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Quand Google classe des milliards de pages, quand une application te prédit le prochain mot que tu vas taper, quand un biologiste modélise l’évolution d’une population : il y a souvent une chaîne de Markov cachée derrière. L’idée est étonnamment simple — pour prévoir l’avenir, seul le présent compte, le passé ne sert à rien. En maths expertes, c’est l’outil qui relie graphes, matrices et probabilités. Dans cet article, tu vas comprendre la définition exacte, apprendre à construire la matrice de transition, calculer l’évolution dans le temps et trouver l’état stable, puis t’entraîner sur six exercices corrigés pas à pas.
Définition — Chaîne de Markov
Une chaîne de Markov est un processus aléatoire dont, conditionnellement à l’état présent, l’évolution à l’étape suivante ne dépend pas davantage du passé. Dans ce cours, on étudie des chaînes finies et homogènes : l’ensemble des états est fini et les probabilités de transition ne changent pas au fil du temps.
📘 Au programme
- 🔵 Terminale, maths expertes — « Graphes et matrices », chaînes de Markov à 2 ou 3 états, matrice de transition, distribution invariante (BO spécial n°8 du 25 juillet 2019).
- 🟠 Prépa ECG2 — maths appliquées : graphes probabilistes, matrices de transition, états stables comme vecteurs propres (BO spécial n°1 du 11 février 2021).
- 🔴 Prépa scientifique — problèmes de concours (irréductibilité, convergence) en MP et aux ENS.
À ne pas confondre : la chaîne de Markov (un processus aléatoire qui évolue dans le temps) et l’inégalité de Markov (une majoration de probabilité pour une variable positive). Ce sont deux notions différentes du même mathématicien, Andreï Markov. Pour cette seconde notion, consulte l’inégalité de Markov.
I. Qu’est-ce qu’une chaîne de Markov ?
Une chaîne de Markov modélise un système qui change d’état au fil du temps, de façon aléatoire, mais selon une règle toujours la même. Imagine une application de streaming : chaque mois, un utilisateur est soit abonné (état A), soit non abonné (état N). D’un mois à l’autre, il peut changer d’état avec certaines probabilités. Ce qui va se passer le mois prochain dépend uniquement de son statut aujourd’hui — pas de son historique des six derniers mois.
A. La propriété « sans mémoire »
C’est le cœur de la définition : une chaîne de Markov est un processus sans mémoire. La probabilité de l’état à l’étape \(n+1\) ne dépend que de l’état à l’étape \(n\), et pas de la manière dont on y est arrivé.
Comment le retenir : « le futur ne dépend du passé qu’à travers le présent ». Si tu connais l’état actuel, savoir tout ce qui s’est passé avant n’ajoute aucune information pour prédire la suite.
B. États et probabilités de transition
Deux objets suffisent à décrire une chaîne de Markov :
- les états : les situations possibles du système (ici A et N) ;
- les probabilités de transition : la probabilité de passer d’un état à un autre en une étape.
Reprenons notre exemple. Supposons qu’un abonné reste abonné le mois suivant avec une probabilité \(0{,}8\) (et se désabonne donc avec \(0{,}2\)), et qu’un non-abonné s’abonne avec une probabilité \(0{,}3\) (et reste non-abonné avec \(0{,}7\)). Ces quatre nombres définissent la matrice de transition. Pour déterminer la loi de toute la chaîne, il faut aussi préciser la distribution initiale.
II. De l’arbre pondéré au graphe probabiliste
Tu connais déjà un outil pour visualiser des probabilités de transition : l’arbre pondéré. À chaque étape, on part de l’état courant et on dessine les branches vers les états possibles. Mais pour une chaîne de Markov, les mêmes probabilités se répètent à chaque étape : l’arbre devient vite illisible. On le remplace par un graphe probabiliste, bien plus compact.
Dans ce graphe, chaque sommet est un état, et chaque flèche (arc) porte la probabilité de transition correspondante. Les flèches qui partent d’un même sommet ont des poids dont la somme vaut toujours \(1\).
Exemple : lire le graphe probabiliste de notre application.
Depuis A : une boucle de poids \(0{,}8\) (rester abonné) et une flèche vers N de poids \(0{,}2\) (se désabonner). Somme : \(0{,}8 + 0{,}2 = 1\) ✓
Depuis N : une flèche vers A de poids \(0{,}3\) (s’abonner) et une boucle de poids \(0{,}7\). Somme : \(0{,}3 + 0{,}7 = 1\) ✓
Toute la méthode « chaîne de Markov » en une fiche
Matrice de transition, évolution de la distribution, distribution invariante : l’essentiel du chapitre condensé sur une fiche recto-verso, prêt à imprimer avant le contrôle.
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III. La matrice de transition
Le graphe est parlant, mais pour calculer efficacement on a besoin d’un objet numérique : la matrice de transition. C’est la traduction matricielle du graphe probabiliste, et elle fonctionne exactement comme une matrice d’adjacence pondérée.
Définition — Matrice de transition
La matrice de transition \(P\) d’une chaîne de Markov est la matrice carrée dont le coefficient situé à la ligne \(i\) et la colonne \(j\) est la probabilité de passer de l’état \(i\) à l’état \(j\) en une étape. Chaque ligne a une somme égale à \(1\).
Pour notre exemple, en rangeant les états dans l’ordre (A, N) :
\(P = \begin{pmatrix} 0{,}8 & 0{,}2 \\ 0{,}3 & 0{,}7 \end{pmatrix}\)La première ligne décrit ce qui se passe depuis A, la deuxième ligne depuis N. Une telle matrice, à coefficients positifs et dont chaque ligne a pour somme \(1\), s’appelle une matrice stochastique.
Convention lignes ou colonnes ? Dans tout cet article, et dans le programme de maths expertes, on utilise la convention lignes : \(P_{ij}\) est la probabilité d’aller de \(i\) vers \(j\), chaque ligne somme à \(1\), et les distributions sont des vecteurs lignes avec \(\pi(n+1) = \pi(n)\,P\). Certains ouvrages utilisent la convention colonnes (chaque colonne somme à \(1\), distributions en vecteurs colonnes, \(\pi(n+1) = P\,\pi(n)\)) : on passe de l’une à l’autre en transposant. Vérifie toujours quelle convention est utilisée avant de calculer.
IV. L’évolution de la distribution dans le temps
On ne connaît en général pas l’état exact du système, mais une distribution de probabilité sur les états : « il y a 50 % de chances d’être abonné, 50 % de ne pas l’être ». On la note sous forme de vecteur ligne \(\pi(n)\), où \(n\) est le numéro de l’étape.
La question centrale est : comment passer de \(\pi(n)\) à \(\pi(n+1)\) ? La réponse découle de la formule des probabilités totales : pour connaître la probabilité d’être dans un état au temps \(n+1\), on additionne les contributions de tous les états possibles au temps \(n\). Matriciellement, cela s’écrit avec un produit matriciel.
Propriété — Relation de récurrence
Si \(\pi(n)\) est la distribution à l’étape \(n\) et \(P\) la matrice de transition, alors :
\(\pi(n+1) = \pi(n)\,P\)
et par conséquent, pour tout entier \(n\) :
\(\pi(n) = \pi(0)\,P^{\,n}\)
Cette seconde formule est précieuse : elle permet de sauter directement à l’étape \(n\) à l’aide d’une puissance de matrice, sans calculer toutes les étapes intermédiaires une par une.
Démonstration au programme (par récurrence).
Initialisation : pour \(n = 0\), \(\pi(0)\,P^{\,0} = \pi(0)\,I = \pi(0)\). ✓
Hérédité : supposons \(\pi(n) = \pi(0)\,P^{\,n}\). Alors \(\pi(n+1)\)
\(=\pi(n)\,P\)
\(=\pi(0)\,P^{\,n}\,P\)
\(=\pi(0)\,P^{\,n+1}\). ✓
La propriété est donc vraie pour tout entier naturel \(n\). ∎
Exemple : on part de \(\pi(0) = (0{,}5 \;\; 0{,}5)\). Quelle est la distribution après un mois ?
\(\pi(1) = \pi(0)\,P = (0{,}5 \;\; 0{,}5)\begin{pmatrix} 0{,}8 & 0{,}2 \\ 0{,}3 & 0{,}7 \end{pmatrix}\)
Première coordonnée : \(0{,}5 \times 0{,}8 + 0{,}5 \times 0{,}3 = 0{,}55\).
Deuxième coordonnée : \(0{,}5 \times 0{,}2 + 0{,}5 \times 0{,}7 = 0{,}45\).
Donc \(\pi(1) = (0{,}55 \;\; 0{,}45)\) : après un mois, 55 % d’abonnés.
V. Chaîne à deux états : la méthode sans matrice
Pour une chaîne à deux états, on peut souvent se passer complètement des matrices. On suit une seule probabilité au cours du temps, et on retrouve une suite arithmético-géométrique que tu sais déjà résoudre.
Notons \(p_n\) la probabilité d’être abonné (état A) à l’étape \(n\). La probabilité d’être non-abonné est alors \(1- p_n\). Pour être abonné au mois suivant, deux chemins : rester abonné, ou le devenir.
\(p_{n+1} = 0{,}8\,p_n + 0{,}3\,(1- p_n) = 0{,}5\,p_n + 0{,}3\)On reconnaît une suite arithmético-géométrique de la forme \(p_{n+1} = a\,p_n + b\) avec \(a = 0{,}5\) et \(b = 0{,}3\). On cherche le point fixe \(\ell\) vérifiant \(\ell = 0{,}5\,\ell + 0{,}3\), d’où \(0{,}5\,\ell = 0{,}3\) et \(\ell = 0{,}6\).
La suite auxiliaire \(u_n = p_n- 0{,}6\) est géométrique de raison \(0{,}5\), donc :
\(p_n = 0{,}6 + (p_0- 0{,}6)\times 0{,}5^{\,n}\)Comme \(0{,}5^{\,n}\) tend vers \(0\), la probabilité \(p_n\) converge vers \(0{,}6\), quelle que soit la situation de départ.
VI. Distribution invariante et convergence
On vient de voir que la distribution se stabilise. Cette distribution limite porte un nom : la distribution invariante (ou état stable). C’est l’une des questions les plus fréquentes au contrôle.
Définition — Distribution invariante
Une distribution \(\pi\) est invariante (ou stable) si elle ne change plus d’une étape à l’autre, c’est-à-dire si :
\(\pi \, P = \pi\)
avec \(\pi\) un vecteur de probabilités (coordonnées positives de somme \(1\)).
Pour la trouver, on résout l’équation \(\pi P = \pi\). Posons \(\pi = (a \;\; 1-a)\). L’équation sur la première coordonnée donne :
\(0{,}8\,a + 0{,}3\,(1-a) = a\) \(0{,}5\,a + 0{,}3 = a \quad\Longrightarrow\quad a = 0{,}6\)On retrouve bien \(\pi = (0{,}6 \;\; 0{,}4)\), cohérent avec l’étude précédente : à long terme, 60 % des utilisateurs sont abonnés.
Ne pas oublier les contraintes : une distribution invariante vérifie \(\pi P=\pi\), possède des coordonnées positives ou nulles et leur somme vaut 1. Le vecteur nul est exclu. La normalisation ne garantit pas à elle seule l’unicité : plusieurs distributions invariantes peuvent exister si la chaîne n’est pas irréductible.
A. Ancien et nouveau vocabulaire
Tu croiseras d’anciens manuels (ex-terminale ES) qui emploient un vocabulaire légèrement différent. Voici la correspondance pour ne pas te perdre dans tes recherches.
| Ancien programme (ex-TES) | Programme actuel (maths expertes) |
|---|---|
| Graphe probabiliste | Graphe probabiliste (inchangé) |
| État stable | Distribution invariante |
| État probabiliste \(P_n\) | Distribution \(\pi(n)\) |
| Matrice de transition | Matrice de transition (inchangé) |
VII. Marches aléatoires sur un graphe
Un cas particulier très étudié est la marche aléatoire : un « marcheur » se déplace de sommet en sommet d’un graphe, en choisissant au hasard l’une des arêtes qui partent du sommet où il se trouve. C’est exactement une chaîne de Markov, dont les états sont les sommets et la matrice de transition se déduit du graphe.
La marche uniforme sur un graphe suppose que chaque sommet possède au moins un voisin. S’il existe un sommet isolé, il faut définir une règle particulière, par exemple y rester avec probabilité 1.
Si un sommet a \(d\) voisins, chaque arête est choisie avec la probabilité \(\displaystyle\frac{1}{d}\). La matrice d’adjacence du graphe sert donc de point de départ : on divise chaque ligne par le degré du sommet correspondant pour obtenir la matrice de transition.
Exemple : sur un triangle de sommets 1, 2, 3 (chacun relié aux deux autres), un marcheur a toujours deux voisins. La matrice de transition est :
\(P = \begin{pmatrix} 0 & \displaystyle\frac12 & \displaystyle\frac12 \\ \displaystyle\frac12 & 0 & \displaystyle\frac12 \\ \displaystyle\frac12 & \displaystyle\frac12 & 0 \end{pmatrix}\)
Par symétrie, la distribution invariante est \(\left(\displaystyle\frac13 \;\; \displaystyle\frac13 \;\; \displaystyle\frac13\right)\) : à long terme, le marcheur est équiréparti.
VIII. À quoi servent les chaînes de Markov ?
Loin d’être un exercice abstrait, les chaînes de Markov sont partout. Voici quatre applications majeures qui expliquent pourquoi ce chapitre est au programme.
- PageRank (Google). On modélise la navigation sur le web comme une marche aléatoire entre pages liées. La distribution invariante donne l’importance de chaque page : c’est l’idée qui a fait le succès de Google.
- Modèle d’Ehrenfest (physique). Deux urnes échangent des billes au hasard. La chaîne décrit la diffusion d’un gaz entre deux compartiments et illustre le retour à l’équilibre.
- Génétique des populations. L’évolution de la fréquence d’un allèle d’une génération à l’autre se modélise par une chaîne de Markov.
- Files d’attente et fiabilité. L’état d’un serveur, d’une file à un guichet ou d’une machine (en marche / en panne) suit une chaîne de Markov.
Dans tous ces cas, la question posée est presque toujours la même : quelle est la distribution invariante, c’est-à-dire le comportement à long terme du système ?
IX. Du lycée à la prépa : trois paliers
La chaîne de Markov accompagne l’élève bien au-delà de la Terminale. Voici comment la notion s’approfondit, palier par palier.
A. 🔵 Terminale : calcul direct
En maths expertes, on se limite à 2 ou 3 états. Les compétences attendues : construire la matrice de transition à partir d’un énoncé, calculer \(\pi(n)\) par \(\pi(0)P^{\,n}\) ou par suite arithmético-géométrique, et déterminer la distribution invariante en résolvant \(\pi P = \pi\).
B. 🟠 Prépa ECG2 : l’état stable comme vecteur propre
En prépa, l’équation \(\pi P = \pi\) se lit autrement : \(\pi\) est un vecteur propre à gauche de \(P\) associé à la valeur propre \(1\). En transposant, avec la convention lignes, \(\pi P = \pi\) équivaut à \({}^{t}P\,{}^{t}\pi = {}^{t}\pi\) : la distribution invariante est un vecteur propre de \({}^{t}P\) pour la valeur propre \(1\). On peut alors utiliser toute la théorie des valeurs propres et de la diagonalisation pour calculer \(P^{\,n}\) explicitement. Les propriétés fines sont traitées sur la page matrice stochastique.
C. 🔴 Concours : irréductibilité et convergence
Pour toute chaîne finie, au moins une distribution invariante existe. Si la chaîne est irréductible, cette distribution est unique. Si elle est en plus apériodique, les distributions au temps \(n\) convergent vers elle, quelle que soit la distribution initiale. Ce sont trois conclusions distinctes.
D. 🔴 Ce que le correcteur attend
Rédiger une question de chaîne de Markov en prépa :
- Annonce la convention (lignes ou colonnes) dès le début : c’est la première source d’erreurs.
- Pour calculer une distribution invariante, résous \(\pi P=\pi\) avec des composantes positives ou nulles de somme 1. Une solution vérifiée prouve son existence. Justifie séparément l’unicité ou la convergence si elles sont demandées.
- Vérifie que la somme des coordonnées vaut 1 à la fin : une distribution de probabilité, pas un simple vecteur propre.
X. Exercices corrigés
Six exercices classés par difficulté. Essaie-les avant de dérouler la correction : c’est ainsi qu’on progresse réellement.
Exercice 1 — Construire la matrice de transition ★
Une machine est chaque jour soit en marche (M), soit en panne (P). Une machine en marche tombe en panne le lendemain avec une probabilité \(0{,}1\). Une machine en panne est réparée et redémarre le lendemain avec une probabilité \(0{,}6\). Donne le graphe probabiliste et la matrice de transition (ordre M, P).
Voir la correction de l’exercice 1
Depuis M : reste en marche avec \(1- 0{,}1 = 0{,}9\), tombe en panne avec \(0{,}1\).
Depuis P : redémarre avec \(0{,}6\), reste en panne avec \(1- 0{,}6 = 0{,}4\).
La matrice de transition est :
\(P = \begin{pmatrix} 0{,}9 & 0{,}1 \\ 0{,}6 & 0{,}4 \end{pmatrix}\)Vérification : chaque ligne somme à \(1\). ✓
Exercice 2 — Distribution après deux étapes ★
On reprend la machine de l’exercice 1. Au jour 0, elle est en marche : \(\pi(0) = (1 \;\; 0)\). Calcule \(\pi(1)\) puis \(\pi(2)\).
Voir la correction de l’exercice 2
Première coordonnée : \(0{,}9 \times 0{,}9 + 0{,}1 \times 0{,}6 = 0{,}81 + 0{,}06 = 0{,}87\).
Deuxième coordonnée : \(0{,}9 \times 0{,}1 + 0{,}1 \times 0{,}4 = 0{,}09 + 0{,}04 = 0{,}13\).
Donc \(\pi(2) = (0{,}87 \;\; 0{,}13)\) : 87 % de chances d’être en marche le deuxième jour.
Exercice 3 — Distribution invariante à deux états ★★
Toujours la même machine. Détermine la distribution invariante \(\pi = (a \;\; 1-a)\).
Voir la correction de l’exercice 3
On résout \(\pi P = \pi\). La première coordonnée donne :
\(0{,}9\,a + 0{,}6\,(1-a) = a\) \(0{,}9\,a + 0{,}6- 0{,}6\,a = a\)\(0{,}3a+0{,}6=a\), donc \(0{,}6=0{,}7a\).
Ainsi \(a=\displaystyle\frac{0{,}6}{0{,}7}=\displaystyle\frac67\)
Donc \(\pi = \left(\displaystyle\frac{6}{7} \;\; \displaystyle\frac{1}{7}\right)\). À long terme, la machine est en marche environ 85,7 % du temps.
Exercice 4 — Expression de la probabilité à l’étape n ★★
Une plateforme de jeu : chaque semaine, un joueur actif le reste avec probabilité \(0{,}7\), un joueur inactif redevient actif avec probabilité \(0{,}2\). On note \(a_n\) la probabilité qu’il soit actif la semaine \(n\), avec \(a_0 = 1\). Exprime \(a_n\) en fonction de \(n\).
Voir la correction de l’exercice 4
Être actif à la semaine \(n+1\) : soit rester actif, soit le redevenir.
\(a_{n+1} = 0{,}7\,a_n + 0{,}2\,(1- a_n) = 0{,}5\,a_n + 0{,}2\)Point fixe : \(\ell = 0{,}5\,\ell + 0{,}2 \Rightarrow \ell = 0{,}4\).
La suite \(u_n = a_n- 0{,}4\) est géométrique de raison \(0{,}5\), avec \(u_0 = 1- 0{,}4 = 0{,}6\).
\(a_n = 0{,}4 + 0{,}6 \times 0{,}5^{\,n}\)Comme \(0{,}5^{\,n}\to 0\), la probabilité d’être actif converge vers \(0{,}4\).
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Les trois réflexes du contrôle — construire la matrice, calculer la distribution, trouver l’état stable — résumés sur 2 pages PDF.
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Exercice 5 — Chaîne à trois états ★★
Un abonnement a trois formules : Basique (B), Standard (S), Premium (P). Chaque mois, les transitions sont données par le graphe probabiliste de matrice :
\(P = \begin{pmatrix} 0{,}6 & 0{,}4 & 0 \\ 0{,}2 & 0{,}5 & 0{,}3 \\ 0 & 0{,}3 & 0{,}7 \end{pmatrix}\)Un client part en formule Standard : \(\pi(0) = (0 \;\; 1 \;\; 0)\). Calcule \(\pi(1)\).
Voir la correction de l’exercice 5
\(\pi(1) = \pi(0)\,P = (0 \;\; 1 \;\; 0)\,P\) sélectionne simplement la deuxième ligne de \(P\) :
\(\pi(1) = (0{,}2 \;\; 0{,}5 \;\; 0{,}3)\)Vérification : \(0{,}2 + 0{,}5 + 0{,}3 = 1\) ✓. Après un mois : 20 % Basique, 50 % Standard, 30 % Premium.
Astuce : multiplier un vecteur de base \((0 \;\; 1 \;\; 0)\) par \(P\) revient toujours à lire la ligne correspondante.
Exercice 6 — Vers la prépa : état stable comme vecteur propre ★★★
On reprend la matrice \(P = \begin{pmatrix} 0{,}6 & 0{,}4 & 0 \\ 0{,}2 & 0{,}5 & 0{,}3 \\ 0 & 0{,}3 & 0{,}7 \end{pmatrix}\). Détermine la distribution invariante \(\pi = (x \;\; y \;\; z)\) et interprète-la comme vecteur propre.
Voir la correction de l’exercice 6
L’équation \(\pi P = \pi\) signifie que \(\pi\) est vecteur propre à gauche de \(P\) pour la valeur propre \(1\). On écrit le système coordonnée par coordonnée :
\(0{,}6x + 0{,}2y = x\) → \(0{,}2y = 0{,}4x\) → \(y = 2x\).
\(0\cdot x + 0{,}3y + 0{,}7z = z\) → \(0{,}3y = 0{,}3z\) → \(z = y = 2x\).
On impose la somme \(x + y + z = 1\) : \(x + 2x + 2x = 5x = 1\), donc \(x = \displaystyle\frac{1}{5}\).
\(\pi = \left(\displaystyle\frac{1}{5} \;\; \displaystyle\frac{2}{5} \;\; \displaystyle\frac{2}{5}\right) = (0{,}2 \;\; 0{,}4 \;\; 0{,}4)\)Interprétation prépa : \(\pi\) est le vecteur propre de \({}^{t}P\) associé à la valeur propre \(1\), normalisé pour que la somme des coordonnées soit \(1\). À long terme : 20 % Basique, 40 % Standard, 40 % Premium.
XI. Ne pas confondre et erreurs fréquentes
❌ Copie fautive : « Je calcule \(\pi(n+1) = P\,\pi(n)\) avec \(\pi\) en vecteur ligne. »
Diagnostic : en convention lignes, le produit correct met la distribution à gauche de la matrice : \(\pi(n+1) = \pi(n)\,P\). Multiplier dans le mauvais ordre donne des nombres faux et parfois impossibles.
✅ Correction : vecteur ligne × matrice. Si ton énoncé utilise des vecteurs colonnes, c’est la convention colonnes et alors \(\pi(n+1) = P\,\pi(n)\). Choisis une convention et garde-la jusqu’au bout.
- Oublier la condition de somme 1 en cherchant la distribution invariante (voir section VI).
- Confondre « sans mémoire » et « indépendance ». Les étapes ne sont pas indépendantes : \(X_{n+1}\) dépend de \(X_n\). Elle ne dépend simplement pas de ce qui précède \(X_n\).
- Croire que la convergence est automatique. Elle est garantie au lycée pour nos exemples, mais une chaîne périodique peut ne jamais converger — d’où les hypothèses étudiées en prépa.
- Confondre chaîne de Markov et inégalité de Markov (voir l’encadré d’introduction).
XII. Questions fréquentes
C’est quoi une chaîne de Markov en termes simples ?
C’est un système qui change d’état au hasard au fil du temps, avec une règle clé : pour prédire l’état suivant, seul l’état actuel compte, pas l’histoire passée. On dit qu’il est « sans mémoire ». On le décrit avec des états, des probabilités de transition, un graphe probabiliste et une matrice de transition.
Quelle est la règle de la chaîne de Markov ?
La règle fondamentale, dite propriété de Markov, est que la probabilité de l’état futur ne dépend que de l’état présent. Mathématiquement, la distribution évolue par \(\pi(n+1) = \pi(n)\,P\), où \(P\) est la matrice de transition dont chaque ligne somme à \(1\).
Comment trouver l’état stable d’une chaîne de Markov ?
L’état stable, ou distribution invariante, se trouve en résolvant \(\pi P = \pi\), avec la condition supplémentaire que la somme des coordonnées de \(\pi\) vaut \(1\). On obtient un système linéaire simple à résoudre, puis on normalise pour que la somme fasse \(1\).
Qu’est-ce que la loi de Markov ?
« Loi de Markov » désigne généralement la propriété de Markov (l’absence de mémoire) qui caractérise ces processus. Attention : l’expression est parfois utilisée à tort pour l’inégalité de Markov, qui est une notion différente de majoration de probabilité.
Quelle est la différence entre une chaîne de Markov et l’inégalité de Markov ?
Ce sont deux notions sans rapport direct, portant le même nom. La chaîne de Markov est un processus aléatoire qui évolue dans le temps. L’inégalité de Markov est une majoration : pour une variable aléatoire positive, elle borne la probabilité de dépasser un seuil. Pour cette seconde notion, voir notre page dédiée à l’inégalité de Markov.
À quoi servent les chaînes de Markov dans la vie réelle ?
Elles servent à modéliser l’évolution de systèmes aléatoires : le classement PageRank de Google, la prévision de texte, la diffusion d’un gaz (modèle d’Ehrenfest), la génétique des populations, les files d’attente ou la fiabilité d’une machine. La question posée est presque toujours le comportement à long terme.
Comment calculer la distribution après n étapes ?
Deux méthodes. La plus directe : \(\pi(n) = \pi(0)\,P^{\,n}\), en calculant la puissance de la matrice de transition. Pour une chaîne à deux états, on peut aussi suivre une seule probabilité, qui vérifie une suite arithmético-géométrique, et obtenir une formule explicite en fonction de \(n\).
XIII. Pour aller plus loin
Tu maîtrises maintenant la définition, la matrice de transition et la distribution invariante. Pour approfondir :
- Inégalité de Markov : énoncé, démonstration et applications (du lycée à la prépa)
- Réussir les maths expertes en terminale et viser la prépa
- Probabilités Totales (Terminale) : Formule et Méthodes
- Le raisonnement par récurrence : principe, méthode et exemples