Le chapitre de logique ouvre le programme de première année (MPSI, PCSI, MP2I, PTSI), mais c’est aussi celui qu’on croit maîtriser… jusqu’à la première négation d’énoncé quantifié en colle. Voici 20 exercices corrigés, classés par difficulté croissante, pour t’entraîner sur ce qui compte vraiment : nier proprement un énoncé, manier l’ordre des quantificateurs, distinguer implication et équivalence, et surtout choisir le bon type de raisonnement. Chaque correction est rédigée pas à pas, avec le niveau d’exigence attendu sur une copie. Une section d’entrée « lycée » te permet de reprendre les bases avant d’attaquer les exercices de prépa.

Rappels essentiels avant de commencer

Trois réflexes suffisent à débloquer la plupart des exercices de ce chapitre : savoir nier, savoir distinguer une implication de sa réciproque, et savoir quel raisonnement lance un énoncé donné.

Règles de négation — à connaître par cœur

  • Négation de \(\forall x,\ P(x)\) : c’est \(\exists x,\ \neg P(x)\).
  • Négation de \(\exists x,\ P(x)\) : c’est \(\forall x,\ \neg P(x)\).
  • Négation de \(P \Longrightarrow Q\) : c’est \(P \wedge \neg Q\) (l’hypothèse est vraie, la conclusion fausse).
  • Négation de \(P \wedge Q\) : c’est \(\neg P \vee \neg Q\) (loi de De Morgan).

Pour nier un énoncé, on échange chaque \(\forall\) en \(\exists\) (et réciproquement) en descendant de gauche à droite, puis on nie la propriété finale.

Deuxième réflexe : ne jamais confondre une implication et sa réciproque. La contraposée de \(P \Longrightarrow Q\) est \(\neg Q \Longrightarrow \neg P\) : elle a exactement la même valeur de vérité que l’implication de départ. Sa réciproque \(Q \Longrightarrow P\), elle, peut être fausse.

Troisième réflexe, le plus rentable en colle : lire dans l’énoncé l’indice qui déclenche le bon raisonnement.

Quel indice dans l'énoncé déclenche quel raisonnement
Ce que dit l’énoncé Raisonnement à tenter
« Montrer que … est impossible / faux » Par l’absurde
Une implication difficile à attaquer de front Par contraposée
« La propriété est fausse » / « n’est pas toujours vraie » Par contre-exemple
Une propriété dépendant de \(n \in \mathbb{N}\) Par récurrence
Selon le signe, la parité, une valeur absolue Par disjonction de cas
« Il existe un unique … tel que » Par analyse-synthèse

📄 Ce tableau de décision existe aussi en fiche de révision PDF, avec les 7 raisonnements, le vocabulaire de la démonstration et les pièges classiques : télécharger la fiche.

Gardons ce tableau en tête : plusieurs exercices ci-dessous consistent précisément à identifier le bon raisonnement avant de rédiger. Commençons en douceur avec les bases du lycée.


🟢 Pour reprendre les bases (niveau lycée) — exercices 1 à 5

Ces cinq exercices reprennent les notions vues en Seconde et Terminale : implications, réciproque, contraposée et contre-exemple. Ils sont notés ★ et servent d’échauffement avant les énoncés de prépa.

Exercice 1 (★) — Implications vraies ou fausses. Pour tout réel \(x\), indique si chaque implication est vraie ou fausse.
a) \(x = 2 \Longrightarrow x^2 = 4\)
b) \(x^2 = 4 \Longrightarrow x = 2\)
c) « \(x\) > \(3\) » \(\Longrightarrow\) « \(x\) > \(1\) »
d) « \(x\) > \(1\) » \(\Longrightarrow\) « \(x\) > \(3\) »

Voir la correction

a) Vraie : si \(x=2\) alors \(x^2 = 4\).
b) Fausse : \(x = -2\) vérifie \(x^2 = 4\) mais pas \(x = 2\). C’est la réciproque de a), et elle est fausse.
c) Vraie : tout réel plus grand que 3 est plus grand que 1.
d) Fausse : \(x = 2\) est plus grand que 1 mais pas que 3.

À retenir : b) et d) sont les réciproques de a) et c). Une implication vraie n’entraîne jamais que sa réciproque le soit.


Exercice 2 (★) — Négation en langage courant. Écris la négation des phrases suivantes.
a) « Tous les élèves de la classe ont eu la moyenne. »
b) « Il existe un nombre entier pair supérieur à 100. »

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a) « Il existe au moins un élève de la classe qui n’a pas eu la moyenne. » (Un « tous » se nie en « il existe un … qui ne… ».)
b) « Tout nombre entier pair est inférieur ou égal à 100. » (Un « il existe » se nie en « pour tout … non ».)

Erreur classique : nier a) par « aucun élève n’a eu la moyenne ». C’est faux — la négation de « tous » n’est pas « aucun », mais « pas tous ».


Exercice 3 (★) — Réciproque et contraposée. Soit l’implication : « si un quadrilatère est un carré, alors c’est un rectangle ». Énonce sa réciproque et sa contraposée, puis dis lesquelles sont vraies.

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Réciproque : « si un quadrilatère est un rectangle, alors c’est un carré ». Fausse (un rectangle 3×5 n’est pas un carré).
Contraposée : « si un quadrilatère n’est pas un rectangle, alors ce n’est pas un carré ». Vraie, car elle a la même valeur de vérité que l’implication de départ, qui est vraie.


Exercice 4 (★) — Le bon symbole. Complète par \(\Longrightarrow\), \(\Longleftarrow\) ou \(\Longleftrightarrow\).
a) « \(x = 0\) » … « \(x^2 = 0\) »
b) « \(ABCD\) est un carré » … « \(ABCD\) est un losange »
c) « \(n\) est divisible par 4 » … « \(n\) est pair »

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a) \(\Longleftrightarrow\) : dans \(\mathbb{R}\), \(x^2 = 0\) équivaut à \(x = 0\).
b) \(\Longrightarrow\) : un carré est un losange, mais un losange n’est pas forcément un carré.
c) \(\Longrightarrow\) : un multiple de 4 est pair, mais 6 est pair sans être multiple de 4.


Exercice 5 (★) — Trouver un contre-exemple. On affirme : « le carré d’un nombre réel est toujours supérieur ou égal à ce nombre ». Réfute cette affirmation.

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Prenons \(x = 0{,}5\). Alors \(x^2 = 0{,}25\), et « \(0{,}25 \geq 0{,}5\) » est faux. L’affirmation est donc fausse.

Un seul contre-exemple suffit à réfuter un énoncé universel. La bonne intuition : chercher entre 0 et 1, où élever au carré diminue le nombre. On approfondit cette méthode dans la fiche raisonnement par contre-exemple.


Exercices d’application directe (★) — exercices 6 à 10

On entre dans le formalisme de prépa. Ces exercices travaillent la mécanique de la négation quantifiée et l’ordre des quantificateurs, deux points systématiquement testés en colle de première période.

Exercice 6 (★) — Négation d’énoncés quantifiés. Écris la négation de chacun des énoncés suivants.
a) \(\forall x \in \mathbb{R},\ x^2 \geq 0\)
b) \(\exists n \in \mathbb{N},\ n^2 = 2\)
c) \(\forall \varepsilon\) > \(0,\ \exists N \in \mathbb{N},\ \forall n \geq N,\ |u_n - \ell| \leq \varepsilon\)

Voir la correction

a) \(\exists x \in \mathbb{R},\ x^2\) < \(0\).
b) \(\forall n \in \mathbb{N},\ n^2 \neq 2\).
c) On échange chaque quantificateur en descendant, puis on nie l’inégalité finale :

\(\exists \varepsilon\) > \(0,\ \forall N \in \mathbb{N},\ \exists n \geq N,\ |u_n - \ell|\) > \(\varepsilon\)

Cette dernière est la négation de « \((u_n)\) converge vers \(\ell\) » : il existe une marge \(\varepsilon\) qu’on dépasse une infinité de fois. Retrouve la mécanique complète dans le cours sur les quantificateurs.


Exercice 7 (★) — L’ordre des quantificateurs compte. Ces deux énoncés sont-ils vrais ?
a) \(\forall x \in \mathbb{R},\ \exists y \in \mathbb{R},\ y\) > \(x\)
b) \(\exists y \in \mathbb{R},\ \forall x \in \mathbb{R},\ y\) > \(x\)

Voir la correction

a) Vraie : à chaque \(x\) fixé, on peut choisir \(y = x+1\). Ici \(y\) dépend de \(x\).
b) Fausse : elle affirme l’existence d’un réel \(y\) plus grand que tous les réels à la fois. Un tel majorant de \(\mathbb{R}\) n’existe pas.

Leçon centrale : intervertir \(\forall\) et \(\exists\) change le sens et peut faire passer du vrai au faux. Dans « \(\forall x \exists y\) », le \(y\) est autorisé à dépendre de \(x\) ; dans « \(\exists y \forall x\) », le même \(y\) doit convenir pour tous les \(x\).


Exercice 8 (★) — Traduire et juger. Soit \(f\) une fonction définie sur \(\mathbb{R}\). Traduis en français, puis dis à quelle propriété usuelle correspond chaque énoncé.
a) \(\exists M \in \mathbb{R},\ \forall x \in \mathbb{R},\ f(x) \leq M\)
b) \(\forall x \in \mathbb{R},\ f(-x) = f(x)\)

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a) « Il existe un réel \(M\) tel que, pour tout réel \(x\), \(f(x) \leq M\) » : c’est la définition de « \(f\) est majorée ». Noter l’ordre : le même \(M\) doit convenir pour tous les \(x\) (\(\exists M \forall x\)).
b) « Pour tout réel \(x\), \(f(-x) = f(x)\) » : \(f\) est paire.


Exercice 9 (★) — Écrire avec des quantificateurs. Traduis en langage formel (avec \(\forall\) et \(\exists\)).
a) « La fonction \(f\) s’annule au moins une fois sur \(\mathbb{R}\). »
b) « La suite \((u_n)\) est croissante. »

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a) \(\exists x \in \mathbb{R},\ f(x) = 0\).
b) \(\forall n \in \mathbb{N},\ u_{n+1} \geq u_n\).

Piège fréquent en b) : écrire \(\forall n,\ \forall m,\ (n \leq m \Longrightarrow u_n \leq u_m)\) est correct mais lourd ; la formulation avec \(u_{n+1} \geq u_n\) est celle attendue et suffit (par transitivité).


Exercice 10 (★) — Négation d’implications. Écris la négation des énoncés suivants.
a) \(\forall x \in \mathbb{R},\ (x\) > \(2 \Longrightarrow x^2\) > \(4)\)
b) « Si \(n\) est premier, alors \(n\) est impair. »

Voir la correction

a) La négation d’un « pour tout … implication » est « il existe … hypothèse vraie et conclusion fausse » :

\(\exists x \in \mathbb{R},\ (x\) > \(2 \ \wedge\ x^2 \leq 4)\)

(Cet énoncé est faux, ce qui confirme que l’implication de départ est vraie.)
b) « Il existe un entier \(n\) qui est premier et pair. » C’est vrai : \(n = 2\). Voir aussi les nombres premiers.


Exercices d’approfondissement (★★) — exercices 11 à 15

On passe du maniement des symboles à la conduite d’une vraie démonstration. Ici, l’enjeu est de choisir le raisonnement adapté, puis de le rédiger correctement.

Exercice 11 (★★) — Quel raisonnement ? Pour chacune des affirmations, indique quel type de raisonnement tu tenterais en premier (sans démontrer).
a) « Pour tout \(n \in \mathbb{N}\), \(2^n \geq n+1\). »
b) « Il n’existe pas de plus petit rationnel strictement positif. »
c) « L’affirmation : tout entier est somme de deux carrés — est fausse. »
d) « Pour tout \(n \in \mathbb{N}\), \(n(n+1)\) est pair. »

Voir la correction

a) Récurrence (propriété dépendant de \(n\)).
b) Absurde (« il n’existe pas … » : on suppose qu’il existe et on cherche la contradiction).
c) Contre-exemple (on veut montrer qu’un énoncé universel est faux : \(3\) n’est pas somme de deux carrés).
d) Disjonction de cas selon la parité de \(n\) (ou récurrence). Voir la disjonction de cas.


Exercice 12 (★★) — Par contraposée. Soit \(n \in \mathbb{N}\). Démontre que : si \(n^2\) est impair, alors \(n\) est impair.

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L’attaque directe est pénible : on préfère la contraposée « si \(n\) est pair, alors \(n^2\) est pair ».

Supposons \(n\) pair : il existe \(k \in \mathbb{N}\) tel que \(n = 2k\). Alors \(n^2 = 4k^2 = 2(2k^2)\), qui est pair. La contraposée est démontrée, donc l’implication initiale aussi. ∎

Rédaction attendue : annoncer explicitement « démontrons la contraposée », c’est ce que le correcteur cherche. Méthode détaillée dans raisonnement par l’absurde et par contraposée.


Exercice 13 (★★) — Par l’absurde. Démontre qu’il n’existe pas de plus petit rationnel strictement positif.

Voir la correction

Supposons par l’absurde qu’il existe un plus petit rationnel strictement positif, noté \(r\). Alors \(r\) > \(0\) et tout rationnel strictement positif est \(\geq r\).

Considérons \(\displaystyle\frac{r}{2}\). C’est un rationnel (quotient de deux rationnels), il est strictement positif, et \(\displaystyle\frac{r}{2}\) < \(r\). On a donc un rationnel strictement positif plus petit que \(r\) : contradiction avec la minimalité de \(r\).

L’hypothèse est absurde : un tel plus petit rationnel n’existe pas. ∎


Exercice 14 (★★) — Par disjonction de cas. Démontre que pour tout \(n \in \mathbb{N}\), \(n(n+1)\) est pair.

Voir la correction

On distingue deux cas selon la parité de \(n\).

Cas 1 : \(n\) pair, \(n = 2k\). Alors \(n(n+1) = 2k(n+1)\) est pair.
Cas 2 : \(n\) impair, \(n = 2k+1\), donc \(n+1 = 2k+2 = 2(k+1)\) est pair, et \(n(n+1) = n \cdot 2(k+1)\) est pair.

Dans tous les cas \(n(n+1)\) est pair. ∎ Les deux cas couvrent bien toutes les valeurs de \(n\) : c’est l’exigence d’exhaustivité propre à la disjonction de cas.


Exercice 15 (★★) — Négation d’un énoncé à quantificateurs en cascade. On considère l’énoncé, pour une fonction \(f\) définie sur \(\mathbb{R}\) :

\(\forall x \in \mathbb{R},\ \exists y \in \mathbb{R},\ f(y)\) > \(f(x)\)

a) Que signifie cet énoncé ? b) Écris sa négation. c) Que signifie la négation ?

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a) « Pour toute valeur \(x\), il existe un point \(y\) où \(f\) prend une valeur strictement plus grande » : autrement dit, \(f\) n’atteint jamais son maximum (elle n’est pas majorée par une de ses valeurs).
b) On échange les quantificateurs et on nie l’inégalité :

\(\exists x \in \mathbb{R},\ \forall y \in \mathbb{R},\ f(y) \leq f(x)\)

c) « Il existe un point \(x\) où \(f\) atteint son maximum » : \(f(x)\) majore toutes les valeurs de \(f\).

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Exercices de synthèse et niveau concours (★★★) — exercices 16 à 20

Ces cinq exercices combinent plusieurs compétences : négations lourdes, analyse-synthèse et rédaction rigoureuse. Ce sont les formes rencontrées en colle et dans les premiers DS.

Exercice 16 (★★★) — Nier la continuité en un point. Soit \(f\) définie sur \(\mathbb{R}\) et \(a \in \mathbb{R}\). La continuité de \(f\) en \(a\) s’écrit :

\(\forall \varepsilon\) > \(0,\ \exists \delta\) > \(0,\ \forall x \in \mathbb{R},\ (|x-a| \leq \delta \Longrightarrow |f(x)-f(a)| \leq \varepsilon)\)

Écris précisément la négation, c’est-à-dire « \(f\) n’est pas continue en \(a\) ».

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On descend la chaîne : \(\forall \varepsilon\) devient \(\exists \varepsilon\), \(\exists \delta\) devient \(\forall \delta\), \(\forall x\) devient \(\exists x\). On nie enfin l’implication (hypothèse vraie, conclusion fausse) :

\(\exists \varepsilon\) > \(0,\ \forall \delta\) > \(0,\ \exists x \in \mathbb{R},\ (|x-a| \leq \delta \ \wedge\ |f(x)-f(a)|\) > \(\varepsilon)\)

Interprétation : il existe une marge \(\varepsilon\) telle que, aussi petit que soit \(\delta\), on trouve un point \(x\) proche de \(a\) à moins de \(\delta\) mais dont l’image reste à plus de \(\varepsilon\) de \(f(a)\). On relie ce point à la continuité d’une fonction.


Exercice 17 (★★★) — Analyse-synthèse. Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}\) une fonction quelconque. Démontre qu’il existe un unique couple \((p, i)\) où \(p\) est paire et \(i\) impaire, tel que \(f = p + i\).

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Analyse. Supposons une telle décomposition \(f = p + i\). Pour tout \(x\) :

\(f(x) = p(x) + i(x)\) et \(f(-x) = p(-x) + i(-x) = p(x) - i(x)\)

En additionnant puis soustrayant, on obtient nécessairement :

\(p(x) = \displaystyle\frac{f(x)+f(-x)}{2}, \qquad i(x) = \displaystyle\frac{f(x)-f(-x)}{2}\)

L’analyse impose donc une unique candidate : le couple est déterminé.

Synthèse. Posons ces deux fonctions. On vérifie que \(p\) est paire (\(p(-x)=p(x)\)), que \(i\) est impaire (\(i(-x)=-i(x)\)) et que \(p+i = f\). Le couple existe.

Conclusion. Existence (synthèse) et unicité (analyse) sont établies. ∎ La structure « analyse puis synthèse » est détaillée dans le raisonnement par analyse-synthèse.


Exercice 18 (★★★) — Un énoncé, plusieurs raisonnements. Démontre que \(\sqrt{2} + \sqrt{3}\) est irrationnel, sachant que \(\sqrt{2}\) et \(\sqrt{3}\) le sont. Quel raisonnement choisis-tu ?

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Raisonnement par l’absurde. Supposons \(s = \sqrt{2}+\sqrt{3}\) rationnel. Alors \(s \neq 0\) et \(s^2 = 5 + 2\sqrt{6}\) serait rationnel, donc \(\sqrt{6} = \displaystyle\frac{s^2-5}{2}\) serait rationnel.

De plus \(\displaystyle\frac{1}{s} = \sqrt{3}-\sqrt{2}\) (car \((\sqrt3-\sqrt2)(\sqrt3+\sqrt2)=1\)) serait rationnel comme inverse d’un rationnel non nul. En ajoutant \(s + \displaystyle\frac{1}{s} = 2\sqrt{3}\), on obtiendrait \(\sqrt{3}\) rationnel : contradiction. ∎

Le mot-clé « montrer que … est irrationnel » signale presque toujours un raisonnement par l’absurde.


Exercice 19 (★★★) — Rédaction rigoureuse. Soient \(a, b \in \mathbb{R}\). Démontre l’équivalence : \(a = b \Longleftrightarrow \forall \varepsilon\) > \(0,\ |a-b| \leq \varepsilon\).

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Une équivalence se démontre par double implication.

\(\Longrightarrow\) : si \(a = b\), alors \(|a-b| = 0 \leq \varepsilon\) pour tout \(\varepsilon\) > \(0\). Immédiat.

\(\Longleftarrow\) : supposons \(|a-b| \leq \varepsilon\) pour tout \(\varepsilon\) > \(0\), et raisonnons par l’absurde en supposant \(a \neq b\). Alors \(|a-b|\) > \(0\). Choisissons \(\varepsilon = \displaystyle\frac{|a-b|}{2}\) > \(0\). L’hypothèse donne \(|a-b| \leq \displaystyle\frac{|a-b|}{2}\), soit \(|a-b| \leq 0\) : contradiction avec \(|a-b|\) > \(0\). Donc \(a = b\). ∎

Ce que le correcteur attend : annoncer les deux sens, et pour le sens réciproque, choisir explicitement une valeur de \(\varepsilon\) bien construite. C’est le cœur de la note.


Exercice 20 (★★★) — Interpréter une négation. Un étudiant écrit qu’une suite \((u_n)\) est bornée si : \(\exists M\) > \(0,\ \forall n \in \mathbb{N},\ |u_n| \leq M\). Écris la négation et donne un exemple de suite qui la vérifie.

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Négation (« \((u_n)\) n’est pas bornée ») :

\(\forall M\) > \(0,\ \exists n \in \mathbb{N},\ |u_n|\) > \(M\)

Interprétation : quel que soit le seuil \(M\), la suite finit par le dépasser en valeur absolue. Exemple : \(u_n = n\). Pour tout \(M\) > \(0\), en prenant \(n = \lfloor M \rfloor + 1\) on a \(u_n\) > \(M\). La suite \((n)\) n’est donc pas bornée.

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Les erreurs fréquentes en logique

Voici les fautes que je corrige le plus souvent en colle sur ce chapitre. Les repérer, c’est gagner de précieux points dès le premier DS.

Erreur 1 — Nier « tous » par « aucun ». ❌ « Tous les \(x\) vérifient \(P(x)\) » a pour négation « aucun \(x\) ne vérifie \(P(x)\) ».
Diagnostic : confusion entre le contraire et la négation.
✅ La négation correcte est « il existe au moins un \(x\) qui ne vérifie pas \(P(x)\) ». Un seul contre-exemple suffit.

Erreur 2 — Oublier de changer l’ordre en niant. ❌ Négation de \(\forall x \exists y,\ P(x,y)\) écrite \(\forall x \exists y,\ \neg P(x,y)\).
Diagnostic : on a nié la propriété sans échanger les quantificateurs.
✅ La bonne négation est \(\exists x \forall y,\ \neg P(x,y)\) : chaque \(\forall\) devient \(\exists\) et inversement, dans l’ordre.

Erreur 3 — Nier une implication par une implication. ❌ Négation de \(P \Longrightarrow Q\) écrite \(P \Longrightarrow \neg Q\).
Diagnostic : la négation d’une implication n’est pas une implication.
✅ C’est \(P \wedge \neg Q\) : l’hypothèse est vraie et la conclusion fausse.

Erreur 4 — Confondre implication et réciproque. ❌ Démontrer \(P \Longrightarrow Q\) puis conclure \(Q \Longrightarrow P\).
Diagnostic : une implication vraie n’entraîne jamais sa réciproque.
✅ Ce qui est équivalent à \(P \Longrightarrow Q\), c’est sa contraposée \(\neg Q \Longrightarrow \neg P\), pas sa réciproque.


Questions fréquentes

Comment nier un énoncé avec plusieurs quantificateurs ?

On procède de gauche à droite : chaque « pour tout » devient « il existe », chaque « il existe » devient « pour tout », en conservant l’ordre. On nie enfin la propriété qui se trouve à la fin. Par exemple, la négation de \(\forall x \exists y,\ P(x,y)\) est \(\exists x \forall y,\ \neg P(x,y)\).

Quelle est la différence entre contraposée et réciproque ?

La contraposée de \(P \Longrightarrow Q\) est \(\neg Q \Longrightarrow \neg P\) : elle a toujours la même valeur de vérité que l’implication de départ, on peut donc l’utiliser pour démontrer. La réciproque est \(Q \Longrightarrow P\) : elle est indépendante et peut être fausse même quand l’implication est vraie.

Comment savoir quel raisonnement utiliser dans un exercice ?

On lit l’indice dans l’énoncé (voir le tableau en début de page) : « montrer que … est impossible » → absurde ; « n’est pas toujours vrai » → contre-exemple ; propriété indexée par \(n\) → récurrence ; « il existe un unique » → analyse-synthèse ; selon le signe ou la parité → disjonction de cas. Avec l’entraînement, ce réflexe devient automatique.

Un contre-exemple suffit-il vraiment à conclure ?

Oui, pour réfuter un énoncé universel (« pour tout … »). Un seul contre-exemple prouve que l’énoncé est faux. En revanche, quelques exemples qui « marchent » ne prouvent jamais qu’un énoncé universel est vrai : c’est l’erreur classique confondant vérifier et démontrer.

Où trouver plus d'exercices de logique en prépa ?

Après cette page, entraîne-toi sur les quantificateurs, les tables de vérité et la récurrence, puis passe aux exercices d’ensembles et applications, qui réinvestissent tout le formalisme logique dans un contexte de première année. Les liens sont rassemblés ci-dessous.


Pour aller plus loin

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