) (il contient \(a\)), donc par hypothèse \(\langle a\rangle = G\) : \(G\) est cyclique, engendré par \(a\).

Notons \(n = |G|\). Supposons \(n\) non premier : \(n = pq\) avec \(1\) < \(p\) < \(n\). L’élément \(a^p\) engendre un sous-groupe \(\langle a^p\rangle\) d’ordre \(q\), vérifiant \(1\) < \(q\) < \(n\). C’est un sous-groupe propre non trivial : contradiction. Donc \(n\) est premier.

Réciproquement, tout groupe d’ordre premier n’a aucun sous-groupe autre que \(\{e\}\) et lui-même, par le théorème de Lagrange.

Ce que le correcteur attend — la justification que \(\langle a^p\rangle\) est d’ordre exactement \(q\) (ordre de \(a^p\) = \(n/\gcd(n,p) = q\)) doit être écrite, pas sous-entendue. C’est ici que se joue la note : un « on voit que » à la place du calcul d’ordre coûte des points.


Morphismes et isomorphismes (exercices 11 à 16)

On passe aux applications qui relient les structures. Le réflexe : pour l’injectivité d’un morphisme, on calcule le noyau ; pour un isomorphisme, on prouve morphisme + bijectivité.

Exercice 11 — L’exponentielle, isomorphisme fondamental ★ · Incontournable

Montrer que \(\exp : (\mathbb{R},+) \to (\mathbb{R}_+^*,\times)\) est un isomorphisme de groupes.

Voir la correction de l’exercice 11

Morphisme. Pour tout \(x,y\in\mathbb{R}\), \(\exp(x+y) = \exp(x)\exp(y)\) : \(\exp\) transforme la loi \(+\) en la loi \(\times\).

Bijectivité. \(\exp\) est strictement croissante et continue de \(\mathbb{R}\) sur \(\mathbb{R}_+^*\), donc bijective, de réciproque \(\ln\).

\(\exp\) est un isomorphisme ; sa réciproque \(\ln\) est l’isomorphisme inverse \((\mathbb{R}_+^*,\times)\to(\mathbb{R},+)\).


Exercice 12 — Injectivité par le noyau ★

Soit \(f:(G,\star)\to(H,\cdot)\) un morphisme de groupes. Montrer que \(f\) est injectif si et seulement si \(\ker f = \{e_G\}\).

Voir la correction de l’exercice 12

Sens direct. Si \(f\) injectif : \(x\in\ker f\) donne \(f(x) = e_H = f(e_G)\), donc \(x = e_G\). Ainsi \(\ker f = \{e_G\}\).

Sens réciproque. Supposons \(\ker f = \{e_G\}\). Si \(f(x) = f(y)\), alors \(f(x\star y^{-1}) = f(x)\cdot f(y)^{-1} = e_H\), donc \(x\star y^{-1}\in\ker f = \{e_G\}\), d’où \(x = y\). \(f\) est injectif.

Ce critère est propre aux morphismes : il est faux pour une application quelconque.


Exercice 13 — Morphismes issus de (ℤ, +) ★★

Soit \((G,\cdot)\) un groupe. Montrer que tout morphisme \(f:(\mathbb{Z},+)\to (G,\cdot)\) est entièrement déterminé par \(f(1)\), et que réciproquement tout choix de \(g\in G\) définit un unique morphisme tel que \(f(1)=g\).

Voir la correction de l’exercice 13

Détermination. Posons \(g = f(1)\). Par récurrence, \(f(n) = g^n\) pour \(n\in\mathbb{N}\) (car \(f(n+1)=f(n)\cdot f(1)\)). Puis \(f(-n) = f(n)^{-1} = g^{-n}\). Donc \(f(n)=g^n\) pour tout \(n\in\mathbb{Z}\) : \(f\) est déterminé par \(g\).

Réciproque. Pour \(g\in G\) fixé, l’application \(n\mapsto g^n\) vérifie \(g^{n+m} = g^n g^m\) : c’est un morphisme, et il envoie \(1\) sur \(g\). L’ensemble des morphismes de \(\mathbb{Z}\) dans \(G\) est donc en bijection avec \(G\).


Exercice 14 — Morphismes de ℤ/nℤ dans ℤ/mℤ ★★ · Incontournable

Déterminer tous les morphismes de groupes de \((\mathbb{Z}/n\mathbb{Z},+)\) dans \((\mathbb{Z}/m\mathbb{Z},+)\). Combien y en a-t-il ?

Voir la correction de l’exercice 14

Un morphisme \(f\) est déterminé par \(f(\bar 1) = \bar a\), et \(f(\bar k) = k\bar a\). La seule contrainte vient de \(n\cdot\bar 1 = \bar 0\) : il faut \(f(n\bar 1) = \bar 0\), soit \(n\bar a = \bar 0\) dans \(\mathbb{Z}/m\mathbb{Z}\), c’est-à-dire \(m \mid na\).

Posons \(d = \gcd(n,m)\). La congruence \(na\equiv 0 \ [m]\) équivaut à \(\displaystyle\frac{m}{d}\mid a\). Les valeurs de \(\bar a\) admissibles sont donc les multiples de \(\displaystyle\frac{m}{d}\) modulo \(m\), au nombre de \(d\).

Il existe exactement \(d = \gcd(n,m)\) morphismes, donnés par \(f(\bar k) = k\cdot \displaystyle\frac{m}{d}\cdot t\) pour \(t\in\{0,\dots,d-1\}\).


Exercice 15 — Le déterminant et le groupe GLₙ(ℂ) ★★★

Montrer que \(\det : GL_n(\mathbb{C}) \to \mathbb{C}^*\) est un morphisme de groupes surjectif, préciser son noyau, et en déduire (pour aller plus loin, hors programme MPSI) un isomorphisme \(GL_n(\mathbb{C})/SL_n(\mathbb{C}) \cong \mathbb{C}^*\).

Voir la correction de l’exercice 15

Morphisme. Pour \(A,B\in GL_n(\mathbb{C})\), \(\det(AB) = \det(A)\det(B)\). Comme une matrice est inversible ssi son déterminant est non nul, \(\det\) est bien à valeurs dans \(\mathbb{C}^*\) : c’est un morphisme.

Surjectivité. Pour \(\lambda\in\mathbb{C}^*\), la matrice \(\mathrm{diag}(\lambda,1,\dots,1)\) est inversible de déterminant \(\lambda\). Donc \(\det\) est surjectif.

Noyau. \(\ker(\det) = \{A\in GL_n(\mathbb{C}) \mid \det A = 1\} = SL_n(\mathbb{C})\). C’est un sous-groupe distingué de \(GL_n(\mathbb{C})\).

Isomorphisme. Le premier théorème d’isomorphisme (voir la page groupe quotient) appliqué à \(\det\), surjectif de noyau \(SL_n(\mathbb{C})\), donne \(GL_n(\mathbb{C})/SL_n(\mathbb{C})\cong \mathbb{C}^*\).

Ce que le correcteur attend — deux justifications ne doivent jamais manquer : que \(\det\) est à valeurs dans \(\mathbb{C}^*\) (sinon ce n’est pas un morphisme de groupes bien défini) et l’énoncé exact du théorème d’isomorphisme invoqué. Affirmer le résultat final sans nommer le théorème est sanctionné à l’oral.


Exercice 16 — Deux groupes d’ordre 4 non isomorphes ★★

Montrer que \((\mathbb{Z}/4\mathbb{Z},+)\) et \((\mathbb{Z}/2\mathbb{Z})\times(\mathbb{Z}/2\mathbb{Z})\) ne sont pas isomorphes.

Voir la correction de l’exercice 16

Méthode des invariants. Deux groupes isomorphes ont le même « profil » d’ordres d’éléments. On compare donc les ordres.

Dans \(\mathbb{Z}/4\mathbb{Z}\), l’élément \(\bar 1\) est d’ordre \(4\) : le groupe est cyclique.

Dans le groupe de Klein \((\mathbb{Z}/2\mathbb{Z})^2\), tout élément non nul vérifie \(2x = 0\), donc est d’ordre \(2\) : aucun élément d’ordre \(4\).

Un isomorphisme conserve l’ordre des éléments. Comme l’un possède un élément d’ordre \(4\) et pas l’autre, ils ne sont pas isomorphes.


Anneaux et sous-anneaux (exercices 17 à 21)

Le passage aux anneaux introduit une seconde loi. Deux réflexes : pour un sous-anneau, ne jamais oublier \(1_A\in B\) ; pour les règles de calcul, tout repose sur la distributivité.

Exercice 17 — Les entiers de Gauss ℤ[i] ★ · Incontournable

Montrer que \(\mathbb{Z}[i] = \{a+bi \mid a,b\in\mathbb{Z}\}\) est un sous-anneau de \((\mathbb{C},+,\times)\).

Voir la correction de l’exercice 17

Contient 1. \(1 = 1 + 0i\in\mathbb{Z}[i]\).

Stable par différence. \((a+bi)-(c+di) = (a-c)+(b-d)i\in\mathbb{Z}[i]\).

Stable par produit. \((a+bi)(c+di) = (ac-bd)+(ad+bc)i\), et \(ac-bd,\ ad+bc\in\mathbb{Z}\).

La caractérisation est vérifiée : \(\mathbb{Z}[i]\) est un sous-anneau de \(\mathbb{C}\) (l’anneau des entiers de Gauss).


Exercice 18 — Règles de calcul dans un anneau ★

Soit \((A,+,\times)\) un anneau. Montrer que pour tout \(a\in A\) : \(0_A\times a = 0_A\) et \((-1_A)\times a = -a\).

Voir la correction de l’exercice 18

Absorption de 0. \(0_A\times a = (0_A+0_A)\times a = 0_A\times a + 0_A\times a\) par distributivité. En simplifiant dans le groupe \((A,+)\) : \(0_A\times a = 0_A\).

Signe. \(a + (-1_A)\times a = 1_A\times a + (-1_A)\times a = (1_A + (-1_A))\times a = 0_A\times a = 0_A\). Donc \((-1_A)\times a\) est l’opposé de \(a\) : \((-1_A)\times a = -a\).


Exercice 19 — Nilpotents et inversibles ★★

Soit \(A\) un anneau et \(a\in A\) tel que \(a^n = 0_A\) pour un certain \(n\geq 1\). Montrer que \(1_A- a\) est inversible.

Voir la correction de l’exercice 19

Idée. On transpose l’identité \(\displaystyle\frac{1}{1-x} = \sum x^k\), mais avec une somme finie car \(a\) est nilpotent.

Posons \(b = 1_A + a + a^2 + \dots + a^{n-1}\). Alors, comme \(a\) commute avec lui-même : \((1_A- a)\,b = \sum_{k=0}^{n-1} a^k- \sum_{k=1}^{n} a^k = 1_A- a^n = 1_A\).

De même \(b(1_A- a) = 1_A\). Donc \((1_A-a)^{-1} = 1_A + a + \dots + a^{n-1}\) : \(1_A- a\) est inversible.


Exercice 20 — Inversibles de ℤ[√2] ★★ · Incontournable

On pose \(A = \mathbb{Z}[\sqrt 2] = \{a+b\sqrt 2 \mid a,b\in\mathbb{Z}\}\). Montrer que \(A\) est un sous-anneau de \(\mathbb{R}\), puis que \(a+b\sqrt2\) est inversible dans \(A\) si et seulement si \(a^2- 2b^2 = \pm 1\).

Voir la correction de l’exercice 20

Sous-anneau. \(1\in A\) ; stable par différence ; \((a+b\sqrt2)(c+d\sqrt2) = (ac+2bd)+(ad+bc)\sqrt2\in A\). C’est un sous-anneau de \(\mathbb{R}\).

Norme. Posons \(N(a+b\sqrt2) = a^2- 2b^2\). On vérifie que \(N(xy) = N(x)N(y)\) (norme multiplicative), et \(N(x)\in\mathbb{Z}\).

Sens réciproque. Si \(a^2-2b^2 = \pm1\), alors \((a+b\sqrt2)(a-b\sqrt2) = \pm1\), donc \(a+b\sqrt2\) admet \(\pm(a-b\sqrt2)\in A\) pour inverse.

Sens direct. Si \(x\) est inversible d’inverse \(y\in A\), alors \(N(x)N(y) = N(1) = 1\) dans \(\mathbb{Z}\), donc \(N(x) = \pm1\), soit \(a^2-2b^2=\pm1\).


Exercice 21 — Anneau de Boole ★★★

Soit \(A\) un anneau tel que \(x^2 = x\) pour tout \(x\in A\) (anneau de Boole). Montrer que \(A\) est commutatif et que \(2x = 0_A\) pour tout \(x\).

Voir la correction de l’exercice 21

Caractéristique 2. Développons \((x+x)^2 = x+x\) : \(x^2 + x^2 + x^2 + x^2 = 2x\) (en utilisant \(x^2 = x\)), soit \(4x = 2x\), donc \(2x = 0_A\). En particulier \(x = -x\) pour tout \(x\).

Commutativité. Développons \((x+y)^2 = x+y\) : \(x^2 + xy + yx + y^2 = x+y\). Comme \(x^2=x\) et \(y^2=y\), il reste \(xy + yx = 0_A\), donc \(xy = -yx = yx\) (car \(-z = z\)). \(A\) est commutatif.

Ce que le correcteur attend — l’ordre des deux résultats compte : il faut d’abord établir \(2x=0\) (donc \(-z=z\)) pour pouvoir conclure la commutativité proprement. Écrire \(xy=-yx\) puis affirmer \(xy=yx\) sans avoir prouvé \(-z=z\) est une faute de logique classique en copie.


Z/nZ et corps (exercices 22 à 25)

On termine par les structures quotient et les corps. Le calcul dans \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) mobilise la relation de Bézout (algorithme d’Euclide étendu) et les congruences.

Horloge modulaire représentant l addition dans Z sur 12 Z et diviseurs de zéro dans Z sur 6 Z
Dans Z/nZ, l’addition tourne comme sur une horloge ; les diviseurs de zéro apparaissent quand n n’est pas premier

Exercice 22 — Inverse dans ℤ/12ℤ ★ · Incontournable

Déterminer si \(\bar 5\) est inversible dans \(\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}\) et, le cas échéant, calculer son inverse.

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Critère. \(\bar k\) est inversible dans \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) si et seulement si \(\gcd(k,n) = 1\). Ici \(\gcd(5,12)=1\), donc \(\bar 5\) est inversible.

Bézout. On cherche \(u,v\) avec \(5u + 12v = 1\). On trouve \(5\times 5- 12\times 2 = 25-24 = 1\). Donc \(5\times 5 \equiv 1 \ [12]\).

\(\bar 5^{\,-1} = \bar 5\) dans \(\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}\).


Exercice 23 — ℤ/pℤ est un corps ssi p premier ★★ · Incontournable

Montrer que \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) est un corps si et seulement si \(n\) est un nombre premier.

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Sens réciproque (p premier). Soit \(\bar k \neq \bar 0\), donc \(p\not\mid k\). Comme \(p\) est premier, \(\gcd(k,p)=1\), donc \(\bar k\) est inversible. Tout élément non nul est inversible : \(\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}\) est un corps.

Sens direct (par contraposée). Si \(n\) n’est pas premier, écrivons \(n = ab\) avec \(1\) < \(a,b\) < \(n\). Alors \(\bar a\neq\bar 0\), \(\bar b\neq\bar 0\), mais \(\bar a\,\bar b = \bar n = \bar 0\) : \(\bar a\) est un diviseur de zéro, donc non inversible. \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) n’est pas un corps (ni même intègre).

Conclusion : \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) est un corps \(\iff\) \(n\) premier.


Exercice 24 — Résolution d’équation dans ℤ/nℤ ★★

Résoudre l’équation \(3x \equiv 4 \ [7]\) d’inconnue \(x\in\mathbb{Z}/7\mathbb{Z}\), puis discuter \(6x\equiv 4 \ [8]\).

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Premier cas. \(7\) est premier, donc \(\bar 3\) est inversible : \(3\times 5 = 15\equiv 1 \ [7]\), donc \(\bar 3^{\,-1} = \bar 5\). D’où \(x\equiv 5\times 4 = 20 \equiv 6 \ [7]\). Unique solution \(\bar 6\).

Second cas. \(\gcd(6,8) = 2\) et \(2\mid 4\), donc il y a des solutions. On simplifie : \(6x\equiv 4\ [8]\iff 3x\equiv 2\ [4]\). Or \(\bar 3^{\,-1}=\bar 3\) dans \(\mathbb{Z}/4\mathbb{Z}\) (\(3\times3=9\equiv1\)), donc \(x\equiv 6\equiv 2\ [4]\). Dans \(\mathbb{Z}/8\mathbb{Z}\), cela donne deux solutions : \(\bar 2\) et \(\bar 6\).

Morale : quand le coefficient n’est pas inversible, on divise congruence et module par le pgcd.


Exercice 25 — Théorème chinois et isomorphisme ★★★

Soit \(m,n\) deux entiers premiers entre eux. Montrer que l’application \(\varphi : \mathbb{Z}/mn\mathbb{Z} \to \mathbb{Z}/m\mathbb{Z}\times\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) définie par \(\varphi(\bar x) = (\bar x, \bar x)\) est un isomorphisme d’anneaux.

Voir la correction de l’exercice 25

Bonne définition. L’application \(\psi:\mathbb{Z}\to\mathbb{Z}/m\mathbb{Z}\times\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\), \(x\mapsto(\bar x,\bar x)\), est un morphisme d’anneaux de noyau \(\{x \mid m\mid x \text{ et } n\mid x\} = \mathrm{ppcm}(m,n)\mathbb{Z} = mn\mathbb{Z}\) (car \(m\wedge n = 1\)). \(\psi\) passe donc au quotient en \(\varphi\), bien définie et injective.

Morphisme. \(\varphi\) respecte \(+\) et \(\times\) et envoie \(\bar 1\) sur \((\bar1,\bar1)\).

Bijectivité. \(\varphi\) est injective entre deux ensembles finis de même cardinal \(mn\), donc bijective. C’est un isomorphisme d’anneaux.

Ce que le correcteur attend — le point délicat est le calcul du noyau : il faut écrire explicitement que « \(m\mid x\) et \(n\mid x\) » équivaut à « \(mn\mid x\) » parce que \(m\wedge n = 1\). Sans cette hypothèse de coprimalité invoquée nommément (théorème de Gauss), le noyau serait \(\mathrm{ppcm}(m,n)\mathbb{Z}\) et l’isomorphisme faux. C’est l’erreur qui coûte le plus de points sur ce classique.


Erreurs fréquentes et pièges classiques

Sur ce chapitre, ce ne sont pas les calculs qui font perdre des points, mais les oublis de rigueur. Voici les trois fautes qui reviennent le plus en copie.

Piège n°1 — Oublier la stabilité. On se jette sur la commutativité ou l’associativité sans avoir vérifié que \(x\star y\in E\). Une loi qui « sort » de l’ensemble n’est pas une loi de composition interne : c’est la toute première chose à établir.

Piège n°2 — Oublier \(1_A\) dans un sous-anneau. ❌ Copie fautive : « \(2\mathbb{Z}\) est un sous-anneau de \(\mathbb{Z}\) car stable par différence et produit. »
Diagnostic : \(1\notin 2\mathbb{Z}\).
Correction : \(2\mathbb{Z}\) est un sous-groupe additif et un idéal, mais pas un sous-anneau au sens du programme (qui exige \(1_A\in B\)).

Piège n°3 — Confondre bijectif et isomorphe. Une bijection entre deux groupes n’est pas forcément un isomorphisme : encore faut-il qu’elle soit un morphisme. Vérifie toujours \(f(x\star y) = f(x)\cdot f(y)\) avant de conclure.

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Questions fréquentes

Comment montrer qu’une loi est une loi de composition interne ?

Il faut et il suffit de vérifier la stabilité : pour tout couple \((x,y)\) d’éléments de l’ensemble \(E\), le résultat \(x\star y\) appartient encore à \(E\). C’est l’unique condition. La commutativité, l’associativité ou l’existence d’un neutre sont des propriétés supplémentaires, à ne prouver que si l’énoncé les demande.

Quelle est la différence entre un morphisme et un isomorphisme ?

Un morphisme est une application compatible avec les lois : \(f(x\star y)=f(x)\cdot f(y)\). Un isomorphisme est un morphisme bijectif : il établit une correspondance parfaite entre deux structures, qui sont alors « identiques » à renommage près. Tout isomorphisme est un morphisme, mais la réciproque est fausse. Pour aller plus loin, consulte les fiches morphisme et isomorphisme.

Comment trouver l’inverse d’un élément dans Z/nZ ?

Un élément \(\bar k\) est inversible dans \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) si et seulement si \(\gcd(k,n)=1\). Pour trouver l’inverse, on applique l’algorithme d’Euclide étendu (Bézout) : on écrit \(ku + nv = 1\), et alors \(\bar u\) est l’inverse de \(\bar k\) modulo \(n\).

Les structures algébriques sont-elles au programme de MPSI ?

Oui. Le chapitre « Structures algébriques usuelles » (groupes, anneaux, corps, morphismes) figure au programme officiel de MPSI, MP2I et PCSI, tout comme « Arithmétique dans Z » qui contient l’étude de \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\). Ces exercices balaient les notions centrales de ces deux chapitres, du calibrage cours au niveau concours.


Pour aller plus loin

Tu maîtrises maintenant les exercices fondamentaux du chapitre. Pour consolider et prolonger :