En mathématiques, une action de groupe est l’outil le plus efficace pour analyser un groupe fini : elle transforme une question de structure abstraite en un problème de comptage concret. Orbites, stabilisateurs, équation aux classes et théorèmes de Sylow deviennent alors des machines à démontrer. Voici 20 exercices corrigés, classés en quatre thèmes et gradués du niveau DS (★★) au niveau concours et oral d’agrégation (★★★). Chaque énoncé est corrigé pas à pas, et chaque exercice ★★★ se termine par un encadré « ce que le correcteur attend ». Ce chapitre relève du programme de L3 et de l’agrégation (interne et externe) : il prolonge naturellement les structures algébriques vues en prépa.
Rappels essentiels avant de commencer
Une action de groupe se manifeste par trois objets qui reviennent dans presque tous les exercices : l’orbite, le stabilisateur, et la relation qui les relie. Avant d’attaquer, fixons le vocabulaire et les formules-clés.
Définition — Action de groupe
Soit \(G\) un groupe et \(X\) un ensemble. Une action de \(G\) sur \(X\) est une application \(G \times X \to X\), notée \((g,x) \mapsto g \cdot x\), telle que \(e \cdot x = x\) pour tout \(x\), et \(g \cdot (h \cdot x) = (gh) \cdot x\) pour tous \(g,h,x\).
L’orbite de \(x\) est \(\mathrm{Orb}(x) = \{ g \cdot x \mid g \in G \}\). Son stabilisateur est \(\mathrm{Stab}(x) = \{ g \in G \mid g \cdot x = x \}\).
| Résultat | Énoncé |
|---|---|
| Orbite–stabilisateur | \(|\mathrm{Orb}(x)| = [G : \mathrm{Stab}(x)] = \displaystyle\frac{|G|}{|\mathrm{Stab}(x)|}\) |
| Partition | Les orbites forment une partition de \(X\) |
| Équation aux classes | \(|G| = |Z(G)| + \sum_i [G : C_G(x_i)]\) |
| Formule de Burnside | \(N = \displaystyle\frac{1}{|G|} \sum_{g \in G} |\mathrm{Fix}(g)|\) |
| Sylow (existence, conjugaison, dénombrement) | \(n_p \equiv 1 \ [p]\) et \(n_p \mid m\) où \(|G| = p^a m\), \(p \not\mid m\) |
Le réflexe qui débloque tout : dès qu’un problème parle d’un groupe agissant sur un ensemble, écris immédiatement la relation orbite–stabilisateur. Elle relie du comptage (\(|\mathrm{Orb}(x)|\)) à de la structure (\(\mathrm{Stab}(x)\)), et c’est presque toujours le pivot de la démonstration.
Actions de groupe : orbites et stabilisateurs
Ces sept exercices installent les fondamentaux : structure des orbites, propriétés du stabilisateur, et les deux grands résultats de comptage (relation orbite–stabilisateur et formule de Burnside).
Exercice 1 — Les orbites forment une partition ★★
Soit \(G\) un groupe agissant sur un ensemble \(X\). On définit sur \(X\) la relation : \(x \sim y\) s’il existe \(g \in G\) tel que \(g \cdot x = y\). Montrer que \(\sim\) est une relation d’équivalence, et en déduire que les orbites forment une partition de \(X\).
Voir la correction de l’exercice 1
Réflexivité. \(e \cdot x = x\) donc \(x \sim x\).
Symétrie. Si \(g \cdot x = y\), alors \(g^{-1} \cdot y = g^{-1} \cdot (g \cdot x) = (g^{-1} g) \cdot x = e \cdot x = x\), donc \(y \sim x\).
Transitivité. Si \(g \cdot x = y\) et \(h \cdot y = z\), alors \((hg) \cdot x = h \cdot (g \cdot x) = h \cdot y = z\), donc \(x \sim z\).
La classe d’équivalence de \(x\) est exactement \(\mathrm{Orb}(x)\). Or les classes d’une relation d’équivalence forment une partition. Les orbites partitionnent donc \(X\). ∎
Exercice 2 — Stabilisateur et conjugaison ★★
Montrer que \(\mathrm{Stab}(x)\) est un sous-groupe de \(G\). Établir ensuite que pour tout \(g \in G\), on a \(\mathrm{Stab}(g \cdot x) = g \, \mathrm{Stab}(x) \, g^{-1}\).
Voir la correction de l’exercice 2
Sous-groupe. \(e \in \mathrm{Stab}(x)\) (non vide). Si \(a,b \in \mathrm{Stab}(x)\) : \((ab) \cdot x = a \cdot (b \cdot x) = a \cdot x = x\), donc \(ab \in \mathrm{Stab}(x)\) ; et \(a^{-1} \cdot x = a^{-1} \cdot (a \cdot x) = x\), donc \(a^{-1} \in \mathrm{Stab}(x)\). C’est un sous-groupe.
Conjugaison. On a la chaîne d’équivalences :
\(h \in \mathrm{Stab}(g \cdot x) \Longleftrightarrow h \cdot (g \cdot x) = g \cdot x \Longleftrightarrow (g^{-1} h g) \cdot x = x \Longleftrightarrow g^{-1} h g \in \mathrm{Stab}(x)\)ce qui équivaut à \(h \in g \, \mathrm{Stab}(x) \, g^{-1}\). Les points d’une même orbite ont des stabilisateurs conjugués. ∎
Exercice 3 — Relation orbite–stabilisateur ★★
Soit \(G\) fini agissant sur \(X\). Montrer que \(|\mathrm{Orb}(x)| = [G : \mathrm{Stab}(x)]\). En déduire que, pour l’action de \(G\) sur lui-même par conjugaison, le cardinal de toute classe de conjugaison divise \(|G|\).
Voir la correction de l’exercice 3
On pose \(H = \mathrm{Stab}(x)\) et on considère \(\varphi : G/H \to \mathrm{Orb}(x)\), \(gH \mapsto g \cdot x\).
Bien définie et injective. \(gH = g'H \Longleftrightarrow g^{-1}g' \in H \Longleftrightarrow (g^{-1}g') \cdot x = x \Longleftrightarrow g \cdot x = g' \cdot x\).
Surjective par définition de l’orbite. C’est donc une bijection, d’où \(|\mathrm{Orb}(x)| = [G : H] = \displaystyle\frac{|G|}{|\mathrm{Stab}(x)|}\).
Pour la conjugaison, l’orbite de \(x\) est sa classe de conjugaison et \(\mathrm{Stab}(x) = C_G(x)\) (centralisateur). Ainsi \(|\text{classe}| = [G : C_G(x)]\) divise \(|G|\) par le théorème de Lagrange. ∎
Exercice 4 — Formule de Burnside et colliers ★★★
Soit \(G\) fini agissant sur un ensemble fini \(X\). Montrer que le nombre \(N\) d’orbites vérifie \(N = \displaystyle\frac{1}{|G|} \sum_{g \in G} |\mathrm{Fix}(g)|\). Application : combien y a-t-il de colliers de 4 perles, chacune blanche ou noire, à rotation près (action du groupe cyclique \(C_4\)) ?
Voir la correction de l’exercice 4
Preuve. On compte de deux façons le cardinal de \(A = \{ (g,x) \mid g \cdot x = x \}\) :
\(|A| = \sum_{g \in G} |\mathrm{Fix}(g)| = \sum_{x \in X} |\mathrm{Stab}(x)|\)Par la relation orbite–stabilisateur, \(|\mathrm{Stab}(x)| = \displaystyle\frac{|G|}{|\mathrm{Orb}(x)|}\). En regroupant par orbite \(O\) : \(\sum_{x \in O} \displaystyle\frac{|G|}{|O|} = |G|\). Comme il y a \(N\) orbites, \(\sum_{x} |\mathrm{Stab}(x)| = N |G|\), d’où la formule.
Application. \(X = \{ \text{blanc}, \text{noir} \}^4\) possède \(16\) éléments, \(G = C_4 = \{ \mathrm{id}, r, r^2, r^3 \}\).
- \(|\mathrm{Fix}(\mathrm{id})| = 16\)
- \(|\mathrm{Fix}(r)| = |\mathrm{Fix}(r^3)| = 2\) (colliers monochromes)
- \(|\mathrm{Fix}(r^2)| = 4\) (perles opposées égales : \(2 \times 2\))
\(N = \displaystyle\frac{16 + 2 + 4 + 2}{4} = \displaystyle\frac{24}{4} = 6\). Il existe 6 colliers distincts. ∎
Ce que le correcteur attend : le double comptage de \(|A|\) rédigé proprement, et pour l’application, le décompte correct de \(\mathrm{Fix}(r^2)\) (ne pas oublier les colorations invariantes par la rotation d’ordre 2, soit \(2^2 = 4\)).
Les 20 exercices corrigés en un seul PDF
Orbites, stabilisateurs, quotients et théorèmes de Sylow : tous les corrigés pas à pas, prêts à imprimer pour réviser hors ligne.
📄 Télécharger le PDF gratuitNiveau L3 et agrégation — rédaction rigoureuse garantie.
Exercice 5 — Théorème de Cayley ★★
Soit \(G\) un groupe fini d’ordre \(n\). En considérant l’action de \(G\) sur lui-même par translation à gauche, montrer que \(G\) est isomorphe à un sous-groupe de \(S_n\).
Voir la correction de l’exercice 5
Pour \(g \in G\), on pose \(\lambda_g : x \mapsto gx\). C’est une bijection de \(G\) (d’inverse \(\lambda_{g^{-1}}\)), donc \(\lambda_g \in S(G)\).
L’application \(\lambda : G \to S(G)\), \(g \mapsto \lambda_g\), est un morphisme : \(\lambda_{gh} = \lambda_g \circ \lambda_h\).
Noyau. Si \(\lambda_g = \mathrm{id}\), alors \(gx = x\) pour tout \(x\) ; en particulier \(g = ge = e\). Donc \(\mathrm{Ker}\,\lambda = \{ e \}\) : le morphisme est injectif.
Par le premier théorème d’isomorphisme, \(G \cong \mathrm{Im}\,\lambda\), sous-groupe de \(S(G) \cong S_n\). ∎
Voir aussi la construction du quotient dans les groupes quotients.
Exercice 6 — Action d’un groupe simple ★★★
Soit \(G\) un groupe simple agissant sur un ensemble \(X\). Montrer que cette action est soit triviale, soit fidèle.
Voir la correction de l’exercice 6
L’action correspond à un morphisme \(\rho : G \to S(X)\), \(g \mapsto (x \mapsto g \cdot x)\). Son noyau est \(K = \{ g \in G \mid g \cdot x = x \ \forall x \} = \bigcap_{x \in X} \mathrm{Stab}(x)\).
Comme noyau d’un morphisme, \(K\) est distingué dans \(G\).
\(G\) étant simple, ses seuls sous-groupes distingués sont \(\{e\}\) et \(G\).
- Si \(K = G\) : tout élément fixe tout point, l’action est triviale.
- Si \(K = \{e\}\) : l’action est fidèle.
Il n’y a pas d’autre possibilité. ∎
Ce que le correcteur attend : identifier explicitement le noyau de l’action comme noyau du morphisme vers \(S(X)\) (donc distingué), puis conclure par la définition de la simplicité. Oublier de justifier que \(K\) est distingué fait perdre l’essentiel des points.
Exercice 7 — Un p-groupe a un centre non trivial ★★★
Soit \(p\) un nombre premier et \(G\) un groupe fini d’ordre \(p^n\) avec \(n \geq 1\). Montrer que le centre \(Z(G)\) n’est pas réduit à \(\{ e \}\).
Voir la correction de l’exercice 7
On fait agir \(G\) sur lui-même par conjugaison et on écrit l’équation aux classes :
\(|G| = |Z(G)| + \sum_i [G : C_G(x_i)]\)où la somme porte sur des représentants \(x_i\) des classes de conjugaison de cardinal \(\geq 2\) (les éléments non centraux).
Pour un tel \(x_i\), \(C_G(x_i) \neq G\), donc \([G : C_G(x_i)]\) est un diviseur de \(p^n\) strictement supérieur à \(1\) : c’est \(p^{k_i}\) avec \(k_i \geq 1\), donc divisible par \(p\).
Ainsi \(|Z(G)| = |G|- \sum_i [G : C_G(x_i)] \equiv 0 \ [p]\), car \(|G|\) et chaque terme de la somme sont divisibles par \(p\).
Comme \(e \in Z(G)\), on a \(|Z(G)| \geq 1\) ; combiné à \(p \mid |Z(G)|\), cela force \(|Z(G)| \geq p\) > \(1\). Le centre est non trivial. ∎
Ce que le correcteur attend : une écriture rigoureuse de l’équation aux classes, la justification que chaque indice non trivial est une puissance de \(p\) au moins égale à \(p\), et la conclusion par congruence modulo \(p\).
Groupes quotients et théorèmes d’isomorphisme
On passe des orbites aux quotients. Le fil conducteur de ces cinq exercices est le premier théorème d’isomorphisme \(G/\mathrm{Ker}\,f \cong \mathrm{Im}\,f\), qui permet de construire des isomorphismes sans les exhiber « à la main ».
Exercice 8 — Sous-groupe d’indice 2 ★★
Soit \(H\) un sous-groupe de \(G\) d’indice \(2\). Montrer que \(H\) est distingué dans \(G\) et identifier le quotient \(G/H\).
Voir la correction de l’exercice 8
L’indice \(2\) donne deux classes à gauche : \(H\) et son complémentaire. Pour \(g \notin H\), on a donc \(gH = G \setminus H\). De même, à droite, \(Hg = G \setminus H\).
Ainsi \(gH = Hg\) pour tout \(g \in G\) (l’égalité est triviale si \(g \in H\)). \(H\) est distingué.
Le quotient \(G/H\) a \(2\) éléments, donc \(G/H \cong \mathbb{Z}/2\mathbb{Z}\). ∎
Exercice 9 — Le cercle comme quotient ★★
Soit \(\varphi : (\mathbb{R}, +) \to (\mathbb{U}, \times)\) définie par \(\varphi(t) = e^{2i\pi t}\), où \(\mathbb{U}\) est le groupe des complexes de module \(1\). Montrer que \(\varphi\) est un morphisme surjectif, déterminer son noyau, et en déduire un isomorphisme.
Voir la correction de l’exercice 9
Morphisme. \(\varphi(s + t) = e^{2i\pi(s+t)} = e^{2i\pi s} e^{2i\pi t} = \varphi(s)\varphi(t)\).
Surjectif. Tout \(z \in \mathbb{U}\) s’écrit \(z = e^{i\theta} = \varphi\!\left( \displaystyle\frac{\theta}{2\pi} \right)\).
Noyau. \(\varphi(t) = 1 \Longleftrightarrow e^{2i\pi t} = 1 \Longleftrightarrow t \in \mathbb{Z}\), donc \(\mathrm{Ker}\,\varphi = \mathbb{Z}\).
Le premier théorème d’isomorphisme donne \(\mathbb{R}/\mathbb{Z} \cong \mathbb{U}\). ∎
Ce raisonnement est l’application directe du procédé général : voir la méthode pour construire un isomorphisme.
Exercice 10 — Quotient de GL_n par SL_n ★★★
Montrer que \(SL_n(\mathbb{R})\) est distingué dans \(GL_n(\mathbb{R})\) et que \(GL_n(\mathbb{R}) / SL_n(\mathbb{R}) \cong (\mathbb{R}^*, \times)\).
Voir la correction de l’exercice 10
Le déterminant \(\det : GL_n(\mathbb{R}) \to \mathbb{R}^*\) est un morphisme de groupes, car \(\det(AB) = \det(A)\det(B)\).
Surjectif : pour \(\lambda \in \mathbb{R}^*\), la matrice \(\mathrm{diag}(\lambda, 1, \dots, 1)\) a pour déterminant \(\lambda\).
Noyau : \(\mathrm{Ker}(\det) = SL_n(\mathbb{R})\), qui est donc distingué (tout noyau l’est).
Premier théorème d’isomorphisme : \(GL_n(\mathbb{R}) / SL_n(\mathbb{R}) \cong \mathrm{Im}(\det) = \mathbb{R}^*\). ∎
Ce que le correcteur attend : rappeler que \(\det\) est multiplicatif (donc morphisme), prouver la surjectivité par une matrice explicite, et identifier proprement le noyau. Sur ce type de question, voir aussi le cours sur les matrices.
Exercice 11 — Groupe dérivé et abélianisé ★★
Soit \(G\) un groupe. On note \(D(G)\) le sous-groupe engendré par les commutateurs \([a,b] = aba^{-1}b^{-1}\). Montrer que \(D(G)\) est distingué et que \(G/D(G)\) est abélien.
Voir la correction de l’exercice 11
Distingué. Pour \(g \in G\), \(g[a,b]g^{-1} = [gag^{-1}, gbg^{-1}]\) est encore un commutateur. La conjugaison envoie donc les générateurs de \(D(G)\) sur des générateurs de \(D(G)\), d’où \(g D(G) g^{-1} = D(G)\).
Quotient abélien. Dans \(G/D(G)\), pour tous \(\bar{a}, \bar{b}\), le commutateur \([\bar{a}, \bar{b}]\) est l’image de \([a,b] \in D(G)\), donc vaut l’élément neutre. Ainsi \(\bar{a}\bar{b} = \bar{b}\bar{a}\) : le quotient est abélien. ∎
Exercice 12 — Théorème chinois par le quotient ★★★
Soient \(m, n \geq 1\) premiers entre eux. Montrer que \(\mathbb{Z}/mn\mathbb{Z} \cong \mathbb{Z}/m\mathbb{Z} \times \mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\).
Voir la correction de l’exercice 12
On considère \(\varphi : \mathbb{Z} \to \mathbb{Z}/m\mathbb{Z} \times \mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\), \(k \mapsto (\bar{k}, \bar{k})\). C’est un morphisme de groupes.
Noyau. \(k \in \mathrm{Ker}\,\varphi \Longleftrightarrow m \mid k \text{ et } n \mid k \Longleftrightarrow \mathrm{ppcm}(m,n) \mid k\). Comme \(\mathrm{pgcd}(m,n) = 1\), \(\mathrm{ppcm}(m,n) = mn\), donc \(\mathrm{Ker}\,\varphi = mn\mathbb{Z}\).
Le premier théorème d’isomorphisme donne \(\mathbb{Z}/mn\mathbb{Z} \cong \mathrm{Im}\,\varphi\). Or \(|\mathbb{Z}/mn\mathbb{Z}| = mn = |\mathbb{Z}/m\mathbb{Z} \times \mathbb{Z}/n\mathbb{Z}|\), et l’image, isomorphe à un ensemble de cardinal \(mn\), remplit tout l’ensemble d’arrivée. \(\varphi\) est donc surjectif et l’isomorphisme est établi. ∎
Ce que le correcteur attend : l’identification du noyau comme \(mn\mathbb{Z}\) en utilisant \(\mathrm{pgcd}(m,n) = 1\) (donc \(\mathrm{ppcm} = mn\)), puis l’argument de surjectivité par égalité des cardinaux finis. Ce résultat structure l’étude de l’anneau Z/nZ.
Théorèmes de Sylow
Les théorèmes de Sylow sont l’aboutissement des actions de groupe : ils se démontrent par action par conjugaison et translation, et servent à classifier les groupes finis. Ces quatre exercices sont des classiques d’oral d’agrégation.
Exercice 13 — Dénombrer les p-Sylow ★★
Rappeler les conditions de Sylow sur \(n_p\). Soit \(G\) d’ordre \(20 = 2^2 \cdot 5\). Déterminer le nombre \(n_5\) de \(5\)-Sylow et montrer que le \(5\)-Sylow est distingué.
Voir la correction de l’exercice 13
Conditions. Pour \(|G| = p^a m\) avec \(p \not\mid m\) : \(n_p \equiv 1 \ [p]\) et \(n_p \mid m\).
Ici \(p = 5\), \(m = 4\). Donc \(n_5 \mid 4\) et \(n_5 \equiv 1 \ [5]\). Les diviseurs de \(4\) sont \(1, 2, 4\) ; le seul congru à \(1\) modulo \(5\) est \(n_5 = 1\).
Un unique \(5\)-Sylow est stable par conjugaison (tout conjugué d’un \(5\)-Sylow est un \(5\)-Sylow), donc distingué. ∎
Exercice 14 — Groupes d’ordre pq ★★★
Soient \(p\) < \(q\) deux nombres premiers tels que \(p \not\mid q- 1\). Montrer que tout groupe \(G\) d’ordre \(pq\) est cyclique.
Voir la correction de l’exercice 14
Le q-Sylow. \(n_q \mid p\) et \(n_q \equiv 1 \ [q]\), donc \(n_q \in \{1, p\}\). Comme \(p\) < \(q\) et \(p \geq 2\), on a \(p \not\equiv 1 \ [q]\), donc \(n_q = 1\) : unique \(q\)-Sylow \(Q \cong \mathbb{Z}/q\mathbb{Z}\), distingué.
Le p-Sylow. \(n_p \mid q\) et \(n_p \equiv 1 \ [p]\), donc \(n_p \in \{1, q\}\). Si \(n_p = q\), alors \(q \equiv 1 \ [p]\), c’est-à-dire \(p \mid q- 1\) : contradiction. Donc \(n_p = 1\) : unique \(p\)-Sylow \(P \cong \mathbb{Z}/p\mathbb{Z}\), distingué.
Conclusion. \(P \cap Q = \{e\}\) (ordres premiers entre eux), \(|PQ| = pq = |G|\), et \(P, Q\) distingués. Donc \(G \cong P \times Q \cong \mathbb{Z}/p\mathbb{Z} \times \mathbb{Z}/q\mathbb{Z} \cong \mathbb{Z}/pq\mathbb{Z}\) : \(G\) est cyclique. ∎
Ce que le correcteur attend : l’ordre de traitement (\(n_q = 1\) puis \(n_p = 1\)), en soulignant que l’hypothèse \(p \not\mid q-1\) intervient précisément pour éliminer \(n_p = q\), puis le produit direct interne.
Exercice 15 — Tout groupe d’ordre 15 est cyclique ★★★
Montrer que tout groupe \(G\) d’ordre \(15\) est cyclique.
Voir la correction de l’exercice 15
\(15 = 3 \cdot 5\).
\(5\)-Sylow : \(n_5 \mid 3\), \(n_5 \equiv 1 \ [5]\). Diviseurs de \(3\) : \(1, 3\) ; seul \(n_5 = 1\) convient.
\(3\)-Sylow : \(n_3 \mid 5\), \(n_3 \equiv 1 \ [3]\). Diviseurs de \(5\) : \(1, 5\) ; comme \(5 \equiv 2 \ [3]\), seul \(n_3 = 1\) convient.
Les deux Sylow \(P_3\) et \(P_5\) sont uniques donc distingués, d’intersection triviale, de produit d’ordre \(15\). Donc \(G \cong \mathbb{Z}/3\mathbb{Z} \times \mathbb{Z}/5\mathbb{Z} \cong \mathbb{Z}/15\mathbb{Z}\). \(G\) est cyclique. ∎
Ce que le correcteur attend : les deux calculs \(n_3 = n_5 = 1\) détaillés, et surtout ne pas confondre « unique Sylow » et « distingué » : justifier le passage de l’un à l’autre par la conjugaison des Sylow.
Exercice 16 — Aucun groupe d’ordre 12 n’est simple ★★★
Montrer qu’un groupe \(G\) d’ordre \(12\) n’est jamais simple.
Voir la correction de l’exercice 16
\(12 = 2^2 \cdot 3\). Les conditions de Sylow donnent \(n_3 \in \{1, 4\}\) et \(n_2 \in \{1, 3\}\).
Supposons \(G\) simple. Alors \(n_3 \neq 1\) (sinon le \(3\)-Sylow serait distingué), donc \(n_3 = 4\).
Ces quatre \(3\)-Sylow sont d’ordre \(3\), donc d’intersection deux à deux triviale (ordre premier). Ils fournissent \(4 \times (3- 1) = 8\) éléments d’ordre \(3\).
Il reste \(12- 8 = 4\) éléments (dont \(e\)) qui ne sont pas d’ordre \(3\). Or un \(2\)-Sylow a exactement \(4\) éléments : ces \(4\) éléments restants forment donc l’unique \(2\)-Sylow, d’où \(n_2 = 1\).
Ce \(2\)-Sylow est alors distingué, ce qui contredit la simplicité. Donc \(G\) n’est pas simple. ∎
Ce que le correcteur attend : le comptage précis des \(8\) éléments d’ordre \(3\) (avec justification de l’intersection triviale), puis l’argument « il ne reste la place que pour un seul \(2\)-Sylow ». C’est un raisonnement de dénombrement, pas seulement de congruences.
Groupes classiques : diédral et Klein
Pour finir, un catalogue de groupes concrets, ceux qu’on utilise sans cesse pour produire des contre-exemples ou tester une conjecture. Le groupe diédral et le groupe de Klein sont les deux vedettes de l’algèbre de L3.
Exercice 17 — Relations du groupe diédral ★★
Le groupe diédral \(D_n\) (avec \(n \geq 3\)) est le groupe des isométries du polygone régulier à \(n\) côtés. Montrer qu’il est engendré par une rotation \(r\) d’ordre \(n\) et une réflexion \(s\) d’ordre \(2\), avec \(srs^{-1} = r^{-1}\), et que \(|D_n| = 2n\).
Voir la correction de l’exercice 17
Soit \(r\) la rotation d’angle \(\displaystyle\frac{2\pi}{n}\) : \(r^n = e\) et \(r\) est d’ordre \(n\). Soit \(s\) une réflexion : \(s^2 = e\).
La relation. Conjuguer une rotation par une réflexion renverse le sens de rotation (la réflexion inverse l’orientation), donc \(srs^{-1} = r^{-1}\), soit \(srs = r^{-1}\) puisque \(s = s^{-1}\).
Cardinal. Grâce à cette relation, tout produit se ramène à la forme \(r^k\) ou \(r^k s\) avec \(0 \leq k \leq n-1\). Cela donne au plus \(2n\) éléments dans \(\langle r, s \rangle\), tous distincts (les \(r^k\) sont des rotations distinctes, les \(r^k s\) des réflexions distinctes). Réciproquement, une isométrie du polygone est déterminée par l’image du sommet \(A_1\) (\(n\) choix) et par son caractère direct ou indirect (2 choix) : \(|D_n| \leq 2n\). Les \(2n\) éléments \(r^k\) et \(r^k s\) épuisent donc \(D_n\) : \(D_n = \langle r, s \rangle\) et \(|D_n| = 2n\). ∎
Exercice 18 — Classification des groupes d’ordre 4 ★★
Montrer qu’un groupe \(G\) d’ordre \(4\) est isomorphe soit à \(\mathbb{Z}/4\mathbb{Z}\), soit au groupe de Klein \(V = \mathbb{Z}/2\mathbb{Z} \times \mathbb{Z}/2\mathbb{Z}\). Montrer que \(V\) n’est pas cyclique.
Voir la correction de l’exercice 18
Par Lagrange, tout élément de \(G\) a un ordre divisant \(4\) : donc \(1\), \(2\) ou \(4\).
Cas 1 : il existe un élément d’ordre \(4\). Alors \(G\) est engendré par cet élément : \(G \cong \mathbb{Z}/4\mathbb{Z}\).
Cas 2 : tous les éléments \(\neq e\) sont d’ordre \(2\). Alors \(x^2 = e\) pour tout \(x\), ce qui entraîne que \(G\) est abélien. En prenant deux éléments distincts \(a, b\) d’ordre \(2\), on obtient \(G = \{e, a, b, ab\} \cong \mathbb{Z}/2\mathbb{Z} \times \mathbb{Z}/2\mathbb{Z}\).
Le groupe \(V\) n’a aucun élément d’ordre \(4\) (tous ses éléments non triviaux sont d’ordre \(2\)), donc il n’est pas cyclique. ∎
Exercice 19 — Centre du groupe diédral ★★★
Déterminer le centre \(Z(D_n)\) pour \(n \geq 3\).
Voir la correction de l’exercice 19
On utilise \(s r^k s^{-1} = r^{-k}\), conséquence de \(srs^{-1} = r^{-1}\).
Rotations centrales. \(r^k\) commute avec \(s\) ssi \(r^k = s r^k s^{-1} = r^{-k}\), soit \(r^{2k} = e\), c’est-à-dire \(n \mid 2k\). Pour \(0 \leq k\) < \(n\) : \(k = 0\), ou bien \(k = \displaystyle\frac{n}{2}\) si \(n\) est pair.
Réflexions centrales. Une réflexion \(r^k s\) commute avec \(r\) ssi \(r(r^k s) = (r^k s) r\). Or \((r^k s) r = r^k (sr) = r^k r^{-1} s = r^{k-1} s\) et \(r(r^k s) = r^{k+1} s\). L’égalité impose \(r^2 = e\), impossible pour \(n \geq 3\). Aucune réflexion n’est centrale.
Conclusion : \(Z(D_n) = \{e\}\) si \(n\) est impair, et \(Z(D_n) = \{e, r^{n/2}\}\) si \(n\) est pair. ∎
Ce que le correcteur attend : traiter séparément les rotations et les réflexions, exploiter systématiquement la relation \(srs^{-1} = r^{-1}\), et bien distinguer les cas \(n\) pair / impair.
Exercice 20 — Automorphismes du groupe de Klein ★★★
Soit \(V\) le groupe de Klein. Montrer que \(\mathrm{Aut}(V) \cong S_3\).
Voir la correction de l’exercice 20
On écrit \(V = \{e, a, b, c\}\) où \(a, b, c\) sont les trois éléments d’ordre \(2\), avec la propriété remarquable : le produit de deux éléments non triviaux distincts est le troisième (\(ab = c\), \(bc = a\), \(ca = b\)).
Un automorphisme permute \(\{a,b,c\}\). Tout \(\varphi \in \mathrm{Aut}(V)\) fixe \(e\) et préserve l’ordre des éléments, donc envoie \(\{a,b,c\}\) sur lui-même. On obtient un morphisme \(\Phi : \mathrm{Aut}(V) \to S(\{a,b,c\}) \cong S_3\).
Injectif : un automorphisme est entièrement déterminé par son action sur les générateurs \(a, b\).
Surjectif : réciproquement, toute permutation \(\sigma\) de \(\{a,b,c\}\) est un automorphisme. En effet, \(V \cong (\mathbb{F}_2)^2\) et la relation « somme de deux non nuls distincts = le troisième » est symétrique en \(a, b, c\) : n’importe quelle permutation des trois vecteurs non nuls respecte la loi.
Donc \(\Phi\) est un isomorphisme : \(\mathrm{Aut}(V) \cong S_3\), d’ordre \(6\). ∎
Ce que le correcteur attend : montrer les deux inclusions — tout automorphisme permute les trois éléments d’ordre 2, ET réciproquement toute permutation en est un (c’est le point subtil, grâce à la relation additive). Conclure par l’égalité des cardinaux \(|\mathrm{Aut}(V)| = |S_3| = 6\).
Erreurs fréquentes à éviter
La plupart des points perdus sur ce chapitre viennent de quelques confusions récurrentes. Les repérer à l’avance, c’est gagner des points sur la copie.
Erreur 1 — Confondre orbite et stabilisateur. L’orbite \(\mathrm{Orb}(x) \subset X\) est un sous-ensemble de l’ensemble sur lequel on agit ; le stabilisateur \(\mathrm{Stab}(x) \subset G\) est un sous-groupe de \(G\). Ce ne sont pas des objets du même monde. La relation orbite–stabilisateur les relie précisément par \(|\mathrm{Orb}(x)| \cdot |\mathrm{Stab}(x)| = |G|\).
Erreur 2 — Passer de « unique \(p\)-Sylow » à « distingué » sans justification. Le lien n’est pas évident : il repose sur le fait que tous les \(p\)-Sylow sont conjugués. Si \(n_p = 1\), l’unique Sylow est donc son propre conjugué, ce qui le rend distingué. Cette phrase doit apparaître sur la copie.
Erreur 3 — Oublier l’identité dans la formule de Burnside. \(\mathrm{Fix}(e) = X\) tout entier : c’est le terme dominant de la somme. L’omettre fausse tout le comptage d’orbites.
Erreur 4 — Croire que deux groupes de même ordre sont isomorphes. \(\mathbb{Z}/4\mathbb{Z}\) et le groupe de Klein \(V\) ont tous deux \(4\) éléments mais ne sont pas isomorphes : l’un est cyclique, l’autre non. Le cardinal ne suffit jamais à conclure à un isomorphisme.
Questions fréquentes
Les questions que se posent le plus souvent les étudiants qui abordent ce chapitre.
Les actions de groupe sont-elles au programme de prépa ?
Non. Depuis la réforme, les actions de groupe, les quotients et les théorèmes de Sylow ne figurent plus au programme de MPSI, MP2I ou PCSI. Ces notions relèvent de la L3 de mathématiques et de l’agrégation interne. En prépa, on s’arrête aux groupes, sous-groupes, morphismes, ordre d’un élément, groupes cycliques et groupe symétrique : ces exercices sont donc un prolongement naturel pour qui poursuit à l’université.
Quelle est la différence entre une orbite et un stabilisateur ?
L’orbite \(\mathrm{Orb}(x)\) est l’ensemble des points atteints par \(x\) sous l’action : c’est une partie de l’ensemble \(X\). Le stabilisateur \(\mathrm{Stab}(x)\) est l’ensemble des éléments du groupe \(G\) qui laissent \(x\) fixe : c’est un sous-groupe de \(G\). La relation orbite–stabilisateur, \(|\mathrm{Orb}(x)| = |G|/|\mathrm{Stab}(x)|\), montre qu’ils varient en sens inverse.
Comment prouver qu’un p-Sylow est distingué ?
La méthode la plus courante : montrer que \(n_p = 1\) à l’aide des conditions de Sylow (\(n_p \equiv 1\) modulo \(p\) et \(n_p\) divise l’indice). Comme tous les \(p\)-Sylow sont conjugués entre eux, un unique \(p\)-Sylow est nécessairement stable par conjugaison, donc distingué. C’est l’argument qui déclenche la plupart des classifications de petits groupes.
À quoi servent les théorèmes de Sylow ?
Ils permettent de classifier les groupes finis d’un ordre donné : compter les sous-groupes de Sylow, en déduire qu’ils sont distingués, puis reconstruire le groupe comme produit direct ou semi-direct. C’est l’outil qui prouve, par exemple, que tout groupe d’ordre \(15\) est cyclique ou qu’aucun groupe d’ordre \(12\) n’est simple.
Action de groupe en maths ou action de groupe en droit : quel rapport ?
Aucun. En droit de la consommation, « action de groupe » désigne un recours collectif en justice. En mathématiques, il s’agit d’une structure algébrique reliant un groupe et un ensemble. Ces exercices portent exclusivement sur le sens mathématique : orbites, stabilisateurs, quotients et Sylow.
Pour aller plus loin
Tu maîtrises désormais les actions de groupe et leurs applications. Pour consolider l’ensemble du parcours d’algèbre générale :
- Espace vectoriel : cours complet avec démonstrations et exercices corrigés
- Matrices en Mathématiques : Cours, Méthodes et Exercices Corrigés
- 25 Exercices de Polynômes Corrigés (Prépa) — PDF
- Logique et raisonnement en mathématiques
1 commentaire
KALIVOGUI
02.09.2026
Les notions abordées sont intéressantes et éveillent ma curiosité. Merci pour ce travail.