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Les matrices triangulaires comptent parmi les familles les plus exploitées en algèbre linéaire : leur déterminant se lit sur la diagonale, leurs valeurs propres sont explicites, et toute matrice — sur un corps algébriquement clos — peut s’y ramener par trigonalisation. Ce cours couvre les définitions, propriétés fondamentales, méthodes de réduction et exercices corrigés. Conforme au programme officiel CPGE 2025-2026.
I. Définition et types de matrices triangulaires
A. Matrice triangulaire supérieure
Définition — Matrice triangulaire supérieure
Soit \(\mathbb{K}\) un corps. Une matrice \(A = (a_{ij}) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K})\) est dite triangulaire supérieure si tous ses coefficients situés strictement au-dessous de la diagonale principale sont nuls :
\(\forall (i,j) \in [\![ 1,n ]\!]^2, \quad i \gt j \Rightarrow a_{ij} = 0\)
On note \(\mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\) l’ensemble de ces matrices.
Concrètement, une matrice triangulaire supérieure n’a de coefficients éventuellement non nuls que sur et au-dessus de la diagonale :
\(A = \begin{pmatrix} a_{11} & a_{12} & \cdots & a_{1n} \\ 0 & a_{22} & \cdots & a_{2n} \\ \vdots & \ddots & \ddots & \vdots \\ 0 & \cdots & 0 & a_{nn} \end{pmatrix}\)Exemple. La matrice suivante est triangulaire supérieure dans \(\mathcal{M}_3(\mathbb{R})\) :
\(T = \begin{pmatrix} 2 & -1 & 3 \\ 0 & 5 & 7 \\ 0 & 0 & -4 \end{pmatrix}\)
Ses coefficients diagonaux sont \(2, 5, -4\). On verra que \(\det(T) = 2 \times 5 \times (-4) = -40\).
B. Matrice triangulaire inférieure
Définition — Matrice triangulaire inférieure
Une matrice \(A = (a_{ij}) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K})\) est triangulaire inférieure si \(a_{ij} = 0\) dès que \(i\) < \(j\). On note \(\mathcal{T}_n^-(\mathbb{K})\) cet ensemble.
Les deux notions sont reliées par la transposition :
\(A \in \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K}) \Leftrightarrow A^\top \in \mathcal{T}_n^-(\mathbb{K})\)Par conséquent, toute propriété démontrée pour les matrices triangulaires supérieures admet un analogue immédiat pour les triangulaires inférieures, par transposition. Dans la suite, on énonce les résultats pour \(\mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\) ; ils se transposent sans difficulté.
C. Matrices strictement triangulaires et nilpotence
Définition — Matrice strictement triangulaire supérieure
Une matrice \(A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K})\) est strictement triangulaire supérieure si \(a_{ij} = 0\) dès que \(i \geq j\) (les coefficients diagonaux sont aussi nuls). On note \(\mathcal{N}_n^+(\mathbb{K})\) cet ensemble.
Le résultat fondamental est le lien avec la nilpotence :
⋆ Théorème — Nilpotence des matrices strictement triangulaires
Toute matrice \(A \in \mathcal{N}_n^+(\mathbb{K})\) est nilpotente, d’indice de nilpotence au plus \(n\) : \(A^n = 0\).
Démonstration. Montrons par récurrence sur \(p \geq 1\) que \((A^p)_{ij} = 0\) dès que \(j – i\) < \(p\).
Initialisation (\(p = 1\)) : \(A\) est strictement triangulaire supérieure, donc \(a_{ij} = 0\) si \(j \leq i\), c’est-à-dire si \(j – i\) < \(1\).
Hérédité : supposons le résultat vrai au rang \(p\). On a :
\((A^{p+1})_{ij} = \sum_{k=1}^{n} (A^p)_{ik} \, a_{kj}\)Un terme \((A^p)_{ik} \cdot a_{kj}\) est non nul seulement si \(k – i \geq p\) (par hypothèse de récurrence) et \(j – k \geq 1\) (car \(A\) est strictement triangulaire). On obtient \(j – i \geq p + 1\). Contraposée : si \(j – i\) < \(p + 1\), alors \((A^{p+1})_{ij} = 0\).
Conclusion : pour \(p = n\), on a \((A^n)_{ij} = 0\) dès que \(j – i\) < \(n\). Or \(1 \leq i, j \leq n\) impose \(j – i \leq n – 1\) < \(n\). Donc \(A^n = 0\). ∎
D. Cas particuliers : diagonale et échelonnée
Plusieurs familles classiques se rattachent naturellement aux matrices triangulaires :
- Matrice diagonale : une matrice est diagonale si et seulement si elle est à la fois triangulaire supérieure et inférieure : \(\mathcal{D}_n(\mathbb{K}) = \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K}) \cap \mathcal{T}_n^-(\mathbb{K})\).
- Matrice identité : \(I_n\) est diagonale, donc à la fois triangulaire supérieure et inférieure.
- Matrice échelonnée : une matrice échelonnée en lignes est « presque » triangulaire supérieure. Elle coïncide avec une matrice triangulaire supérieure lorsqu’elle est carrée et que chaque pivot se trouve sur la diagonale. En pratique, la méthode du pivot de Gauss transforme toute matrice carrée en une forme triangulaire supérieure.
Le tableau suivant récapitule ces distinctions :
| Type | Notation | Condition | Dimension |
|---|---|---|---|
| Triangulaire supérieure | \(\mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\) | \(a_{ij} = 0\) si \(i\) > \(j\) | \(\displaystyle\frac{n(n+1)}{2}\) |
| Triangulaire inférieure | \(\mathcal{T}_n^-(\mathbb{K})\) | \(a_{ij} = 0\) si \(i\) < \(j\) | \(\displaystyle\frac{n(n+1)}{2}\) |
| Strictement tri. supérieure | \(\mathcal{N}_n^+(\mathbb{K})\) | \(a_{ij} = 0\) si \(i \geq j\) | \(\displaystyle\frac{n(n-1)}{2}\) |
| Diagonale | \(\mathcal{D}_n(\mathbb{K})\) | \(a_{ij} = 0\) si \(i \neq j\) | \(n\) |
II. Propriétés et théorèmes fondamentaux
Les matrices triangulaires jouissent de propriétés algébriques remarquables qui en font un outil central en algèbre linéaire. On les énonce ici pour \(\mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\) ; les résultats analogues pour \(\mathcal{T}_n^-(\mathbb{K})\) s’en déduisent par transposition.
A. \(\mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\) est une sous-algèbre de \(\mathcal{M}_n(\mathbb{K})\)
⋆ Théorème — Structure de sous-algèbre
L’ensemble \(\mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\) est une sous-algèbre unitaire de \((\mathcal{M}_n(\mathbb{K}), +, \times)\) :
- \(I_n \in \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\).
- \(\mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\) est un sous-espace vectoriel de \(\mathcal{M}_n(\mathbb{K})\).
- Le produit de deux matrices triangulaires supérieures est triangulaire supérieure.
De plus, \(\dim \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K}) = \displaystyle\frac{n(n+1)}{2}\).
Démonstration du point 3 (stabilité par produit). Soient \(A, B \in \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\). Pour \(i\) > \(j\), on calcule :
\((AB)_{ij} = \sum_{k=1}^{n} a_{ik} \, b_{kj}\)Pour qu’un terme \(a_{ik} \cdot b_{kj}\) soit non nul, il faut :
- \(a_{ik} \neq 0\), donc \(i \leq k\) (car \(A \in \mathcal{T}_n^+\)) ;
- \(b_{kj} \neq 0\), donc \(k \leq j\) (car \(B \in \mathcal{T}_n^+\)).
On aurait \(i \leq k \leq j\), ce qui contredit \(i\) > \(j\). Tous les termes sont donc nuls : \((AB)_{ij} = 0\). ∎
Dimension. Les coefficients libres de \(A \in \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\) sont les \(a_{ij}\) pour \(i \leq j\). Leur nombre est \(n + (n-1) + \cdots + 1 = \displaystyle\frac{n(n+1)}{2}\).
Résultat bonus — Diagonale du produit. Si \(A, B \in \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\), alors pour tout \(i \in [\![ 1, n ]\!]\) :
\((AB)_{ii} = a_{ii} \cdot b_{ii}\)
En effet, la condition \(i \leq k \leq i\) force \(k = i\). Autrement dit, la diagonale du produit est le produit des diagonales. Ce résultat élégant simplifie de nombreux calculs en CPGE.
B. Déterminant d’une matrice triangulaire
Voici le résultat le plus utile de ce chapitre — il intervient dans presque tout calcul de déterminant :
⋆ Théorème — Déterminant d’une matrice triangulaire
Le déterminant d’une matrice triangulaire (supérieure ou inférieure) est le produit de ses coefficients diagonaux :
\(\det(A) = \prod_{i=1}^{n} a_{ii}\)
Démonstration (par récurrence sur \(n\)).
Initialisation (\(n = 1\)) : \(\det(A) = a_{11}\), qui est bien le seul coefficient diagonal.
Hérédité : supposons le résultat vrai pour les matrices triangulaires supérieures d’ordre \(n – 1\). Soit \(A \in \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\). Développons le déterminant selon la première colonne. Pour \(i\) > \(1\), on a \(a_{i1} = 0\) (structure triangulaire). Le développement donne :
\(\det(A) = a_{11} \cdot (-1)^{1+1} \cdot M_{11} = a_{11} \cdot \det(A^\prime)\)où \(A^\prime\) est la sous-matrice obtenue en supprimant la première ligne et la première colonne. Or \(A^\prime \in \mathcal{T}_{n-1}^+(\mathbb{K})\) (la structure triangulaire est héritée). Par hypothèse de récurrence :
\(\det(A^\prime) = \prod_{i=2}^{n} a_{ii}\)D’où \(\det(A) = a_{11} \cdot \displaystyle\prod_{i=2}^{n} a_{ii} = \prod_{i=1}^{n} a_{ii}\). ∎
Application au calcul de déterminants. Pour calculer \(\det(A)\) d’une matrice quelconque, il suffit de la mettre sous forme triangulaire par pivot de Gauss, puis de lire le produit des coefficients diagonaux (en tenant compte des éventuels échanges de lignes qui changent le signe).
C. Valeurs propres d’une matrice triangulaire
⋆ Proposition — Valeurs propres et polynôme caractéristique
Soit \(A \in \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\). Le polynôme caractéristique de \(A\) est :
\(\chi_A(\lambda) = \prod_{i=1}^{n} (a_{ii} – \lambda)\)
Les valeurs propres de \(A\) sont donc exactement ses coefficients diagonaux : \(\mathrm{Sp}(A) = \{a_{11}, a_{22}, \ldots, a_{nn}\}\).
Démonstration. La matrice \(A – \lambda I_n\) est triangulaire supérieure, de coefficients diagonaux \((a_{ii} – \lambda)_{1 \leq i \leq n}\). Par le théorème précédent, \(\det(A – \lambda I_n) = \displaystyle\prod_{i=1}^{n}(a_{ii} – \lambda)\). Les racines de \(\chi_A\) sont donc les \(a_{ii}\), avec les multiplicités algébriques correspondantes. ∎
Piège classique — Multiplicités. La multiplicité algébrique d’une valeur propre \(\lambda\) se lit sur la diagonale (nombre de \(a_{ii}\) égaux à \(\lambda\)). Mais la multiplicité géométrique peut être strictement inférieure. Par exemple, \(A = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}\) a la valeur propre \(1\) de multiplicité algébrique \(2\), mais \(\dim \ker(A – I_2) = 1\).
D. Inversibilité et structure de l’inverse
Corollaire — Critère d’inversibilité
Une matrice triangulaire est inversible si et seulement si tous ses coefficients diagonaux sont non nuls :
\(A \in \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K}) \cap \mathrm{GL}_n(\mathbb{K}) \Leftrightarrow \forall i \in [\![ 1, n ]\!], \; a_{ii} \neq 0\)
Démonstration. \(A\) inversible \(\Leftrightarrow \det(A) \neq 0 \Leftrightarrow \displaystyle\prod_{i=1}^{n} a_{ii} \neq 0 \Leftrightarrow \forall i, \; a_{ii} \neq 0\). ∎
⋆ Proposition — L’inverse reste triangulaire
Si \(A \in \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\) est inversible, alors \(A^{-1} \in \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\).
Démonstration (via Cayley-Hamilton)
Par le théorème de Cayley-Hamilton, \(\chi_A(A) = 0\). Notons \(\chi_A(X) = X^n + c_{n-1} X^{n-1} + \cdots + c_1 X + c_0\), avec \(c_0 = (-1)^n \det(A) \neq 0\).
De \(A^n + c_{n-1} A^{n-1} + \cdots + c_1 A + c_0 I_n = 0\), on tire :
\(A^{-1} = -\displaystyle\frac{1}{c_0} \left( A^{n-1} + c_{n-1} A^{n-2} + \cdots + c_1 I_n \right)\)Or \(\mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\) est stable par produit (point A) et par combinaison linéaire (sous-espace vectoriel). Puisque \(A \in \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\) et \(I_n \in \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\), toute puissance de \(A\) et toute combinaison linéaire de ces puissances restent dans \(\mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\). Donc \(A^{-1} \in \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\). ∎
Conséquence pratique. Pour calculer l’inverse d’une matrice triangulaire \(n \times n\), on peut résoudre \(n\) systèmes triangulaires (un par colonne de \(A^{-1}\)), chacun en \(O(n^2)\) opérations, soit \(O(n^3)\) au total — même complexité que Gauss, mais sans opérations élémentaires à gérer.
E. Transposée et lien entre supérieure et inférieure
Proposition — Transposée et type triangulaire
La transposée d’une matrice triangulaire supérieure est triangulaire inférieure, et réciproquement :
\(A \in \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K}) \Leftrightarrow A^\top \in \mathcal{T}_n^-(\mathbb{K})\)
Démonstration. \((A^\top)_{ij} = a_{ji}\). Si \(A \in \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\) et \(i\) < \(j\), alors \(j\) > \(i\), donc \(a_{ji} = 0\), ce qui donne \((A^\top)_{ij} = 0\). Ainsi \(A^\top \in \mathcal{T}_n^-(\mathbb{K})\). ∎
Corollaire. Si \(A\) est à la fois triangulaire supérieure et symétrique (\(A^\top = A\)), alors \(A \in \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K}) \cap \mathcal{T}_n^-(\mathbb{K}) = \mathcal{D}_n(\mathbb{K})\) : la matrice est diagonale.
III. Réduction sous forme triangulaire
Toute l’utilité des matrices triangulaires vient du fait qu’on peut souvent ramener une matrice quelconque à une forme triangulaire — par des opérations sur les lignes, ou par changement de base.
A. Pivot de Gauss et matrice échelonnée
La méthode du pivot de Gauss transforme toute matrice \(A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K})\) en une matrice échelonnée en lignes — qui, pour une matrice carrée, est triangulaire supérieure.
Les opérations élémentaires sur les lignes (\(L_i \leftarrow L_i + \lambda L_j\), \(L_i \leftarrow \mu L_i\), \(L_i \leftrightarrow L_j\)) correspondent à la multiplication à gauche par des matrices inversibles. On obtient ainsi :
\(P_r \cdots P_2 P_1 \, A = U\)où \(U \in \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\) est échelonnée et les \(P_k\) sont des matrices élémentaires inversibles.
Application au déterminant. Puisque \(\det(U) = \displaystyle\prod_{i=1}^{n} u_{ii}\) et que chaque opération élémentaire a un effet connu sur le déterminant (échange : facteur \(-1\) ; dilatation : facteur \(\mu\) ; transvection : facteur \(1\)), on peut calculer \(\det(A)\) efficacement via Gauss. Voir notre cours sur le déterminant pour la méthode complète.
B. Trigonalisation et théorème de Schur
La réduction de Gauss opère sur les lignes. La trigonalisation, quant à elle, opère par changement de base : on cherche \(P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{K})\) telle que \(P^{-1}AP\) soit triangulaire supérieure.
Définition — Matrice trigonalisable
Une matrice \(A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K})\) est trigonalisable (sur \(\mathbb{K}\)) s’il existe \(P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{K})\) telle que \(P^{-1}AP \in \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\).
Théorème de trigonalisation
- Sur \(\mathbb{C}\) (ou tout corps algébriquement clos) : toute matrice est trigonalisable.
- Sur \(\mathbb{R}\) : \(A\) est trigonalisable si et seulement si son polynôme caractéristique \(\chi_A\) est scindé sur \(\mathbb{R}\).
Théorème de Schur (version unitaire). Sur \(\mathbb{C}\), on peut choisir \(P\) unitaire (\(P^{-1} = P^*\)). La démonstration repose sur l’existence d’un vecteur propre (assurée sur un corps algébriquement clos) et un argument d’induction sur la dimension, appliqué au supplémentaire orthogonal de la droite propre. Elle est admise ici.
C. Lien avec la diagonalisation
La diagonalisation est un cas particulier de trigonalisation :
\(A \text{ diagonalisable} \Rightarrow A \text{ trigonalisable}\)La réciproque est fausse. La matrice \(A = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}\) est triangulaire supérieure (donc trigonalisable sur tout corps), mais non diagonalisable car \(\dim \ker(A – I_2) = 1\) < \(2\).
Décomposition de Dunford (enrichissement CPGE 2e année). Si \(A\) est trigonalisable, on peut écrire \(A = D + N\) avec \(D\) diagonalisable, \(N\) nilpotente et \(DN = ND\). Cette décomposition, unique, est l’outil clé pour le calcul de \(e^{tA}\) et de \(A^n\) lorsque \(A\) n’est pas diagonalisable. Voir la page matrice puissance pour les applications.
IV. Applications en calcul matriciel
La forme triangulaire transforme de nombreux problèmes matriciels « difficiles » en problèmes résolubles pas à pas.
A. Résolution de systèmes triangulaires
Un système \(Tx = b\) avec \(T \in \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\) inversible se résout par substitution arrière (back substitution) :
\(x_n = \displaystyle\frac{b_n}{t_{nn}}, \quad x_i = \displaystyle\frac{1}{t_{ii}} \left( b_i – \sum_{k=i+1}^{n} t_{ik} \, x_k \right) \quad \text{pour } i = n-1, \ldots, 1\)La complexité est de \(O(n^2)\) opérations, contre \(O(n^3)\) pour un système général. C’est cet avantage considérable qui motive toute la théorie de la réduction sous forme triangulaire.
De manière symétrique, un système \(Lx = b\) avec \(L \in \mathcal{T}_n^-(\mathbb{K})\) inversible se résout par substitution avant (forward substitution), en commençant par \(x_1\).
B. Factorisation LU
Lorsqu’elle existe, la factorisation \(A = LU\) exprime \(A\) comme produit d’une matrice triangulaire inférieure \(L\) (avec des \(1\) sur la diagonale) et d’une matrice triangulaire supérieure \(U\). La résolution de \(Ax = b\) se ramène alors à deux substitutions successives :
- Résoudre \(Ly = b\) par substitution avant : \(O(n^2)\).
- Résoudre \(Ux = y\) par substitution arrière : \(O(n^2)\).
La factorisation elle-même coûte \(O(n^3)\), mais elle n’est calculée qu’une seule fois. Si l’on doit résoudre \(Ax = b\) pour plusieurs seconds membres \(b\), le gain est considérable. Voir la page sur la factorisation de Gauss pour la construction détaillée.
C. Calcul de \(A^n\) via la trigonalisation
Si \(A = PTP^{-1}\) avec \(T \in \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\), alors \(A^k = PT^k P^{-1}\). Il reste à calculer \(T^k\).
Exemple — Puissances d’une matrice 2×2 triangulaire.
Soit \(T = \begin{pmatrix} 3 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}\). Montrons par récurrence que :
\(T^k = \begin{pmatrix} 3^k & 3^k – 2^k \\ 0 & 2^k \end{pmatrix} \quad \forall k \in \mathbb{N}^*\)
Initialisation : \(T^1 = \begin{pmatrix} 3 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 3^1 & 3^1 – 2^1 \\ 0 & 2^1 \end{pmatrix}\).
Hérédité : si \(T^k\) a la forme annoncée, alors \(T^{k+1} = T^k \cdot T\) :
\(T^{k+1} = \begin{pmatrix} 3^k & 3^k – 2^k \\ 0 & 2^k \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 3 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 3^{k+1} & 3^k + 2(3^k – 2^k) \\ 0 & 2^{k+1} \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 3^{k+1} & 3^{k+1} – 2^{k+1} \\ 0 & 2^{k+1} \end{pmatrix}\)
ce qui confirme la formule au rang \(k + 1\).
Formule générale (2×2). Pour \(T = \begin{pmatrix} a & c \\ 0 & b \end{pmatrix}\) avec \(a \neq b\) :
\(T^k = \begin{pmatrix} a^k & c \cdot \displaystyle\frac{a^k – b^k}{a – b} \\ 0 & b^k \end{pmatrix}\)
Si \(a = b\) (bloc de Jordan) : \(T^k = \begin{pmatrix} a^k & k \, a^{k-1} c \\ 0 & a^k \end{pmatrix}\).
Pour le détail des techniques, consulte la page matrice puissance.
V. Exercices corrigés
Six exercices classés par difficulté croissante, des applications directes aux problèmes de synthèse.
Exercice 1 (★) — Identification et déterminant
Pour chacune des matrices suivantes, indiquer si elle est triangulaire supérieure, triangulaire inférieure, strictement triangulaire, diagonale, ou aucune de ces catégories. Calculer le déterminant des matrices triangulaires.
\(A = \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\ 3 & -2 & 0 \\ 5 & 1 & 4 \end{pmatrix}, \quad B = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 3 \\ 0 & 0 & -2 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix}, \quad C = \begin{pmatrix} 2 & 0 & 0 \\ 0 & -1 & 0 \\ 0 & 0 & 7 \end{pmatrix}, \quad D = \begin{pmatrix} 1 & 2 \\ 3 & 4 \end{pmatrix}\)Voir la correction
- \(A\) : les coefficients au-dessus de la diagonale sont nuls (\(a_{12} = a_{13} = a_{23} = 0\)). C’est une matrice triangulaire inférieure. \(\det(A) = 1 \times (-2) \times 4 = -8\).
- \(B\) : les coefficients sur et au-dessous de la diagonale sont nuls. C’est une matrice strictement triangulaire supérieure. \(\det(B) = 0 \times 0 \times 0 = 0\). (On vérifie que \(B\) est nilpotente : \(B^3 = 0\).)
- \(C\) : c’est une matrice diagonale, donc à la fois triangulaire supérieure et inférieure. \(\det(C) = 2 \times (-1) \times 7 = -14\).
- \(D\) : \(d_{21} = 3 \neq 0\) et \(d_{12} = 2 \neq 0\). Elle n’est ni triangulaire supérieure, ni triangulaire inférieure.
Exercice 2 (★) — Résolution d’un système triangulaire
Résoudre le système \(Tx = b\) avec :
\(T = \begin{pmatrix} 2 & -1 & 3 \\ 0 & 4 & 1 \\ 0 & 0 & -2 \end{pmatrix}, \quad b = \begin{pmatrix} 5 \\ 9 \\ 6 \end{pmatrix}\)Voir la correction
On procède par substitution arrière, en partant de la dernière équation :
Ligne 3 : \(-2 x_3 = 6\), donc \(x_3 = -3\).
Ligne 2 : \(4 x_2 + x_3 = 9\), donc \(4 x_2 = 9 – (-3) = 12\), soit \(x_2 = 3\).
Ligne 1 : \(2 x_1 – x_2 + 3 x_3 = 5\), donc \(2 x_1 = 5 + 3 – 9 = -1\), soit \(x_1 = -\displaystyle\frac{1}{2}\).
Solution : \(x = \begin{pmatrix} -1/2 \\ 3 \\ -3 \end{pmatrix}\).
Exercice 3 (★★) — Puissances d’une matrice triangulaire
Soit \(T = \begin{pmatrix} 3 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}\). Montrer par récurrence que pour tout \(k \in \mathbb{N}^*\) :
\(T^k = \begin{pmatrix} 3^k & 3^k – 2^k \\ 0 & 2^k \end{pmatrix}\)Voir la correction
Initialisation (\(k = 1\)) : \(T^1 = \begin{pmatrix} 3 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}\). Or \(3^1 – 2^1 = 1\). La formule est vérifiée.
Hérédité : supposons \(T^k = \begin{pmatrix} 3^k & 3^k – 2^k \\ 0 & 2^k \end{pmatrix}\) pour un certain \(k \geq 1\). Alors :
\(T^{k+1} = T^k \cdot T = \begin{pmatrix} 3^k & 3^k – 2^k \\ 0 & 2^k \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 3 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}\)Coefficient \((1,1)\) : \(3^k \cdot 3 = 3^{k+1}\).
Coefficient \((1,2)\) : \(3^k \cdot 1 + (3^k – 2^k) \cdot 2 = 3^k + 2 \cdot 3^k – 2^{k+1} = 3 \cdot 3^k – 2^{k+1} = 3^{k+1} – 2^{k+1}\).
Coefficient \((2,1)\) : \(0\). Coefficient \((2,2)\) : \(2^k \cdot 2 = 2^{k+1}\).
On retrouve la formule au rang \(k + 1\). Par le principe de récurrence, la formule est établie pour tout \(k \in \mathbb{N}^*\). ∎
Exercice 4 (★★) — Inverse d’une matrice triangulaire
Soit \(T = \begin{pmatrix} 1 & 2 & -1 \\ 0 & 3 & 4 \\ 0 & 0 & 2 \end{pmatrix}\). Calculer \(T^{-1}\) en résolvant \(TX = I_3\) colonne par colonne.
Voir la correction
Notons \(T^{-1} = (c_1 \mid c_2 \mid c_3)\). On résout trois systèmes triangulaires \(Tc_j = e_j\).
Colonne 1 : \(Tc_1 = \begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix}\).
- \(2 x_3 = 0 \Rightarrow x_3 = 0\)
- \(3 x_2 + 4 \cdot 0 = 0 \Rightarrow x_2 = 0\)
- \(x_1 + 2 \cdot 0 – 1 \cdot 0 = 1 \Rightarrow x_1 = 1\)
Donc \(c_1 = \begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix}\).
Colonne 2 : \(Tc_2 = \begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ 0 \end{pmatrix}\).
- \(2 x_3 = 0 \Rightarrow x_3 = 0\)
- \(3 x_2 = 1 \Rightarrow x_2 = \displaystyle\frac{1}{3}\)
- \(x_1 + 2 \cdot \displaystyle\frac{1}{3} = 0 \Rightarrow x_1 = -\displaystyle\frac{2}{3}\)
Donc \(c_2 = \begin{pmatrix} -2/3 \\ 1/3 \\ 0 \end{pmatrix}\).
Colonne 3 : \(Tc_3 = \begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix}\).
- \(2 x_3 = 1 \Rightarrow x_3 = \displaystyle\frac{1}{2}\)
- \(3 x_2 + 4 \cdot \displaystyle\frac{1}{2} = 0 \Rightarrow x_2 = -\displaystyle\frac{2}{3}\)
- \(x_1 + 2 \cdot (-\displaystyle\frac{2}{3}) – \displaystyle\frac{1}{2} = 0 \Rightarrow x_1 = \displaystyle\frac{4}{3} + \displaystyle\frac{1}{2} = \displaystyle\frac{11}{6}\)
Finalement :
\(T^{-1} = \begin{pmatrix} 1 & -\displaystyle\frac{2}{3} & \displaystyle\frac{11}{6} \\[6pt] 0 & \displaystyle\frac{1}{3} & -\displaystyle\frac{2}{3} \\[6pt] 0 & 0 & \displaystyle\frac{1}{2} \end{pmatrix}\)Vérification : \(T^{-1}\) est bien triangulaire supérieure, conformément à la théorie. On peut vérifier que \(T T^{-1} = I_3\).
Exercice 5 (★★★) — Idempotent et trigonalisabilité
Soit \(A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R})\) telle que \(A^2 = A\) (matrice de projection). Montrer que \(A\) est trigonalisable sur \(\mathbb{R}\) et déterminer ses valeurs propres possibles.
Voir la correction
Le polynôme \(P(X) = X^2 – X = X(X – 1)\) annule \(A\) : \(P(A) = 0\). Or le polynôme minimal \(\mu_A\) divise tout polynôme annulateur, donc \(\mu_A \mid X(X-1)\).
Le polynôme caractéristique \(\chi_A\) et \(\mu_A\) ont les mêmes racines (à multiplicités près). Les racines de \(\mu_A\) sont parmi \(\{0, 1\}\), qui sont réelles. Donc toutes les racines de \(\chi_A\) sont réelles.
Autrement dit, \(\chi_A\) est scindé sur \(\mathbb{R}\). Par le critère de trigonalisabilité, \(A\) est trigonalisable sur \(\mathbb{R}\).
Ses valeurs propres sont parmi \(\{0, 1\}\) : si \(\lambda \in \mathrm{Sp}(A)\), il existe \(x \neq 0\) tel que \(Ax = \lambda x\), d’où \(A^2 x = \lambda^2 x\). Or \(A^2 = A\), donc \(\lambda x = \lambda^2 x\), soit \(\lambda(\lambda – 1) = 0\). ∎
Exercice 6 (★★★) — Trigonaliser une matrice
Soit \(A = \begin{pmatrix} 2 & 1 & 0 \\ 0 & 2 & 0 \\ 1 & 0 & 3 \end{pmatrix}\). Montrer que \(A\) est trigonalisable sur \(\mathbb{R}\) et déterminer \(P \in \mathrm{GL}_3(\mathbb{R})\) et \(T \in \mathcal{T}_3^+(\mathbb{R})\) telles que \(P^{-1}AP = T\).
Voir la correction
Étape 1 — Polynôme caractéristique.
\(\chi_A(\lambda) = \det(A – \lambda I_3) = \det \begin{pmatrix} 2 – \lambda & 1 & 0 \\ 0 & 2 – \lambda & 0 \\ 1 & 0 & 3 – \lambda \end{pmatrix}\)Développons selon la troisième colonne :
\(\chi_A(\lambda) = (3 – \lambda) \det \begin{pmatrix} 2 – \lambda & 1 \\ 0 & 2 – \lambda \end{pmatrix} = (3 – \lambda)(2 – \lambda)^2\)\(\chi_A\) est scindé sur \(\mathbb{R}\), donc \(A\) est trigonalisable sur \(\mathbb{R}\). Les valeurs propres sont \(\lambda_1 = 2\) (multiplicité algébrique \(2\)) et \(\lambda_2 = 3\) (multiplicité algébrique \(1\)).
Étape 2 — Sous-espaces propres.
\(\ker(A – 3I_3) :\) on résout \((A – 3I_3)x = 0\) avec \(A – 3I_3 = \begin{pmatrix} -1 & 1 & 0 \\ 0 & -1 & 0 \\ 1 & 0 & 0 \end{pmatrix}\). On obtient \(x_2 = 0, \, x_1 = 0, \, x_3\) libre. Donc \(E_3(A) = \mathrm{Vect}\{(0, 0, 1)\}\).
\(\ker(A – 2I_3) :\) on résout avec \(A – 2I_3 = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 0 \\ 0 & 0 & 0 \\ 1 & 0 & 1 \end{pmatrix}\). On obtient \(x_2 = 0, \, x_1 + x_3 = 0\), soit \(E_2(A) = \mathrm{Vect}\{(-1, 0, 1)\}\).
La multiplicité géométrique de \(\lambda = 2\) est \(1\) < \(2\) : \(A\) n’est pas diagonalisable.
Étape 3 — Vecteur propre généralisé.
On cherche \(v\) tel que \((A – 2I_3)v = (-1, 0, 1)\) (le vecteur propre trouvé) :
\(\begin{pmatrix} 0 & 1 & 0 \\ 0 & 0 & 0 \\ 1 & 0 & 1 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} a \\ b \\ c \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} -1 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix}\)\(b = -1, \quad a + c = 1\). Prenons \(a = 1, \, c = 0\) : \(v = (1, -1, 0)\).
Étape 4 — Matrice de passage et vérification.
Posons \(e_1 = (-1, 0, 1)\), \(e_2 = (1, -1, 0)\), \(e_3 = (0, 0, 1)\). La matrice de passage est :
\(P = \begin{pmatrix} -1 & 1 & 0 \\ 0 & -1 & 0 \\ 1 & 0 & 1 \end{pmatrix}\)On vérifie :
- \(Ae_1 = 2e_1\) (vecteur propre pour \(\lambda = 2\))
- \(Ae_2 = e_1 + 2e_2\) (vecteur propre généralisé)
- \(Ae_3 = 3e_3\) (vecteur propre pour \(\lambda = 3\))
Donc :
\(T = P^{-1}AP = \begin{pmatrix} 2 & 1 & 0 \\ 0 & 2 & 0 \\ 0 & 0 & 3 \end{pmatrix} \in \mathcal{T}_3^+(\mathbb{R})\)La matrice \(T\) est triangulaire supérieure avec les valeurs propres sur la diagonale. ∎
Fiche de synthèse — Matrices triangulaires
Définitions, théorèmes clés (déterminant, valeurs propres, inversibilité) et méthodes de calcul sur une seule page recto-verso.
📄 Télécharger la fiche PDFIdéal pour réviser avant un DS ou une colle d’algèbre linéaire.
VI. Erreurs fréquentes et pièges classiques
Piège 1 — Confondre « triangulaire » et « strictement triangulaire ».
❌ Copie fautive : « \(A\) est triangulaire supérieure, donc \(A^n = 0\). »
Diagnostic : la nilpotence n’est garantie que pour les matrices strictement triangulaires (diagonale nulle). Une matrice triangulaire à coefficients diagonaux non nuls est inversible, donc certainement pas nilpotente.
✅ Correction : \(A\) est strictement triangulaire supérieure, donc \(A^n = 0\).
Piège 2 — Croire que le produit d’une triangulaire inférieure par une triangulaire supérieure est triangulaire.
❌ Copie fautive : « \(L \in \mathcal{T}_n^-, \, U \in \mathcal{T}_n^+\), donc \(LU\) est triangulaire. »
Diagnostic : la stabilité par produit vaut au sein de \(\mathcal{T}_n^+\) (ou de \(\mathcal{T}_n^-\)), mais pas entre les deux. Le produit \(LU\) est une matrice quelconque en général.
✅ Contre-exemple : \(\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 1 & 1 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 1 & 2 \end{pmatrix}\), qui n’est ni triangulaire supérieure ni inférieure.
Piège 3 — Confondre multiplicité algébrique et géométrique.
❌ Copie fautive : « La valeur propre \(2\) apparaît deux fois sur la diagonale, donc \(\dim E_2(A) = 2\) et \(A\) est diagonalisable. »
Diagnostic : la diagonale donne la multiplicité algébrique. La multiplicité géométrique \(\dim E_\lambda(A)\) peut être strictement inférieure. Seul le calcul explicite de \(\ker(A – \lambda I_n)\) tranche.
✅ Bonne pratique : toujours calculer \(\dim \ker(A – \lambda I_n)\) avant de conclure sur la diagonalisabilité.
Piège 4 — Croire qu’une matrice échelonnée est toujours triangulaire.
❌ Copie fautive : « Après Gauss, on obtient une matrice échelonnée, donc triangulaire supérieure. »
Diagnostic : une matrice échelonnée d’une matrice rectangulaire \(m \times n\) n’est pas forcément carrée. Et même pour une matrice carrée, si un pivot est décalé à droite (pivot non sur la diagonale), la forme échelonnée n’est pas triangulaire au sens strict. La correspondance est exacte lorsque les \(n\) pivots se trouvent chacun sur la diagonale.
VII. Questions fréquentes
C'est quoi une matrice triangulaire supérieure ?
Une matrice triangulaire supérieure est une matrice carrée dont tous les coefficients situés strictement au-dessous de la diagonale principale sont nuls. Formellement, \(A = (a_{ij})\) est triangulaire supérieure si \(a_{ij} = 0\) dès que le numéro de ligne \(i\) dépasse le numéro de colonne \(j\). Les coefficients « libres » sont sur la diagonale et au-dessus.
Comment calculer le déterminant d'une matrice triangulaire ?
Le déterminant d’une matrice triangulaire (supérieure ou inférieure) est le produit de ses coefficients diagonaux : \(\det(A) = a_{11} \times a_{22} \times \cdots \times a_{nn}\). Aucun calcul de cofacteurs n’est nécessaire. C’est l’un des résultats les plus utiles en algèbre linéaire.
Quelles sont les propriétés d'une matrice triangulaire ?
Les propriétés principales sont : (1) le déterminant est le produit des coefficients diagonaux, (2) les valeurs propres sont les coefficients diagonaux, (3) une matrice triangulaire est inversible si et seulement si tous ses coefficients diagonaux sont non nuls, (4) le produit de deux matrices triangulaires supérieures est triangulaire supérieure, (5) l’inverse d’une matrice triangulaire supérieure inversible est triangulaire supérieure.
Comment montrer qu'une matrice est triangulaire ?
Pour montrer qu’une matrice est triangulaire supérieure, il faut vérifier que tous les coefficients \(a_{ij}\) avec \(i\) > \(j\) sont nuls. Si la matrice est donnée explicitement, c’est une lecture directe. Pour une matrice abstraite (définie par des propriétés), on raisonne souvent par calcul des coefficients de la représentation matricielle dans une base bien choisie.
Quelle est la différence entre matrice triangulaire et matrice diagonale ?
Une matrice diagonale est un cas particulier de matrice triangulaire : elle est à la fois triangulaire supérieure et inférieure. Une matrice triangulaire supérieure peut avoir des coefficients non nuls au-dessus de la diagonale, tandis qu’une matrice diagonale a uniquement des coefficients non nuls sur la diagonale. En termes d’ensembles : \(\mathcal{D}_n(\mathbb{K}) = \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K}) \cap \mathcal{T}_n^-(\mathbb{K}) \subsetneq \mathcal{T}_n^+(\mathbb{K})\).
Toute matrice est-elle trigonalisable ?
Sur \(\mathbb{C}\) (ou tout corps algébriquement clos), oui : toute matrice est trigonalisable (théorème de Schur). Sur \(\mathbb{R}\), non : une matrice est trigonalisable sur \(\mathbb{R}\) si et seulement si son polynôme caractéristique est scindé sur \(\mathbb{R}\) (toutes ses racines sont réelles). Exemple : une matrice de rotation d’angle \(\displaystyle\frac{\pi}{2}\) a pour polynôme caractéristique \(X^2 + 1\), non scindé sur \(\mathbb{R}\).
VIII. Pour aller plus loin
Tu maîtrises maintenant les propriétés fondamentales des matrices triangulaires. Pour approfondir :
- Déterminant d’une matrice — la théorie générale du déterminant, dont les matrices triangulaires simplifient considérablement le calcul.
- Factorisation de Gauss — la méthode de réduction qui transforme toute matrice en forme triangulaire.
- Diagonalisation d’une matrice — le cas particulier où la forme triangulaire se simplifie en forme diagonale.
- Valeurs propres et vecteurs propres — pour approfondir le spectre et les sous-espaces propres.
- Matrice nilpotente — le lien avec les matrices strictement triangulaires et la décomposition de Dunford.
- Matrice puissance — les techniques de calcul de \(A^n\) via la trigonalisation.
- Exercices corrigés sur les matrices — pour t’entraîner davantage avec des problèmes transversaux et de type concours.