Trouver les extremums d’une fonction de plusieurs variables, c’est le cœur du calcul différentiel en prépa : recherche des points critiques, classification par la matrice hessienne, optimisation sous contrainte avec les multiplicateurs de Lagrange. Voici 20 exercices classés par difficulté croissante, du calcul direct de points critiques aux problèmes type concours (X, Mines, Centrale). Chaque énoncé est suivi d’une correction détaillée, dépliable, rédigée avec le niveau de rigueur attendu en colle et en écrit. Un PDF de la série complète (avec des exercices bonus) est téléchargeable en fin de page.
I. Rappel de cours express
Avant de te lancer, voici les résultats à mobiliser. Le fil directeur est toujours le même : on cherche d’abord les points critiques (où le gradient s’annule), puis on les classe, en général grâce à la matrice hessienne.
Point critique et condition nécessaire (Fermat)
Soit \(f\) une fonction de classe \(\mathcal{C}^1\) sur un ouvert \(U \subset \mathbb{R}^n\). Si \(f\) admet un extremum local en \(a \in U\), alors \(\nabla f(a) = 0\). Un tel point est appelé point critique. La réciproque est fausse : un point critique peut être un point selle (ou point col).
Pour une fonction de deux variables de classe \(\mathcal{C}^2\), on utilise la notation de Monge : \(r = \displaystyle\frac{\partial^2 f}{\partial x^2}\), \(s = \displaystyle\frac{\partial^2 f}{\partial x \partial y}\), \(t = \displaystyle\frac{\partial^2 f}{\partial y^2}\). Le critère hessien s’écrit alors :
| Condition en un point critique | Nature du point |
|---|---|
| \(rt- s^2 > 0\) et \(r > 0\) | Minimum local |
| \(rt- s^2 > 0\) et \(r < 0\) | Maximum local |
| \(rt- s^2 < 0\) | Point selle (col) |
| \(rt- s^2 = 0\) | Cas douteux : étude directe nécessaire |
Vision matricielle (à privilégier en dimension \(n\)) : la hessienne \(H_f(a)\) est symétrique (théorème de Schwarz si \(f\) est \(\mathcal{C}^2\)). En un point critique : si toutes ses valeurs propres sont \(>0\), c’est un minimum ; si toutes sont \(<0\), un maximum ; si elle en a des positives et des négatives, c’est un point selle. Une valeur propre nulle relève du cas douteux.
Pour l’optimisation sous contrainte \(g(x) = 0\), on utilise les multiplicateurs de Lagrange : en un extremum lié où la contrainte est régulière, il existe \(\lambda\) tel que \(\nabla f = \lambda \nabla g\). Enfin, sur un compact, une fonction continue atteint toujours son maximum et son minimum : on compare alors les valeurs aux points critiques intérieurs et sur le bord.
II. Exercices d’application directe (★)
On commence par la mécanique de base : calculer un gradient, résoudre le système \(\nabla f = 0\), puis conclure avec la hessienne. Vérifie que tu obtiens systématiquement le bon point avant de regarder la nature.
Exercice 1 — Fonction quadratique élémentaire ★
Déterminer les extremums de \(f(x,y) = x^2 + y^2- 4x + 2y + 1\) sur \(\mathbb{R}^2\).
Voir la correction de l’exercice 1
Les dérivées partielles sont \(\displaystyle\frac{\partial f}{\partial x} = 2x- 4\) et \(\displaystyle\frac{\partial f}{\partial y} = 2y + 2\). Le système \(\nabla f = 0\) donne \(x = 2\) et \(y = -1\) : unique point critique \(A = (2,-1)\).
La hessienne est constante : \(H_f = \begin{pmatrix} 2 & 0 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}\). On a \(rt- s^2 = 4 > 0\) et \(r = 2 > 0\) : minimum local en \(A\).
Comme \(f(x,y) = (x-2)^2 + (y+1)^2- 4\), ce minimum vaut \(-4\) et il est global (\(f\) est une somme de carrés). Minimum global \(f(2,-1) = -4\).
Exercice 2 — Un minimum et un col ★
Étudier les extremums de \(f(x,y) = x^3- 3x + y^2\).
Voir la correction de l’exercice 2
\(\displaystyle\frac{\partial f}{\partial x} = 3x^2- 3\) et \(\displaystyle\frac{\partial f}{\partial y} = 2y\). On résout : \(x^2 = 1\) et \(y = 0\), d’où deux points critiques \((1,0)\) et \((-1,0)\).
Hessienne : \(H_f(x,y) = \begin{pmatrix} 6x & 0 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}\).
En \((1,0)\) : \(rt- s^2 = 12 > 0\) et \(r = 6 > 0\) → minimum local, \(f(1,0) = -2\).
En \((-1,0)\) : \(rt- s^2 = -12 < 0\) → point selle.
Aucun extremum global : \(f(x,0) = x^3- 3x \to \pm\infty\).
Exercice 3 — Terme croisé ★
Trouver les extremums de \(f(x,y) = x^2 + xy + y^2- 3x\).
Voir la correction de l’exercice 3
\(\displaystyle\frac{\partial f}{\partial x} = 2x + y- 3\), \(\displaystyle\frac{\partial f}{\partial y} = x + 2y\). La seconde équation donne \(x = -2y\) ; en reportant : \(2(-2y) + y- 3 = -3y- 3 = 0\), donc \(y = -1\) et \(x = 2\).
Hessienne : \(H_f = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 2 \end{pmatrix}\), \(rt- s^2 = 4- 1 = 3 > 0\) et \(r = 2 > 0\) → minimum local.
La forme quadratique associée est définie positive (valeurs propres \(1\) et \(3\)), donc le minimum est global : \(f(2,-1) = 4- 2 + 1- 6 = -3\).
Exercice 4 — Le point selle modèle ★
La fonction \(f(x,y) = xy\) admet-elle un extremum ? Justifier soigneusement.
Voir la correction de l’exercice 4
\(\nabla f = (y, x)\) s’annule uniquement en \((0,0)\). Hessienne : \(H_f = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}\), \(rt- s^2 = -1 < 0\) → point selle.
Confirmation directe (ce que le correcteur apprécie) : \(f(t,t) = t^2 > 0\) et \(f(t,-t) = -t^2 < 0\) pour \(t\) proche de \(0\). La fonction change de signe dans tout voisinage de l’origine : ce n’est ni un maximum ni un minimum. Aucun extremum.
Exercice 5 — En dimension 3 ★★
Déterminer l’extremum de \(f(x,y,z) = x^2 + 2y^2 + 3z^2- 2x + 4y- 6z\).
Voir la correction de l’exercice 5
\(\nabla f = (2x- 2,\; 4y + 4,\; 6z- 6)\). Le point critique est \((1, -1, 1)\).
La hessienne est \(H_f = \mathrm{diag}(2, 4, 6)\) : matrice diagonale à coefficients strictement positifs, donc définie positive. C’est un minimum.
En complétant les carrés : \(f = (x-1)^2 + 2(y+1)^2 + 3(z-1)^2- 6\). Le minimum est global, égal à \(-6\) en \((1,-1,1)\).
Exercice 6 — Deux cas douteux à démêler ★★
Pour chacune des fonctions \(f(x,y) = x^2 + y^4\) et \(g(x,y) = x^2- y^4\), le critère hessien échoue en \((0,0)\). Conclure malgré tout.
Voir la correction de l’exercice 6
Pour les deux fonctions, \((0,0)\) est l’unique point critique et \(H = \begin{pmatrix} 2 & 0 \\ 0 & 0 \end{pmatrix}\) : \(rt- s^2 = 0\), cas douteux. On étudie donc directement le signe de la différence \(f- f(0,0)\).
Cas de \(f\) : \(f(x,y)- f(0,0) = x^2 + y^4 \geq 0\) partout, avec égalité seulement en \((0,0)\). C’est un minimum global strict.
Cas de \(g\) : \(g(x,0) = x^2 \geq 0\) mais \(g(0,y) = -y^4 \leq 0\). La fonction change de signe autour de l’origine : point selle, aucun extremum.
Leçon : deux fonctions ayant la même hessienne (nulle dans la direction douteuse) peuvent avoir des comportements opposés. Le développement limité à l’ordre 2 ne suffit pas, il faut monter à l’ordre 4.
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III. Exercices type colle (★★★)
On passe à des situations plus riches : discussion selon un paramètre, systèmes non linéaires, cas dégénérés, et premières optimisations sous contrainte. C’est le niveau attendu à la colle et sur les questions intermédiaires d’un écrit.
Exercice 7 — Système non linéaire ★★★
Étudier les extremums locaux de \(f(x,y) = x^3 + y^3- 3xy\).
Voir la correction de l’exercice 7
\(\displaystyle\frac{\partial f}{\partial x} = 3x^2- 3y = 0\) donne \(y = x^2\). \(\displaystyle\frac{\partial f}{\partial y} = 3y^2- 3x = 0\) donne \(x = y^2\). En reportant : \(x = (x^2)^2 = x^4\), soit \(x(x^3- 1) = 0\), donc \(x = 0\) ou \(x = 1\).
Points critiques : \((0,0)\) et \((1,1)\).
Hessienne : \(H_f(x,y) = \begin{pmatrix} 6x & -3 \\ -3 & 6y \end{pmatrix}\).
En \((0,0)\) : \(rt- s^2 = 0- 9 = -9 < 0\) → point selle.
En \((1,1)\) : \(rt- s^2 = 36- 9 = 27 > 0\) et \(r = 6 > 0\) → minimum local, \(f(1,1) = -1\). Il n’est pas global car \(f(x,0) = x^3 \to -\infty\).
Exercice 8 — Discussion selon un paramètre ★★★
Soit \(a\) un réel non nul. Étudier les points critiques de \(f(x,y) = x^3 + y^3- 3axy\) et discuter leur nature selon le signe de \(a\).
Voir la correction de l’exercice 8
\(\nabla f = (3x^2- 3ay,\; 3y^2- 3ax)\). Le système donne \(y = x^2/a\) puis \(x^4 = a^3 x\), soit \(x = 0\) ou \(x = a\). Points critiques : \((0,0)\) et \((a,a)\).
Hessienne : \(H_f = \begin{pmatrix} 6x & -3a \\ -3a & 6y \end{pmatrix}\).
En \((0,0)\) : \(rt- s^2 = -9a^2 < 0\) pour tout \(a \neq 0\) → toujours un point selle.
En \((a,a)\) : \(rt- s^2 = 36a^2- 9a^2 = 27a^2 > 0\). Le signe de \(r = 6a\) tranche :
- si \(a > 0\) : \(r > 0\) → minimum local ;
- si \(a < 0\) : \(r < 0\) → maximum local.
Valeur : \(f(a,a) = 2a^3- 3a^3 = -a^3\).
Exercice 9 — Première optimisation sous contrainte ★★★
Minimiser \(f(x,y,z) = x^2 + y^2 + z^2\) sous la contrainte \(x + y + z = 1\).
Voir la correction de l’exercice 9
Posons \(g(x,y,z) = x + y + z- 1\). La contrainte est régulière (\(\nabla g = (1,1,1) \neq 0\)). La condition de Lagrange \(\nabla f = \lambda \nabla g\) donne \(2x = 2y = 2z = \lambda\), donc \(x = y = z\). La contrainte impose \(3x = 1\), soit \(x = y = z = \displaystyle\frac{1}{3}\).
Valeur : \(f = 3 \times \displaystyle\frac{1}{9} = \displaystyle\frac{1}{3}\).
Justification que c’est un minimum : sur le plan (fermé), \(f\) est coercive donc atteint son minimum, et l’unique candidat de Lagrange le réalise. On peut aussi noter que c’est le carré de la distance de l’origine au plan : \(d^2 = \left(\displaystyle\frac{1}{\sqrt3}\right)^2 = \displaystyle\frac{1}{3}\).
Exercice 10 — Extremums sur un cercle ★★★
Déterminer les extremums de \(f(x,y) = xy\) sur le cercle unité \(x^2 + y^2 = 1\).
Voir la correction de l’exercice 10
Le cercle est un compact et \(f\) est continue : les extrema sont atteints. Lagrange avec \(g = x^2 + y^2- 1\) : \((y, x) = \lambda(2x, 2y)\).
On tire \(y = 2\lambda x\) et \(x = 2\lambda y\), d’où \(x = 4\lambda^2 x\). Comme \((x,y)\neq(0,0)\), \(4\lambda^2 = 1\), soit \(\lambda = \pm\displaystyle\frac{1}{2}\), ce qui donne \(y = \pm x\).
Sur le cercle, \(2x^2 = 1\) donne \(x = \pm\displaystyle\frac{1}{\sqrt2}\). On compare les valeurs :
- \(y = x\) : \(f = x^2 = \displaystyle\frac{1}{2}\) → maximum \(\displaystyle\frac{1}{2}\) en \(\left(\displaystyle\frac{1}{\sqrt2}, \displaystyle\frac{1}{\sqrt2}\right)\) et son opposé ;
- \(y = -x\) : \(f = -x^2 = -\displaystyle\frac{1}{2}\) → minimum \(-\displaystyle\frac{1}{2}\).
Vérification élégante : \(xy = \displaystyle\frac{1}{2}\sin(2\theta)\) en polaires, dont les extrema sur le cercle sont \(\pm\displaystyle\frac{1}{2}\).
Exercice 11 — Cas dégénéré à l’origine ★★★
Étudier les extremums de \(f(x,y) = x^4 + y^4- 2(x-y)^2\).
Voir la correction de l’exercice 11
\(\displaystyle\frac{\partial f}{\partial x} = 4x^3- 4(x-y)\) et \(\displaystyle\frac{\partial f}{\partial y} = 4y^3 + 4(x-y)\). En additionnant les deux équations : \(x^3 + y^3 = 0\), donc \(y = -x\). La première équation devient \(4x^3- 4(2x) = 0\), soit \(x(x^2- 2) = 0\) : \(x = 0\) ou \(x = \pm\sqrt2\).
Points critiques : \((0,0)\), \((\sqrt2, -\sqrt2)\), \((-\sqrt2, \sqrt2)\).
En \((0,0)\), la hessienne \(\begin{pmatrix} -4 & 4 \\ 4 & -4 \end{pmatrix}\) a un déterminant nul (cas douteux). Étude directe : sur \(y = x\), \(f = 2x^4 \geq 0\) ; sur \(y = -x\), \(f = 2x^4- 8x^2 < 0\) près de \(0\). Changement de signe → point selle.
En \((\sqrt2, -\sqrt2)\) : \(r = t = 12\cdot 2- 4 = 20\), \(s = 4\), \(rt- s^2 = 400- 16 > 0\), \(r > 0\) → minimum local. Valeur : \(4 + 4- 2(2\sqrt2)^2 = 8- 16 = -8\). Même conclusion par symétrie en \((-\sqrt2, \sqrt2)\).
Exercice 12 — Distance d’un point à un plan ★★★
Trouver la distance de l’origine au plan d’équation \(x + 2y + 2z = 3\) en minimisant une fonction bien choisie.
Voir la correction de l’exercice 12
On minimise \(f = x^2 + y^2 + z^2\) sous \(g = x + 2y + 2z- 3 = 0\). Lagrange : \(2x = \lambda\), \(2y = 2\lambda\), \(2z = 2\lambda\), donc \(x = \displaystyle\frac{\lambda}{2}\), \(y = z = \lambda\).
Contrainte : \(\displaystyle\frac{\lambda}{2} + 2\lambda + 2\lambda = \displaystyle\frac{9\lambda}{2} = 3\), d’où \(\lambda = \displaystyle\frac{2}{3}\) et le point \(\left(\displaystyle\frac{1}{3}, \displaystyle\frac{2}{3}, \displaystyle\frac{2}{3}\right)\).
Distance : \(d = \sqrt{f} = \sqrt{\displaystyle\frac{1}{9} + \displaystyle\frac{4}{9} + \displaystyle\frac{4}{9}} = \sqrt{1} = 1\).
Cohérent avec la formule \(d = \displaystyle\frac{|3|}{\sqrt{1 + 4 + 4}} = \displaystyle\frac{3}{3} = 1\). C’est bien un minimum (\(f\) coercive sur le plan fermé, candidat unique).
Exercice 13 — Optimisation sur un compact avec bord ★★★
Déterminer le maximum et le minimum de \(f(x,y) = x^2 y\) sur le disque fermé \(x^2 + y^2 \leq 1\).
Voir la correction de l’exercice 13
Le disque est compact, \(f\) continue : les extrema existent. On sépare intérieur et bord.
Intérieur : \(\nabla f = (2xy, x^2) = 0\) donne \(x = 0\) (avec \(y\) quelconque). Sur ces points, \(f = 0\).
Bord : \(x^2 = 1- y^2\) avec \(y \in [-1,1]\). Alors \(f = (1- y^2)y = y- y^3 =: \varphi(y)\). On dérive : \(\varphi^\prime(y) = 1- 3y^2 = 0\) → \(y = \pm\displaystyle\frac{1}{\sqrt3}\).
\(\varphi\!\left(\displaystyle\frac{1}{\sqrt3}\right) = \displaystyle\frac{1}{\sqrt3}- \displaystyle\frac{1}{3\sqrt3} = \displaystyle\frac{2}{3\sqrt3} = \displaystyle\frac{2\sqrt3}{9}\).
Comparaison : le maximum vaut \(\displaystyle\frac{2\sqrt3}{9}\) (en \(y = \displaystyle\frac{1}{\sqrt3}\)) et le minimum vaut \(-\displaystyle\frac{2\sqrt3}{9}\) (en \(y = -\displaystyle\frac{1}{\sqrt3}\)). Les valeurs \(0\) de l’intérieur sont intermédiaires.
IV. Problèmes type concours (★★★★ et ★★★★★)
Voici enfin les problèmes de synthèse : optimisation géométrique, démonstration d’inégalités classiques par l’optimisation, et méthode des moindres carrés. Ce sont des schémas récurrents aux concours X, Mines-Ponts et Centrale.
Exercice 14 — Parallélépipède de volume maximal ★★★★
Parmi les parallélépipèdes rectangles d’aire totale fixée \(A > 0\), déterminer celui de volume maximal.
Voir la correction de l’exercice 14
On maximise \(V = xyz\) sous la contrainte \(g = 2(xy + yz + zx)- A = 0\), avec \(x, y, z > 0\). Lagrange : \(\nabla V = \lambda \nabla g\) donne le système
\(yz = 2\lambda(y + z), \quad xz = 2\lambda(x + z), \quad xy = 2\lambda(x + y)\).
La première moins la deuxième : \(z(y- x) = 2\lambda(y- x)\), soit \((y- x)(z- 2\lambda) = 0\). Comme \(z > 0\) force \(\lambda \neq 0\), on montre de proche en proche \(x = y = z\).
La contrainte donne \(6x^2 = A\), soit \(x = \sqrt{\displaystyle\frac{A}{6}}\). Le solide optimal est le cube, de volume \(V = \left(\displaystyle\frac{A}{6}\right)^{3/2}\).
C’est bien un maximum : le domaine effectif est compact (les côtés restent bornés à aire fixée) et \(V \to 0\) quand un côté tend vers \(0\), donc le candidat de Lagrange réalise le maximum.
Exercice 15 — Retrouver l’inégalité arithmético-géométrique ★★★★
Soit \(s > 0\). Maximiser \(f(x,y,z) = xyz\) sur l’ensemble \(\{x, y, z > 0,\ x + y + z = s\}\), puis en déduire l’inégalité arithmético-géométrique.
Voir la correction de l’exercice 15
Lagrange avec \(g = x + y + z- s\) : \((yz, xz, xy) = \lambda(1,1,1)\). Donc \(yz = xz\) donne \(y = x\) (car \(z > 0\)), puis \(x = y = z\). La contrainte impose \(x = y = z = \displaystyle\frac{s}{3}\).
Maximum : \(f_{\max} = \left(\displaystyle\frac{s}{3}\right)^3\) (c’est bien un max : \(f\) s’annule au bord du simplexe, atteint son sup à l’intérieur).
Conséquence : pour tous \(x, y, z > 0\) de somme \(s\), \(xyz \leq \left(\displaystyle\frac{s}{3}\right)^3 = \left(\displaystyle\frac{x+y+z}{3}\right)^3\). En prenant la racine cubique :
\(\sqrt[3]{xyz} \leq \displaystyle\frac{x + y + z}{3}\).
C’est exactement l’inégalité arithmético-géométrique à trois termes, avec égalité si et seulement si \(x = y = z\).
Exercice 16 — Minimum sur un ouvert non borné ★★★★
Étudier l’existence et la valeur du minimum de \(f(x,y) = xy + \displaystyle\frac{1}{x} + \displaystyle\frac{1}{y}\) sur \(\{x > 0,\ y > 0\}\).
Voir la correction de l’exercice 16
Points critiques : \(\displaystyle\frac{\partial f}{\partial x} = y- \displaystyle\frac{1}{x^2} = 0\) et \(\displaystyle\frac{\partial f}{\partial y} = x- \displaystyle\frac{1}{y^2} = 0\). Donc \(y = \displaystyle\frac{1}{x^2}\) et \(x = \displaystyle\frac{1}{y^2} = x^4\), soit \(x^3 = 1\) (car \(x > 0\)), d’où \(x = y = 1\). On a \(f(1,1) = 3\).
Nature : \(H_f = \begin{pmatrix} 2/x^3 & 1 \\ 1 & 2/y^3 \end{pmatrix}\). En \((1,1)\) : \(\begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 2 \end{pmatrix}\), \(rt- s^2 = 3 > 0\), \(r > 0\) → minimum local.
Caractère global : quand \((x,y)\) s’approche du bord (\(x \to 0^+\) ou \(y \to 0^+\)) ou tend vers l’infini, \(f \to +\infty\). La fonction est donc coercive sur l’ouvert et atteint son minimum, qui ne peut être qu’en l’unique point critique. Minimum global \(f(1,1) = 3\).
Exercice 17 — Méthode des moindres carrés ★★★★
On dispose de \(n\) points \((x_i, y_i)\) non tous alignés verticalement. Montrer que la fonction \(S(a,b) = \displaystyle\sum_{i=1}^{n} (y_i- a x_i- b)^2\) admet un unique minimum, et donner les équations qui le caractérisent.
Voir la correction de l’exercice 17
Points critiques. On annule le gradient :
\(\displaystyle\frac{\partial S}{\partial a} = -2\sum_i x_i(y_i- a x_i- b) = 0\) et \(\displaystyle\frac{\partial S}{\partial b} = -2\sum_i (y_i- a x_i- b) = 0\).
D’où les équations normales :
\(a\sum x_i^2 + b\sum x_i = \sum x_i y_i \quad ; \quad a\sum x_i + n b = \sum y_i\).
Unicité et minimum. La hessienne est \(H = 2\begin{pmatrix} \sum x_i^2 & \sum x_i \\ \sum x_i & n \end{pmatrix}\). Son déterminant vaut \(2^2\!\left(n\sum x_i^2- (\sum x_i)^2\right)\), qui est \(> 0\) par l’inégalité de Cauchy-Schwarz (stricte car les \(x_i\) ne sont pas tous égaux). Avec \(\sum x_i^2 > 0\), \(H\) est définie positive : \(S\) est strictement convexe, donc l’unique point critique est le minimum global. C’est la droite de régression.
Exercice 18 — Existence par coercivité ★★★★
Montrer que \(f(x,y) = x^4 + y^4- 4xy\) admet un minimum global sur \(\mathbb{R}^2\) et le déterminer.
Voir la correction de l’exercice 18
Existence (à écrire avant tout calcul) : \(4|xy| \leq 2(x^2 + y^2) \leq 2(x^4 + y^4) + 2\) (via \(t^2 \leq t^4 + 1\)). Donc \(f \geq (x^4 + y^4)- 2(x^4+y^4)- 2 \to +\infty\)… on affine : \(f(x,y) \geq x^4 + y^4- 2(x^2+y^2)\), qui tend vers \(+\infty\) quand \(\|(x,y)\| \to +\infty\). La fonction est coercive et continue, elle atteint donc son minimum global.
Localisation : \(\nabla f = (4x^3- 4y,\; 4y^3- 4x) = 0\) donne \(y = x^3\) et \(x = y^3 = x^9\), soit \(x = 0\) ou \(x = \pm 1\). Points : \((0,0)\), \((1,1)\), \((-1,-1)\).
\(f(0,0) = 0\) mais c’est un point selle (\(H = \begin{pmatrix} 0 & -4 \\ -4 & 0 \end{pmatrix}\), \(\det < 0\)). En \((\pm1,\pm1)\) : \(f = 1 + 1- 4 = -2\). Le minimum global vaut donc \(-2\), atteint en \((1,1)\) et \((-1,-1)\).
Exercice 19 — Une inégalité par forme quadratique ★★★★
Montrer que pour tous réels \(x, y, z\) : \(x^2 + y^2 + z^2 \geq xy + yz + zx\). Interpréter l’égalité.
Voir la correction de l’exercice 19
Posons \(q(x,y,z) = x^2 + y^2 + z^2- xy- yz- zx\). C’est une forme quadratique ; il s’agit de montrer qu’elle est positive.
Méthode directe (la plus propre) :
\(q = \displaystyle\frac{1}{2}\left[(x-y)^2 + (y-z)^2 + (z-x)^2\right] \geq 0\).
L’inégalité en découle. Égalité si et seulement si \(x = y = z\).
Lien avec la hessienne : la matrice de \(q\) est \(\displaystyle\frac{1}{2}\begin{pmatrix} 2 & -1 & -1 \\ -1 & 2 & -1 \\ -1 & -1 & 2 \end{pmatrix}\), de valeurs propres \(0, \displaystyle\frac{3}{2}, \displaystyle\frac{3}{2}\) : positive (mais non définie), le noyau étant la droite \(x = y = z\). On retrouve le cas d’égalité.
Exercice 20 — Extrema sur la sphère (X/Mines) ★★★★★
Déterminer les extrema de \(f(x,y,z) = x + y + z\) sur la sphère \(x^2 + y^2 + z^2 = 1\), puis généraliser à \(a_1 x_1 + \cdots + a_n x_n\) sur la sphère unité de \(\mathbb{R}^n\).
Voir la correction de l’exercice 20
La sphère est compacte, \(f\) continue : extrema atteints. Lagrange avec \(g = x^2 + y^2 + z^2- 1\) : \((1,1,1) = \lambda(2x, 2y, 2z)\). Donc \(x = y = z = \displaystyle\frac{1}{2\lambda}\).
Contrainte : \(\displaystyle\frac{3}{4\lambda^2} = 1\) → \(\lambda = \pm\displaystyle\frac{\sqrt3}{2}\), d’où \(x = y = z = \pm\displaystyle\frac{1}{\sqrt3}\).
Maximum \(f = \sqrt3\) (signe \(+\)), minimum \(f = -\sqrt3\) (signe \({-}\)).
Généralisation : par le même calcul, \(\sum a_i x_i\) sur la sphère unité admet pour extrema \(\pm\sqrt{\sum a_i^2} = \pm\|a\|\), atteints en \(x = \pm\displaystyle\frac{a}{\|a\|}\). C’est exactement le cas d’égalité de Cauchy-Schwarz : \(\langle a, x\rangle \leq \|a\|\,\|x\| = \|a\|\). L’optimisation redémontre l’inégalité et son cas d’égalité (colinéarité).
V. Les erreurs qui coûtent des points
Ces fautes reviennent en boucle en colle et à l’écrit. Les connaître, c’est déjà les éviter.
Erreur n°1 — Conclure « extremum » dès qu’on a un point critique. Un point critique annule le gradient, rien de plus. Sans étude de la hessienne (ou sans argument direct), tu ne sais pas si c’est un minimum, un maximum ou un point selle. C’est la faute la plus sanctionnée : elle montre que la condition de Fermat n’est pas comprise comme nécessaire mais non suffisante.
Erreur n°2 — Conclure dans le cas \(rt- s^2 = 0\). Le critère hessien est muet quand le déterminant est nul. Écrire « donc c’est un minimum » est faux (cf. exercices 6 et 11). Il faut revenir à l’étude directe du signe de \(f(a+h)- f(a)\), souvent en regardant deux directions bien choisies.
Erreur n°3 — Confondre extremum local et global. La hessienne ne donne qu’une information locale. Pour un extremum global, il faut un argument supplémentaire : convexité (somme de carrés, hessienne définie positive partout), coercivité, ou compacité du domaine. Ne jamais écrire « minimum global » sans l’un de ces trois arguments.
Erreur n°4 — Oublier de vérifier la nature du point de Lagrange. La condition \(\nabla f = \lambda \nabla g\) fournit des candidats. Sur un compact, on conclut en comparant les valeurs. Sur un ouvert, il faut un argument de coercivité. Écrire « Lagrange donne le maximum » sans justification est une faute classique. Vérifie aussi que la contrainte est régulière (\(\nabla g \neq 0\)) avant d’appliquer le théorème.
VI. Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un point critique et un extremum ?
Un point critique est un point où le gradient s’annule : c’est une condition nécessaire pour un extremum local (théorème de Fermat), sur un ouvert. Mais elle n’est pas suffisante : un point critique peut être un point selle, comme l’origine pour \(f(x,y) = xy\). Tout extremum intérieur est un point critique, mais tout point critique n’est pas un extremum.
Comment classer un point critique quand la hessienne a un déterminant nul ?
Le critère \(rt- s^2\) est inopérant si \(rt- s^2 = 0\) (cas douteux). On revient alors à l’étude directe du signe de \(f(a+h)- f(a)\). En pratique, on teste le comportement le long de deux courbes passant par le point : si la fonction change de signe, c’est un point selle ; sinon on essaie de majorer/minorer pour conclure à un extremum.
Quand utiliser les multiplicateurs de Lagrange plutôt qu’une substitution ?
Si la contrainte permet d’exprimer simplement une variable en fonction des autres, la substitution est souvent plus rapide et ramène à une optimisation libre. Les multiplicateurs de Lagrange s’imposent quand la contrainte est implicite ou symétrique (par exemple \(x^2 + y^2 + z^2 = 1\)) : ils préservent la symétrie du problème et évitent des racines carrées pénibles. Retiens que Lagrange donne des candidats, qu’il faut ensuite départager.
Comment justifier qu’un extremum est global et pas seulement local ?
Trois arguments standards. La convexité : si la hessienne est définie positive en tout point (ou si \(f\) est une somme de carrés), tout minimum local est global. La coercivité : si \(f(x) \to +\infty\) quand \(\|x\| \to +\infty\), le minimum global existe et se trouve parmi les points critiques. La compacité : sur un compact, une fonction continue atteint ses bornes, qu’on cherche parmi les points critiques intérieurs et sur le bord.
Quel est le lien entre la matrice hessienne et l’étude à une variable ?
En une variable, on utilise le signe de \(f^{\prime\prime}(a)\) : positif pour un minimum, négatif pour un maximum. La hessienne généralise cela : elle joue le rôle de la « dérivée seconde » vectorielle. Le critère devient une condition sur ses valeurs propres (toutes du même signe) ou, en dimension 2, sur \(rt- s^2\). C’est le prolongement naturel de ce que tu faisais avec le tableau de variation d’une fonction d’une variable.
VII. Pour aller plus loin
Pour consolider ces exercices, révise le cours de référence sur l’extremum d’une fonction de plusieurs variables, la matrice hessienne et les multiplicateurs de Lagrange, puis approfondis avec ces chapitres voisins :
- Tableau de variation d’une fonction
- Développements limités et formules de Taylor
- Équation Différentielle d’Ordre 2 (Prépa) : Cours
- Équations différentielles : cours complet et méthodes de résolution
Ces exercices d’optimisation reviennent aussi bien en prépa scientifique qu’en prépa commerce (ECG), où les problèmes d’optimisation sous contrainte avec lagrangien et hessienne bordée sont au cœur du programme.
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