Le chapitre « ensembles et applications » ouvre l’année de MPSI, PCSI, PTSI ou MP2I, et il donne le ton : rigueur de rédaction, maîtrise des quantificateurs, aisance avec les raisonnements par double inclusion. C’est aussi le premier chapitre où l’on te demande de démontrer et non plus seulement de calculer. Voici 20 exercices corrigés, classés par difficulté croissante, de l’application directe aux problèmes type khôlle et concours. Chaque corrigé est détaillé pas à pas, avec le raisonnement attendu par le correcteur. Un PDF de 15 exercices bonus t’attend en fin de page.

Rappel des formules et définitions essentielles

Avant de te lancer, garde ces résultats sous les yeux. Ils suffisent à traiter la totalité des exercices ci-dessous.

Inclusion, égalité, double inclusion

Pour deux ensembles \(A\) et \(B\) : \(A \subset B\) signifie « pour tout \(x\), \(x \in A \Rightarrow x \in B\) ».

Et \(A = B \Leftrightarrow (A \subset B \text{ et } B \subset A)\). C’est le principe de la double inclusion, l’outil roi du chapitre.

Lois de De Morgan (dans un ensemble de référence \(E\), \(\overline{X}\) désigne le complémentaire) :

\(\overline{A \cup B} = \overline{A} \cap \overline{B} \qquad \overline{A \cap B} = \overline{A} \cup \overline{B}\)

Applications — définitions clés

Soit \(f : E \to F\). On dit que :

  • \(f\) est injective si \(\forall (x,x^\prime) \in E^2,\ f(x) = f(x^\prime) \Rightarrow x = x^\prime\) ;
  • \(f\) est surjective si \(\forall y \in F,\ \exists x \in E,\ f(x) = y\) ;
  • \(f\) est bijective si elle est injective et surjective.

Image directe : \(f(A) = \{ f(x) : x \in A \}\). Image réciproque : \(f^{-1}(B) = \{ x \in E : f(x) \in B \}\).

À mémoriser : pour un ensemble fini à \(n\) éléments, \(\mathrm{card}\,\mathcal{P}(E) = 2^n\), et \(\mathrm{card}(E \times F) = \mathrm{card}(E) \times \mathrm{card}(F)\).


Exercices d’application directe (★)

On commence par consolider les automatismes : manipulation d’ensembles, calcul d’images, tests d’injectivité. Rien de piégeux, mais chaque rédaction doit déjà être irréprochable.

Exercice 1 — Inclusion et égalité ★

Soit \(A = \{ n \in \mathbb{Z} : n \text{ est multiple de } 6 \}\) et \(B = \{ n \in \mathbb{Z} : n \text{ est pair} \}\). Comparer \(A\) et \(B\) (inclusion, égalité ?).

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Correction. Soit \(n \in A\). Alors \(n = 6k = 2(3k)\) avec \(k \in \mathbb{Z}\), donc \(n\) est pair : \(n \in B\). On a donc \(A \subset B\).

Réciproque fausse : \(2 \in B\) mais \(2 \notin A\) (il n’est pas multiple de 6). Un seul contre-exemple suffit.

Conclusion : \(A \subset B\) et \(A \neq B\). L’inclusion est stricte. ∎

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Exercice 2 — Opérations et De Morgan ★

Dans \(E = \{1,2,3,4,5,6\}\), on pose \(A = \{1,2,3\}\) et \(B = \{3,4,5\}\). Déterminer \(A \cup B\), \(A \cap B\), \(A \setminus B\), \(\overline{A}\), puis vérifier \(\overline{A \cup B} = \overline{A} \cap \overline{B}\).

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Correction.

\(A \cup B = \{1,2,3,4,5\}\), \(A \cap B = \{3\}\), \(A \setminus B = \{1,2\}\), \(\overline{A} = \{4,5,6\}\).

Vérification : \(\overline{A \cup B} = \{6\}\). Par ailleurs \(\overline{A} = \{4,5,6\}\) et \(\overline{B} = \{1,2,6\}\), donc \(\overline{A} \cap \overline{B} = \{6\}\). Les deux ensembles coïncident. ∎

Pour la démonstration générale de ces identités, consulte la page dédiée aux lois de De Morgan.


Exercice 3 — Ensemble des parties ★

Soit \(E = \{a, b, c\}\). Écrire \(\mathcal{P}(E)\) en extension et vérifier son cardinal.

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Correction. On liste les parties par cardinal croissant :

\(\mathcal{P}(E) = \big\{ \emptyset,\ \{a\}, \{b\}, \{c\},\ \{a,b\}, \{a,c\}, \{b,c\},\ \{a,b,c\} \big\}\)

On compte 8 éléments, et \(2^3 = 8\). Cohérent. On n’oublie ni \(\emptyset\) ni \(E\) lui-même. ∎

Plus de détails sur cette notion : sous-ensembles et ensemble des parties P(E).


Exercice 4 — Produit cartésien ★

Soit \(A = \{1,2\}\) et \(B = \{x, y, z\}\). Déterminer \(A \times B\) et son cardinal.

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Correction. Un élément de \(A \times B\) est un couple \((a,b)\) avec \(a \in A\) et \(b \in B\) :

\(A \times B = \{(1,x),(1,y),(1,z),(2,x),(2,y),(2,z)\}\)

\(\mathrm{card}(A \times B) = 2 \times 3 = 6\). Attention : \((1,x) \neq (x,1)\), un couple est ordonné. ∎


Exercice 5 — Injectivité et surjectivité ★

Les applications suivantes de \(\mathbb{R}\) dans \(\mathbb{R}\) sont-elles injectives ? surjectives ?

(a) \(f(x) = 3x – 1\) ; (b) \(g(x) = x^2\) ; (c) \(h(x) = x^3\).

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Correction.

(a) Si \(3x – 1 = 3x^\prime – 1\) alors \(x = x^\prime\) : \(f\) est injective. Pour \(y \in \mathbb{R}\), \(x = \displaystyle\frac{y+1}{3}\) vérifie \(f(x) = y\) : \(f\) est surjective. Donc bijective.

(b) \(g(-1) = g(1) = 1\) : non injective. De plus \(g(x) \geq 0\), donc \(-1\) n’a pas d’antécédent : non surjective.

(c) \(x \mapsto x^3\) est strictement croissante sur \(\mathbb{R}\) donc injective, et continue de limites \(\pm\infty\) donc surjective (théorème des valeurs intermédiaires) : bijective. ∎


Exercice 6 — Image directe et image réciproque ★

Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}\), \(f(x) = x^2\). Déterminer \(f([-1,2])\) et \(f^{-1}([1,4])\).

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Correction.

Image directe. Sur \([-1,2]\), \(x^2\) atteint son minimum en \(0\) (valeur \(0\)) et son maximum en \(2\) (valeur \(4\)). Donc \(f([-1,2]) = [0,4]\).

Image réciproque. \(f^{-1}([1,4]) = \{ x : 1 \leq x^2 \leq 4 \}\). Or \(1 \leq x^2 \leq 4 \Leftrightarrow 1 \leq |x| \leq 2\), soit \(x \in [-2,-1] \cup [1,2]\). ∎

parabole y=x^2 en bleu #1f4acc sur [-2.5;2.5], grille #e6e8ee. Bande horizontale verte #1b9b6b entre y=1 et y=4 (image d

Exercice 7 — Composition ★

Soit \(f : x \mapsto 2x+1\) et \(g : x \mapsto x^2\), de \(\mathbb{R}\) dans \(\mathbb{R}\). Calculer \(g \circ f\) et \(f \circ g\). Sont-elles égales ?

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Correction. Par définition \((g \circ f)(x) = g(f(x)) = (2x+1)^2 = 4x^2 + 4x + 1\).

Et \((f \circ g)(x) = f(g(x)) = 2x^2 + 1\).

Elles diffèrent (ex. en \(x=1\) : \(9 \neq 3\)) : la composition n’est pas commutative. ∎


Exercices d’approfondissement (★★)

On passe maintenant aux vraies démonstrations : identités ensemblistes, propriétés fines des images, relations d’équivalence et d’ordre. Ici, la moitié des points est dans la rédaction.

Exercice 8 — Distributivité par double inclusion ★★

Démontrer que pour tous ensembles \(A, B, C\) : \(A \cap (B \cup C) = (A \cap B) \cup (A \cap C)\).

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Correction (double inclusion).

Sens direct. Soit \(x \in A \cap (B \cup C)\). Alors \(x \in A\) et \(x \in B \cup C\). Donc \(x \in A\), et (\(x \in B\) ou \(x \in C\)). Par distributivité du « et » sur le « ou » : (\(x \in A\) et \(x \in B\)) ou (\(x \in A\) et \(x \in C\)), c’est-à-dire \(x \in (A \cap B) \cup (A \cap C)\).

Sens réciproque. Soit \(x \in (A \cap B) \cup (A \cap C)\). Alors \(x \in A \cap B\) ou \(x \in A \cap C\) ; dans les deux cas \(x \in A\) et \(x \in B \cup C\), donc \(x \in A \cap (B \cup C)\).

Les deux inclusions donnent l’égalité. ∎

Le réflexe gagnant : une égalité d’ensembles se démontre presque toujours par double inclusion, en traduisant l’appartenance en logique propositionnelle. Les connecteurs logiques font le travail.


Exercice 9 — Image directe et injectivité ★★

Soit \(f : E \to F\). Montrer que \(f\) est injective si et seulement si, pour toutes parties \(A, B\) de \(E\), \(f(A \cap B) = f(A) \cap f(B)\).

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Correction. Notons d’abord que l’inclusion \(f(A \cap B) \subset f(A) \cap f(B)\) est toujours vraie : si \(y = f(x)\) avec \(x \in A \cap B\), alors \(y \in f(A)\) et \(y \in f(B)\).

(⇒) Supposons \(f\) injective. Soit \(y \in f(A) \cap f(B)\) : il existe \(a \in A\) et \(b \in B\) avec \(y = f(a) = f(b)\). Par injectivité \(a = b\), donc cet élément est dans \(A \cap B\) et \(y \in f(A \cap B)\). D’où l’égalité.

(⇐) Par contraposée. Supposons \(f\) non injective : il existe \(a \neq b\) avec \(f(a) = f(b) = y\). Posons \(A = \{a\}\) et \(B = \{b\}\). Alors \(A \cap B = \emptyset\) donc \(f(A \cap B) = \emptyset\), tandis que \(f(A) \cap f(B) = \{y\} \neq \emptyset\). La propriété est mise en défaut. ∎


Exercice 10 — Image réciproque et opérations ★★

Soit \(f : E \to F\) et \(B, C\) deux parties de \(F\). Démontrer que \(f^{-1}(B \cup C) = f^{-1}(B) \cup f^{-1}(C)\).

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Correction. Soit \(x \in E\). On raisonne par équivalences :

\(x \in f^{-1}(B \cup C) \Leftrightarrow f(x) \in B \cup C \Leftrightarrow (f(x) \in B \text{ ou } f(x) \in C)\) \(\Leftrightarrow (x \in f^{-1}(B) \text{ ou } x \in f^{-1}(C)) \Leftrightarrow x \in f^{-1}(B) \cup f^{-1}(C)\)

Comme les appartenances sont équivalentes pour tout \(x\), les ensembles sont égaux. ∎

À retenir : l’image réciproque « commute » avec toutes les opérations (∪, ∩, complémentaire, différence). L’image directe, elle, ne commute bien qu’avec l’union — d’où l’intérêt de l’exercice 9.


Exercice 11 — Relation d’équivalence et classes ★★

Sur \(\mathbb{Z}\), on définit \(x \mathcal{R} y \Leftrightarrow x – y \text{ est multiple de } 5\). Montrer que \(\mathcal{R}\) est une relation d’équivalence et décrire ses classes.

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Correction.

Réflexivité : \(x – x = 0 = 5 \times 0\), donc \(x \mathcal{R} x\).

Symétrie : si \(x – y = 5k\) alors \(y – x = 5(-k)\), donc \(y \mathcal{R} x\).

Transitivité : si \(x – y = 5k\) et \(y – z = 5k^\prime\), alors \(x – z = 5(k + k^\prime)\), donc \(x \mathcal{R} z\).

C’est bien une relation d’équivalence. La classe de \(x\) est \(\bar{x} = \{ x + 5k : k \in \mathbb{Z} \}\). Il y a exactement 5 classes distinctes, \(\bar{0}, \bar{1}, \bar{2}, \bar{3}, \bar{4}\) : c’est \(\mathbb{Z}/5\mathbb{Z}\). ∎

Approfondis avec la page relations binaires : équivalence et ordre.


Exercice 12 — Relation d’ordre ★★

Sur \(\mathbb{N}^*\), on pose \(a \preceq b \Leftrightarrow a \mid b\) (« \(a\) divise \(b\) »). Montrer que \(\preceq\) est une relation d’ordre. Est-elle totale ?

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Correction.

Réflexivité : \(a \mid a\) (car \(a = a \times 1\)).

Antisymétrie : si \(a \mid b\) et \(b \mid a\) avec \(a,b \gt 0\), alors \(a \leq b\) et \(b \leq a\), donc \(a = b\).

Transitivité : si \(b = a k\) et \(c = b k^\prime\), alors \(c = a(k k^\prime)\), donc \(a \mid c\).

C’est un ordre. Il n’est pas total : \(2\) et \(3\) ne sont pas comparables (aucun ne divise l’autre). ∎


Exercice 13 — Bijection réciproque explicite ★★

Montrer que \(f : [0, +\infty[ \to [1, +\infty[\), \(f(x) = x^2 + 1\), est bijective, puis expliciter \(f^{-1}\).

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Correction. Soit \(y \in [1, +\infty[\). On résout \(x^2 + 1 = y\) avec \(x \geq 0\) : \(x^2 = y – 1 \geq 0\), donc \(x = \sqrt{y-1}\), unique dans \([0,+\infty[\).

L’antécédent existe et est unique : \(f\) est bijective, et \(f^{-1}(y) = \sqrt{y – 1}\) pour \(y \in [1, +\infty[\).

Vérification : \(f\big(f^{-1}(y)\big) = (\sqrt{y-1})^2 + 1 = y\). ∎


Exercice 14 — Dénombrement des parties ★★

Soit \(E\) à \(n\) éléments. Combien \(E\) possède-t-il de parties ? Redémontrer le résultat par un argument bijectif.

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Correction. À toute partie \(A \subset E\) on associe sa fonction indicatrice \(\mathbf{1}_A : E \to \{0,1\}\) définie par \(\mathbf{1}_A(x) = 1\) si \(x \in A\), \(0\) sinon.

L’application \(A \mapsto \mathbf{1}_A\) est une bijection de \(\mathcal{P}(E)\) sur \(\{0,1\}^E\) (l’ensemble des applications de \(E\) dans \(\{0,1\}\)). Or \(\mathrm{card}\big(\{0,1\}^E\big) = 2^n\) (deux choix par élément). Donc \(\mathrm{card}\,\mathcal{P}(E) = 2^n\). ∎


Exercices de synthèse et type concours (★★★)

Voici les exercices qui tombent en khôlle et en écrit. Ils demandent de combiner plusieurs notions et d’orchestrer un raisonnement long. On y trouve le grand classique de la composition et le célèbre théorème de Cantor.

Exercice 15 — Composition, injectivité, surjectivité ★★★

Soit \(f : E \to F\) et \(g : F \to G\). Démontrer :

(a) si \(g \circ f\) est injective, alors \(f\) est injective ; (b) si \(g \circ f\) est surjective, alors \(g\) est surjective.

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Correction.

(a) Soit \((x, x^\prime) \in E^2\) avec \(f(x) = f(x^\prime)\). En appliquant \(g\) : \(g(f(x)) = g(f(x^\prime))\), soit \((g \circ f)(x) = (g \circ f)(x^\prime)\). Comme \(g \circ f\) est injective, \(x = x^\prime\). Donc \(f\) est injective.

(b) Soit \(z \in G\). Comme \(g \circ f\) est surjective, il existe \(x \in E\) avec \((g \circ f)(x) = z\), c’est-à-dire \(g(f(x)) = z\). En posant \(y = f(x) \in F\), on a \(g(y) = z\). Donc \(g\) est surjective. ∎

Attention : les réciproques sont fausses, et les autres implications aussi. Si \(g \circ f\) est injective, \(g\) n’a aucune raison de l’être ; si \(g \circ f\) est surjective, \(f\) non plus. Construis un contre-exemple avec \(E, F, G\) finis pour t’en convaincre.

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Exercice 16 — Caractérisation par image réciproque ★★★

Soit \(f : E \to F\). Montrer que \(f\) est surjective si et seulement si, pour toute partie \(B\) de \(F\), \(f\big(f^{-1}(B)\big) = B\).

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Correction. On sait que \(f(f^{-1}(B)) \subset B\) toujours. Il reste à discuter l’inclusion réciproque.

(⇒) Supposons \(f\) surjective. Soit \(y \in B\). Par surjectivité il existe \(x \in E\) avec \(f(x) = y\). Comme \(f(x) = y \in B\), on a \(x \in f^{-1}(B)\), donc \(y = f(x) \in f(f^{-1}(B))\). D’où \(B \subset f(f^{-1}(B))\), puis l’égalité.

(⇐) Par contraposée. Supposons \(f\) non surjective : il existe \(y_0 \in F\) sans antécédent. Prenons \(B = \{y_0\}\). Alors \(f^{-1}(B) = \emptyset\), donc \(f(f^{-1}(B)) = \emptyset \neq B\). La propriété est mise en défaut. ∎

Ce type d’équivalence par contraposée s’appuie sur le raisonnement par contraposée.


Exercice 17 — Théorème de Cantor ★★★★

Soit \(E\) un ensemble. Démontrer qu’il n’existe aucune surjection de \(E\) sur \(\mathcal{P}(E)\). En déduire qu’aucune application \(E \to \mathcal{P}(E)\) n’est bijective.

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Correction (procédé diagonal, par l’absurde). Supposons qu’il existe une surjection \(f : E \to \mathcal{P}(E)\). Considérons la partie « diagonale »

\(D = \{ x \in E : x \notin f(x) \} \in \mathcal{P}(E).\)

Par surjectivité de \(f\), il existe \(a \in E\) tel que \(f(a) = D\). Posons la question : \(a \in D\) ou non ?

  • Si \(a \in D\), alors par définition de \(D\), \(a \notin f(a) = D\) : contradiction.
  • Si \(a \notin D\), alors \(a \notin f(a)\), donc \(a\) vérifie la condition définissant \(D\), d’où \(a \in D\) : contradiction.

Dans les deux cas, contradiction. Aucune surjection \(E \to \mathcal{P}(E)\) n’existe. En particulier, une bijection étant surjective, aucune bijection n’existe : \(\mathcal{P}(E)\) est « strictement plus grand » que \(E\). ∎

Effet wow : ce théorème prouve qu’il existe une infinité de « tailles d’infini ». En appliquant Cantor à \(\mathbb{N}\), on obtient que \(\mathcal{P}(\mathbb{N})\) est non dénombrable — c’est le cœur de la démonstration que \(\mathbb{R}\) n’est pas dénombrable.


Exercice 18 — Passage au quotient ★★★

Soit \(f : E \to F\) une application. On définit sur \(E\) la relation \(x \mathcal{R} y \Leftrightarrow f(x) = f(y)\). Montrer que \(\mathcal{R}\) est une relation d’équivalence, puis qu’il existe une application injective de l’ensemble quotient \(E/\mathcal{R}\) dans \(F\).

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Correction. La réflexivité, la symétrie et la transitivité découlent immédiatement de celles de l’égalité dans \(F\). Donc \(\mathcal{R}\) est une équivalence.

Définissons \(\bar{f} : E/\mathcal{R} \to F\) par \(\bar{f}(\bar{x}) = f(x)\). Cette définition est cohérente (indépendante du représentant) : si \(\bar{x} = \bar{x^\prime}\), alors \(x \mathcal{R} x^\prime\) donc \(f(x) = f(x^\prime)\).

Injectivité : si \(\bar{f}(\bar{x}) = \bar{f}(\bar{y})\), alors \(f(x) = f(y)\), donc \(x \mathcal{R} y\), c’est-à-dire \(\bar{x} = \bar{y}\). Ainsi \(\bar{f}\) est injective : toute application « se factorise » en une injection définie sur son quotient. ∎


Exercice 19 — Point fixe d’une application croissante de P(E) ★★★★

Soit \(E\) un ensemble et \(\varphi : \mathcal{P}(E) \to \mathcal{P}(E)\) croissante pour l’inclusion, c’est-à-dire \(A \subset B \Rightarrow \varphi(A) \subset \varphi(B)\). Montrer que \(\varphi\) admet un point fixe, i.e. une partie \(X\) telle que \(\varphi(X) = X\).

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Correction (théorème de Knaster–Tarski, version simple). Posons

\(\mathcal{A} = \{ A \in \mathcal{P}(E) : A \subset \varphi(A) \} \quad \text{et} \quad X = \bigcup_{A \in \mathcal{A}} A.\)

Remarquons que \(\emptyset \in \mathcal{A}\), donc \(\mathcal{A} \neq \emptyset\).

Étape 1 : \(X \subset \varphi(X)\). Soit \(A \in \mathcal{A}\). Alors \(A \subset X\), donc par croissance \(\varphi(A) \subset \varphi(X)\). Or \(A \subset \varphi(A)\), d’où \(A \subset \varphi(X)\). Ceci valant pour tout \(A \in \mathcal{A}\), la réunion vérifie \(X \subset \varphi(X)\).

Étape 2 : \(\varphi(X) \subset X\). De \(X \subset \varphi(X)\) et de la croissance, on tire \(\varphi(X) \subset \varphi(\varphi(X))\). Donc \(\varphi(X) \in \mathcal{A}\), et par définition de \(X\) comme réunion, \(\varphi(X) \subset X\).

Les deux inclusions donnent \(\varphi(X) = X\). ∎


Exercice 20 — Négation d’un énoncé quantifié ★★★

Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}\). Écrire, sans le symbole de négation « non », la négation de la propriété : \(\forall \varepsilon \gt 0,\ \exists \eta \gt 0,\ \forall x \in \mathbb{R},\ |x| \lt \eta \Rightarrow |f(x)| \lt \varepsilon\). Interpréter.

Voir la correction

Correction. On nie en inversant chaque quantificateur et en niant la conclusion finale. La négation de \(P \Rightarrow Q\) est \(P \text{ et } \text{non } Q\). On obtient :

\(\exists \varepsilon \gt 0,\ \forall \eta \gt 0,\ \exists x \in \mathbb{R},\ |x| \lt \eta \ \text{et}\ |f(x)| \geq \varepsilon.\)

Interprétation : l’énoncé de départ signifie « \(f\) est continue en \(0\) avec \(f(0)=0\) ». Sa négation exprime qu’il existe un seuil \(\varepsilon\) impossible à respecter, aussi proche de \(0\) soit-on : \(f\) n’est pas continue en \(0\) (ou \(f(0) \neq 0\)). ∎

La mécanique de la négation est détaillée sur la page quantificateurs ∀ et ∃.

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Erreurs fréquentes et pièges de rédaction

La plupart des points perdus en début d’année ne viennent pas d’idées fausses, mais de rédactions imprécises. Voici les fautes que les correcteurs sanctionnent le plus.

❌ Copie fautive : « Pour montrer \(A = B\), je prends \(x \in A\) donc \(x \in B\), donc \(A = B\). »

Diagnostic : tu n’as prouvé qu’une seule inclusion \(A \subset B\). L’égalité exige les DEUX sens.

✅ Correction : traiter explicitement \(A \subset B\) puis \(B \subset A\), et conclure « par double inclusion, \(A = B\) ».

❌ Copie fautive : « \(f\) est injective car \(f(x) = f(y)\). »

Diagnostic : tu écris ce que tu veux montrer comme si c’était acquis. L’injectivité se prouve en partant de \(f(x) = f(y)\) pour déduire \(x = y\).

✅ Correction : « Soit \((x,y)\) tel que \(f(x) = f(y)\). Montrons \(x = y\)… »

❌ Erreur classique : confondre \(\emptyset\) et \(\{\emptyset\}\).

Diagnostic : \(\emptyset\) est l’ensemble vide (0 élément) ; \(\{\emptyset\}\) est un ensemble à un élément, qui est l’ensemble vide. Donc \(\emptyset \in \{\emptyset\}\) mais \(\emptyset \neq \{\emptyset\}\). Le détail est développé sur la page ensemble vide.

❌ Erreur classique : écrire \(f^{-1}(B)\) en supposant \(f\) bijective.

Diagnostic : l’image réciproque \(f^{-1}(B)\) d’une PARTIE est définie pour toute application, même non bijective. Ne la confonds pas avec la bijection réciproque \(f^{-1}\), qui, elle, n’existe que si \(f\) est bijective.


Rédaction en khôlle : ce que le correcteur attend

Sur ce chapitre, la note dépend autant de la forme que du fond. Trois attendus reviennent systématiquement chez les examinateurs de prépa.

1. Annoncer sa méthode. « Procédons par double inclusion », « Raisonnons par contraposée », « Supposons par l’absurde… ». Le correcteur veut voir que tu pilotes ta démonstration.

2. Introduire proprement les objets. Toujours « Soit \(x \in A\) » avant de manipuler \(x\). Un quantificateur introduit un objet : ne le sors pas du chapeau.

3. Conclure explicitement. Une double inclusion se termine par « donc \(A = B\) » ; une preuve par l’absurde par « ceci est absurde, donc l’hypothèse est fausse ». La conclusion n’est jamais sous-entendue.

Quel raisonnement pour quel type d'énoncé ?
Objectif Technique recommandée
Égalité d’ensembles \(A = B\) Double inclusion
Équivalence \(P \Leftrightarrow Q\) Deux implications, ou chaîne d’équivalences
Implication difficile à prouver directement Contraposée
Non-existence / propriété universelle Raisonnement par l’absurde
Propriété fausse (mise en défaut) Contre-exemple
Injectivité \(f(x)=f(y) \Rightarrow x=y\)
Surjectivité Fixer \(y\), exhiber un antécédent \(x\)

Questions fréquentes

Comment montrer qu'une application est bijective ?

Trois méthodes équivalentes : (1) prouver séparément l’injectivité et la surjectivité ; (2) montrer que tout élément de l’ensemble d’arrivée admet un unique antécédent (existence + unicité en un seul raisonnement) ; (3) exhiber une application réciproque en résolvant l’équation \(f(x)=y\). La méthode (3) est la plus rentable quand on sait résoudre explicitement l’équation.

Quelle est la différence entre image réciproque et bijection réciproque ?

L’image réciproque \(f^{-1}(B)\) est l’ensemble des antécédents des éléments d’une partie \(B\) ; elle existe pour toute application \(f\), même non injective. La bijection réciproque \(f^{-1}\) est une application ; elle n’existe que si \(f\) est bijective. La notation est la même, mais l’objet est différent : l’un est un ensemble, l’autre une fonction.

Pourquoi l'image directe ne commute-t-elle pas toujours avec l'intersection ?

Parce que deux éléments distincts de \(A\) et \(B\) peuvent avoir la même image. On a toujours \(f(A \cap B) \subset f(A) \cap f(B)\), mais l’égalité pour toutes parties caractérise précisément l’injectivité de \(f\) (exercice 9). L’image réciproque, elle, commute avec toutes les opérations sans hypothèse.

Faut-il apprendre les démonstrations d'ensembles par cœur ?

Non : il faut maîtriser les schémas de raisonnement (double inclusion, contraposée, absurde). Une fois ces schémas automatisés, chaque démonstration se reconstruit en direct. C’est exactement ce qu’attend un correcteur de khôlle : une méthode maîtrisée, pas une récitation.

Ces exercices suffisent-ils pour préparer les concours ?

Ils couvrent tout le socle du chapitre et les classiques (Cantor, composition, quotient, Knaster–Tarski). Pour l’entraînement intensif, télécharge le PDF de 15 exercices bonus et enchaîne avec la page injection, surjection, bijection qui approfondit le volet applications.


Pour aller plus loin

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