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Dès que tu abordes la théorie des groupes en prépa, une question revient sans arrêt : « donne un exemple de groupe non commutatif », « trouve un groupe d’ordre 8 qui n’est pas cyclique », « exhibe un contre-exemple ». Toutes ces demandes puisent dans le même réservoir : le catalogue des groupes classiques. Le groupe diédral, le groupe de Klein, le groupe symétrique et le groupe linéaire sont les quatre familles que tu dois avoir en tête pour produire un exemple juste en trois secondes, à l’écrit comme à l’oral. Cet article te donne leur définition, leur ordre, leurs tables et leurs relations, avec des exercices corrigés et la classification complète des groupes d’ordre inférieur ou égal à 8.
Un groupe diédral, noté \(D_n\), est le groupe des isométries du plan qui laissent invariant un polygone régulier à \(n\) côtés. Il possède \(2n\) éléments : \(n\) rotations et \(n\) réflexions. Non commutatif dès que \(n \geq 3\), c’est l’exemple de référence de groupe fini non abélien en classe préparatoire.
À quoi sert de connaître les groupes classiques
La force de la théorie des groupes ne vient pas des définitions abstraites, mais des exemples que tu sais mobiliser. Un théorème te dit qu’un groupe fini a telle ou telle propriété ; un exemple, lui, te permet de tester une conjecture, de construire un contre-exemple, ou de reconnaître qu’un objet inconnu est en fait un vieux compagnon déguisé.
Les groupes classiques répondent à trois besoins récurrents en prépa et en licence :
- Produire un groupe non abélien. Le plus petit est \(S_3\) (ordre 6), isomorphe au groupe diédral \(D_3\). Dès qu’un énoncé demande « un exemple de groupe non commutatif », c’est vers eux que tu vas.
- Fabriquer un contre-exemple d’ordre imposé. « Existe-t-il un groupe non cyclique d’ordre 4 ? » Oui, le groupe de Klein. « Un groupe d’ordre 8 non commutatif ? » Oui, \(D_4\) ou le groupe des quaternions.
- Interpréter un groupe abstrait géométriquement. Les symétries d’une figure, les permutations d’un ensemble fini, les changements de repère forment tous des groupes classiques. Ce lien concret est décisif quand tu manipules une action de groupe.
Ces quatre familles ne sont pas indépendantes : le groupe diédral s’incarne dans le groupe symétrique, le groupe de Klein est un cas particulier de groupe diédral, et tous vivent comme sous-groupes du groupe linéaire. Voyons-les un par un, en commençant par le plus visuel.
Le groupe diédral D_n : les symétries du polygone
Le groupe diédral est né de la géométrie : il décrit toutes les façons de superposer un polygone régulier à lui-même. C’est l’exemple le plus intuitif de groupe non commutatif, parce qu’on peut littéralement le voir en manipulant un carré ou un triangle.
Définition — Groupe diédral
Soit \(n \geq 3\) un entier. Le groupe diédral \(D_n\) est le groupe des isométries du plan qui laissent globalement invariant un polygone régulier à \(n\) sommets. Il est constitué de :
- \(n\) rotations de centre le centre du polygone et d’angle \(\displaystyle\frac{2k\pi}{n}\) pour \(k \in \{0, 1, \dots, n-1\}\) ;
- \(n\) réflexions par rapport aux axes de symétrie du polygone.
Son ordre est donc \(\vert D_n \vert = 2n\).
Une convention de notation à fixer d’emblée
Attention à un piège de notation présent dans toute la littérature. Selon les auteurs, le groupe des symétries du polygone à \(n\) côtés se note \(D_n\) (convention française majoritaire, indexée par le nombre de côtés) ou \(D_{2n}\) (convention indexée par l’ordre du groupe). Dans cet article, comme dans la plupart des programmes de prépa français, \(D_n\) désigne le groupe d’ordre \(2n\). Vérifie toujours la convention de l’énoncé avant de répondre.
Générateurs et présentation
Le groupe diédral se décrit entièrement avec deux générateurs : une rotation et une réflexion. Notons \(r\) la rotation d’angle \(\displaystyle\frac{2\pi}{n}\) et \(s\) l’une des réflexions. Alors :
Présentation du groupe diédral :
\(D_n = \langle r, s \mid r^n = e, \ s^2 = e, \ srs = r^{-1} \rangle\)
Les \(2n\) éléments s’écrivent alors de façon unique : les rotations \(e, r, r^2, \dots, r^{n-1}\) et les réflexions \(s, sr, sr^2, \dots, sr^{n-1}\).
La relation clé est \(srs = r^{-1}\) (équivalente à \(sr = r^{-1}s\)). C’est elle qui rend le groupe non commutatif : composer une réflexion puis une rotation ne donne pas le même résultat que l’ordre inverse. Elle permet aussi de ramener tout produit à la forme normale \(r^k\) ou \(sr^k\), ce qui rend les calculs entièrement mécaniques.
Le morphisme naturel qui envoie \(D_n\) dans le groupe orthogonal \(O(2)\) est un isomorphisme sur son image : les éléments de \(D_n\) sont exactement les isométries linéaires du plan préservant le polygone.
La table du groupe D_4
Prenons le cas le plus utilisé en concours : le carré, dont le groupe de symétries \(D_4\) est d’ordre 8. Ses huit éléments sont :
\(\{e, \ r, \ r^2, \ r^3, \ s, \ sr, \ sr^2, \ sr^3\}\)où \(r\) est la rotation d’un quart de tour et \(s\) une réflexion selon une médiane. Voici la table de composition (on lit ligne \(\times\) colonne) :
| \(\times\) | \(e\) | \(r\) | \(r^2\) | \(r^3\) | \(s\) | \(sr\) | \(sr^2\) | \(sr^3\) |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| \(e\) | \(e\) | \(r\) | \(r^2\) | \(r^3\) | \(s\) | \(sr\) | \(sr^2\) | \(sr^3\) |
| \(r\) | \(r\) | \(r^2\) | \(r^3\) | \(e\) | \(sr^3\) | \(s\) | \(sr\) | \(sr^2\) |
| \(r^2\) | \(r^2\) | \(r^3\) | \(e\) | \(r\) | \(sr^2\) | \(sr^3\) | \(s\) | \(sr\) |
| \(r^3\) | \(r^3\) | \(e\) | \(r\) | \(r^2\) | \(sr\) | \(sr^2\) | \(sr^3\) | \(s\) |
| \(s\) | \(s\) | \(sr\) | \(sr^2\) | \(sr^3\) | \(e\) | \(r\) | \(r^2\) | \(r^3\) |
| \(sr\) | \(sr\) | \(sr^2\) | \(sr^3\) | \(s\) | \(r^3\) | \(e\) | \(r\) | \(r^2\) |
| \(sr^2\) | \(sr^2\) | \(sr^3\) | \(s\) | \(sr\) | \(r^2\) | \(r^3\) | \(e\) | \(r\) |
| \(sr^3\) | \(sr^3\) | \(s\) | \(sr\) | \(sr^2\) | \(r\) | \(r^2\) | \(r^3\) | \(e\) |
On lit directement que \(rs = sr^3 \neq sr\), ce qui confirme la non-commutativité. Chaque réflexion est involutive (\((sr^k)^2 = e\)), tandis que la rotation \(r\) est d’ordre 4.
Les petits cas : D_1, D_2, D_3
Pour les petites valeurs, le groupe diédral rejoint des groupes déjà connus :
- \(D_1\) est d’ordre 2, isomorphe à \(\mathbb{Z}/2\mathbb{Z}\) : une identité et une réflexion.
- \(D_2\) est d’ordre 4 et abélien : c’est précisément le groupe de Klein, que nous détaillons ci-dessous.
- \(D_3\) est d’ordre 6 et isomorphe au groupe symétrique \(S_3\) : les symétries du triangle équilatéral permutent ses trois sommets de toutes les façons possibles.
C’est aussi pour cela que \(D_n\) n’est abélien que pour \(n \leq 2\) : dès \(n \geq 3\), la relation \(srs = r^{-1}\) avec \(r \neq r^{-1}\) empêche la commutation.
Le mémo des groupes classiques, prêt à coller dans ta feuille de révisions
Ordre, commutativité, présentation et classification jusqu’à l’ordre 8 : tout le catalogue sur une page.
📄 Télécharger le tableau des groupes classiquesLe réflexe qui te fait gagner trois minutes en colle.
Le groupe de Klein : le groupe d’ordre 4 non cyclique
Après le diédral, voici le plus petit groupe abélien « surprenant » : celui où tous les éléments non triviaux sont d’ordre 2. Il répond directement à la question fréquente « existe-t-il un groupe d’ordre 4 qui n’est pas \(\mathbb{Z}/4\mathbb{Z}\) ? ».
Définition — Groupe de Klein
Le groupe de Klein, noté \(V\) (de l’allemand Vierergruppe, « groupe des quatre »), est le groupe \(\mathbb{Z}/2\mathbb{Z} \times \mathbb{Z}/2\mathbb{Z}\). Il est d’ordre 4, abélien, et chacun de ses trois éléments non neutres est d’ordre 2 : \(x^2 = e\) pour tout \(x \in V\).
Sa table de composition est d’une grande simplicité. En notant \(V = \{e, a, b, c\}\) avec \(c = ab\) :
| \(\times\) | \(e\) | \(a\) | \(b\) | \(c\) |
|---|---|---|---|---|
| \(e\) | \(e\) | \(a\) | \(b\) | \(c\) |
| \(a\) | \(a\) | \(e\) | \(c\) | \(b\) |
| \(b\) | \(b\) | \(c\) | \(e\) | \(a\) |
| \(c\) | \(c\) | \(b\) | \(a\) | \(e\) |
La leçon centrale de ce groupe est la suivante : à ordre égal, deux groupes peuvent ne pas être isomorphes. Il existe exactement deux groupes d’ordre 4 (à isomorphisme près) :
- le groupe cyclique \(\mathbb{Z}/4\mathbb{Z}\), qui possède un élément d’ordre 4 ;
- le groupe de Klein \(V\), dont aucun élément n’est d’ordre 4.
L’ordre des éléments est un invariant qui distingue les deux : c’est l’outil systématique pour prouver que deux groupes ne sont pas isomorphes. On retrouve le groupe de Klein comme groupe des symétries du rectangle non carré, comme sous-groupe de \(S_4\) (les doubles transpositions), et comme \(D_2\).
Le groupe symétrique S_n et le groupe alterné A_n
Impossible de parler de groupes classiques sans le groupe symétrique : c’est la matrice de tous les groupes finis, puisque le théorème de Cayley affirme que tout groupe fini se plonge dans un \(S_n\). Il est indispensable au catalogue.
Définition — Groupe symétrique
Le groupe symétrique \(S_n\) est le groupe des bijections de l’ensemble \(\{1, 2, \dots, n\}\) sur lui-même, muni de la composition. Son ordre est \(\vert S_n \vert = n!\). Il est non abélien pour \(n \geq 3\).
À chaque permutation on associe sa signature \(\varepsilon(\sigma) \in \{-1, +1\}\), qui vaut \((-1)^{\text{nombre de transpositions}}\). L’application signature est un morphisme de groupes de \(S_n\) dans \((\{-1, 1\}, \times)\). Son noyau est le groupe alterné.
Groupe alterné : le groupe alterné \(A_n\) est le sous-groupe des permutations de signature \(+1\), c’est-à-dire le noyau de la signature. C’est un sous-groupe distingué de \(S_n\) d’indice 2, donc d’ordre \(\displaystyle\frac{n!}{2}\).
Deux liens à retenir avec les groupes précédents : \(S_3 \cong D_3\) (ordre 6) et \(A_3 \cong \mathbb{Z}/3\mathbb{Z}\). À partir de \(n \geq 5\), le groupe \(A_n\) est simple, résultat au cœur de la preuve de la non-résolubilité de l’équation générale de degré 5. Le quotient \(S_n / A_n \cong \mathbb{Z}/2\mathbb{Z}\) est un premier exemple concret de groupe quotient.
Le groupe linéaire GL_n et le groupe spécial linéaire SL_n
Les trois familles précédentes sont finies. Le groupe linéaire, lui, est le grand groupe classique infini : celui des matrices inversibles. Il fournit le cadre où vivent quasiment tous les groupes de matrices que tu rencontres en algèbre linéaire.
Définition — Groupe linéaire
Soit \(K\) un corps et \(n \geq 1\). Le groupe linéaire \(GL_n(K)\) est l’ensemble des matrices carrées inversibles de taille \(n\) à coefficients dans \(K\), muni de la multiplication matricielle. Le groupe spécial linéaire \(SL_n(K)\) est le sous-groupe des matrices de déterminant 1.
Le déterminant est un morphisme de groupes \(\det : GL_n(K) \to (K^*, \times)\), surjectif, dont le noyau est précisément \(SL_n(K)\). On en déduit immédiatement, via le premier théorème d’isomorphisme :
\(GL_n(K) / SL_n(K) \cong K^*\)Le groupe \(GL_n(K)\) est non abélien dès \(n \geq 2\) : deux matrices ne commutent en général pas. C’est d’ailleurs la source la plus riche de contre-exemples de non-commutativité, complémentaire du groupe diédral. Pour approfondir la structure des matrices et le rôle du groupe orthogonal \(O(n)\) comme sous-groupe de \(GL_n(\mathbb{R})\), reporte-toi aux pages dédiées. Tout ceci s’appuie sur la structure d’espace vectoriel sous-jacente.
Tableau récapitulatif des groupes classiques
Voici la synthèse à garder sous les yeux. Elle réunit ordre, commutativité, présentation ou définition, et lieu d’apparition de chaque famille.
| Groupe | Ordre | Abélien ? | Définition / présentation | Où il apparaît |
|---|---|---|---|---|
| \(D_n\) | \(2n\) | Non si \(n \geq 3\) | \(\langle r, s \mid r^n = s^2 = e, \ srs = r^{-1}\rangle\) | Symétries du polygone régulier |
| \(V\) (Klein) | 4 | Oui | \(\mathbb{Z}/2\mathbb{Z} \times \mathbb{Z}/2\mathbb{Z}\) | Symétries du rectangle, \(D_2\) |
| \(S_n\) | \(n!\) | Non si \(n \geq 3\) | Bijections de \(\{1, \dots, n\}\) | Permutations, théorème de Cayley |
| \(A_n\) | \(n!/2\) | Non si \(n \geq 4\) | Noyau de la signature | Permutations paires |
| \(GL_n(K)\) | Infini (si \(K\) infini) | Non si \(n \geq 2\) | Matrices inversibles | Changements de base |
| \(SL_n(K)\) | Infini (si \(K\) infini) | Non si \(n \geq 2\) | Noyau du déterminant | Transformations de déterminant 1 |
| \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) | \(n\) | Oui | Groupe cyclique | Congruences, racines de l’unité |
Classification des groupes d’ordre inférieur ou égal à 8
Voici le tableau qui te sauve en colle : la liste exhaustive des groupes finis, à isomorphisme près, jusqu’à l’ordre 8. Un réflexe à connaître : tout groupe d’ordre premier est cyclique, donc unique à isomorphisme près.
| Ordre | Nombre de groupes | Liste (à isomorphisme près) |
|---|---|---|
| 1 | 1 | Groupe trivial |
| 2 | 1 | \(\mathbb{Z}/2\mathbb{Z}\) |
| 3 | 1 | \(\mathbb{Z}/3\mathbb{Z}\) |
| 4 | 2 | \(\mathbb{Z}/4\mathbb{Z}\), \(V\) (Klein) |
| 5 | 1 | \(\mathbb{Z}/5\mathbb{Z}\) |
| 6 | 2 | \(\mathbb{Z}/6\mathbb{Z}\), \(S_3 \cong D_3\) |
| 7 | 1 | \(\mathbb{Z}/7\mathbb{Z}\) |
| 8 | 5 | \(\mathbb{Z}/8\mathbb{Z}\), \(\mathbb{Z}/4\mathbb{Z} \times \mathbb{Z}/2\mathbb{Z}\), \((\mathbb{Z}/2\mathbb{Z})^3\), \(D_4\), \(Q_8\) |
Deux remarques précieuses. À l’ordre 6, le seul groupe non abélien est \(S_3\) : c’est le plus petit groupe non commutatif. À l’ordre 8, on trouve deux groupes non abéliens distincts, \(D_4\) et le groupe des quaternions \(Q_8 = \{\pm 1, \pm i, \pm j, \pm k\}\). Ils ont le même ordre mais ne sont pas isomorphes : \(D_4\) contient cinq éléments d’ordre 2, tandis que \(Q_8\) n’en contient qu’un seul (\(-1\)). Encore l’invariant « nombre d’éléments d’ordre donné » qui tranche.
Exercices corrigés
Passons à la pratique. Ces exercices vont de la manipulation directe des générateurs à la comparaison fine de deux groupes d’ordre 8. Cherche avant de dérouler la correction.
Exercice 1 — Éléments et ordres dans D_4 ★
Dans le groupe diédral \(D_4\), déterminer l’ordre de chacun des éléments \(r\), \(r^2\) et \(sr\).
Voir la correction de l’exercice 1
La rotation \(r\) vérifie \(r^4 = e\) et \(r, r^2, r^3 \neq e\), donc \(r\) est d’ordre 4.
On a \((r^2)^2 = r^4 = e\) et \(r^2 \neq e\), donc \(r^2\) est d’ordre 2 (c’est la rotation d’un demi-tour).
Pour la réflexion \(sr\) : \((sr)^2 = srsr\). En utilisant \(srs = r^{-1}\), on a \(sr = r^{-1}s\), donc \((sr)^2 = sr \cdot sr = s(rs)r = s(sr^{-1})r = s^2 r^{-1} r = e\). Ainsi \(sr\) est d’ordre 2.
Conclusion : toutes les réflexions de \(D_n\) sont involutives, tandis que la rotation \(r^k\) est d’ordre \(n/\mathrm{pgcd}(n,k)\).
Exercice 2 — D_3 est isomorphe à S_3 ★★
Montrer que le groupe diédral \(D_3\) est isomorphe au groupe symétrique \(S_3\).
Voir la correction de l’exercice 2
Numérotons les trois sommets du triangle équilatéral \(1, 2, 3\). Toute isométrie de \(D_3\) permute ces trois sommets, ce qui définit une application \(\varphi : D_3 \to S_3\).
\(\varphi\) est un morphisme : composer deux isométries revient à composer les permutations induites sur les sommets.
\(\varphi\) est injectif : une isométrie du plan qui fixe les trois sommets non alignés fixe tout le plan, donc c’est l’identité. Le noyau est réduit à \(\{e\}\).
\(\varphi\) est surjectif : les deux groupes ont le même cardinal, \(\vert D_3 \vert = 6 = \vert S_3 \vert\). Un morphisme injectif entre ensembles finis de même cardinal est bijectif.
Donc \(\varphi\) est un isomorphisme et \(D_3 \cong S_3\).
Exercice 3 — Centre du groupe diédral ★★
Déterminer le centre \(Z(D_n)\) du groupe diédral, en distinguant les cas \(n\) pair et \(n\) impair.
Voir la correction de l’exercice 3
Un élément du centre commute avec tout le monde. Testons d’abord une rotation \(r^k\) avec la réflexion \(s\) : \(s r^k = r^{-k} s\). Pour que \(r^k\) soit central, il faut \(r^{-k} s = r^k s\), soit \(r^{2k} = e\), donc \(n \mid 2k\).
Une réflexion \(sr^k\) ne peut être centrale : elle ne commute pas avec \(r\) dès que \(n \geq 3\) (car \(r \cdot sr^k = sr^{k-1} \neq sr^{k+1} = sr^k \cdot r\)).
Si \(n\) est impair : \(n \mid 2k\) entraîne \(n \mid k\), donc \(r^k = e\). Ainsi \(Z(D_n) = \{e\}\).
Si \(n\) est pair : \(n \mid 2k\) admet la solution \(k = \displaystyle\frac{n}{2}\), et \(r^{n/2}\) (le demi-tour) est central. Donc \(Z(D_n) = \{e, r^{n/2}\}\), d’ordre 2.
Conclusion : \(Z(D_n) = \{e\}\) si \(n\) est impair, \(Z(D_n) = \{e, r^{n/2}\}\) si \(n\) est pair.
Exercice 4 — D_4 et Q_8 ne sont pas isomorphes ★★★
On admet que le groupe des quaternions \(Q_8 = \{\pm 1, \pm i, \pm j, \pm k\}\) est d’ordre 8. Montrer que \(D_4\) et \(Q_8\) ne sont pas isomorphes.
Voir la correction de l’exercice 4
Deux groupes isomorphes ont, pour chaque entier \(d\), le même nombre d’éléments d’ordre \(d\). Comptons les éléments d’ordre 2 dans chacun.
Dans \(D_4\) : les éléments d’ordre 2 sont \(r^2\) (le demi-tour) et les quatre réflexions \(s, sr, sr^2, sr^3\). Cela fait 5 éléments d’ordre 2.
Dans \(Q_8\) : le seul élément d’ordre 2 est \(-1\), car \(i^2 = j^2 = k^2 = -1\) signifie que \(i, j, k, -i, -j, -k\) sont tous d’ordre 4. Il y a donc 1 seul élément d’ordre 2.
Comme \(5 \neq 1\), l’invariant diffère : \(D_4\) et \(Q_8\) ne sont pas isomorphes, bien qu’ils aient le même ordre.
Exercice 5 — GL_n modulo SL_n ★★★
Soit \(K\) un corps et \(n \geq 1\). Montrer que \(GL_n(K)/SL_n(K)\) est isomorphe à \(K^*\).
Voir la correction de l’exercice 5
Considérons l’application déterminant \(\det : GL_n(K) \to K^*\).
C’est un morphisme : \(\det(AB) = \det(A)\det(B)\), propriété fondamentale du déterminant. Il est bien à valeurs dans \(K^*\) car une matrice de \(GL_n(K)\) a un déterminant non nul.
Il est surjectif : pour \(\lambda \in K^*\), la matrice diagonale \(\mathrm{diag}(\lambda, 1, \dots, 1)\) a pour déterminant \(\lambda\).
Son noyau est \(SL_n(K)\) : par définition, \(\ker(\det) = \{A \mid \det(A) = 1\} = SL_n(K)\).
Le premier théorème d’isomorphisme donne alors \(GL_n(K)/\ker(\det) \cong \mathrm{Im}(\det)\), c’est-à-dire :
\(GL_n(K)/SL_n(K) \cong K^*\)Ce qui prouve au passage que \(SL_n(K)\) est un sous-groupe distingué de \(GL_n(K)\), comme tout noyau de morphisme.
Erreurs classiques
Ces quatre erreurs coûtent régulièrement des points en colle et à l’écrit. Repère-les avant qu’elles ne se glissent dans ta copie.
❌ Copie fautive : « \(D_4\) a 4 éléments. »
Diagnostic : confusion entre l’indice et l’ordre. La convention française note \(D_n\) le groupe des symétries du polygone à \(n\) côtés.
✅ Correction : \(\vert D_n \vert = 2n\), donc \(D_4\) a \(8\) éléments. Toujours préciser la convention utilisée au début de la copie.
❌ Copie fautive : « \(D_n\) est abélien car composé de symétries. »
Diagnostic : une réflexion et une rotation ne commutent pas. La relation \(srs = r^{-1}\) avec \(r \neq r^{-1}\) interdit la commutativité.
✅ Correction : \(D_n\) est non abélien pour \(n \geq 3\). Seuls \(D_1\) et \(D_2\) sont abéliens.
❌ Copie fautive : « Tout groupe d’ordre 4 est cyclique, donc isomorphe à \(\mathbb{Z}/4\mathbb{Z}\). »
Diagnostic : oubli du groupe de Klein. À ordre égal, deux groupes peuvent différer.
✅ Correction : il y a deux groupes d’ordre 4 : \(\mathbb{Z}/4\mathbb{Z}\) (un élément d’ordre 4) et \(V\) (aucun élément d’ordre 4). L’ordre des éléments les distingue.
❌ Copie fautive : « \(S_4\) et \(D_{12}\) sont isomorphes car tous deux d’ordre 24. »
Diagnostic : même ordre n’implique pas isomorphie. Il faut comparer des invariants.
✅ Correction : ils ne sont pas isomorphes (\(D_{12}\) a un élément d’ordre 12, pas \(S_4\)). Pour prouver une non-isomorphie, exhibe un invariant qui diffère : commutativité, ordres des éléments, cardinal du centre.
Rédaction concours : ce que le correcteur attend
Sur les groupes classiques, deux types de questions reviennent : « montrer que tel groupe est isomorphe à tel autre » et « montrer que deux groupes ne sont pas isomorphes ». Le correcteur attend une stratégie explicite, pas un calcul au hasard.
- Pour prouver un isomorphisme : construis explicitement l’application, prouve que c’est un morphisme, puis établis la bijectivité. Entre groupes finis, l’argument « morphisme injectif entre ensembles de même cardinal » économise la surjectivité — mais dis-le clairement.
- Pour prouver une non-isomorphie : ne cherche jamais à énumérer toutes les bijections. Exhibe un invariant de groupe qui diffère : abélien ou non, cardinal du centre, nombre d’éléments d’ordre \(d\), existence d’un élément d’ordre donné. Une seule ligne d’invariant bien choisi vaut une page de calcul.
- Formulation attendue à l’oral (CCINP, Mines-Ponts) : « Deux groupes isomorphes ont le même nombre d’éléments d’ordre \(d\) pour tout \(d\). Or… » Cette phrase d’ouverture signale au jury que tu maîtrises la bonne méthode.
Ne présente jamais une table de Cayley entière comme preuve d’isomorphie sans expliciter la correspondance : c’est long, illisible, et le correcteur cherche l’idée, pas le tableau.
Questions fréquentes
C’est quoi un groupe en maths ?
Un groupe est un ensemble \(G\) muni d’une opération interne associative, possédant un élément neutre, et dans lequel tout élément admet un symétrique. C’est la structure de base de l’algèbre qui formalise la notion de symétrie et de transformation réversible. Pour tout le cadre, voir les structures algébriques.
Qu’est-ce qu’un groupe abélien ?
Un groupe est dit abélien (ou commutatif) lorsque son opération vérifie \(xy = yx\) pour tous \(x, y\). Le groupe de Klein et \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) sont abéliens ; le groupe diédral \(D_n\) (pour \(n \geq 3\)) et le groupe symétrique \(S_n\) (pour \(n \geq 3\)) ne le sont pas. La commutativité est la propriété qui distingue les deux mondes.
Quels sont les types de groupes ?
On distingue notamment les groupes cycliques (\(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\)), les groupes abéliens, les groupes de permutations (\(S_n\), \(A_n\)), les groupes de symétries (\(D_n\), groupe de Klein) et les groupes de matrices (\(GL_n\), \(SL_n\)). Ils se classent aussi selon leur cardinal : finis ou infinis, abéliens ou non.
Quelle est la différence entre le groupe diédral et le groupe cyclique ?
Le groupe cyclique \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) est abélien et engendré par un seul élément. Le groupe diédral \(D_n\) contient ce groupe cyclique de rotations, mais y ajoute \(n\) réflexions, ce qui le rend non abélien pour \(n \geq 3\) et d’ordre \(2n\). En résumé : le cyclique décrit les rotations seules, le diédral rotations plus réflexions.
Le groupe de Klein est-il un groupe diédral ?
Oui : le groupe de Klein \(V\) est isomorphe à \(D_2\), le groupe des symétries du rectangle non carré. C’est le seul groupe diédral abélien avec \(D_1\). Dès \(n \geq 3\), les groupes diédraux cessent d’être commutatifs.
Pourquoi n’y a-t-il que deux groupes d’ordre 4 ?
Un groupe d’ordre 4 possède soit un élément d’ordre 4 — il est alors cyclique et isomorphe à \(\mathbb{Z}/4\mathbb{Z}\) —, soit aucun, et dans ce cas tous ses éléments non neutres sont d’ordre 2, ce qui force la structure du groupe de Klein \(V\). Ces deux cas épuisent les possibilités, d’où exactement deux groupes à isomorphisme près.
D’où ça vient, où ça mène
Les groupes classiques sont le point de rencontre de plusieurs niveaux de ton parcours en algèbre :
- 🟠 Prérequis (MPSI) : la définition d’un groupe et de ses sous-groupes, développée dans le cours sur les structures algébriques. Sans cette base, les tables de Cayley restent des tableaux abstraits.
- 🟠 Ce niveau : le catalogue des exemples concrets — diédral, Klein, symétrique, linéaire — que tu mobilises pour tester conjectures et contre-exemples.
- 🔴 Prolongement (L3) : ces groupes deviennent le terrain de jeu des actions de groupe (action de \(D_n\) sur les sommets du polygone) et des groupes quotients (comme \(GL_n/SL_n\)). Les automorphismes de ces groupes sont eux-mêmes des objets d’étude en théorie des groupes avancée.
Pour aller plus loin
Tu maîtrises maintenant le catalogue des groupes classiques. Pour approfondir les structures voisines :
- Espace vectoriel : cours complet avec démonstrations et exercices corrigés
- Matrices en Mathématiques : Cours, Méthodes et Exercices Corrigés
- 20 Exercices Corrigés : Applications Linéaires — Prépa MPSI/PCSI/MP
- 25 Exercices de Polynômes Corrigés (Prépa) — PDF
Tu veux progresser plus vite en maths ? Découvre les cours particuliers Excellence Maths pour l’université et la prépa.