Rédigé et vérifié par un professeur diplômé de l’École Polytechnique, avec le niveau d’exigence attendu en classe préparatoire. Découvrir le professeur

Sur une carte de randonnée, les lignes brunes qui serpentent autour d’un sommet sont des courbes de niveau : elles relient les points de même altitude. En mathématiques, la courbe de niveau d’une fonction \(f\) de deux variables au niveau \(k\) est l’ensemble des points \((x,y)\) tels que \(f(x,y) = k\). C’est la trace, dans le plan, d’une coupe horizontale de la surface \(z = f(x,y)\).

I. Définition et notations

Comprendre les courbes de niveau, c’est apprendre à « lire » une fonction de deux variables sans avoir à dessiner sa surface en trois dimensions. C’est un outil visuel central, à la fois en analyse (étude des extremums, du gradient) et dans toutes les sciences qui manipulent des champs scalaires : température, altitude, pression, potentiel électrique.

A. Définition formelle

Considérons une fonction \(f\) définie sur une partie \(D\) de \(\mathbb{R}^2\) et à valeurs réelles. Fixer un réel \(k\) revient à demander : « en quels points \(f\) vaut-elle exactement \(k\) ? ». La réponse est la courbe de niveau.

Définition — Courbe de niveau

Soit \(f : D \subset \mathbb{R}^2 \to \mathbb{R}\) et \(k \in \mathbb{R}\). On appelle courbe de niveau de \(f\) au niveau \(k\) l’ensemble

\(C_k = \{(x,y) \in D : f(x,y) = k\}.\)

C’est l’image réciproque du singleton \(\{k\}\) par \(f\), notée aussi \(f^{-1}(\{k\})\).

Géométriquement, \(C_k\) est la projection sur le plan \(Oxy\) de l’intersection entre la surface d’équation \(z = f(x,y)\) et le plan horizontal \(z = k\). On coupe la « montagne » à l’altitude \(k\) et on regarde le contour obtenu vu du dessus.

À retenir dès le départ : une courbe de niveau vit dans le plan (deux variables), alors que la surface \(z = f(x,y)\) vit dans l’espace (trois dimensions). La courbe de niveau est un « plan » de la surface, au sens cartographique du terme.

B. Notation, vocabulaire et conventions

Plusieurs formulations désignent le même objet, et il faut les reconnaître toutes :

  • Courbe de niveau ou ligne de niveau : synonymes stricts en dimension 2.
  • Niveau \(k\) : la valeur commune prise par \(f\) sur la courbe. On dit « la courbe de niveau \(k\) » ou « la ligne de niveau d’altitude \(k\) ».
  • Équidistance : sur une carte, l’écart constant entre deux niveaux successifs (par exemple 10 mètres). C’est un choix de représentation, pas une propriété de la fonction.

Une courbe de niveau peut prendre des formes très variées : une réunion de cercles, une droite, une hyperbole, un point isolé, voire l’ensemble vide. Attention à la nuance de langage : bien qu’on parle de « courbe », \(C_k\) n’est pas toujours une courbe régulière au sens géométrique. C’est un ensemble de points, dont la structure dépend de \(f\) et de \(k\).

C. La relation à retenir

Toute l’étude repose sur une seule équation : tracer une courbe de niveau, c’est résoudre l’équation \(f(x,y) = k\) d’inconnue le couple \((x,y)\). Le tableau ci-dessous fixe le vocabulaire pour la suite.

Vocabulaire des courbes de niveau
ObjetDéfinitionDimension
Fonction \(f(x,y)\)Associe un réel à chaque point du planDomaine dans \(\mathbb{R}^2\)
Surface \(z = f(x,y)\)Graphe de \(f\) dans l’espace\(\mathbb{R}^3\)
Courbe de niveau \(C_k\)\(\{(x,y) : f(x,y) = k\}\)Sous-ensemble de \(\mathbb{R}^2\)
Carte de niveauxSuperposition de plusieurs \(C_k\)\(\mathbb{R}^2\)

Une fois cette relation posée, la question naturelle est : que « voit »-on réellement sur une carte de niveaux ? C’est tout l’objet de l’interprétation géométrique.


II. Interprétation géométrique

C’est ici que la plupart des ressources concurrentes s’arrêtent à une définition sèche. Or l’intérêt des courbes de niveau est justement de voir une fonction. Prenons le temps de construire cette intuition.

A. 🟢 Lire une carte de niveaux (intuition de Terminale)

L’analogie topographique est la plus efficace, et elle est accessible dès le lycée. Imagine une montagne dont l’altitude au-dessus du point \((x,y)\) est donnée par \(f(x,y)\). Une courbe de niveau relie tous les points de même altitude. En superposant plusieurs de ces courbes, on obtient une carte de niveaux, exactement comme une carte IGN.

Deux règles de lecture, valables aussi bien pour le randonneur que pour le mathématicien :

  1. Des courbes serrées = une forte pente. Quand deux courbes de niveau consécutives sont proches, l’altitude change vite sur une petite distance : le terrain est raide.
  2. Des courbes espacées = une pente douce. Loin les unes des autres, elles signalent un terrain quasi plat.
Carte de niveaux d'une colline avec courbes rapprochees sur le versant raide et espacees sur le versant doux
La densite des courbes de niveau traduit la pente du terrain

Le réflexe cartographique : plus les lignes de niveau sont resserrées, plus la pente est forte. Cette densité est la traduction visuelle de la norme du gradient, notion que nous relierons rigoureusement plus loin.

B. De la surface 3D à la carte 2D

Le passage de la surface à la carte est le cœur du concept. On empile des coupes horizontales et on les projette au sol. Prenons le paraboloïde \(f(x,y) = x^2 + y^2\).

  • Au niveau \(k = 1\) : \(x^2 + y^2 = 1\), c’est le cercle de rayon \(1\).
  • Au niveau \(k = 4\) : \(x^2 + y^2 = 4\), le cercle de rayon \(2\).
  • Au niveau \(k = 9\) : le cercle de rayon \(3\).

Les niveaux augmentent régulièrement (1, 4, 9) mais les rayons croissent aussi (1, 2, 3) : les cercles se resserrent quand on monte, ce qui traduit le raidissement du paraboloïde. La carte est faite de cercles concentriques.

Surface du paraboloide z egal x carre plus y carre a gauche et ses courbes de niveau circulaires concentriques projetees dans le plan a droite
Chaque coupe horizontale de la surface se projette en un cercle : la carte de niveaux resume la surface

Exemple — Lire une fonction sans la calculer : une carte de niveaux faite de cercles concentriques centrés en un point signale un extremum local (un sommet ou un creux) en ce point. Des courbes en forme d’hyperboles autour d’un point signalent au contraire un point-selle. La forme des courbes trahit la nature du point critique, avant tout calcul.

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C. 🔴 Extension : surfaces de niveau en dimension 3

La notion se généralise naturellement à trois variables. Pour une fonction \(g : \mathbb{R}^3 \to \mathbb{R}\), l’ensemble \(\{(x,y,z) : g(x,y,z) = k\}\) n’est plus une courbe mais une surface de niveau (on parle aussi d’iso-surface).

Définition — Surface de niveau

Soit \(g : \mathbb{R}^3 \to \mathbb{R}\) et \(k \in \mathbb{R}\). La surface de niveau \(k\) est

\(S_k = \{(x,y,z) \in \mathbb{R}^3 : g(x,y,z) = k\}.\)

Par exemple, pour \(g(x,y,z) = x^2 + y^2 + z^2\), la surface de niveau \(k = r^2\) (avec \(r > 0\)) est la sphère de rayon \(r\). En physique, les surfaces d’égal potentiel (surfaces équipotentielles) sont des surfaces de niveau du potentiel électrostatique. Le vocabulaire général est celui d’ensemble de niveau : courbe en dimension 2, surface en dimension 3, hypersurface au-delà.

Ces courbes et surfaces ne sont pas de simples dessins : elles possèdent des propriétés géométriques précises, notamment vis-à-vis du gradient. Passons à la théorie.


III. Propriétés et théorèmes

Trois résultats structurent l’étude des courbes de niveau : la distinction avec le graphe, la non-intersection des courbes de niveaux distincts, et surtout l’orthogonalité du gradient. Ce dernier est un théorème incontournable de prépa.

A. Courbe de niveau et graphe : deux objets distincts

Une confusion fréquente vient du vocabulaire de Terminale. En classe de Première, la « courbe représentative » d’une fonction \(f\) d’une variable est le graphe \(\{(x, f(x))\}\) : elle décrit comment \(f\) varie. La courbe de niveau, elle, concerne une fonction de deux variables et décrit où \(f\) est constante. Ce sont deux objets radicalement différents.

Erreur classique : confondre la courbe de niveau \(f(x,y)=k\) avec le graphe d’une fonction. La courbe de niveau n’est pas le graphe d’une fonction \(y = \varphi(x)\) en général : le cercle \(x^2+y^2=1\) n’est le graphe d’aucune fonction. Il faut souvent la découper en plusieurs morceaux, ou raisonner avec le théorème des fonctions implicites pour l’exprimer localement.

B. Deux courbes de niveaux distincts ne se coupent jamais

Propriété

Si \(k_1 \neq k_2\), alors \(C_{k_1} \cap C_{k_2} = \emptyset\).

Démonstration. Supposons qu’un point \((x_0,y_0)\) appartienne à \(C_{k_1}\) et à \(C_{k_2}\). Alors \(f(x_0,y_0) = k_1\) et \(f(x_0,y_0) = k_2\). Comme \(f\) est une fonction (elle associe une seule valeur à chaque point), on en déduit \(k_1 = k_2\), contradiction. Donc l’intersection est vide. ∎

Cette propriété a une traduction cartographique limpide : sur une carte IGN, deux courbes de niveau d’altitudes différentes ne se croisent jamais. Elles peuvent être arbitrairement proches (falaise), mais jamais sécantes.

C. ⋆ Le gradient est orthogonal aux courbes de niveau

C’est le théorème central, exigible en prépa. Il fait le pont entre géométrie (les courbes) et calcul différentiel (le gradient).

Théorème — Orthogonalité du gradient

Soit \(f\) de classe \(\mathcal{C}^1\) sur un ouvert de \(\mathbb{R}^2\) et \(M_0 = (x_0,y_0)\) un point de la courbe de niveau \(C_k\) tel que \(\nabla f(M_0) \neq \vec{0}\). Alors \(\nabla f(M_0)\) est orthogonal à la tangente à \(C_k\) en \(M_0\), et il pointe dans le sens des valeurs croissantes de \(f\).

Démonstration. Supposons la courbe \(C_k\) paramétrée localement au voisinage de \(M_0\) par un arc \(\gamma(t) = (x(t), y(t))\) de classe \(\mathcal{C}^1\), avec \(\gamma(t_0) = M_0\). Puisque tous les points de l’arc sont sur \(C_k\), on a, pour tout \(t\) :

\(f(x(t), y(t)) = k.\)

Dérivons cette identité par rapport à \(t\) via la règle de la chaîne appliquée aux dérivées partielles :

\(\displaystyle\frac{\partial f}{\partial x}(\gamma(t))\, x^\prime(t) + \displaystyle\frac{\partial f}{\partial y}(\gamma(t))\, y^\prime(t) = 0.\)

Le membre de gauche est exactement le produit scalaire du gradient par le vecteur vitesse :

\(\big\langle \nabla f(\gamma(t)) \,,\, \gamma^\prime(t) \big\rangle = 0.\)

En \(t = t_0\), le vecteur \(\gamma^\prime(t_0)\) dirige la tangente à \(C_k\) en \(M_0\). Le produit scalaire étant nul, \(\nabla f(M_0)\) est orthogonal à cette tangente. ∎

Pour le sens du gradient, on rappelle que la dérivée directionnelle de \(f\) selon un vecteur unitaire \(\vec{u}\) vaut \(\langle \nabla f(M_0), \vec{u}\rangle\). Elle est maximale quand \(\vec{u}\) est colinéaire et de même sens que \(\nabla f(M_0)\) : le gradient indique donc la direction de plus forte pente, vers les altitudes croissantes.

Courbes de niveau d'une fonction avec le vecteur gradient trace en un point, perpendiculaire a la tangente de la courbe et pointant vers les niveaux plus eleves
Le gradient est orthogonal a la courbe de niveau et pointe vers les valeurs croissantes de f

Conséquence pratique : pour tracer rapidement le champ de gradient d’une fonction, il suffit de dessiner ses courbes de niveau, puis, en chaque point, une flèche perpendiculaire allant vers la courbe de niveau supérieure. C’est l’inverse de la lecture d’une carte : le gradient « monte » toujours perpendiculairement aux lignes.

Ce théorème n’est pas qu’une jolie propriété : il fonde toute la méthode de tracé et l’optimisation sous contrainte. Voyons d’abord comment déterminer et tracer une courbe de niveau proprement.

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IV. Méthode : déterminer et tracer une courbe de niveau

Voici la démarche systématique, valable pour n’importe quelle fonction de deux variables. On l’illustrera immédiatement après sur des exemples résolus.

Étape 1 — Fixer le niveau et écrire l’équation

Choisis une valeur \(k\) et écris l’équation \(f(x,y) = k\). Tout le travail consiste à identifier la nature de cette équation : cercle, droite, hyperbole, parabole… Reconnaître une conique ou une forme classique fait gagner un temps précieux.

Étape 2 — Discuter selon la valeur de \(k\)

La forme de \(C_k\) change souvent selon le signe ou la valeur de \(k\). Il faut discuter : pour quelles valeurs de \(k\) la courbe est-elle vide ? réduite à un point ? une vraie courbe ? Cette discussion est le point le plus souvent négligé, et le plus valorisé au concours.

Étape 3 — Tracer plusieurs niveaux

Choisis une suite de niveaux régulièrement espacés (par exemple \(k = -2, -1, 0, 1, 2\)) et trace les courbes correspondantes sur un même dessin. La répartition des courbes (resserrées ou espacées) révèle le relief de la surface.

Étape 4 — Interpréter le relief

Conclus : où sont les extremums ? les points-selles ? la pente est-elle forte quelque part ? La carte de niveaux doit raconter une histoire sur la fonction. C’est le sens de la démarche, pas seulement le dessin.


V. Exemples résolus

Cinq exemples classés du plus simple au plus subtil. Cherche chaque tracé avant d’ouvrir la correction : c’est en manipulant l’équation \(f(x,y)=k\) qu’on progresse.

Exercice 1 — Le plan incliné ★

Déterminer et décrire les courbes de niveau de \(f(x,y) = 2x- y\).

Voir la correction de l’exercice 1

L’équation \(C_k\) s’écrit \(2x- y = k\), soit \(y = 2x- k\).

Pour chaque valeur de \(k\), on obtient une droite de pente \(2\). Toutes les courbes de niveau sont donc des droites parallèles entre elles (elles ont la même pente), décalées verticalement selon \(k\).

La surface \(z = 2x- y\) est un plan incliné : ses courbes de niveau sont naturellement des droites parallèles, régulièrement espacées puisque la pente est constante partout. Le gradient \(\nabla f = (2, -1)\) est constant et bien orthogonal à ces droites (le vecteur directeur \((1,2)\) des droites vérifie \(\langle (2,-1),(1,2)\rangle = 0\)). Conclusion : des droites parallèles équidistantes.


Exercice 2 — Le paraboloïde ★

Étudier les courbes de niveau de \(f(x,y) = x^2 + y^2\) selon les valeurs de \(k\).

Voir la correction de l’exercice 2

L’équation est \(x^2 + y^2 = k\). Ici, la discussion selon \(k\) est essentielle car \(x^2+y^2 \geq 0\).

  • Si \(k < 0\) : aucune solution, \(C_k = \emptyset\).
  • Si \(k = 0\) : \(x^2+y^2 = 0\) impose \(x=y=0\). La courbe est réduite au point \((0,0)\).
  • Si \(k > 0\) : \(C_k\) est le cercle de centre \(O\) et de rayon \(\sqrt{k}\).

La carte est donc faite de cercles concentriques dont le rayon croît en \(\sqrt{k}\) : les cercles se resserrent quand \(k\) grandit. Conclusion : minimum global en \((0,0)\), révélé par des cercles concentriques centrés en ce point.


Exercice 3 — Le point-selle ★★

Déterminer les courbes de niveau de \(f(x,y) = x^2- y^2\) pour \(k = 0\) puis \(k \neq 0\).

Voir la correction de l’exercice 3

L’équation est \(x^2- y^2 = k\).

Cas \(k = 0\) : \(x^2- y^2 = 0\) se factorise en \((x-y)(x+y) = 0\). La courbe de niveau est donc la réunion des deux droites \(y = x\) et \(y = -x\).

Cas \(k \neq 0\) : l’équation \(x^2- y^2 = k\) est celle d’une hyperbole. Pour \(k > 0\), les branches sont orientées selon l’axe \(Ox\) ; pour \(k < 0\), selon l’axe \(Oy\).

Les deux droites \(k=0\) sont les asymptotes communes de toutes ces hyperboles. Conclusion : cette configuration (deux droites au niveau \(0\), hyperboles de part et d’autre) est la signature d’un point-selle en \((0,0)\).

Courbes de niveau de la fonction sellette x carre moins y carre : deux droites au niveau zero et hyperboles de part et d'autre
La signature d’un point-selle : deux droites au niveau 0 et des hyperboles autour

Exercice 4 — Les hyperboles de xy ★★

Décrire les courbes de niveau de \(f(x,y) = xy\).

Voir la correction de l’exercice 4

L’équation est \(xy = k\).

  • Si \(k \neq 0\) : \(y = \displaystyle\frac{k}{x}\) avec \(x \neq 0\). C’est une hyperbole équilatère dont les axes de coordonnées sont les asymptotes. Pour \(k > 0\), les branches sont dans les 1er et 3e quadrants ; pour \(k < 0\), dans les 2e et 4e.
  • Si \(k = 0\) : \(xy = 0\) équivaut à \(x = 0\) ou \(y = 0\). La courbe est la réunion des deux axes.

Conclusion : encore une configuration de point-selle en \((0,0)\) — ce n’est pas un hasard, \(xy\) se ramène à \(x^2-y^2\) par un changement de variables (rotation de \(45°\)).


Exercice 5 — Raisonnement : lire la nature d’un point critique ★★★

On donne la carte de niveaux d’une fonction \(f\) de classe \(\mathcal{C}^1\). Autour d’un point \(A\), les courbes de niveau sont des ellipses emboîtées ; autour d’un point \(B\), on observe deux courbes sécantes au niveau \(f(B)\) et des hyperboles autour. Que peut-on affirmer, sans aucun calcul, sur \(A\) et \(B\) ?

Voir la correction de l’exercice 5

Autour de \(A\) : des ellipses (courbes fermées) emboîtées autour de \(A\) signifient que \(f\) prend une valeur extrême en \(A\) et croît (ou décroît) dans toutes les directions en s’éloignant. C’est un extremum local : un minimum si \(f\) croît en s’éloignant, un maximum si elle décroît. On le lit à l’ordre des niveaux.

Autour de \(B\) : des courbes sécantes au niveau \(f(B)\) avec des hyperboles autour sont la signature d’un point-selle (ou col) : \(f\) croît dans certaines directions et décroît dans d’autres. \(B\) n’est ni un maximum ni un minimum.

Point commun : en \(A\) comme en \(B\), les courbes de niveau « dégénèrent » (deviennent un point limite ou se croisent), ce qui traduit \(\nabla f = \vec 0\). Ce sont deux points critiques, à distinguer par la structure locale des courbes. La classification rigoureuse passe ensuite par la matrice hessienne.

Ces exemples montrent à quel point la lecture des courbes de niveau anticipe les résultats du calcul différentiel. C’est aussi là que se nichent les erreurs les plus fréquentes.


VI. Pièges classiques

Trois pièges reviennent systématiquement, en colle comme au concours. Les identifier à l’avance fait gagner des points.

Piège n°1 — Oublier la discussion selon \(k\). Écrire « la courbe de niveau de \(x^2+y^2\) est un cercle de rayon \(\sqrt{k}\) » sans préciser \(k > 0\) est faux : pour \(k < 0\) l’ensemble est vide, pour \(k=0\) c’est un point. Une réponse complète discute toujours les cas.

Piège n°2 — Confondre courbe de niveau et graphe. La courbe de niveau vit dans le plan \(Oxy\) (deux variables constantes), le graphe \(z=f(x,y)\) vit dans l’espace. Dire « la courbe de niveau est la représentation de la fonction » mélange deux objets de dimensions différentes. La courbe de niveau représente un ensemble de points où \(f\) est constante, pas la variation de \(f\).

Regardons enfin un piège de rédaction plus subtil, à travers une copie fautive.

❌ Copie fautive : « Comme le gradient est orthogonal à la courbe de niveau, il est orthogonal à la fonction. »

Diagnostic : l’expression « orthogonal à la fonction » n’a aucun sens. Le gradient est orthogonal à la tangente de la courbe de niveau en un point, et cette propriété n’est valable que là où \(\nabla f \neq \vec 0\) et où \(f\) est de classe \(\mathcal{C}^1\). En un point critique, le gradient est nul : il n’a pas de direction, et l’énoncé du théorème ne s’applique plus.

✅ Correction : « En tout point \(M_0\) de \(C_k\) où \(f\) est \(\mathcal{C}^1\) et \(\nabla f(M_0) \neq \vec 0\), le vecteur \(\nabla f(M_0)\) est orthogonal à la tangente à \(C_k\) en \(M_0\). »

Ces précisions ne sont pas des détails : ce sont exactement les hypothèses que le correcteur cherche. Voyons comment rédiger ce type de raisonnement au concours.


VII. Rédaction au concours

Les courbes de niveau interviennent rarement seules dans un problème : elles servent d’outil pour l’optimisation ou l’analyse d’un champ. Voici ce qui est attendu et où sont les points.

A. Ce que le correcteur attend

  • La discussion selon \(k\) est systématique. Vide, point isolé, courbe : ces trois cas doivent apparaître dès que l’équation le justifie. C’est le premier point de barème sur toute étude de courbe de niveau.
  • Vérifier les hypothèses avant d’invoquer l’orthogonalité du gradient. Écrire « \(f\) est de classe \(\mathcal{C}^1\) et \(\nabla f(M_0) \neq \vec 0\) » avant d’appliquer le théorème. Un théorème appliqué sans ses hypothèses ne rapporte rien.
  • Nommer la nature géométrique des courbes. « Cercle de rayon \(\sqrt k\) », « hyperbole équilatère », « droites parallèles » : reconnaître une conique est valorisé et évite des calculs inutiles.

B. Au programme de quelle filière ?

Les courbes de niveau selon le niveau
NiveauAttendu
Terminale (spé maths)Lecture graphique, intuition topographique (approche informelle)
MPSI / PCSI / PTSIDéfinition, lien avec le gradient, tracé de cartes simples
MP / PC / PSIOrthogonalité du gradient démontrée, application à l’optimisation sous contrainte
ECG 2e annéeInterprétation géométrique de l’optimisation sous contrainte (Lagrange)

L’application reine des courbes de niveau au concours est l’optimisation sous contrainte : chercher un extremum de \(f\) sur une courbe \(g(x,y)=c\) revient à trouver un point où la courbe de niveau de \(f\) est tangente à la contrainte. En ce point, les deux gradients sont colinéaires : c’est le principe des multiplicateurs de Lagrange.


VIII. Questions fréquentes

C’est quoi une courbe de niveau en maths ?

Une courbe de niveau d’une fonction \(f\) de deux variables au niveau \(k\) est l’ensemble des points \((x,y)\) du plan tels que \(f(x,y) = k\). C’est la projection dans le plan de la coupe de la surface \(z = f(x,y)\) par le plan horizontal d’altitude \(k\) — exactement comme les lignes d’égale altitude sur une carte de randonnée.

Quelle est la différence entre une courbe de niveau et une surface de niveau ?

La courbe de niveau concerne une fonction de deux variables : \(\{(x,y) : f(x,y)=k\}\), un objet du plan. La surface de niveau concerne une fonction de trois variables : \(\{(x,y,z) : g(x,y,z)=k\}\), un objet de l’espace (par exemple une sphère). Le terme générique qui englobe les deux est « ensemble de niveau ».

Quelle est la différence entre une courbe de niveau et la courbe représentative d’une fonction ?

La courbe représentative (vue en Première) est le graphe \(\{(x,f(x))\}\) d’une fonction d’une variable : elle montre comment \(f\) varie. La courbe de niveau concerne une fonction de deux variables et montre où \(f\) est constante. Ce sont deux objets différents : le graphe décrit la variation, la courbe de niveau décrit un ensemble de points d’égale valeur.

Pourquoi le gradient est-il perpendiculaire aux courbes de niveau ?

Parce que \(f\) est constante le long d’une courbe de niveau : sa variation dans la direction de la tangente est nulle. Or cette variation est le produit scalaire du gradient par le vecteur tangent. Un produit scalaire nul signifie orthogonalité. Le gradient pointe donc perpendiculairement à la courbe, dans la direction où \(f\) croît le plus vite.

Comment tracer une courbe de niveau ?

On fixe une valeur \(k\), on écrit l’équation \(f(x,y)=k\) et on reconnaît sa nature (cercle, droite, hyperbole…). On discute selon \(k\) (la courbe peut être vide, un point, ou une vraie courbe), puis on trace plusieurs niveaux régulièrement espacés sur un même dessin pour visualiser le relief.

Comment lit-on la pente sur une carte de niveaux ?

Plus les courbes de niveau sont resserrées, plus la pente est forte : l’altitude change vite sur une petite distance. Des courbes espacées signalent un terrain quasi plat. Mathématiquement, la densité des courbes traduit la norme du gradient au point considéré.


IX. Pour aller plus loin

Tu maîtrises maintenant la définition, le tracé et l’interprétation des courbes de niveau, ainsi que leur lien fondamental avec le gradient. Pour consolider et prolonger :

Pour t’entraîner spécifiquement sur les extremums et l’optimisation, où les courbes de niveau jouent un rôle central, rends-toi sur les exercices corrigés d’extremums et d’optimisation.

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